Marée funèbre – Anne Perry

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018
(Dark Tide Rising)
Date de publication française : 2018 (10/18)
Traduction (anglais) :
Florence Bertrand
Genres :
Enquête, historique
Personnage principal :
William Monk, commandant de la brigade fluviale londonienne

J’étais heureux de constater qu’Anne Perry continuait d’écrire. Dès le début, elle a l’air en grande forme : l’action éclate et nous tient en haleine pendant une centaine de pages, au lieu de prendre son temps pour mettre les choses en place, présenter les principaux personnages, décrire l’environnement… Rathbone interrompt brusquement la soirée tranquille dont jouissaient le commandant Monk et son épouse Hester auprès du feu. C’est une urgence : un homme a confié à Rathbone que sa femme Kate a été enlevée et qu’on réclame une petite fortune pour la libérer. L’homme, en l’occurrence Harry Exeter, est en train de réunir l’argent nécessaire et il est prêt à payer. Comme la transaction doit avoir lieu sur l’île Jacob, un lieu dangereux que les policiers et même les grands bandits refusent de fréquenter, les kidnappeurs autorisent Exeter à se faire accompagner d’un guide pour que l’argent ne se perde pas dans les méandres de l’île. Et c’est là que Monk et ses hommes auraient un rôle de supervision à jouer.

L’expédition s’organise et tourne au désastre : Exeter, Monk et son groupe de policiers sont violemment attaqués, l’argent disparaît et Kate est retrouvée morte. Il apparaît clairement que la brigade fluviale a été trahie par un de ses membres; et ça, Monk ne le prend pas. L’enquête poursuivra deux objectifs : qui a volé l’argent et tué Kate ? Qui a trahi Monk et son groupe ? La situation se corsera, parce que plusieurs personnes liées à l’enlèvement ou aux manipulations d’argent se feront assassinées à leur tour.

Le procès a lieu. Rathbone défend l’accusé et compte bien l’emporter. Les faits semblent lui donner raison, jusqu’à ce qu’un témoignage change la donne complètement.

C’est un bon roman; Perry a du métier et sait comment nous attacher à ses personnages et à l’intrigue. Quelques irritants m’empêchent, cependant, de crier au chef-d’œuvre. D’abord, mais cela est commun à tous les Monk/Rathbone, comme le récit se termine par le procès, on revoit tous les événements, et on a l’impression que la même histoire est réécrite trois ou quatre fois. Secundo, le sentiment de culpabilité est encore un moteur de l’histoire, notamment dans le cas de Hooper. Plus encore, dans le cas de Monk, ça tourne à l’apitoiement sur soi (il se reproche de n’avoir pas connu ses hommes suffisamment pour prévoir qu’un deux pourrait le trahir); il n’arrête pas de se morfondre  et, s’il avait été plus stoïque, on aurait sauvé une centaine de pages. Enfin, plusieurs dialogues sont invraisemblables (par exemple, entre Runcorn et Monk, p. 308). Et qu’est-il advenu des documents remis à Monk par Bella Franken, puis confiés à Rathbone par Monk ?

Extrait :
Tenant la lanterne aussi haut que possible pour éclairer son chemin, Monk se rua d’un pas incertain dans les marches glissantes. Il tomba à genoux et ramassa de justesse la lampe avent qu’elle ne se fracasse sur le sol. En haut, il déboucha sur un espace dégagé. Dans les décombres d’une pièce, un pan de mur écroulé surplombait l’eau noire et un enchevêtrement de débris qui crevait la surface trois mètres plus bas.
Il y eut un bruit derrière lui. Comme il pivotait, la lanterne fut projetée à terre, et on lui décocha un coup violent en pleine poitrine, suivi d’un second dans la mâchoire. Il tomba lourdement, bras en croix sur le plancher crasseux. Il esquiva une troisième attaque mais, privé de lumière à présent, il ne voyait pas son adversaire. Jaugeant d’où viendrait l’assaut suivant, il lança le pied dans cette direction. Il avait vu juste et sentit sa chaussure entrer en contact avec la chair. Un glapissement jaillit, suivi d’un juron, et un homme tomba de tout son poids sur lui. Monk batailla pour libérer une jambe et décocha des coups de pied dans le vide.
L’inconnu le frappa violemment à l’épaule. Monk lui enfonça le poing dans la gorge en retour. Il fut récompensé par un grognement et, presque aussitôt, toute résistance s’évanouit.

île Jacob

Niveau de satisfaction :
3.9 out of 5 stars (3,9 / 5)

 

 

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