Les derniers jours des fauves – Jérôme Leroy

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale :
2022 – La Manufacture de livres
Genre :
Thriller politique
Personnages principaux :
Patrick Bauséant, ministre de L’intérieur – Guillaume Manerville, ministre de l’Écologie – Clio Manerville, fille du ministre – Le Capitaine, ami de Manerville et protecteur de Clio

Nathalie Séchard, huitième présidente de la cinquième République française ne se représentera pas pour un second mandat. Finalement elle préfère baiser avec son jeune mari que participer à la course au pouvoir politique. Cela dégage la voie à deux prétendants à la présidence : sur la droite Patrick Bauséand, ministre de l’Intérieur tendance facho et sur la gauche Guillaume Manerville, un grand mou un peu rêveur, ministre d’État à l’Écologie sociale et solidaire. Les chiens sont lâchés ! Tous les coups sont permis pour accéder à la plus haute fonction de l’État. Dans un pays soumis à un confinement dur, l’eau est rationnée, les antivax manifestent, il y a des émeutes dans les quartiers difficiles, le tout sous une chaleur accablante. Ce climat de chaos généralisé favorise les coups tordus du ministre de l’Intérieur qui ne s’embarrasse pas de scrupules sur les moyens employés pour arriver à la présidence.

Dans ce roman, Jérôme Leroy nous donne une image peu reluisante des hommes et femmes politiques. C’est une œuvre de fiction, pas une enquête, mais à la lecture on ne peut s’ôter de la tête l’idée qu’on ne doit pas être loin de la réalité. Il nous montre en particulier un ministre de l’Intérieur, un vieux de la vieille (71 ans), qui a des réseaux partout et qui s’est entouré de gens efficaces, qui comme lui ne lésinent pas sur les moyens, souvent illégaux, pour obtenir ce qu’ils souhaitent. Des vrais mafieux, avec des méthodes de mafieux : assassinats, attentats, enlèvements … Ça fait frémir quand le commanditaire est le chef de toutes les forces de police ! Ici la vieillesse n’est pas synonyme de sagesse : un groupe de vieillards fomente des actions de déstabilisation pour s’emparer du pouvoir. Entre eux existe des liens d’intérêt, mais aucune amitié. À côté de ces fous de pouvoir, il y a quand même des gens normaux comme la présidente Nathalie Séchard ou le ministre de l’Écologie Manerville. Les jeunes sont idéalistes et souvent dans la contestation et la rupture avec la société, comme Clio la fille de Manerville. Heureusement que cette jeune femme bénéficie de la protection du Capitaine, un ancien des forces spéciales. On comprendra plus tard pourquoi ce type est si attaché à Clio et à son père.

Pour ceux qui ne s’intéressent pas à la politique ou pire ceux qui y sont allergiques, il y a de longs passages sur la personnalité du ministre de l’Intérieur et de ses magouilles qui leur paraîtront peut-être rébarbatifs. Ceux qui suivent un peu la politique trouveront de fortes ressemblances avec les politiciens actuels. Les personnages sont fictifs, mais fortement inspirés par des hommes ou femmes politiques d’aujourd’hui.

Dans la dernière partie du livre, l’action et le suspense prennent une part prépondérante. Le roman vire alors au thriller. Cependant des moments de douceur et de nostalgie s’incrustent, allégeant ainsi une atmosphère tendue.

Jérôme Leroy nous donne dans ce livre une vision négative et désabusée de la politique, bien pire que celle, pourtant pas fameuse, partagée par une majorité de Français. Mais comme il le fait de façon enlevée et avec un humour grinçant, ce roman, bien qu’assez désespérant sur le fond, reste agréable. En refermant le livre on a l’impression que l’auteur s’est à la fois défoulé et amusé en écrivant ce bouquin au vitriol.

Extrait :
Et Nathalie Séchard baise avec ardeur et bonheur.
Nathalie Séchard a toujours aimé ça, plus que le pouvoir. C’est pour cette raison qu’elle va le perdre. C’est comme pour l’argent, a-t-elle coutume de penser, quand elle ne baise pas. Les riches ne sont pas riches parce qu’ils ont un génie particulier. Les riches sont riches parce qu’ils aiment l’argent. Ils n’aiment que ça, ça en devient abstrait. Et un peu diabolique, comme tout ce qui est abstrait. Dix milliards plutôt que huit. Douze plutôt que dix. Toujours. Ça ne s’arrête jamais.
Le pouvoir aussi, il faut l’aimer pour lui-même. Il faut n’aimer que lui, ne penser qu’à lui, vivre pour lui. Pas pour ce qu’il permet de faire. Nathalie Séchard, qui baise toujours, a mesuré ces dernières années, que le pouvoir politique n’en est plus vraiment un. La présidente est à la tête d’une puissance moyenne où plus rien ne fonctionne très bien, comme dans une PME sous-traitante d’un unique commanditaire au bord de la faillite.
« J’aurais dû rester de gauche », songe-t-elle parfois, quand elle ne chevauche pas son mari.

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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2 réponses à Les derniers jours des fauves – Jérôme Leroy

  1. Hedwige dit :

    Intriguant ! Je note ce titre et te remercie pour cette excellement chronique

    • Ray dit :

      Bonjour,
      Les derniers jours des fauves est un livre sur la politique. Pour l’apprécier il vaut mieux connaître un peu la politique, sinon quelques passages risquent de vous paraître un peu rébarbatifs. Jérôme Leroy est un très bon auteur.

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