Le grand effondrement – Sébastien Le Jean

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2022 – Liana Levi
Genres :
Thriller, écologie
Personnages principaux :
Ronan Sénéchal, commandant de police à Paris – Irina Kowalski, capitaine de police à Lyon

Le grand effondrement c’est la chute brutale et rapide de notre monde entraînant l’extinction de nombreuses espèces vivantes, y compris l’espèce humaine. Ce n’est pas une théorie farfelue, c’est devenu un scénario crédible et même probable. La preuve, les ultra-riches s’y préparent. Ils font construire des bunkers de luxe super-sécurisés dans lesquels ils pourront se réfugier quand viendra la catastrophe. C’est dans un de ces bunkers que le PDG d’un grand groupe automobile est assassiné, mettant ainsi en cause la totale sécurité promise par ses promoteurs. Le commandant Ronan Sénéchal de la police de Paris est appelé sur cette affaire le jour même de la naissance de son fils. Il s’en serait passé. À Lyon, c’est le cadavre d’un youtubeur adepte du survivalisme qui a été repêché dans un étang. La capitaine Irina Kowalski est chargée de cette enquête. Les investigations vont s’avérer beaucoup plus complexes que prévu et entraîner les enquêteurs dans les dédales de complots de grande envergure.

L’intrigue est dense, elle aborde plusieurs thèmes. L’auteur nous entraîne d’abord dans le monde des survivalistes. Ceux qui pensent que le désastre est non seulement inéluctable mais qu’en plus il est imminent. Il faut donc s’y préparer. Ils accumulent la nourriture, l’eau, les armes dans des forteresses souterraines. Il y a aussi les partisans d’une écologie radicale qui prônent le retour aux origines, celles de l’homme cueilleur-chasseur. Ils veulent réapprendre à vivre en harmonie avec la nature, ils pratiquent le bushcraft, l’art de vivre dans les bois. Les Sentinelles sont une milice paramilitaire dont l’objectif est de faire payer les coupables : les grands pollueurs comme les capitaines d’industrie ou simplement des profiteurs égoïstes de la société de consommation. Et enfin, les plus dangereux sont les apprentis sorciers qui s’appuient sur les ressources et le financement de grandes entreprises pour mener des recherches ayant pour but de contrôler le climat. Ils sont capables de faire pleuvoir à volonté en ensemençant les nuages, de provoquer un déluge.

Les deux officiers de police chargés de démêler les affaires de meurtres ont fort à faire avec tout ce beau monde. D’autant plus qu’ils ont leurs propres problèmes personnels. Le commandant Ronan Sénéchal a accueilli avec émotion et joie la naissance de son fils mais cette responsabilité supplémentaire l’a aussi fragilisé. Les arguments du gourou du survivalisme l’ont influencé et pendant un temps il se demande si lui aussi ne devrait pas se préparer au grand effondrement et protéger sa famille. La capitaine Irina Kowalski souffre d’une maladie évolutive et elle pense démissionner. Mais finalement tous les deux vont se lancer à corps perdu dans leur enquête, comme dans un dernier baroud d’honneur désespéré avant de tirer leur révérence.

Le thème de l’effondrement de la société est actuel, il plane comme une menace diffuse qui peut prendre plusieurs formes : le climat, le terrorisme, la menace nucléaire, la pandémie, la famine … L’auteur montre parfaitement qu’en fonction des peurs de chacun, l’effondrement prend des formes différentes.

Ce roman est informatif sur le survivalisme, les dérives de l’écologie radicale, les tentatives du contrôle du climat, il est aussi distrayant en tant que thriller rythmé, sans temps mort, où tension et suspense sont permanents. C’est un premier roman très réussi.

Extrait :
– Vous voyez ce fauteuil dans lequel je suis ? C’est le diabète qui m’a cloué là-dedans. Une maladie de la modernité. L’humanité dégénère, commandant. Elle va bientôt mourir. Et elle a entraîné la planète dans sa déchéance. Si rien ne nous arrête, nous laisserons une Terre morte. Et notre agonie n’en sera que plus terrible. Que pensez-vous qu’il se passera quand de larges régions du globe deviendront inhabitables à cause du climat ? Ou qu’il n’y aura plus assez de nourriture pour tout le monde ? Des conflits, des famines, la misère et une souffrance intolérable pendant des décennies, voilà ce qui nous attend. Alors pour vous répondre : non, je ne me prends pas pour Dieu. Au fond, je ne suis qu’un humaniste qui veut abréger les souffrances de ses frères. L’espèce humaine est condamnée. Personne ne souhaite consentir aux sacrifices nécessaires à nous sauver, contrairement à ce que nous nous plaisons à répéter à longueur de journée.

Survivalistes

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

 

 

 

PS : Jérôme Leroy a aussi traité le thème du grand effondrement dans sa trilogie
Lou après tout : 1 – Le Grand Effondrement

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