Brunetti entre les lignes – Donna Leon

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2014 (By Its Cover)
Date de publication française : 2016 (Calmann-Lévy)
Genres : Enquête, géographique (Venise)
Personnage principal : Commissaire Brunetti

Mon histoire d’amour avec Donna Leon est passée depuis longtemps, mais je reste attaché au commissaire Brunetti. C’est pourquoi je reviens toujours à ses romans, malgré mes promesses de les ignorer.

Brunetti doit se rendre à la Biblioteca Merula, suite à une plainte pour vol, portée par la Dottoressa Fabbiani, bibliothécaire en chef de cette bibliothèque. Des livres anciens ont été volés, d’autres endommagés : des pages ont été coupées, des illustrations surtout, pour être vendues à la pièce. Les mesures de protection ont été contournées, comme ce fut le cas dans bien d’autres bibliothèques italiennes. Le nombre de suspects est limité mais ce ne sont pas des enfants d’école : le marché noir des livres antiques est géré par des professionnels. Un des suspects est assassiné, ce qui permettra à Brunetti et son équipe de comprendre ce qui s’est passé.

Mince contribution, en réalité, de Vianello, d’Elettra, et de Claudia Griffoni. On recourt surtout à l’aide des empreintes digitales et de l’ADN. Patta et Scarpa ne font que passer. Paola et les enfants aussi. Brunetti semble avoir pris un coup de vieux, se révèle autoritaire et quelque peu sournois. Ses remarques sont souvent si saugrenues que je me suis demandé si c’était vraiment Donna Leon qui avait écrit ce roman.

Même pour quelqu’un qui aime les livres et respecte les livres antiques, le contenu de l’intrigue présente peu d’intérêt. Le déroulement de l’enquête pas beaucoup plus.

Extrait :
Le lendemain après-midi, Brunetti se rendit au Florian. Il traversa la place Saint-Marc en gardant bien cette idée à l’esprit. Il avait déjeuné avec Paola et les enfants. D’un commun accord, ils ignorèrent la conversation de la veille pour tenter de décider ensemble où ils pourraient aller cet été-là. « En admettant que ton chef ne te fasse pas rester en ville pour observer les pickpockets », observa Chiara, ce qui laissa entendre à Brunetti qu’il se livrait peut-être trop librement à des commentaires sur son travail.
« Il y a plus de chances que ce soit pour vérifier les permis bateau et contrôler les excès de vitesse sur le Grand Canal », suggéra Paola en se levant. Il se pencha pour l’embrasser sur la tête. « J’appellerai si je suis en retard », lui dit-il.
Même si chacun avait donné son avis, ils n’avaient pas réussi − comme toujours − à s’entendre sur l’endroit où aller passer leurs vacances. Peu importait à Paola où c’était, du moment qu’elle pouvait se prélasser toute la sainte journée, lire tout son soûl, puis sortir dîner dans la soirée. Ce qui comptait, pour les enfants, c’était d’être au bord de la mer et de pouvoir nager du matin au soir. Quant à Brunetti, ce qu’il voulait, c’était pouvoir faire de longues randonnées en montagne, rentrer l’après-midi et s’endormir sur un livre. Les problèmes les attendaient au tournant, craignait-il. Terrible de donner le droit de vote aux enfants…

Illustration ancienne

Niveau de satisfaction :
3 out of 5 stars (3 / 5)

 

 

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Le salaire de la peur – Georges Arnaud

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 1950 (Julliard) – Réédité en 1973 (Julliard) et en 2011 (Pocket)
Genres : Aventures, roman noir
Personnages principaux : Gérard et Johnny, chauffeurs de camion

Après avoir lu le livre de Philippe Jaenada La serpe qui retrace la vie d’Henri Girard alias Georges Arnaud, j’ai eu envie de lire son premier roman, le célèbre Le salaire de la peur. L’ancienneté du livre n’ôte ni l’intérêt ni le plaisir de lecture, toujours présents.

Dans la plaine de Zulaco, au Guatemala, la Crude and Oil Limited extrait le pétrole. Un jour c’est l’accident : une explosion, un puits s’enflamme. Une colonne de feu immense s’élève dans le ciel. Il y a des morts. Éteindre un puits en flamme n’est pas une mince affaire : il faut souffler le puits, comme on souffle une allumette. Mais il faut y aller fort, utiliser des explosifs, y aller à la nitroglycérine. Cet explosif, ils ne l’ont pas sur place, il faut l’amener du camp de base situé à Las Piedras. Las Piedras est un trou à rats où se sont réfugiés des aventuriers et des mercenaires qui n’ont jamais eu les moyens d’en repartir. Aussi quand La Crude décide d’embaucher sur place quatre chauffeurs pour convoyer ce dangereux chargement de nitroglycérine, les candidats sont nombreux malgré le risque énorme. Après les épreuves de sélection, ils sont quatre, deux par camion, a être engagés : Gérard Sturmer (Français), Johnny Mihalescu (Roumain), Juan Bimba (Espagnol) et Luigi Stornatori (Italien). Deux bombes roulantes conduites par quatre hommes à qui il faudra beaucoup de courage et encore plus de chance pour arriver à destination.

C’est avec l’équipage Gérard-Johnny que l’auteur nous fait vivre ce périple où la mort peut survenir à chaque instant. La moindre secousse, le plus petit choc, une manœuvre trop brutale et la déflagration réduirait le véhicule et les chauffeurs en poussière. Aussi, en plus de nerfs d’acier, il faut beaucoup de sensibilité et de délicatesse sur les pédales pour éviter les secousses fatales. D’autant plus que la piste n’est pas uniformément plate. Il y a des trous, des nids de poule, il faut les aborder lentement, tout en douceur mais en d’autres endroits c’est la tôle ondulée : des milliers de petites rigoles, peu profondes et très serrées. Là, au contraire, il faut rouler vite, 80 kilomètres-heure au moins, afin que le camion vole à la surface des cannelures sans s’y accrocher. Une fausse manœuvre, une vitesse trop rapide ou au contraire trop lente suivant la configuration du terrain et tout pète. L’angoisse et la peur sont omniprésentes. C’est une rude épreuve, à la fois physique et psychologique. Gérard a une grande maîtrise et une énorme détermination mais Johnny craque, se bat contre ses démons. C’est ce voyage hallucinant que l’auteur décrit en détail. Le suspense est total concernant la réussite ou l’échec de la mission. Au passage l’auteur montre le cynisme de la société américaine qui joue avec la vie des paumés de Las Piedras : c’est la solution le plus économique d’utiliser de vieux camions que l’on confie à des locaux nouvellement embauchés dont la perte n’affecterait pas la compagnie. Le comportement des yankees qui pillent le pays, méprisant complètement les populations est aussi exposé.

Le salaire de la peur est un roman âpre, d’une haute intensité avec un suspense permanent. Il a été adapté pour le cinéma par Henri-Georges Clouzot, sorti en salles en 1953 avec comme interprètes principaux : Yves Montand, Charles Vanel, Folco Lulli, Peter Van Eyck.

Extrait :
Johnny recule toujours devant les phares. Dans ce cauchemar de boue, il piétine et trébuche comme dans un rêve ; comme dans un rêve il trébuche, et tombe à la renverse. Mais ce n’est pas un rêve puisque de crier ne le réveille pas. La tête dressée au-dessus du liquide qui recouvre entièrement son corps affalé, il crie, crie encore. Le camion continue son avance implacable sur lui. Gérard a tout vu, il ne relève pas le pied pour ralentir; ce qu’il faut, c’est passer. Le pneu avant droit atteint le pied du Roumain, y appuie, le presse dans la boue qui se solidifie sous l’énorme pression. Il se débat, Johnny, crie, il sent sa jambe se broyer, il hurle à la mort ; Sturmer, les yeux fixés sur le haut de la pente qu’il va attaquer dans un instant, ne fait pas attention à cette carcasse désarticulée qu’il est en train de fouler aux roues, écrasée ou noyée, est-ce qu’on sait ; qu’est-ce que ça peut faire, il faut passer. Il faut passer.

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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La serpe – Philippe Jaenada

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Julliard)
Genre :
Enquête
Personnage principal : Henri Girard alias Georges Arnaud, écrivain

Prix Femina 2017

Le 24 octobre 1941 à Escoire, en Dordogne, dans le château qui domine le village, trois personnes sont massacrées à coup de serpe : les propriétaires Georges Girard et sa sœur Amélie, ainsi que leur domestique Louise Soudeix. Une quatrième personne était dans le château au moment des crimes : le fils de Georges et neveu d’Amélie, Henri Girard, 24 ans. Seul survivant il donnera l’alerte. Le château étant fermé de l’intérieur, il sera suspecté d’être l’assassin. Arrêté et jeté en prison, il y restera vingt mois, jusqu’à ce que s’ouvre son procès à Périgueux. Sa culpabilité ne faisant aucun doute, la seule question qui subsiste est : sera-t-il condamné à mort ? Il ne le sera pas. Il sera même acquitté après une délibération du jury qui durera à peine dix minutes. Ce petit miracle est dû à Maurice Garçon, un ténor du barreau parisien qui a accepté de défendre Henri Girard. Le grand avocat mettra en évidence les erreurs et les manquements de l’enquête, sèmera le doute sur les charges retenues contre son client. Henri Girard sera libéré mais le soupçon continuera à le poursuivre. L’affaire ne sera jamais résolue et restera une énigme.

Henri Girard c’est Georges Arnaud l’écrivain, auteur du célèbre Le salaire de la peur entre autres. Henri-Georges Clouzot s’en inspirera pour un film éponyme qui obtiendra l’équivalent de la palme d’or du festival de Cannes en 1953. Philipe Jaenada s’est intéressé à cette histoire hors du commun. Il a réalisé sa propre enquête sur le terrain. Il a examiné les archives, a scruté des tas de documents, de photos, a établi des plans … bref, il a procédé à une enquête méticuleuse et fouillée. Finalement il en est arrivé à établir sa propre hypothèse, fortement argumentée, concernant ce triple meurtre du château d’Escoire. Il a même poussé sa démarche jusqu’à donner le nom du coupable, selon lui. Passionnant !

Si le livre est globalement passionnant on ne peut pas dire que ce soit le cas de la première partie dans laquelle l’auteur prend un malin plaisir à faire languir : il délaye, temporise, fait mijoter le lecteur à petit feu avant d’en arriver au sujet principal. Cette méthode est sensée créer de l’impatience, l’avidité de connaître la suite. Elle a un inconvénient : au lieu de susciter l’intérêt elle peut créer la lassitude et amener le lecteur exaspéré à fermer le livre. Ce serait dommage car la suite est vraiment captivante. De façon générale l’auteur abuse de digressions, de parenthèses alourdissant le récit, inutiles, fastidieuses, voire irritantes. Un bon dégraissage de quelques dizaines de pages d’anecdotes superflues n’aurait pas nui à cette œuvre, bien au contraire me semble-t-il, mais il y a des lecteurs qui apprécient ce style tout à fait personnel.

Georges Arnaud

L’auteur, en plus de décrire dans le détail son enquête, retrace la vie de d’Henri Girard alias Georges Arnaud. Quelle vie ! Quel personnage ! Après son procès, il s’exile en Amérique du sud où il exerce divers métiers : barman, chercheur d’or, camionneur … Il séjourne en Algérie puis revient en France, publie Le Salaire de la peur, connaît le succès et pourrait alors vivre tranquillement. Mais non ! Il s’engage dans des causes les plus difficiles : défendre une condamnée à mort, dénoncer les erreurs judiciaires, soutenir le combat de l’Algérie indépendante. Une vie tumultueuse et chaotique avec, comme constante, l’indifférence envers l’argent. Quand il en avait (beaucoup), il le claquait rapidement, le distribuait sans compter. Quand il n’en avait pas, il faisait sans ça, pas vraiment affecté. Jusqu’au bout Georges Arnaud sera un personnage ténébreux, entouré d’une aura sulfureuse.

L’auteur a su rendre fascinantes la vie de Georges Arnaud et l’affaire des meurtres du château d’Escoire. Une fascination qu’il a dû éprouver lui-même. On ne peut que saluer le travail minutieux de l’auteur et son choix audacieux de proposer une solution à une énigme vieille de plus de 75 ans.

Extrait :
Qu’un avocat de la trempe de Maurice Garçon puisse, en seulement deux heures, inverser les certitudes de toute une salle, cela peut se comprendre. Ce qui laisse plus perplexe, c’est que des jurés acquittent en dix minutes à peine un homme que tout accuse, et dont la culpabilité était encore indubitable pour eux le matin même. En dix minutes, on n’a pas le temps de discuter – ni en treize. Il faut qu’ils aient été influencés, ou en tout cas coordonnés, dirigés d’une manière ou d’une autre. Et même en supposant que, chamboulés par la plaidoirie diabolique de Garçon, ils se soient tous écriés « Non coupable ! » en entrant dans la salle, quel magistrat, quel président de tribunal les aurait laissés ressortir aussitôt, sans leur conseiller de prendre ne serait-ce qu’une petite demi-heure de réflexion, pour peser le pour et le contre dans une affaire d’une telle importance, une affaire de triple meurtre ?

« Je devins une espèce de fantôme, perdu dans sa souffrance. Je me répétais “Georges… Georges…” indéfiniment. Je commis même une lourde faute. Je pris une cigarette de mon paquet et tendis machinalement les autres à la ronde. Les curieux reculèrent, horrifiés. Quand la gendarmerie arriva, leur opinion était faite. » Il s’est bien mis au piano, dans le grand salon, pour jouer du Chopin. On va dire que je chipote, mais ce n’était pas la « Marche funèbre », c’était « Tristesse » …

Chopin – Étude N°3 Tristesse

Château d’Escoire

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

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L’autre reflet – Patrick Senécal

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2016 (Alire)
Genres :
thriller, noir, violent
Personnages principaux : Michaël Walec, écrivain – Wanda Moreau, fan et muse

Avec Chrystine Brouillet, Senécal est sans doute le plus connu (et lu) des grands écrivains québécois dans le domaine du polar; la première déploie de fines enquêtes; Senécal construit avec talent des thrillers noirs où suinte l’horreur. Son dernier-né, L’autre reflet, vient de remporter le Prix du meilleur roman policier québécois (2016-2017), offert par la Société du roman policier de Saint-Pacôme. Par son organisation professionnelle, ses membres du jury zélés, le nombre important de romans analysés et la bourse de 3 500$ accordée au gagnant, c’est certainement un des prix les plus convoités au Québec. Senécal avait aussi gagné ce prix en 2007 avec Le Vide.

Michaël Walec enseigne la langue française aux détenues de l’Établissement Joliette pour femmes qui ont commis des crimes plus ou moins importants. Il préférerait enseigner dans un cégep, mais les postes sont rares. Il aimerait encore mieux gagner sa vie comme écrivain et il bosse fort sur un genre de roman noir d’horreur, mais s’est contenté à date de publier une nouvelle. Une de ses étudiantes, Wanda Moreau, reste souvent après le cours, fascinée par l’écriture, et s’y est d’ailleurs livrée sous l’influence de son prof. Comme dans bien des romans de Senécal, tout ça commence donc de façon très normale; facile pour un enseignant de se retrouver dans le personnage du professeur, par ailleurs agréablement marié et assez sociable.

Deux problèmes, cependant : d’abord, Michaël, qui tient absolument à écrire un thriller à la Stephen King ou à la Patrick Senécal, ne parvient pas à écrire des scènes violentes qui ne sonnent pas artificielles. Sa conjointe Alexandra, qui l’admire beaucoup, ne parvient pas à être particulièrement émue quand elle lit ces scènes, et il doit bien admettre qu’il ne vibre pas beaucoup lui non plus. Deuxio, son élève Wanda, qui est internée pour avoir tué son copain, raconte par écrit ce meurtre dans un style décapant qui bouleverse son professeur. Syntaxiquement parlant, c’est défectueux, mais littérairement parlant, c’est comme ça qu’aimerait parvenir à écrire Michaël. Avec hésitation et espoir, il l’encourage à écrire d’autres scènes horribles, qui se caractérisent par le fait que Wanda les a vécues. Les descriptions sont si impressionnantes qu’il en rêve; et finit par les intégrer à son roman. En les réécrivant en bon français, bien sûr, mais en gardant les images décisives. Ce roman, Sous pression, obtient un énorme succès.

Ce deuxième problème ressemble donc plutôt à une solution. Sauf que, Michaël perd son poste à l’Établissement Joliette; même si Alexandra l’encourage à écrire à plein temps en le subventionnant, il ne parvient plus, privé de Wanda, à répéter le succès de son premier roman. Il dégringole non seulement comme écrivain mais aussi comme être humain : sa mauvaise foi le déchire et l’alcool ne parvient pas à le recoudre.

Quelque temps après, Wanda, libérée de prison, le rencontre dans un salon du livre et, comme elle a constaté elle aussi son absence de talent pour écrire des scènes violentes, elle lui propose son aide. Mais Wanda est foncièrement coupée de ses émotions et peut mal imaginer des scènes qu’elle ne vit pas. Or, les romans de Michaël multiplient les meurtres. On comprend donc son hésitation à accepter la collaboration de Wanda. Mais il veut tellement devenir un grand écrivain et retrouver la reconnaissance de ses pairs. Tel est le début d’un cauchemar infernal…

Senécal est un des rares auteurs qui parvient à me rendre mal à l’aise. Dès le début du roman, même quand tout semble normal, on anticipe le coup de tonnerre dans un ciel serein. Le déroulement est implacable. Le personnage de Wanda est une création exceptionnelle, aussi forte que Lisbeth Salander, même si elle est très différente. Au-delà du bien et du mal, comme un enfant. Comme un enfant aussi, cette façon de dire « câline » !, si innocente. Et pourtant si froide ! Michaël est un personnage plus normal mais, comme dans les romans de Westlake, il se trouve engagé dans un engrenage qui le dépasse, auquel il ne peut/veut pas résister. Pour ceux qui en ont assez des personnages qui fonctionnent à la culpabilité, Senécal a trouvé l’antidote à ce sentiment : la mauvaise foi, dont Michaël est une parfaite incarnation. Nous avons là un couple exceptionnel et particulièrement explosif.

Enfin, comme bonus, on a droit à de belles formules; par exemple, Wanda s’étonne gaiement: « Si c’est ça le bonheur, c’est pas mal agréable ». Ou encore, le cri de Michaël qui se sent pris au piège :  « Le rugissement qu’il sentait monter tout à l’heure jaillit, long, guttural, le cri que poussera l’univers lorsque sa dernière étoile s’éteindra pour toujours ».

Bref, un roman terrible qui nous captive de bien des façons.

Extrait :
Michaël crache sur son écran. Un acte aussi impulsif que grotesque, mais qu’il n’arrive tout simplement pas à réprimer. Il vient de relire la mise à mort de Louis, cette scène qu’il a réécrite pour la vingtième fois depuis deux mois (comme tous les passages essentiels de son roman, d’ailleurs) et sur laquelle il a pioché toute la matinée… Résultat : Michaël se demande même si, à force de vouloir améliorer ces passages, il ne les a pas empirés.
Impuissant, brisé, il essuie de sa manche la salive sur l’écran lorsque la musique du voisin éclate pour la première fois de la journée, une pièce d’Iron Maiden avec une basse qui secoue les murs.
− Ta gueule ! hurle l’écrivain au bout de sa chaise. Ta gueule, ta gueule, ta gueule !

Salon du livre de Québec

Niveau de satisfaction : 
4.6 out of 5 stars (4,6 / 5)

 

 

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Résistants – Thierry Crouzet

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Bragelonne)
Genres : Thriller médical, Science-fiction
Personnages principaux : Katelyn, étudiante en médecine – Yash, bioterroriste

Tout avait bien commencé. Katelyn, étudiante en médecine, a embarqué sur le Paradise, un yacht de croisière, pour un job d’été. Elle a rencontré Yash, le barman, un beau brun un peu distant qui ne la laisse pas indifférente. Et puis tout se détraque : tout le monde tombe malade, sauf Katelyn. Yash a disparu. Quand les sauveteurs arrivent, ils ne secourent pas les passagers : des hommes en combinaisons stériles placent des bombes au napalm qui envoient passagers et bateau par le fond. « Le sacrifice de quelques-uns s’impose parfois au bénéfice de tous » lui explique le chef du commando. Les passagers ont été empoisonnés avec une bactérie qui résiste à tous les antibiotiques connus : Curitiba adversus. Kathelyn est immunisée contre cette bactérie, c’est une résistante. Yash, lui, diffuse la bactérie, c’est l’infecteur volontaire, un bioterroriste, un serial killer qui choisit ses victimes. Le cas de Katelyn intéresse Glen Redwood, le chef de l’Anti-Bioterrorism Center (ABC). Il l’embauche comme enquêteuse avec pour mission de traquer Yash et ses complices de la triade de Shiva qui continuent de propager la bactérie mortelle.

L’auteur a choisi la forme du thriller futuriste comme moyen d’attirer l’attention sur dangers dus à l’inefficacité progressive des antibiotiques. Il aurait aussi bien pu le faire sous forme d’essai. Il n’aurait alors pas touché le même public : il se serait adressé essentiellement au milieu médical alors que le thriller grand public, sous une forme beaucoup moins austère, livre le même contenu très documenté et pointu sur les maladies et les différents moyens de lutte. C’est surtout un message d’alerte sur des pratiques de production et de consommation intensives qui nous exposent à des catastrophes sanitaires. C’est toujours instructif, souvent didactique, parfois un peu ardu.

Si l’intrigue passe au second plan, elle n’en tient pas moins la route. C’est avec une certaine habileté que l’auteur réussit à rendre sympathique des terroristes, plus sympathiques en tout cas que certains individus sans scrupules, utilisant des montages d’enrichissement, d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent « parfaitement légaux, évidemment ». Leurs méthodes mettent toute la population en péril. Les plus dangereux ne sont peut être pas les terroristes.

L’intrigue se déroule dans un présent et futur très proche puisqu’elle débute en juillet 2017 et se termine en septembre 2019. C’est donc pas de dangers lointains dont il est question mais bien d’une menace actuelle.

Dans ce livre, Thierry Crouzet semble s’être donné la mission de nous sensibiliser sur l’utilisation inadaptée des antibiotiques, favorisant l’émergence de bactéries difficiles à combattre, d’où la forte probabilité de voir surgir un problème sanitaire majeur. Élaborer un roman aussi scientifiquement détaillé comportait le risque d’être un peu rébarbatif. Ce n’est pas du tout le cas, l’intrigue maintient le lecteur en haleine et rend le message encore plus efficace. Résistants est un thriller médical à la fois innovant et glaçant.

Extrait :
Nous pouvons accepter d’être pauvres, d’être dominés, d’être en bas de l’échelle sociale, mais pas de crever plus tôt que les riches. Jusqu’ici, ils mouraient comme tout le monde. Les milliards de Steve Jobs ne l’ont pas protégé du cancer. Si cela change, ce sera une catastrophe.

— Parce que nous avons la même espérance de vie que les enfants qui travaillent dans les mines, peut-être ?
— Non, bien sûr, tu as raison, Katelyn. Mais, chez nous, en Amérique, nous avons tous plus ou moins la même espérance de vie.
— Sauf les Noirs, qui ont cinq ans de moins que les Blancs.
— Oui, cinq ans, c’est énorme, mais l’écart ne cesse de diminuer. Nous avançons vers plus d’égalité. Que se passera-t-il quand un homme pourra vivre deux fois plus longtemps qu’un autre parce qu’il pourra s’offrir les bons médicaments ? Que se passera-t-il quand les 1 % auront tous une chance de devenir des centenaires en pleine santé ? Je crois que la société se fracturera, que la violence redoublera, parce que les laissés-pour-compte, les 99 %, n’auront plus rien à perdre. Quelqu’un a compris que Milton Roy s’engageait sur cette pente dangereuse. Quelqu’un ne veut pas de son modèle de société.

Bande annonce de Résistants

Niveau de satisfaction : 
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

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Les tricoteuses – Marie Saur

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2017 (Héliotrope noir)
Genre : Enquête
Personnages principaux : Daniel Hurteloup – Sophie (sa sœur)

Marie Saur est née à Rennes en 1978. Diplômée en littérature, langue et communication, elle s’est établie à Montréal. Elle a scénarisé cinq tomes de la série de bandes dessinées Jérôme d’Alphagraph en collaboration avec Nyslo. Les Tricoteuses est son premier polar.

Daniel Hurteloup a purgé sa peine de trafic de drogues et cherche à se réhabiliter auprès de sa sœur, Sophie, et de son beau-frère, Frédéric. On lui offre un poste de gardien de nuit chez TV6, que dirige Patricia Fortin Rousseau, la fille dévergondée de la puissante famille Fortin. Patricia est, cependant, trouvée pendue dans le studio B : meurtre ou suicide ? Comme, par hasard, les caméras de surveillance ne fonctionnaient pas toutes, Daniel et son amie Colette, qui travaillait comme narratrice hors champ à TV6, seront suspectés par la police officielle.

De fait, c’est la famille Fortin qui semble tirer toutes les ficelles et la policière Delphine Constant a l’air de se demander ce qu’elle fait là. Se greffe à cette histoire, un flash-back sur l’épisode lointain des ‘tricoteuses’, femmes courageuses reconnues pour avoir organisé une grève contre l’empire Fortin quarante ans auparavant. La mère de Colette semble être une des meneuses de ce conflit de travail, qui s’est terminé dans la confusion mais au profit de la compagnie. Par ailleurs, un des fils Fortin, Thomas, aurait peut-être trempé dans le meurtre de sa sœur, s’il s’agit bien d’un meurtre et s’il s’agit bien de sa sœur. A-t-on voulu se débarrasser de Patricia et de Thomas pour des avantages financiers? Pendant que la police élabore des hypothèses, la spécialiste en informatique de TV6 découvre ce que personne n’a pensé chercher, et trouve même des preuves qu’il aurait été facile de faire disparaître, n’eût été de la grande confiance en lui et en son impunité qu’éprouvait un autre fils Fortin.

Mais la policière sera promue en Europe, Colette obtiendra son divorce, Daniel recevra un gros montant d’argent, de sorte que personne ne saura vraiment ce qui s’est passé.

C’est un roman déconcertant : plusieurs pistes n’aboutissent pas et l’auteure veut tellement en dire qu’on s’y perd. On ne reprochera pas à Marie Saur de ne pas avoir de souffle, mais trop de souffle risque d’ébranler la précision. Et la grande part accordée aux tricoteuses n’améliore pas la clarté du sujet. Par contre, ceux qui aiment se sentir décontenancés, même quand la lecture est terminée, y trouveront assurément leur compte.

Extrait :
Le chat Gribouille se frotta aux jambes de Marie-Andrée Marquette, qui fit semblant de se fâcher parce que l’animal l’empêchait de mettre ses souliers et qu’elle allait être en retard au bureau. Ils sortirent tous deux dans le petit matin frais de novembre et se séparèrent sur le balcon du deuxième étage.
Gribouille attendit que Marie-Andrée eût tourné au coin de la rue Plamondon, dévala à son tour les marches de l’escalier extérieur, traversa prudemment la rue, grimpa sur un balcon et gratta à la porte de la vieille madame Vigneault. La dame attendait tous les matins son petit Muguet avec de la pâtée en boîte individuelle, bœuf gastronomique ou saumon de l’Atlantique en bouillon. Les jours de fête, elle sortait pour Muguet d’un placard fermé à clef un sachet de Party Mix aux crevettes séchées ou bien saveur Plaines de l’Ouest. Après sa collation, Muguet grimpait sur les genoux de madame Vigneault et y restait jusqu’à l’heure du dîner. La vieille dame entretenait une longue conversation avec le chat, qui répondait par des clignements d’yeux et des miaulements. Quand 11 heures sonnaient à la petite pendule dorée sous cloche, madame Vigneault reposait Muguet par terre, lui ouvrait la porte d’entrée en lui disant « À demain, mon petit Muguet ! » et rejoignait sa cuisine.

Terrasse Dufferin

Niveau de satisfaction :
3 out of 5 stars (3 / 5)

 

 

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La découronnée – Claude Amos

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Rivages)
Genre :
Roman noir
Personnages principaux : Johan et Guy Mesel, Frères – Maïa, nourrice des deux frères – Camille, adolescente – Zahra, belle-mère de Camille

Johan et Guy Mesel sont frères. Ils décident d’échanger les appartements pendant la durée des vacances. Johan ira à la montagne pour faire des randonnées tandis que Guy s’installera à Viâtre dans l’appartement que son frère vient d’acheter dans ce qu’on appelle la montée de la Découronnée. Guy, en fouillant les affaires de son frère, va découvrir l’histoire des anciens propriétaires. Il va être obsédé par le destin tragique d’une ancienne occupante. Il va contacter sa fille, Camille, une adolescente de seize ans. Camille vit maintenant avec Zahra qui a épousé son père après la mort de sa mère. Guy va faire découvrir à Camille sa propre histoire familiale. Elle en sera bouleversée. De son côté Maïa, la nourrice de Johan et Guy , va aussi revenir à Viâtre pour tenter de retrouver un fils enlevé près de soixante ans plus tôt, pendant la guerre. Tous ces personnages ont une histoire liée à un lieu : la montée de la Découronnée.

L’intrigue mêle l’histoire de plusieurs familles. Il faut être attentif pour ne pas perdre les liens qui unissent les principaux personnages et pour les positionner clairement, d’autant plus qu’il y a aussi de nombreux personnages secondaires. Le risque de confusion ou de perte du fil de l’histoire est lié au petit espace qui rassemble un grand nombre de protagonistes. Ce n’est pas toujours évident de s’y retrouver. Passé cet obstacle on peut apprécier les mystères qui planent sur la disparition d’une mère ou d’un fils. Les souvenirs incomplets et flous permettent des interprétations contradictoires. C’est en fonction de leur psychologie et de leurs blessures que ces gens essaient de reconstituer des événements dont il ne reste qu’une souvenance brumeuse. C’est très habilement que l’auteur joue sur ces réminiscences diffuses pour installer le doute jusqu’au bout.

La phrase mise en exergue du roman donne le ton : « Ô l’amour d’une mère, amour que nul n’oublie » (Victor Hugo – Feuilles d’automne). La relation mère – enfant, ou son absence, est l’autre thème après la résurgence du passé. Ainsi les deux frères Johan et Guy n’ont pas été élevés par leur vraie mère, en dépression sévère et incapable de s’occuper d’eux. C’est Maïa, la nourrice, qui les a élevés, elle les considère comme ses enfants. Maïa a eu un fils à quinze ans mais il a disparu dans une rafle en 1944. A-t-il survécu ? Camille a perdu sa mère jeune. Avant ça quelqu’un la maltraitait. Est-ce sa mère ou sa belle-mère Zahra, la deuxième épouse de son père ?

Claude Amos réussit à construire un roman noir dense sans qu’il n’y ait le moindre coup de feu, le moindre mort. Les souvenirs sont parfois la plus violente des agressions.

Extrait :
La montée de la Découronnée est une ruelle en pente raide qui grimpe à l’assaut de la colline, en face de la passerelle. Le nom vient d’une statue de pierre, à l’angle du quai et de la rue, a expliqué Johan. Guy la repère sans peine, à la hauteur du premier étage, éclairée par une guirlande de minuscules ampoules. Une femme enveloppée dans une cape, qui porte sur le front une couronne aux pointes brisées.

Niveau de satisfaction : 
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

 

 

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Spada – Bogdan Teodorescu

Par Marielle Pondevy Moënne-Loccoz

Date de publication originale : 2008 (spada)
Date de publication française :
2016 (Agullo)
Genres :
roman noir, politique-fiction
Personnages principaux : Le Poignard, le Président, Ràdoulescou (ancien Président), les médias

Le roman débute par un dimanche d’été sur la place Obor, à Bucarest, où « La Mouche », un Rom doté d’un casier judiciaire, joue au Bonneteau afin de soulager les joueurs de leur argent. Peu de temps après, « La Mouche » est retrouvé égorgé par un poignard (Spada).
La situation s’aggrave rapidement lorsque 3 autres corps sont découverts, assassinés de la même façon et avec un profil identique : roms, avec un casier judiciaire. Et cette série de crimes devient rapidement difficile à gérer pour le Ministre de l’Intérieur, le Premier Ministre et le Président, dans une année préélectorale. La pression de l’Union Européenne et des instances étrangères influent également sur la gestion de cette crise. Alors que les morts du Poignard continuent à s’amonceler, les médias, les différents partis politiques vont tenter de tirer avantage ou de diminuer l’impact de la situation, rendant chaque chapitre un peu plus glauque, sordide, et caustique.
Il faut dire que le Poignard est considéré soit comme un assassin, soit comme un héros national : car il s’attaque à des roms avec des casiers judiciaires. Oui, mais les Roms représentent environ 2 millions de voix… Alors, de décisions politiques en actes idiots, de communiqués de presse en corruption de journalistes, les faits vont s’enchaîner et se déformer de façon caricaturale.

Le génie de Bogdan Teodorescu dans Spada consiste à dévoiler le côté sordide des affaires politique et médiatique roumaines sans jamais ennuyer le lecteur. Sous couvert d’une série de meurtres au poignard (Spada), il se livre à une enquête sociologique de grande envergure. Les crimes ne constituent qu’un prétexte pour évoquer le fonctionnement corrompu et ubuesque d’un régime démocratique mais néanmoins sujet à de nombreuses dérives.
En dépit d’une multitude d’intervenants, de ministres, de journalistes, ce roman se lit aisément : sans doute, parce qu’il est vrai qu’à certains moments les discours extrémistes de Varlaam, qui dirige le Parti d’Union Nationale, ressemblent à ceux de certains de nos hommes (ou femmes) politiques français, et que d’autres similitudes apparaissent au fil des pages. Et puis, dans tout ce cirque médiatico-politique subsiste toujours une pointe d’humour : de nombreuses situations en deviennent d’ailleurs cocasses.

Ce roman ne s’adresse aucunement aux adeptes de la chasse aux serial-killers. En revanche, il constitue un bon outil pour comprendre les rouages et mécanismes du cercle politico-médiatique, et si ce Polar atypique est souvent noir, il contient néanmoins un second degré sarcastique par la cruauté et le réalisme des passes d’armes entre les différents intervenants.
Ici, le nerf de la guerre c’est le pouvoir. Et, pour une démocratie encore jeune, ce pouvoir permet à une minorité toutes les bassesses. Dans ce surprenant polar roumain, Bogdan Teodorescu manie avec délice l’humour, l’énergie du désespoir, pour nous présenter une politique-fiction avec un arrière goût de réalité.

Extrait :
Discussion entre le Premier Ministre et Càlin Sélarou (conseiller) :
– Et alors ?
– Nous analysons.
– Bon, mais que faisons-nous, tout de même ? Qu’est ce qu’on attend ?
– Ma proposition que j’ai transmise lors de la dernière réunion du Conseil Suprême de Défense de la Roumanie, il y a deux semaines, est que l’on change de ministre de l’Intérieur.
– Vous croyez qu’il est coupable ?
– Non, bien sûr ! Ce n’est quand même pas à lui d’arrêter l’assassin. Mais un nouveau ministre de l’Intérieur bénéficiera d’une période de grâce, et peut-être que dans l’intervalle l’assassin sera arrêté.

Palais Cotroceni

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

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Froid d’enfer – Richard Castle

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2011 (Heat rises)
Date de publication française : 2012 (City Editions)
Genres : Enquête, thriller
Personnage principal : Nikki Heat, inspecteur à la police de New York, Jameson Rook, journaliste

Ne perdons pas trop de temps sur l’identité de la personne qui se cache derrière le pseudonyme de Richard Castle. Castle est, en réalité, le nom de l’écrivain newyorkais, conseiller de la police de New York, particulièrement de la jolie Kate Beckett, dans la série télévisée américaine Castle qui, depuis 2009, a connu plusieurs bonnes saisons à la télévision française. Les romans ont, semble-t-il, été conçus à partir de la série. Castle est devenu le journaliste Jameson Rook, et Beckett est devenue la policière Nikki Heat. On a attribué le nom de Castle à l’auteur de cette série de romans, mais le mystère plane encore sur l’identité réelle de l’auteur. Si vous commencez à vous sentir un peu mêlé, attendez de lire le roman !

Le père Gerald Graf est retrouvé torturé à mort aux Délices du donjon. Le chef et mentor de Nikki Heat, le capitaine Montrose, a depuis quelque temps des comportements bizarres : il devient suspect d’on ne sait quoi aux yeux des autorités policières et il se mêle d’orienter les démarches de Nikki dans l’enquête de la mort du père Graf, ce qui n’est pas coutume. Pourquoi Horst Meuller, le Danseur du Chaud Show, a-t-il essayé d’étrangler Graf et menacé de le tuer ? Et, au moment où Nikki venait interroger le danseur, qui a tiré sur lui et pourquoi? Puis, on découvre que le père Graf était sympathisant de Justicia aguarda, rebelles armés qui militaient pour les opprimés de Colombie. Y a-t-il un rapport entre cette activité et le fait que Graf gardait cachée une grosse somme d’argent ? Nikki établit aussi un rapport entre les blessures de Graf et celles du jeune Huddleston abattu quelques années auparavant, cas sur lequel Montrose semblait vouloir revenir. Qui a le pouvoir de démettre Nikki Heat de ses fonctions et d’où sort l’escadron de professionnels qui cherchent à la tuer dans Central Park?

Vient un temps où Nikki Heat ne sait plus où donner de la tête, et nous non plus. A part quelques moments de répit pendant lesquels Nikki et Jameson réfléchissent en baisant (ou l’inverse), ça n’arrête pas : on ne compte plus les entrevues, les poursuites, les fuites; les personnages se multiplient; grâce aux ordinateurs et à internet, on découvre des informations qui nourrissent des hypothèses variées et variables. Un rebondissement n’attend pas l’autre. Notre héroïne est souvent mal prise, mais il y a du Tintin en elle, et on se doute bien qu’elle va finir par s’en sortir; elle aussi d’ailleurs. Probablement que tout ça passerait mieux au cinéma. Essayer de rassembler toutes ces péripéties dans un gros livre a pour effet de perdre et de lasser le lecteur, même si les pièces de cet énorme puzzle finissent par se mettre en place. Il y a aussi que le charme de Jameson Rook et le sex appeal de Nikki Heat passent mieux à l’écran.

Extrait :
Le truc à New York, c’est qu’on ne sait jamais ce qu’on va trouver derrière une porte, se disait une fois de plus l’inspecteur Heat en se garant dans la 74e au niveau d’Amsterdam, devant les vitrines balayées par les gyrophares de sa Crown Victoria et de l’ambulance. Nikki savait, par exemple, que la porte anodine du caviste cachait une déco tout en beige et ocre imitant l’intérieur d’une cave, où les bouteilles s’empilaient dans des niches ornées de pierres de rivière importées de France. Sur le trottoir d’en face, la porte d’une ancienne banque de l’époque de Roosevelt donnait sur un escalier en colimaçon qui descendait vers une immense salle de base-ball envahie, les samedis et dimanches après-midi, par des jeunes joueurs rêvant de ligue majeure et les enfants venus fêter leur anniversaire. Pourtant, ce matin-là, la plus banale de ces portes − celle en verre dépoli sans la moindre trace d’enseigne, avec juste un numéro autocollant or et noir acheté chez le quincailler pour indiquer l’adresse au-dessus − allait s’ouvrir sur l’un des intérieurs les plus inattendus de ce quartier tranquille.

New York sous la neige

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

 

 

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Drone Land – Tom Hillenbrand

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2014 (Drobnenland)
Date de publication française : 2017 chez Piranha
Genres : Enquête, thriller, Science-fiction
Personnage principal : Aart van der Westerhuizen, inspecteur-chef d’Europol

Westerhuizen est inspecteur-chef d’Europol. Il est chargé d’enquêter sur le meurtre d’un député du parlement européen. Avec l’aide de Terry, le super-ordinateur omniscient de la police, la résolution de cette affaire ne devrait pas traîner. Cependant les implications politiques rendent l’affaire plus complexe que prévue. Un suspect finit par être identifié, c’est un anarchiste qui prône le refus d’intégration européenne. Ce suspect est accidentellement tué par un drone hors de contrôle. L’enquête semble terminée mais Westerhuizen n’est pas satisfait, il soupçonne l’intervention de groupes beaucoup plus puissants qu’un petit activiste, d’autant plus qu’il va découvrir qu’il y a eu manipulation des données utilisées par le super-ordinateur. Son entêtement à vouloir comprendre tous les tenants et aboutissants de l’affaire va le mettre en danger.

L’intrigue se déroule dans un futur proche. Si la façon dont se déroule une enquête n’a pas beaucoup évoluée, la technologie au service des policiers s’est considérablement développée. Le chef est toujours irascible et exigeant, il y a encore les pressions de la hiérarchie qui, elle-même, subit les contraintes politiques. Mais maintenant notre inspecteur-chef est assisté d’une analyste chargée du dialogue avec Terry, le super-ordinateur capable de répondre à toutes les questions, de faire des prévisions, des historiques, le tout instantanément … Bref, Terry l’ordinateur sait tout ! Par contre il ne comprend pas l’humour et les sarcasmes, là il demande de reformuler la question. Autre grand progrès, mis à part la prolifération des drones, de toutes tailles et de toutes fonction, c’est la possibilité d’entrer dans un monde virtuel qui recrée exactement les scènes de crime passées. Et ce n’est pas tout : on peut aussi, pour les gens accrédités, se dédoubler dans un mirrorspace, un espace virtuel parallèle à notre univers physique. Tout ce déploiement technologique rend les opérations policières beaucoup plus efficaces, d’autant plus que la surveillance est omniprésente et les données récoltées en nombre considérable. De puissants ordinateurs les exploitent. On connaît tout sur tous … enfin presque ! L’ambiance futuriste s’accompagne d’un vocabulaire spécifique : reflets, specs, colibris, mollys, mirrorspace. Je n’insisterai pas sur la théorie du rasoir d’Ockham ou sur l’anomalie de Markov aussi évoquées dans le livre.

Le cadre est celui des environs de Bruxelles mais de grands changements climatiques se sont produits : outre qu’il ne cesse de pleuvoir, une partie de la Hollande a disparue sous les eaux et la montée des eaux continue.

Hillenbrand ne s’en tient à cet aspect futuriste, il montre aussi ce qui reste immuable : le jeu politique et la soif du pouvoir. Dans le contexte d’un vote pour une nouvelle constitution européenne, il y a ceux qui veulent conserver leurs prérogatives qui s’opposent à ceux qui souhaitent une redistribution des cartes. Les indécis, dont on ne connaît pas les intentions, représentent une incertitude que certains vont s’efforcer de lever de façon définitive.

Drone Land est à la fois une enquête traditionnelle par son déroulement mais aussi une investigation futuriste par l’utilisation de nouvelles technologies. C’est un roman dense et captivant qui aborde avec bonheur de nombreux domaines : les évolutions technologiques, la surveillance généralisée, la géopolitique, les changements climatiques.

Extrait :
Bien. Il y a une bonne dizaine d’années, lorsque le programme Tares a été mis en œuvre dans les territoires occupés par l’Union, certains programmeurs ont compris qu’avec les impressionnants volumes de données en temps réel que nos capteurs relevaient dans les recoins les plus obscurs et qu’on enregistrait sur des espaces de stockage, on pouvait concevoir une copie du monde, un monde virtuel. Ces programmeurs, et surtout un type génial du nom de Peter McDoyle, travaillaient pour Tallan Consolidated. Ils ont construit les premiers prototypes. Lorsqu’ils les ont présentés aux chefs d’états-majors de l’Union ainsi qu’aux responsables de la RR, ils n’en sont pas revenus. La perspective de pouvoir envoyer des espions invisibles dans presque tous les endroits du monde laissait entrevoir un pouvoir immense. Les militaires voulaient ces fantômes, et le plus vite possible. On leur a accordé un budget considérable et les équipes de McDoyle se sont mises au travail. Deux ans plus tard, les premiers esprits ont commencé à se déplacer dans le mirrorspace. Comme je le vois à votre regard impatient, vous connaissez déjà cette partie de l’histoire. Un sourire narquois s’affiche sur son visage.

Niveau de satisfaction : 
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

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