Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Il Metodo Catanalotti)
Date de publication française : 2024 (Fleuve noir)
Traduction (italien) : Serge Quadruppani
Genres : Enquête, sociologique
Personnage principal : Commissaire Montalbano
Camilleri est décédé en 2019 et, heureusement, on a continué à traduire ses romans qui nous livrent une vision pittoresque de la vie en Sicile. La série du Commissaire Montalbano, en particulier, met en scène des situations dramatiques auxquelles est mêlée, bien sûr, la mafia sicilienne, mais on traverse toujours ces histoires avec un certain sourire. Camilleri s’intéresse moins aux crimes qu’au travail d’équipe mis en branle pour les résoudre.
Pendant 20 ans, cette équipe est pratiquement toujours la même : le Commissaire Montalbano, qui vit dans un petit chalet à Vigata sur le bord de la mer, souvent grognon, particulièrement intuitif, et surtout gastronome; le fidèle Fazio, expérimenté et légaliste; Mimi Augello, coureur de jupons impénitent; et le jeune Catarella dont les problèmes de langage mêlent un peu tout le monde. Ce sont les relations entre ces quatre policiers qui constituent l’essentiel du récit.
Évidemment, ça ne dispense pas d’une intrigue policière. Dans ce cas-ci, tout commence quand Augello se sauve de l’appartement de sa maîtresse en sautant sur le balcon du voisin d’en bas; la porte-fenêtre est heureusement ouverte et, dans le noir, Augello se heurte à un corps tout habillé mais froid comme la mort. Il s’enfuit mais laisse partout des empreintes. Ce sera le premier problème à résoudre. Le lendemain, la police est avertie qu’un corps a été retrouvé dans les mêmes circonstances à une autre adresse. Et on apprend que le corps découvert par Augello est disparu. Mais ce n’est pas le même corps. Puis, le metteur en scène original Catalanotti est retrouvé mort à son tour. Quel rapport? Et le jeune Nico se fait tirer dans les jambes, mais ni lui ni sa fiancée ne veulent dire par qui.
Montalbano et son équipe ne s’en font pas trop avec toutes ces questions. Par contre, on se demande souvent si Montalbano doit rompre avec l’éternelle Livia au profit de l’agaceuse obsédante Antonia avec qui il n’en finit pas de feuilleter des documents, de partager de bons repas et de multiplier les pauses épidermiques. Les soucis personnels du Commissaire et de son adjoint Mimi Augello prennent beaucoup de place, au point où il n’est plus facile de suivre le problème principal ni même de savoir c’est lequel.
Extrait :
Avec précaution, il ouvrit les volets et la porte-fenêtre, glissa la tête à l’intérieur de la pièce plongée dans une obscurité complète, tendit l’oreille et, il eut beau retenir sa respiration, il ne perçut qu’un silence absolu. Prenant son courage à deux mains, il ouvrit un peu plus et avança la tête et les épaules. Il resta ainsi immobile, oreille tendue à l’affût d’un bruissement, d’une respiration. Rien. La faible lumière qui arrivait de la rue lui suffit pour comprendre qu’il s’atrouvait[1] dans une chambre à coucher, mais il se convainquit qu’elle était vide (…)
Ses yeux s’habituaient à l’obscurité, et il lui sembla distinguer sur le lit ‘ne[1] forme sombre.
Il aiguisa son regard : c’était ‘ne[1] forme humaine !
[1] Le traducteur invente une sorte de dialecte pour rester plus près de l’auteur qui a créé un langage qui lui est propre.

La Vigata de Montalbano
Niveau de satisfaction :
(3,5 / 5)


2025








