Le septième fils – Arni Thorarinsson

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2008
Date de publication française : 2010
Genre : Enquête policière
Personnage principal :Einar, journaliste au Journal du soir (de Reykjavik)

C’est le troisième Thorarinsson (série Einar) publié en français; pour ma part, c’est le premier et, à la lecture des critiques et commentaires, il m’apparaît que c’est préférable de lire dans l’ordre chronologique les romans de la série : chaque histoire est complète en elle-même, mais l’évolution des principaux personnages constitue une part importante du plaisir offert par la série.

Le nom de famille du journaliste Einar est bien caché, peut-être pour qu’on se sente plus près de lui, peut-être pour insister sur l’espèce de justicier solitaire qu’il est (en islandais, ein signifie seul). Justicier, au sens de rendre justice à la vérité plutôt que de punir les méchants. Même si Thorarinsson a beaucoup lu les hard-boiled américains, il tient à ancrer ses personnages dans l’univers particulier islandais, pas encore complètement internationalisé par le culte du profit et la banalisation de la culture. Son journaliste-enquêteur est, certes, entêté, mais il n’a ni la puissance d’un James Bond, ni l’intelligence d’un Holmes, ni la libido à fleur de peau; de plus, il n’est plus alcoolique et ne se drogue même pas. C’est finalement un bonhomme assez ordinaire, assez fragile même, pas très habile quand il aborde les autres, plutôt mou avec les femmes, néanmoins conscient de ses limites et persévérant quand il flaire une bonne piste. En moins rusé, il m’a fait penser au Pepe Carvalho de Montalban. Les Français songeront peut-être à Rouletabille. Il est donc assez sympathique dans la mesure où on retrouve chez lui plusieurs aspects de nous-mêmes.

Autre trait de l’univers islandais : la vie est plutôt lente et, dans toute autre ville que la capitale, tout le monde connaît à peu près tout le monde, ou quelqu’un de sa famille. Tous considèrent donc un mystère comme une incongruité, une erreur de la nature. A plus forte raison, pour un étranger comme Einar qui vient enquêter dans un petit village de l’ouest du pays, et qui ne fait pas partie d’un monde où circulent les secrets de famille, l’incendie d’une vieille maison familiale, puis d’une maison mobile appartenant à des Lithuaniens, la disparition de deux amis, le meurtre d’un député au-dessus de tout soupçon, _tout cela est encore plus incompréhensible, donc diablement intéressant.

La lenteur du récit n’exclut pas quelques rebondissements et la plupart des problèmes finiront par être résolus. L’humour discret de l’auteur est un ingrédient important pour déterminer l’atmosphère générale et pour qu’on persiste dans la lecture. D’où l’importance psychosociologique des personnages et des paysages : un genre de polar géographique. Un peu comme les polars suédois des prédécesseurs de Mankell, Wahloo et Sjowall, qui nous donnaient une bonne idée de la façon dont on se comportait pour vrai en Suède dans les années 60-70 : démystification semblable à celle opérée par Thorarinsson qui, au-delà des cartes postales de fjords impressionnants, de volcans majestueux, de couchers de soleil intrigants et de glaciers incongrus, dévoile un petit pays (300 000habitants) de plus en plus pollué par la mondialisation et les avatars qu’elle entraîne. Cette toile de fond, y compris la mode gothique, la musique hard core, les drogues dures, la vente du contrôle des richesses naturelles aux multinationales étrangères (ici, les droits de pêche), nous renvoient à notre propre pays. Nous comprenons donc très bien ce qui se passe, mais nous comprenons aussi que l’originalité islandaise sombre lentement mais sûrement dans la sinistre normalité internationale. L’auteur a fait un effort pour simplifier les noms propres islandais mais, comme il y a beaucoup de personnages, je conseille le crayon et le schéma.

Cette forme de néo-réalisme a quand même ses inconvénients. J’ai failli abandonner le roman à quelques reprises malgré la sympathie éprouvée : ça manque de zest! On lit ça un peu comme un article de journal. Informatif plutôt que palpitant, désarçonnant, émouvant, troublant.

Ma note :  3,5 / 5  

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Enquête, Islandais, Moyen, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Le septième fils – Arni Thorarinsson

  1. Athalie dit :

    Bonsoir,

    Je viens de le terminer et je l'ai carrément classé dans mes "Aéviter", tout à fait d'accord avec toi, donc, ( moi aussi c'était mon premier …), c'est long, sans zest de citron, sans relief. Je n'ai même pas vu l'humour discret (ou alors, je ne l'ai pas compris !), j'aurais dû regarder ta note avant …

  2. michel dit :

    J'ai trouvé ton compte rendu très incisif: l'essentiel en peu de mots.
    http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/11/02

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*