Une saison de colère – Sébastien Vidal

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Le mot et le reste
Genre : Roman noir
Personnage principal :
Aucun – Nombreux personnages secondaires

Lamonédat, village de Corrèze de cinq mille habitants, se distingue par son usine VentureMétal, poumon économique de la région, et par la Coulée verte, forêt municipale très appréciée des villageois. Or les habitants viennent d’apprendre que ces lieux emblématiques de la commune sont tous les deux menacés. Les patrons de l’usine ont décidé de la délocaliser en Roumanie, la Coulée verte, elle, doit être rasée pour laisser la place à un projet de complexe touristique. Pour lutter contre la fermeture de l’usine, les employés se mettent en grève générale et occupent le lieu. Pour sauver la forêt se crée une ZAD (Zone à défendre). Lamonédat entre en résistance. Le village, auparavant bien tranquille, va devenir un terrain d’affrontements.

L’intrigue nous plonge dans des problèmes bien actuels, maintes fois rencontrés : les fermetures d’usine dans lesquelles des patrons d’industrie, en recherche permanente de rentabilité maximale, n’hésitent pas à procéder à des délocalisations sauvages. Elle montre le désespoir et le désarroi de ces gens qui du jour au lendemain se retrouvent sans emploi. Par opposition au cynisme et à l’appât du gain des financiers, l’auteur met en évidence la solidarité, l’entraide des employés. Autre sujet actuel : celui des projets inutiles qui ne servent qu’à engraisser quelques profiteurs, comme celui du complexe touristique de Lamonédat qui devrait entraîner la disparition de la forêt la Coulée verte.

Tout au long du roman, l’auteur met en avant la place accordée à la nature. Il y a des descriptions lyriques des arbres, de la rivière, des levers ou couchers de soleil, du vent, des animaux, des oiseaux … À travers ces lignes, on sent que Sébastien Vidal est un vrai amoureux de la nature.

Les personnages sont authentiques et variés. Ce sont des gens ordinaires, il n’y a pas de héros. Julius est un ancien gendarme qui vit dans un wagon désaffecté de la SNCF en compagnie de son chat, il est détenteur d’un putain de don. Grégor est un syndicaliste porte-parole des employés qui se démène pour obtenir le maximum dans les rudes négociations avec la direction. Duncan Parks est Écossais, il vit à Lamonédat depuis plus de vingt ans, il organise la défense de la Coulée verte. Jarod, surnommé l’Écureuil, vit dans les arbres, il en est le défenseur parce que les arbres c’est sa maison. Jolène collectionne les polars de la Série noire, c’est une ex-militaire qui maintenant est tueuse à gages free-lance, c’est dangereux d’essayer de la duper, mais au fond c’est une sentimentale. Dans les méchants, il y a surtout Tiphaine, l’adjointe au maire, elle est la cheville ouvrière du projet complexe touristique, elle manipule le maire Jacques Perrault qui est un faible et un indécis. Tiphaine est une ambitieuse sans scrupules, elle est prête à tout pour arriver à ses fins.

Un cadre rural, des personnages authentiques, une intrigue ancrée dans le contexte social actuel, sont les ingrédients de cet excellent roman noir.

Extrait :
Dans la pente, au milieu des autres arbres, trônait un hêtre au tronc énorme et rectiligne, vieux de plus de deux siècles. Cette majesté dépassait la canopée de dix bons mètres. Depuis des générations, les habitants l’appelaient Belle Mèche en raison de son feuillage qui jaunissait en premier. Les amoureux s’y retrouvaient, y déposaient des serments, griffaient leurs initiales sur l’écorce, s’y adossaient. Belle Mèche était le réceptacle des humeurs et des turpitudes humaines. Depuis des lustres, les gens venaient déposer dans une béance du tronc, des vœux sur des bouts de papier. Julius se plaisait à penser que l’arbre absorbait toutes ces émotions et ces mots qu’il transmettait à ses racines et que ça métabolisait avec l’onction de la terre. Il affectionnait cet endroit calme et équilibré.

La radio diffusait une chanson de Marion Roch, « La bête au ventre » … Marion Roch disait, « Non, madame, faut pas me parler comme ça madame, elle va te sauter au visage madame, la bête que j’ai dans le ventre »

Marion Roch – La bête au ventre

Le hêtre bicentenaire Belle Mèche

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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