Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2022 (Todo arde)
Date de publication française : 2025 – Fleuve Éditions
Traduction (espagnol) : Judith Vernant
Genre : Thriller
Personnages principaux : Aura Reyes, ancienne cadre de banque – Mari Paz Celeiro, ancienne légionnaire – Sere Quijano, développeuse de haut vol en informatique
Aura était une excellente gestionnaire de fonds d’investissement dans une grande banque avant l’agression qui a tué son mari et l’a blessée gravement. Et comme si ça ne suffisait pas, elle a servi de bouc émissaire dans une arnaque bancaire fomentée par son patron. Elle se retrouve en prison pour une nuit suite aux dégâts qu’elle a faits dans une parfumerie dont elle n’a pas supporté la mesquinerie de la gérante. C’est en cellule qu’elle rencontre Mari Paz, une ancienne légionnaire, qui traverse une passe difficile et qui vit dans sa voiture. Dans l’adversité les deux femmes se soutiennent et finissent par sympathiser. Aura a un plan pour sortir de la mouise. Pour le réaliser, elle a besoin de sa nouvelle amie et aussi d’une troisième personne dont Aura ne sait ni le nom ni ses coordonnées. Elle ne connaît que ce qu’elle est capable de faire car elle a vu son œuvre. Le plan est risqué, mais elles sont déterminées et n’ont pas grand-chose à perdre.
L’auteur met en scène un trio choc de femmes. Aura avait tout : un mari riche, un boulot rénumérateur, une belle maison. Elle a tout perdu, il ne lui reste que ses deux filles jumelles et une mère frappée d’alzheimer, en maison de retraite, dont il faut payer la pension. Retourner en prison pour longtemps, après l’injuste accusation de fraude dont elle est victime, serait pour elle une catastrophe. Mais Aura a toujours des idées et des plans plus ou moins infaillibles pour s’en sortir. Si Aura est l’intellectuelle de la bande, Mari Paz, est la femme d’action. C’est une ancienne légionnaire qui a servi dans les unités d’élite de la légion. C’est une dure et une combattante impitoyable, capable de détruire de gros balèzes qui se mettraient sur son chemin. Quant au troisième Larron, Sere, c’est une jeune femme à la fois un peu folle et géniale. Elle prend ses décisions à coup de dés, au sens propre : elle lance les dés et agit en fonction du résultat qu’elle seule sait interpréter. Elle est imprévisible, mais personne d’autre qu’elle ne sait programmer un logiciel de façon aussi créative et efficace. Ces trois femmes ont souffert, elles sont marquées par la vie, mais elles ne sont pas résignées, elles sont animées par un désir de revanche. Ce sont des résistantes.
D’autres personnages secondaires sont pittoresques, notamment un quatuor d’anciens légionnaires, des amis de Mari Paz, dont le renfort sera bienvenu. L’ancien patron d’Aura, un financier sans scrupules et une commissaire de police corrompue, aux ordres du financier, chargée de faire taire les bavards et d’exécuter les basses œuvres, sont les méchants de cette histoire.
Même s’il y a quelques invraisemblances, l’intrigue tient debout, elle suit les plans infaillibles que concocte Aura. Il y en a trois, tous plus audacieux et dangereux les uns que les autres. Si la tension est bien présente tout au long du roman, l’humour allège le récit, on sourit souvent devant des situations extravagantes et des dialogues savoureux.
Tout brûle est un thriller plein d’énergie, il se lit facilement et tient le lecteur en haleine. Il se distingue par la mise en scène d’un superbe trio de personnages féminins hors normes et hauts en couleur. On retrouvera probablement Aura, Mari Paz et Sere avec plaisir dans de prochaines aventures.
Extrait :
— Comme je te l’ai dit, je suis désespérée. Et les gens aux abois ne peuvent pas faire les difficiles.
Mari Paz, qui en est venue à considérer un cubi de Don Simón comme un luxe, ne peut dire le contraire. Mais elle n’est toujours pas convaincue. C’est une chose de se soûler en public pour changer d’air, passer une nuit avec du chauffage et un sandwich.
Chistorra, tant qu’à faire.
Et c’en est une autre, bien différente, de se laisser embarquer dans le plan, allez savoir lequel, que cette barjot a dans la tête. Les Madrilènes ne pètent pas les plombs pour un rien, mais les gens qui ont un regard comme celui-là, si. Les gens avec ce regard-là sont ceux qui brûlent leurs vaisseaux, incendient les ponts et sautent des falaises sans se soucier de ce qu’il y a en bas.
Niveau de satisfaction : 
(4,3 / 5)











