La nuit de l’ours – Alexandra Julhiet

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Calmann-Lévy
Genre : Thriller
Personnage principal :
Angèle Dumont, femme de 39 ans

Un homme saute du septième étage et s’écrase aux pieds d’Angèle. Cet évènement dramatique va provoquer chez elle une suite de réactions incontrôlables : manque de sommeil, une musique d’orgue de barbarie lui provoque la nausée, la vision d’un incendie, l’apparition d’une petite fille en robe rose et parka verte qui s’avère être elle jeune. Ce n’est pas le bain qu’elle prend en rentrant chez elle et dans lequel elle s’endort qui améliore la situation : en rouvrant les yeux, sur la buée du miroir un message tracé au doigt s’affiche : Va crever. Ces évènements traumatisants sont liés à son passé : à l’âge de 13 ans, elle a passé un long séjour en maison de repos, elle était catatonique, elle avait arrêté de parler, de manger, de se laver. Elle s’en était sortie. À 39 ans, elle s’est mariée, puis séparée, elle exerce un bon métier rémunérateur. Est-elle victime d’une rechute ? Elle décide de prendre du repos chez son père, psychiatre à la retraite, en Vendée, à La Roche-sur-Yon. Celui-ci va l’amener en pèlerinage dans la maison où elle est née, dans un petit village des Pyrénées-Orientales. Là, elle va découvrir son passé agité dont elle ne garde aucun souvenir et des secrets qu’il est dangereux de déterrer.

L’intrigue est construite autour de la narratrice, une femme de 39 ans, Angèle Dumont, qui ne sait pas très bien qui elle est vraiment. Elle va vraiment mettre tout en œuvre pour le découvrir. Pour l’aider, elle ne peut pas s’appuyer sur sa mère qui est morte ni sur son père, souvent absent et qui répond toujours évasivement à ses questions. C’est donc uniquement sur elle-même qu’elle doit compter. C’est dans le petit village des Pyrénées où elle est née qu’elle va trouver des indices et remonter le fil de sa petite enfance. Stupéfaite, elle va découvrir que dans ce village où elle a passé ses six premières années, personne ne se souvient d’elle.

Angèle va faire toute une série de découvertes étonnantes dont certaines sont dangereuses. Il va s’ensuivre une ribambelle de rebondissements dans un rythme très soutenu, dans l’ambiance festive et tribale de la fête de l’Ours, une tradition ancestrale du coin. Beaucoup d’action et de péripéties alors, on ne s’ennuie vraiment pas. Cela n’empêche pas l’autrice d’aborder sérieusement des thèmes tels que l’identité, l’origine du mal et la manipulation mentale.

Le personnage principal est une femme dans la quarantaine qui a à la fois réussi et échoué. Elle a réussi parce qu’elle a un bon job, bien payé. Elle est compétente, c’est une spécialiste de l’analyse de données. C’est un pilier de sa boîte. Elle a un bel appartement dans Paris. Elle a échoué parce qu’elle n’a pas d’enfant alors qu’elle en voulait. Son mari l’a quittée pour une autre. Ses parents sont inexistants, et le pire c’est qu’elle ne sait pas qui elle est, elle a des réminiscences dont elle ne connaît pas l’origine. C’est, par ailleurs, une femme moderne et dynamique. Elle alterne les moments de détermination et de doute, de chance et de poisse.
Il y a aussi des personnages secondaires intéressants, entre autres : – un jeune homme en fauteuil roulant, un gars efficace et débrouillard malgré son handicap – un garde forestier sexy qui passe son temps à promener un chien qui ne lui appartient pas – une redoutable gitane qui n’a pas prononcé un mot depuis 30 ans – et un méchant, riche et intouchable, qui règne sur le village.

Le style est enlevé, vif, proche du langage parlé, avec de fréquences notes humoristiques.

En conclusion, La nuit de l’ours est un roman dense, rythmé qui se déroule dans l’ambiance oppressante d’un petit village des Pyrénées. C’est un bon thriller, agréable à lire, mais qui suscite aussi la réflexion.

Extrait :
Je m’attendais à ce qu’il explose mais non. À la place, il a soupiré, avant de murmurer :— Imagine pouvoir contrôler la prédisposition des hommes à la violence… Nous pourrions changer le monde, en faire un paradis ou un enfer selon notre bon vouloir. Nous pourrions créer des armées assoiffées de sang en sélectionnant les hommes sur leur profil génétique, ou au contraire apporter la paix en les décelant au plus tôt et en les écartant de la société.
— En pratiquant un eugénisme basé sur la prédisposition génétique à la violence…

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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