Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – L’Iconoclaste
Genres : Roman noir, social
Personnages principaux : Anne, Stacey et Michèle, bouchères
Quand Anne décide de reprendre la boucherie de son père, mort une année plus tôt, elle demande à Stacey de venir travailler avec elle. Elles se connaissent depuis leur formation en CAP de boucherie. Stacey accepte avec enthousiasme. Toutes deux transforment la vieille boucherie en une boutique moderne, avec un grand billot central et les clients autour qui peuvent admirer les deux jeunes femmes découper ou désosser. En attendant leur commande, ils peuvent goûter le saucisson, le jambon, le boudin. Cette nouvelle boucherie marche très bien, les clients viennent parfois de loin, car la viande est excellente, le magasin très bien tenu et les bouchères charmantes. Si bien qu’il devient vite nécessaire d’avoir une troisième personne pour faire face à l’afflux de clients. Michèle, une noire originaire de Guinée, sera la troisième bouchère. Les affaires sont fleurissantes jusqu’à ce que certains hommes du quartier disparaissent sans laisser de traces. L’enquête de la police ne donne rien, mais la rumeur se répand : ces disparitions se produisent depuis que la nouvelle boucherie s’est installée. Les ragots et les menaces se multiplient, les clients deviennent rares. Les bouchères doivent maintenant faire face à l’hostilité.
L’intrigue est d’abord classique : la réussite d’un nouveau commerce qui apporte de l’animation et de gaieté dans un quartier bourgeois un peu triste. Ce changement ne plaît pas à tout le monde, il suscite aussi la convoitise et la jalousie attisées par une détestable notable blonde. Dans cette partie la critique sociale est acérée. Plus loin, l’ambiance devient totalement différente. On bascule alors dans le roman noir, voire dans le gore, le tout avec une certaine jubilation et avec une bonne dose d’humour noir. On sent que l’autrice s’en est donné à cœur joie en écrivant certaines scènes.
Les bouchères sont les personnages centraux de ce roman. Elles sont très différentes, mais s’entendent parfaitement. Les trois ont en commun une enfance difficile et un rapport aux hommes compliqué, elles ont dû subir des agressions sexuelles, elles se sont défendues comme elles ont pu. D’ailleurs, aucun des personnages de ce roman, même les secondaires, n’a une sexualité épanouie. Tous sont plus ou moins en souffrance sur ce sujet.
Les bouchères est un roman à multiples facettes : à la fois féministe, social, noir et même gore. L’ensemble est pimenté d’un humour noir jubilatoire.
Extrait :
Les épiciers parlaient des bouchères avec le boulanger, la boulangère, la vendeuse de la boulangerie. On se demandait pourquoi la fille du boucher n’avait pas pris un homme pour travailler avec elle ; pourquoi elle avait embauché cette fille, la rouquine, qui ne faisait que fumer, et en plus avec un moignon à un doigt, elle devait être bien maladroite pour s’être coupé le doigt comme ça. Et le pompon, c’était la petite dernière. Comme si deux femmes, ça ne suffisait pas, elles en avaient ramené une troisième, noire en plus. Comme si une Africaine pouvait s’y connaître en boucherie française. Ils la trouvaient moche.
Pour se détendre, Michèle leur fit écouter de la musique, cette artiste qu’elle avait découverte récemment, Casey. Au début du morceau, des loups hurlaient dans la nuit, puis la rappeuse scandait en rythme « libérez la bête, effacez sa dette » : les bouchères se mirent à danser, danser, jusqu’au petit matin, comme pour purger leur peine.
Casey – Libérez la bête
Niveau de satisfaction : 
(4,2 / 5)


2025










Très intrigant… des héroïnes bouchères, ce n’est pas si fréquent !
En effet, la douceur féminine s’accorde mal avec l’image de la boucherie, mais ces bouchères sont spéciales. D’abord elle connaissent parfaitement leur métier et toutes les trois ont eu des problèmes avec les hommes, elles ont été agressées, dans le passé. Dans le présent, elles sont bouchères, elles ont des couteaux et elles savent s’en servir, cela offre quelques solutions supplémentaires pour régler les problèmes.