Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2025 (Québec Amérique)
Genres : Thriller, historique
Personnage principal : Paul Carpentier, enquêteur
Quand on aborde un roman de Chartrand, on doit s’attendre à un récit complexe qui s’enracine dans un contexte historique, géographique, et même politique, réaliste, ce qui est un genre peu pratiqué au Québec. C’est le troisième roman de Chartrand. J’ai déjà commenté Le Code Bezhentzi (1998) et l’Affaire Myosotis (2015). Chartrand s’est fait connaître comme journaliste à Radio-Canada, fut délégué à Paris et s’est spécialisé dans les conflits au Moyen-Orient.
L’histoire commence comme celle de la très bonne série télévisée Anticosti : sur une plage de l’île d’Anticosti, Paul Carpentier, l’enquêteur fétiche de Chartrand, découvre une jeune femme à demi- morte rejetée par la mer. Paul a vieilli, dépasse maintenant la cinquantaine et vit isolé sur l’île suite au décès de son épouse et à de nombreuses mésaventures. Ça ne l’empêche pas d’être resté curieux, d’autant plus que cette jeune femme, pour une demi-morte, ne manque pas d’énergie et menace de le tuer.
Paul la ramène à son chalet. Elle reste méfiante et agressive, semble avoir perdu la mémoire et s’enferme pour la nuit dans la chambre que Paul avait mise à sa disposition. Le lendemain, alors qu’Elsa (que Paul a surnommé Bruschetta) et Paul vont explorer le terrain, deux malfrats cherchent à les assassiner, et elle les abat. Puis, elle lui « emprunte » sa motoneige et s’enfuit.
Paul doit alors gagner le village à pied et commence alors pour lui une série de péripéties. Il semble qu’Elsa appartiendrait à un groupe d’écologistes radicaux, d’obédience plus ou moins trotskiste, favorisant les actions violentes depuis les troubles étudiants des années 70. Équipé d’un sous-marin fourni par un millionnaire russe, ce groupe préparerait un coup d’une extrême violence qui ébranlerait les fondements mêmes du capitalisme.
Comme d’habitude chez Chartrand, les cent dernières pages ne manquent pas d’action et figureraient avantageusement dans un film. L’histoire qui précède peut paraître un peu longue parce qu’il s’agit d’une recherche où Paul Carpentier passe d’une personne à une autre pour se rapprocher davantage d’Elsa, du groupe dont elle est dissidente, et du projet terroriste prévu. D’où aussi le grand nombre de personnages. Et Carpentier est trop réaliste pour être charismatique. Ça demeure, cependant, un récit solide dans lequel les points de repère historiques et géographiques augmentent la crédibilité de l’aventure.
Extrait :
Elsa coupa soudainement les gaz.
Une immense gerbe d’eau venait d’être propulsée devant elle, des millions de gouttelettes frappées par la lune formaient un geyser blanc au-dessus des eaux.
Une baleine…
Tout était devenu absolument silencieux. La mer était comme un disque d’huile et le Brig glissait dessus, encore sur sa lancée.
Soudain, le cétacé réémergea à moins de dix mètres de l’embarcation; le jet de son évent claqua dans l’air comme un coup de canon. Son immense dos noir et lustré se profilait à la surface pendant qu’Elsa recevait comme une ondée la bruine d’eau qui retombait du ciel.
Alors, la queue, immense, sortit entièrement en soulevant un mur d’eau qui retombait en une puissante cataracte avant de replonger en apnée vers les profondeurs. Elsa resta interdite devant le spectacle. Et, pendant que des larmes ruisselaient sur ses joues, une joie pure la transfigurait.

Anticosti
Niveau de satisfaction :
(4 / 5)


2025








