Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2023 (Paulsen)
Genres : Aventure, historique
Personnage principal : Inspecteur Walker, Gendarmerie royale du Canada
Red Arctic (Territoire du Nord-Ouest), 1931.
Un Québécois se moque parfois des Parisiens qui s’énervent quand il tombe 3 ou 4 cm de neige. Nos hivers, en effet, peuvent connaître quelques -30⁰C et Montréal peut être paralysée pendant cinq ou six jours.
Et pourtant, nous serions effrayés par le climat de Red Arctic, le froid intense qui atteint souvent -45⁰C, les blizzards qui noient les rares villages et les postes de traite sous la neige, la glace qui s’insinue partout, même dans les manteaux les plus chauds, y compris dans les bronches des policiers et des trappeurs, qui crachent le sang.
Un agent de la GRC (Gendarmerie royale du Canada) a été tué par un trappeur inconnu à qui on demandait s’il avait un permis de trappe. Ce trappeur que, faute de mieux, nous appellerons Jones, tire sur toute personne qui tente de s’approcher de sa cabane. Après quatorze heures de siège, les policiers détruisent la cabane avec six bâtons de dynamite. Et quand ils s’approchent pour examiner les restes, Jones les accueille avec de multiples tirs de précision.
Ainsi commence une folle poursuite : pour mettre la main sur Jones, on rassemble une trentaine d’hommes armés, une centaine de chiens pour tirer les traîneaux, et même un avion conduit par Wright, un héros de la guerre de 14. Pendant six semaines, on cherchera désespérément à mettre la main sur cet homme qui finit par les fasciner par les ruses qu’il déploie et l’habileté dont il fait preuve.
Cette chasse à l’homme infernale n’est évidemment pas négligeable, mais il me semble que le plus important dans ce roman c’est la thématique liée aux conditions atmosphériques où les hommes se débattent, leur relation essentielle avec leurs chiens, la solitude où l’alcool ne parvient pas à remplacer leur femme, leur solidarité en même temps que leur agressivité.
Le roman de Manook rappelle inévitablement Agaguk d’Yves Thériault, le premier roman publié au Québec (1958) sur la vie des Inuits et le très bon Tous des loups (2022) de Ronald Lavallée, qui se passe surtout dans la forêt boréale. L’originalité de Manook c’est de mettre le focus sur les conditions de vie impitoyables où règnent le froid, la neige et la solitude.
Bref, un roman essoufflant.
Extrait :
─ Les « mutins »? Enfin, Walker, qu’est-ce que c’est que ce langage militaire ? hurle Wright. On n’est pas en guerre ! Dans trois jours, vous retrouverez ce pauvre type raide mort au bout de ses traces. Mais ça ne vous suffit pas, hein ? Vous ne voulez pas priver vos hommes du plaisir de l’abattre, c’est ça ?
Walker fait volte-face, et son poing frôle le menton de Wright qui réplique aussitôt. Walker esquive à son tour et se jette sur le pilote. Ils roulent dans la neige et Claudel retient le docteur Söderlund qui veut les séparer.
─ Laissez-les, ils en ont besoin, lâche le mécano.

Trappeurs et chiens
Niveau de satisfaction :
(4,4 / 5)


2025








