Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2024 (A Refiner’s Fire)
Date de publication française : 2025 (Calmann-Lévy)
Traduction (américain) : Gabriella Zimmermann
Genre : Enquête
Personnages principaux : Commissaire Brunetti – Commissaire Griffoni
J’ai lu tous les Brunetti de Donna Leon, qui a richement alimenté mes rêves de Venise et mon goût pour les romans policiers bien fignolés. Depuis une douzaine d’années, l’aspect sociologique a pris plus d‘importance : elle a défendu la cause des femmes, des immigrés et des minorités en général. L’intrigue a un peu perdu de l’importance. Dans son dernier livre, on a l’impression qu’elle s’ennuie de Venise (il semble qu’elle se soit exilée en Suisse, à cause du trop grand nombre de touristes qui hantaient Venise). À travers les longues marches de Griffoni sur les bords du canal et les méditations de Brunetti, elle nous fait revivre les beautés de Venise comme si elle les voyait pour la première fois.
Il en résulte que l’intrigue policière en pâtit pas mal. Ça tourne autour des gangs de jeunes qui sèment la pagaille dans les rues et sur les réseaux sociaux. Phénomène d’autant plus incompréhensible pour Brunetti qu’il s’agit de jeunes adolescents élevés dans des familles plutôt aisées et influentes. Lors d’une arrestation de plusieurs de ces jeunes, Griffoni accompagne chez lui un adolescent que les parents ne pouvaient pas venir chercher au poste.
Et voilà que le père de ce jeune homme, via son avocat, menace d’accuser Griffoni de détournement de mineur si la police continue de s’intéresser à ce dossier. Or, ce père, Dario Monforte, est un héros de guerre qui a beaucoup de pouvoir. Brunetti enquête sur lui et découvre qu’il n’est pas impossible qu’il ait trempé dans des trafics d’armes.
Pendant ce temps, les gangs semblent se réconcilier et préparent un terrible événement qui les mettra définitivement sur la carte. Brunetti et Monforte se rencontrent à l’intérieur d’un édifice en flammes où ils doivent s’entraider pour ne pas périr.
Pas de meurtre à l’horizon ! Et les enquêtes ne mènent nulle part. Vianello est revenu de vacances mais on ne le voit pas. Elettra passe aussi vite qu’un courant d’air. Griffoni est quasiment un faire-valoir pour Brunetti.
Bref, Donna Leon ne semble plus être dans le même monde.
Extrait :
Pendant qu’il attendait Griffoni, le garçon sautillait sur place et agitait les bras dans l’air frais du matin. Lorsque Griffoni eut descendu la dernière marche, il regarda dans sa direction. Elle le remarqua, mais l’ignora et continua à marcher vers la Piazza. Il s’élança de toutes ses forces vers elle et, ayant anticipé sa déambulation, il ne vira qu’au tout dernier moment, gagna l’autre côté de la place, disparut sous le passage couvert, passa très vite devant quelques colonnes, puis revint vers elle à grande vitesse.
Cette fois, il ralentit, et s’arrêta à sa hauteur. Tel un coureur professionnel, il se pencha et posa ses mains sur ses genoux, le souffle court.
Comme s’ils poursuivaient simplement leur conversation, Griffoni lança : « Après avoir déménagé à Venise, j’avais pris l’habitude de venir ici à cette heure-ci, plusieurs fois par semaine. »

Le Grand Canal
Niveau de satisfaction :
(3 / 5)











