L’Horloger – Jérémie Claes

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2024 (Héloïse d’Ormesson)
Genres : Thriller, enquête
Personnage principal :
Jacob Dreyfus, professeur de philosophie

C’est le premier roman de Jérémie Claes qui est, par ailleurs, caviste, ce qui apparaît dans ce roman où on mange et où on boit beaucoup, de très bons vins sans aucun doute. Mais où on pleure et où on meurt aussi beaucoup.

Bon point de départ : grâce à un jeune universitaire (Jacob Dreyfus) infiltré dans un réseau néonazi américain, les têtes dirigeantes sont emprisonnées. L’extrême droite promet de retrouver et de liquider cet individu, d’autant plus qu’il est juif. Mais il est protégé par la justice comme témoin privilégié. Par contre, on parvient à tuer son épouse, Sarah. Il part vivre dans le sud de la France (Gourdon), sous l’œil vigilant de l’ancien flic Bernard Solane, mais on le poursuit et il décide de contrattaquer après qu’on ait tué son père Isaac et sa tante Judith, et après que son jeune fils ait été victime d’une mort mystérieuse et que lui-même et ses amis aient été sauvagement attaqués.

Cette deuxième partie qui correspond aux dix longues années que Jacob passe en France, est longue aussi pour le lecteur. Comme un peintre miniaturiste, l’auteur ne nous épargne pas les détails qui caractérisent les personnages qu’il met en scène, et il y en a plusieurs. Il peut nous faire regretter ce bon vieux temps où les romans se limitaient à 250 pages et où il y avait peu de place pour le remplissage. L’auteur n’en est pas moins intéressant en jouant avec le langage, faisant parler chaque personnage selon son ancrage social (l’argot de Solane, par exemple) et en utilisant des mots rares ou anciens. Mais, pendant ce temps, l’intrigue qui met aux prises Jacob et ses adversaires perd en intensité.

C’est dommage parce que l’idée principale est ingénieuse : qui s’attaque vraiment à Jacob, dans quel but, et pourquoi le Scorpion ne le tue-t-il pas alors qu’il en a l’occasion. Dans les cent dernières pages (sur près de 550 !), on remonte enfin jusqu’à l’Horloger et on saisit l’idée principale. Mais on constate, en même temps, que les objectifs et les manœuvres de l’Horloger sont plutôt invraisemblables, et que l’auteur pousse un peu loin les pouvoirs de l’intelligence artificielle et les ruses des manipulations informatiques.

Bref, c’est un premier roman qui ne manque certes pas d’intérêt mais qui m’a laissé sur une certaine frustration.

Extrait :
─ Pourquoi, pourquoi toutes ces morts ? L’argent ? demande Jacob, toujours sceptique.
─ Pas seulement.
─ Pourquoi alors ?
─ Oh, parce qu’il le faut, disons.
─ Comment ça ?
─ Imagine un instant. Avoir une influence sur le destin de l’humanité. Réguler les démographies, laisser vivre les génies et les êtres d’exception. Si Mozart avait pu survivre, si Napoléon, Nietzsche, Aristote … Faire périr les imbéciles, les dégénérés. Ce pouvoir-là. Et puis, plus simplement, il y a eu une sorte de consensus. Mes premiers clients, ceux qui m’ont permis de continuer à chercher, ont été des chefs d’État. Des dictateurs, des rois, des présidents, peu importe. Tous avaient besoin de moi. Ils ont trouvé l’outil parfait. Je ne demande rien d’eux, sinon la liberté. Et de quoi subsister. Ils ne risquent pas d’être compromis, il n’y a pas d’enjeu politique ou diplomatique avec moi. Grâce au Mécanisme, ils bénéficient de ce dont ils rêvent tous : le droit de vie et de mort, en toute impunité.

Gourdon dans les Alpes-Maritimes

Niveau de satisfaction :
3.9 out of 5 stars (3,9 / 5)

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