17e Gala de la Société du roman policier de Saint-Pacôme, Octobre 2018

Par Michel Dufour
Les Lauréats

La Société du roman policier de Saint-Pacôme continue son travail remarquable pour honorer principalement les meilleurs écrivains québécois de l’année (2017-2018).

Dans une ambiance effervescente et devant une centaine de convives, on a remis les prix aux joyeux lauréats :

  1. Le Grand Prix (3 500$) a été remis à Jean-Jacques Pelletier pour :
    Deux balles, un sourire
    (Hurtubise), dans lequel l’inspecteur Dufaux doit lutter contre un groupe éco-terroriste qui semble assassiner des magnats liés aux industries minières et pétrolières, considérant ces actes comme une « légitime défense contre ceux qui détruisent notre planète, polluent nos eaux et souillent notre air ».

2. Deuxième prix (500$) : La Ville allumette (VLB) de Maureen Martineau, où la sergente Judith Allison doit enquêter à la fois dans la région de Gatineau pour comprendre le lien entre plusieurs commerces victimes d’explosions, et au Nunavic où la disparition et l’assassinat de deux autochtones apparaissent comme la suite de la recherche de l’activiste Jacob Lebleu, qui n’avait pas abouti auparavant.

3. Troisième prix (500$) : Deux coups de pied de trop (Guy St-Jean Ed.) de Guillaume Morrissette, où l’inspecteur Héroux et son équipe cherchent à régler une affaire apparemment simple, un meurtre domestique bien compréhensible, mais qui comporte quelques incohérences qui ébranlent un peu l’hypothèse première.

Les trois membres du jury étaient Daniel Marois (président), Robert Laplante et Lise Audet-Lapointe.

Ces trois romans ont été commentés dans nos pages depuis plusieurs semaines.

Le prix Saint-Pacôme international, attribué par des libraires membres de la Coopérative des Librairies indépendantes, a été remis à l’auteur polonais Zygmunt Miloszewski pour Inavouable, (Éditions Fleuve Noir).

Le prix Coup de cœur (500$), remis pour une seconde fois par le vote du grand public via le site Internet de la SRPSP, a été décerné à J.D. Kurtness pour son livre De vengeance (L’instant même).

Le prix Jacques-Mayer (500$) du premier polar, a été attribué à La disparition de Kat Vandale de Christian Giguère (Héliotrope).

Le prix de la rivière Ouelle (300$) de la Nouvelle policière, catégorie senior, est allé à Madame Caroline Émond pour sa nouvelle Un plat qui se mange froid.

La Société du roman policier de Saint-Pacôme, dynamique et efficace depuis bientôt 20 ans, mérite sans aucun doute la reconnaissance de tous les amateurs de roman policier.

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La danse de l’ours – Patrice Lessard

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Héliotrope Noir)
Genre : Roman noir
Personnage principal : Patrick Tardif, malfrat

J’avais bien aimé Excellence Poulet, paru en 2015 : une intrigue classique dans un coin sombre de Montréal, surtout la nuit, racontée dans une écriture très personnelle propre au souffle de celui qui parle plutôt que conforme aux règles habituelles de la ponctuation. En prime, une maîtrise du parler joual des petites gens et truands de toute espèce. Ce dernier trait est encore plus évident dans La Danse de l’ours, qui met en scène, trois truands assez minables, coincés entre la mafia italienne, les Hell’s Angels et la famille Sicard : Patrick, un québécois bien tranquille, Dave, un colosse d’origine indienne (Magoua, qui signifie ours en algonquin), et Blanche, une belle fille violente et incohérente.

L’action se passe à Louiseville à la veille du Festival de la Galette. Blanche travaille comme serveuse au Flamingo, bar louche que gère la famille Sicard. D’origine magouaise elle aussi, elle s’entend bien avec Dave et aurait sorti un temps avec Patrick, il y a deux ans. Blanche et Dave persuadent Patrick de les aider à braquer le Flamingo durant le Festival de la Galette. Mais est-ce là le véritable objectif ? Les relations entre Dave et les Hell’s sont pour le moins ambigües, de même que celles entre Patrick et les Italiens. Entre les trois, la tension monte et finit par éclater quand on s’imagine, après le braquage, que tout est terminé. C’est aussi à ce moment-là que se révélera le sens véritable de cette aventure, même si la finale nous laisse sur un doute.

L’histoire elle-même peut sembler banale, mais l’intérêt tient à la façon dont elle est racontée, particulièrement aux façons de s’exprimer des trois principaux personnages. Si Michel Tremblay avait fait parler des truands, il me semble que ça ressemblerait un peu à ça. Comme dit Lessard : « Le jeu dans le langage, c’est mon étincelle, plus que l’intrigue elle-même. Je serais un très mauvais auteur de roman historique ou de polar ». Ça n’empêche pas Patrick, quand il raconte son histoire, d’utiliser trois subjonctifs imparfaits en un paragraphe (p.111). De fait, l’intrigue est moins développée que dans Excellence Poulet. Les personnages m’ont paru plutôt stéréotypés. Mais c’est justement cela le défi de Lessard : nous séduire moins par les descriptions psychologiques, les intrigues mystérieuses ou les subtilités policières que par la façon dont tout cela est raconté.

 Extrait :
J’avais passé la soirée du vendredi à boire en jouant à Metroid et m’étais endormi sur le sofa quand, vers quatre heures du matin, un claquement de porte me réveilla en sursaut. Je crus que c’était Dave, je ne saurais dire pourquoi, sans doute avais-je trop pensé à lui et à ses histoires depuis cinq jours. Dans tous les cas, qu’on entrât comme ça chez moi, en pleine nuit, m’apparut de mauvais augure (…) J’entendis : Patrick ! la voix de Blanche, Patrick, es-tu là ? puis bang ! et le choc mou de qui s’effondre. Tabarnak de câlisse ! pestait-elle quand je la rejoignis dans la cuisine, elle peinait à se relever, empêtrée dans une chaise, plus ou moins étendue sous la table (comment elle s’y était prise pour se retrouver là, dans cette position, demeure obscur).

Festival de la galette de Louiseville

Niveau de satisfaction :
(3,5 / 5)

 

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Leurs enfants après eux – Nicolas Mathieu

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018 (Actes Sud)
Genres : Roman noir, social
Personnages principaux : Anthony, Hacine, Steph, jeunes d’Heillange … et beaucoup d’autres

En 1992, à Heillange, ville industrielle de l’est de la France, sinistrée par la fermeture des hauts-fourneaux, les jeunes s’ennuient dans ce bled où les divertissement ne sont pas nombreux. Tout ce petit peuple désœuvré se rabat sur la picole, le shit et espère le sexe. Si les jeunes traînent leur peine, les adultes ne sont pas mieux depuis que l’usine Metalor a fermé. Après les plans sociaux, beaucoup se sont retrouvés au chômage. Dans ce contexte morose, les jeunes rêvent d’un ailleurs plus prometteur en se défonçant à l’alcool et aux drogues. Peu d’entre eux sont capables de réaliser leurs projets. Une seule réussira à s’échapper, c’est la fille d’un bourgeois, d’un notable local. Aucun des fils d’ouvriers ne s’en sortira, tous resteront englués dans cette région sans avenir. La coupe du monde de football de 1998 va les rassembler provisoirement dans un sentiment d’appartenance à un pays et dans une communion collective. Le miracle ne durera pas, le quotidien va s’imposer de nouveau.

L’auteur peint une région jadis prospère, quand l’industrie de l’acier tournait à plein régime, maintenant touchée de plein fouet par les délocalisations, elle est ravagée par le chômage. Elle est déclassée. Mathieu décrit cette situation avec beaucoup de finesse et d’intensité. De cruauté aussi et de cynisme parfois. Surtout dans la dernière partie du roman. Il fait un constat d’une grande lucidité, d’une incontestable vérité. C’est implacable et terrible. À ces moments là, l’auteur donne la pleine mesure de son talent.

Par contre dans les parties où il montre les jeunes, c’est beaucoup moins convaincant. Surtout quand il s’attarde sur leurs émois, inquiétudes et tourments sexuels, notamment ceux d’Anthony. Il y a là un petit côté roman d’ados. Ainsi nous avons droit au trouble d’Anthony quand il aperçoit un bout de soutien-gorge ou de culotte. C’est long et inutile à mon avis. Autre longueur dont on pourrait facilement se dispenser : les scènes de sexe détaillées. Que les jeunes couchent ensemble, rien de plus naturel, mais est-il vraiment indispensable de nous le décrire par le menu ? Il est beaucoup question de chatte (pas le félin, le sexe). Cela est-il sensé émoustiller le lecteur, tout en montrant l’étendue de son talent dans d’autres domaines que le social ? Après le roman d’ados, nous tombons dans le porno. Du porno pour ados. Du sexe aussi triste que la vie dans ce coin. Sans montrer une pudibonderie excessive, j’estime tout cela un peu superflu. Cela ne fait qu’ajouter du gras alors qu’une cure d’amaigrissement aurait été préférable me semble-t-il.

Dans le registre « ne m’a pas convaincu du tout » : les titres des différentes parties du livre, en anglais. Ainsi nous avons droit successivement à : Smells Like Teen Spirit (Nirvana) – You Could Be Mine (Guns N’ Roses)I Will Survive (Gloria Gaynor). Celui de la troisième partie a échappé miraculeusement à l’anglicisation musicale avec 14 juillet 1996 : La Fièvre, là Mathieu n’a pas osé un Fever pourtant bien en accord avec les autres titres ! Peut être que la fête nationale française s’accommodait mal d’un titre anglais ?

La couverture est inesthétique à mon goût, pour ne pas dire hideuse, mais elle représente bien les amourettes tristes des jeunes qui occupent une part importante du roman.

Le titre du livre, Leurs enfants après eux, évoque le manque d’avenir pour une jeunesse condamnée à mener en ces lieux la même vie, qu’ils jugeaient détestable, que leurs parents. Avenir complètement bouché pour eux.  Nicolas Mathieu en fait une démonstration implacable. C’est avec beaucoup de justesse qu’il dépeint ce désenchantement. On peut toutefois se demander si c’est de la compassion ou simplement du mépris qu’éprouve l’auteur pour ces gens de la France d’en bas tant ils sont montrés de façon avilissante. Ce roman est fort et sombre, indéniablement. Il est servi par une belle écriture et des phrases qui percutent. Mais malgré ces qualités manifestes, je suis resté assez mitigé et un peu déçu par rapport à l’excellente perception que j’avais eu du premier roman Aux animaux la guerre. L’impression globale est que l’auteur est sorti de la discrétion et de la sobriété de sa première œuvre. En incorporant des scènes de sexes, des chansons, il essaie de se montrer moderne et complet, non cantonné dans un étroit domaine social. C’est plus spectaculaire, mais il y a quelque chose d’artificiel, de calculé, de moins spontané et surtout de moins modeste que dans son premier roman.

Je dois reconnaitre que ce ressenti personnel n’est pas partagé par la plupart des chroniqueurs qui ont encensé le livre, ni par ceux qui ont procédé à la sélection pour le Prix Goncourt, puisque ce livre a été retenu parmi les huit encore susceptibles de décrocher le prix.

Extrait :
Au boulot, Anthony s’était fait quelques bons copains. Cyril, Krim, Dany, le Zouk et Martinet. Il était content de les retrouver le matin. Ils bouffaient à la cantine ensemble et fumaient des pet’ en cachette pendant les pauses, assis sur les palettes dans la petite cour derrière l’atelier C. Il les voyait aussi après le taf. Tous partageaient le même genre de loisirs, un même niveau de salaire, une incertitude identique quant à leur avenir et cette pudeur surtout, qui leur interdisait d’évoquer les vrais problèmes, cette vie qui se tricotait presque malgré eux, jour après jour, dans ce trou perdu qu’ils avaient tous voulu quitter, une existence semblable à celle de leurs pères, une malédiction lente. Il ne pouvait admettre cette maladie congénitale du quotidien répliqué. Cet aveu aurait ajouté de la honte à leur soumission. Or, ils étaient fiers, et notamment de ne pas être des branleurs, des profiteurs, des pédés, des chômeurs. Et de réciter l’alphabet en rotant aussi, pour ce qui concernait Martinet.

Nirvana – Smells Like Teen Spirit

Et pour finir, il ne restait que ça, des silhouettes rousses, un mur d’enceinte, une grille fermée par un petit cadenas.

Niveau de satisfaction :
(4 / 5)

 

 

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Le Lecteur de cadavres – Antonio Garrido

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2011 (El Lector de cadaveres)
Date de publication française : 2014 (Grasset)
Genres : Historique, enquête, noir
Personnage principal : Ci Song, enquêteur

Antonio Garrido, né en Espagne en 1963, professeur à l’Université polytechnique de Valence, s’est fait connaître avec La Scribe, qui se déroule à l’époque carolingienne en Franconie. Le Lecteur de cadavres, qui lui a valu le Prix international du roman historique, lui permet d’articuler trois de ses centres d’intérêt : la médecine légale, le roman d’aventures, le contexte historique. Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, nous nous retrouvons au XIIIe siècle, en Chine, sous la dynastie des Song.

Le jeune Song Ci (aucun rapport avec la dynastie), d’origine modeste, début vingtaine, affronte coup sur coup, trois épreuves : la mort de ses parents (et, précédemment, de deux de ses sœurs), l’incendie de leur maison, et l’arrestation de son frère aîné accusé de meurtre. Responsable de sa petite sœur malade (8 ans), il cherche à vendre un lopin de terre pour ramasser assez d’argent pour éviter la peine de mort à son frère. Il se fait arnaquer et doit fuir son patelin pour se rendre à Lin’an, capitale de l’Empire, dans le but d’entrer à l’Académie Ming pour parfaire sa formation médicale et légale.

Ci est doué pour observer les cadavres et déduire les causes de leur mort, mais il est naïf dans la vie de tous les jours, tombe dans tous les pièges qu’on lui tend, se désole continuellement des malheurs qui le frappent, et persiste à se mettre les pieds dans les plats. Son entrée à l’Académie pourrait représenter un heureux aboutissement; ce sera l’occasion, au contraire, de se faire de nouveaux ennemis. Et, quand l’Empereur lui confie la tâche d’enquêter sur des meurtres sauvages, on pourrait croire que ses compétences sont reconnues et qu’il est enfin sorti du bois. Absolument pas! Ses observations sont justes et lui permettraient d’être enfin apprécié, mais il les livre à de mauvaises mains de sorte qu’elles joueront contre lui; et, personnellement, son attitude émotivement fragile risque de lui coûter le dernier ami sur lequel il peut compter. Pendant 700 pages sur 720, on peut dire qu’il ne l’a pas eu facile !

C’est une des raisons pour lesquelles certains commentateurs ont trouvé l’histoire longue et douloureuse. C’est certain que ce n’est pas un roman pour ceux qui recherchent les super héros. D’autant plus que le personnage n’est pas très sympathique, naïf, timoré, mélancolique. Comme on sait que sa vie n’a pas été joyeuse, on ne lui reprochera pas d’être ce qu’il est devenu. On sait qu’il est admirable pour ses capacités d’observation et sa puissance de déduction (il y a parfois du Sherlock Holmes là-dedans), mais c’est insuffisant pour le rendre attachant.

Pour échapper à la déprime, il faut faire comme si on lisait un roman historique avant tout, même si on y trouve bien des meurtres, une enquête, un procès, une condamnation. De fait, le personnage de Song Ci est inspiré d’un être réel, reconnu comme l’ancêtre des médecins légistes, dont quelques traités sont parvenus jusqu’à nous. Garrido a fait des recherches pendant plus d’un an pour pouvoir situer son personnage dans un monde réel : la vie quotidienne est difficile; l’écart entre riches et pauvres est inimaginable et se traduit dans le vêtement, la nourriture, le logement, la culture; la législation est développée et complexe (les étapes du procès sont minutieusement retracées); des éléments de technique et de sciences (la poudre à explosion) apparaissent. La vie familiale est bien décrite : hommes/femmes, parents/enfants, frères/sœurs, aîné/puinés. C’est pour cela que, même si tant de malheurs tombent sur la tête de Ci que ça semble un peu arrangé avec le gars des vues, la richesse socio-historique qui, plus qu’une toile de fond, cimente vraiment la vie des principaux personnages, nous permet de croire en la plausibilité de ces aventures. Enfin, côté suspense, on a hâte de voir comment Ci va parvenir à se sortir des situations aberrantes dans lesquelles il s’est retrouvé (difficile d’interrompre notre lecture des 100 dernières pages). Plusieurs rebondissements serviront à créer une finale spectaculaire.

Bref, en se rappelant qu’il faut profiter de la richesse historique de ce roman plutôt que de s’attendre à des émotions qu’on ressent habituellement à la lecture d’un roman policier, on risque de passer un bon moment.

Extrait :
Les blessures sont des témoins fidèles qui nous parlent de ce qui s’est passé. Parfois, elles nous éclairent sur le comment, d’autres fois sur le quand; parfois même sur le pourquoi. Mais celles-ci présentes aujourd’hui ne clament que la vengeance. La connaissance des cadavres nous permet d’estimer la profondeur d’une incision, l’intention d’un coup ou même la force avec laquelle il a été asséné, mais pour résoudre un crime il est essentiel d’entrer dans l’esprit de l’assassin (…). Et bien qu’il ne s’agisse que de spéculations, dans cette pensée je crois percevoir que l’extirpation de la caverne du plaisir a obéi à une pulsion de dépravation. À une pulsion luxurieuse qui a déchaîné un crime d’une rare violence. J’ignore si la mutilation obéit à l’action d’une secte occultiste. Il est possible que la blessure de la poitrine le démontre, mais ce dont je suis convaincu, c’est que l’assassin n’a pas tranché la tête et les pieds de la victime pour accomplir un rituel macabre. S’il l’a fait, c’est pour éviter son identification. Il a éliminé son visage parce que, à l’évidence, n’importe qui aurait pu le reconnaître. Et il a sectionné ses pieds parce qu’ils cachaient le secret de son lignage ou de sa position.

Song Ci, 1186-1249

Niveau de satisfaction :
(4,4 / 5)

 

 

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Attends-moi au ciel – Carlos Salem

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2014 (Muerto el perro)
Date de publication française : 2017 – Actes Sud
Genres : Thriller, humoristique
Personnage principal : Piedad de la Viuda, veuve séduisante

Piedad de la Viuda menait jusqu’ici une existence terne de dévote. Sa fortune était gérée par son époux Benito. Mais voilà que Benito se tue dans un accident de voiture. Sa vie va alors totalement basculer. D’abord elle va apprendre que son défunt mari, non content d’avoir amené l’entreprise familiale au bord de la faillite, se préparait à s’enfuir vers le Brésil en compagnie d’une jeune femme russe. Sous le choc, Piedad va se scinder en deux personnes : la Piedad de Toujours, qui continue de se conduire comme elle l’a toujours fait jusqu’ici, et la Piedad de Jamais qui devient capable de faire ce que normalement elle n’aurait jamais osé. Sous l’influence de cette dernière, Piedad va changer. Cela commence quand elle écrase sauvagement le chien du voisin. Et ce n’est que le début. Il n’y aura pas que le chien qui sera sa victime !

Les polars de Carlos Salem ne sont pas à prendre au sérieux. Ils sont en général complètement déjantés et totalement loufoques. Ainsi, c’est avec jubilation que l’on assiste à la transformation de Piedad de la Viuda. Elle qui est une belle femme mais qui, sous l’influence d’une mère bigote, cachait ses charmes sous des vêtements austères, va devenir une femme fatale qui ensorcelle les hommes. Et plus que ça : elle va se transformer en femme d’affaire avisée pour contrer tous les requins qui lorgnaient avec avidité sur ses richesses, elle qui auparavant se contentait de signer sans les lire les documents que lui présentait son magouilleur d’époux. Elle devient aussi redoutable physiquement, pas seulement à cause de son sex-appeal qui rend dingue ses prétendants, mais aussi par sa capacité à se défendre, comme le constatera trop tard le tueur au costume gris et à la tête d’assassin qu’elle va occire à coups de crucifix. Mais attention, même avec quelques meurtres à son actif, Piedad reste pieuse : elle envisage de se confesser au Père César et de noter chaque mauvaise action dans son carnet de péchés. En fait elle est vraiment bienveillante et généreuse : elle pardonne à son mari, aide ses anciennes maîtresses, essaie de sauver les emplois de son entreprise. Elle prend soin également des collections rassemblées par ses parents disparus : les aphorismes et les proverbes de son père et les boléros de sa mère. C’est une bonne fille. Devenir une femme d’action la débride aussi sexuellement : elle qui avait la chair triste devient une amante volcanique.

Se positionner dans le domaine de l’humour n’empêche pas Carlos Salem de bâtir une intrigue suffisamment complexe pour entretenir le suspense. Il y a des rebondissements et des surprises, même si la vraisemblance n’est pas la qualité majeure de cette histoire. Au passage l’auteur distribue quelques coups de griffes bien sentis, notamment à l’église catholique, mais toujours dans la dérision jamais dans le sérieux et l’emphase.

Dans ce polar, un salubre dédoublement de personnalité transforme Piedad, la bigote rigide, en une femme libérée, sensuelle et active sur tous les plans. Comme dans ses précédents romans (voir sur ce site Aller simple et Nager sans se mouiller) Carlos Salem signe dans Attends-moi au ciel un polar humoristique réjouissant par sa verve et son ironie, parfois grinçante.

Extrait :
Il s’approche en ouvrant sa braguette et sort son sexe encore flasque. Je me mets à pleurer. La voix en moi me maudit, mais je fonds en larmes tandis qu’il recule pour mieux s’exhiber et commence à se tripoter.
— Tu pleures, maintenant ? Merde, si on m’avait dit que tu étais une petite chose fragile…
— « La petite chose fragile, c’est celle qui pend entre tes jambes! » crie, la voix.
Mais c’est bien moi qui saisis la veste d’Amor par le col et ta fais tourner, lestée par le poids du crucifix dans la poche, puis la projette contre son sexe une fois, deux fois ; moi qui me lève et fracasse le crâne de l’homme en gris à la tête d’assassin, qui se couvre de rouge et a maintenant une tête de mort.
« Arrête, arrête, arrête, tu vas le… », m’avertit ma voix intérieure.
Puis elle se tait.
Parce que l’homme à la tête d’assassin est mort. Définitivement mort.
Et bêtement,  je songe que j’ai taché de sang son costume.

Niveau de satisfaction :
(4,1 / 5)

 

 

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Annonce du 10e Festival international des littératures policières – Toulouse Polars du Sud 2018

Du 12 au 14 octobre 2018

Pierre Lemaitre sera le parrain de cette 10ème édition du Festival Toulouse Polars du Sud.

Les auteurs invités

Les prix qui seront décernés

Tous les détails du festival sur le site  Toulouse Polars du Sud

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De ton fils charmant et clarinettiste – Richard Ste-Marie

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Alire)
Genre :
Enquête
Personnage principal : sergent Marcel Banville, SPVQ (Québec)

Je ne sais jamais à quoi m’attendre quand je commence un Richard Ste-Marie. Encore moins cette fois-ci, parce que son détective que j’aime bien, Francis Pagliaro, ne fait pas partie de la distribution.

Début prometteur : un prêtre est étendu, face contre terre, les bras en croix, nu sous sa chasuble rose relevée au-dessus des fesses, la tête baignant dans le sang, tenant dans sa main la souris de son ordi déposé sur l’autel, qui affiche la photo d’un jeune garçon agressé par deux religieux. Une mise en scène qui fait penser à l’assassinat de l’abbé Bergeron quelque temps auparavant. Puis un autre prêtre pédophile, le vieil abbé Delisle, est victime d’un cocktail Molotov.

C’est au sergent Marcel Banville, policier à Québec, sur le point de prendre sa retraite, que l’enquête est confiée; peu sociable, policier magouilleur, ex-délinquant, dont la jeunesse frivole est marquée par le suicide de sa mère, Banville envisage son travail sans enthousiasme. Tout en espérant s’en sortir par la retraite qui l’attend dans quelques semaines, il craint le désœuvrement dans lequel il sera alors jeté.

L’enquête piétine; Banville quitte le corps policier; et s’emmerde. Il en est réduit à regarder les séries policières à la télé pour les critiquer. Puis, il s’immerge dans ses souvenirs d’enfance et d’adolescence, son rapport bienheureux avec sa mère surtout, dont il n’a jamais compris le suicide. Il s’intéresse particulièrement au cas du père Chabanel qui sera bientôt libéré de la prison où il a purgé cinq ans de réclusion pour avoir extorqué de l’argent aux pères de sa communauté (procurations suspectes, encaissements louches, fausses factures). Banville apprendra que ses fraudes les plus spectaculaires consistaient à se faire désigner comme unique héritier de plusieurs dames dont il s’occupait de très près, et même de très très près… Les prêtres ne sont pas tous pédophiles !

L’ex-policier entreprend d’en apprendre le plus possible sur Chabanel. Son enquête non officielle le conduit à un prêtre africain plutôt mystérieux qui se serait donné la mission de rendre justice aux actes non punis (ou pas assez) perpétrés par ses collègues. En même temps qu’il tente d’éclaircir un lien délicat entre le père Chabanel et sa mère. En fait, c’est son propre passé qu’il tente d’éclaircir et de comprendre.

Tout cela est sans doute un peu déroutant; on s’attend à une enquête menée dans le milieu des prêtres pédophiles et on se retrouve à suivre un personnage pas très héroïque. Comme c’est lui qui raconte l’histoire, on se retrouve dans sa tête, dans ses souvenirs, dans ses projets, et on frôle sa sensibilité. Un polar d’enquête détourné en roman psychologique, dans lequel on devine que Ste-Marie a investi beaucoup de lui-même. De plus, même si son détective habituel, Francis Pagliaro (SPVM), n’est évoqué qu’en passant, Ste-Marie intègre à son récit plusieurs personnages de ses nouvelles, qui font partie sinon de sa vie réelle, du moins de sa vie rêvée.

Une histoire noire qui demande respect.

Extrait :
J’ai fait mon cours secondaire au petit séminaire de Québec, voyez-vous, juste après l’abolition du cours classique. Entre garçons, petits et grands, et avec des professeurs qui étaient des prêtres séculiers qu’on appelait monsieur.

Avant que le collège n’accueille les jeunes filles, les seules dames qu’on croisait étaient des employées d’entretien en uniforme vert pâle à qui il était interdit de parler. Les curés espéraient qu’on ne tomberait pas sous l’influence charnelle de ces démones, mais ils les mettaient tout de même en pâture sous nos yeux de façon quotidienne. Pour résister au péché, il faut avoir accès à la tentation, que le diable se manifeste, qu’il soit disponible en quelque sorte. Je suppose que, dans l’esprit des ecclésiastiques, la présence des nymphes (c’est le surnom qu’elles portaient) servait d’appelant, mais un peu à la manière du lapin mécanique qui précède la meute dans une course de lévriers. Tout le monde sait que même le vainqueur ne l’attrapera jamais.
Les nymphes récuraient les planchers et les marches des escaliers à la brosse, à quatre pattes, si bien qu’on apercevait leur cul plus souvent que leur visage. De là vient ma prédilection juvénile pour les fesses. Comme un défaut dans le plan de match des saints pères.
Plus tard dans ma vie, je me suis demandé si les abbés étaient assez perfides pour avoir forgé de façon délibérée à notre intention cette image de la femme : créature réduite à son cul, alléchant corpus delicti intouchable, prosternée devant nous telle devant son Dieu, dévouée à faire disparaître le maculage de nos pas.

Niveau de satisfaction :
(3,7 / 5)

 

 

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Les chemins de la haine – Eva Dolan

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2014 (Long Way Home)
Date de publication française : 2018 – Liana Levi
Genres : Enquête, social, roman noir
Personnages principaux : Inspecteur Zigic et sergent Ferreira, policiers de la section des crimes de haine à Peterborough

Dans un quartier au nord de Peterborough, un abri de jardin a été incendié. Il y avait un homme à l’intérieur. Le cadavre calciné est difficilement identifiable. L’inspecteur Zigic et le sergent Ferreira de la section des crimes de haine sont chargés de l’enquête. Ils arrivent rapidement à identifier la victime. C’est un travailleur immigré estonien qui avait squatté le lieu. Cependant l’enquête va connaître des rebondissements, ce sera l’occasion de pénétrer dans le monde de l’économique parallèle, celle de l’exploitation des immigrés.

Ce roman comporte deux volets qui s’imbriquent. Il y a l’enquête, elle-même qui doit déterminer si c’est un meurtre et dans ce cas découvrir les identités de la victime et du coupable. Et d’autre part il y a le volet social qui décrit les conditions terribles imposées travailleurs immigrés, venant des pays de l’est. Cette main d’œuvre taillable et corvéable à merci, n’a aucun droit puisque souvent entrée dans le pays clandestinement. C’est une formidable opportunité pour des gangmasters sans scrupules. C’est le retour à l’esclavage.

Dans ce contexte, l’inspecteur Zigic et sa partenaire, le sergent Ferreira, mènent une enquête compliquée qui va déborder de l’affaire du cadavre dans l’abri de jardin brûlé. La hiérarchie policière avait fait un choix politique : elle avait tenu à ce que la section des crimes de haine soit dirigée par un immigré de troisième génération, quelqu’un juste ce qu’il faut de différent. Dans un pays en crise économique où les immigrés sont considérés comme des parasites, profitant des allocations et volant les premières places sur les listes d’attribution des logements sociaux, le serbe Zigic et la portugaise Ferreira, bien que nés en Angleterre, n’ont pas la tâche facile.

Eva Dolan nous livre un roman dont le contexte est actuel et dont le plus grand mérite est de montrer les conditions misérables dans lesquelles les travailleurs immigrés sont obligés de vivre. Envolé leur rêve d’une vie meilleure ! L’auteure montre que ce sont des victimes, pas des profiteurs. Des profiteurs, il y en a. Ce sont ceux qui exploitent toute cette misère : les entreprises de BTP ou agricoles qui se procurent ainsi une main d’œuvre à bas coût, voire gratuite, ceux qui prostituent les filles, ceux qui louent des logements insalubres …

Un polar dans l’air du temps, plus social que policier. Un roman engagé mais sans discours politique, qui montre simplement un autre aspect de la mondialisation et de l’économie libérale. Sans esbroufe mais diablement efficace.

Extrait :
Ferreira prit sa boîte à tabac de sa poche et se roula une cigarette sans vraiment l’écouter. Elle repensait aux hommes du campement, l’air effrayé et incrédule quand, les portes des caravanes enfoncées, ils avaient enfin pu sortir dans l’air frais du matin. Deux hommes avaient essayé de prendre la fuite, mais avaient été vite rattrapés. Ils n’avaient pas assez de force pour courir, trop amaigris et épuisés pour dépasser les grilles de l’entrée. Plusieurs étaient sans papiers, et Ferreira éprouvait une profonde pitié à leur égard.
Une fois qu’ils auraient fait leur déposition au commissariat, ils seraient conduits par bus au centre de rétention d’Oakington où ils attendraient, quelques jours ou quelques semaines, avec un peu plus de confort que ce à quoi ils avaient eu droit jusqu’à présent, mais pas libres pour autant. Puis une fourgonnette viendrait les chercher pour les amener à l’aéroport de Stansted. Ils seraient embarqués de force dans des avions qui les renverraient chez eux, dans des pays où ils devaient encore de l’argent aux passeurs qui les avaient fait venir jusqu’ici.

Niveau de satisfaction :
(4,1 / 5)

 

 

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Meurtre en écho – Anne Perry

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2016
(An echo of Murder)
Date de publication française : 2017
(Éd. 10/18)
Genres : Enquête, historique (Londres 1870)
Personnage principal : Commissaire Monk

Dans un entrepôt du bord de la Tamise, on découvre un cadavre victime d’un meurtre sauvage : doigts disloqués, lèvres découpées, le corps transpercé d’une baïonnette et entouré de 17 bougies trempées dans son sang. Il s’agit d’un Hongrois, Imrus Fodor, un citoyen tranquille et aimable, un veuf qui a travaillé dur pour réussir, apprécié dans sa communauté par tous (moins un). Monk et Hooper entreprennent une enquête difficile, qui stagnera pendant des semaines.

Pendant ce temps, on fréquente Crow qui soigne des centaines de pauvres dans son dispensaire, assisté de Scuff, gamin des rues qui a été adopté par Monk et sa femme Hester, devenu un grand jeune homme qui vise à devenir médecin. Devant le cas grave d’un individu qui ne parle que la langue hongroise, Scuff obtient l’aide d’Herbert Fitzherbert, un Anglais qui a vécu assez longtemps en Hongrie pour maîtriser la langue. Il était médecin en Crimée où il a connu les pires horreurs en compagnie d’Hester. Au dispensaire, des cas lourds se succèdent et Fitz décide de rester pour donner un coup de main à Scuff et Crow. Ses retrouvailles avec Hester sont émouvantes.

Au tiers du roman, alors que l’enquête semble se poursuivre sans résultat, on découvre un autre cadavre, assassiné selon le même mode que le précédent; un autre Hongrois d’un certain âge, aussi inoffensif que le premier.

Au dispensaire, on assiste en détail aux moyens utilisés à la fin du XIXe siècle pour combattre la gangrène, couper un bras et se servir de fers chauffés à blanc. Dure école pour Scuff. En même temps, belles expériences de solidarité entre ces soignants pourtant si différents au départ. Fitz se mérite le respect de Scuff et de Crow, mais il est accablé de terribles cauchemars et de violentes hallucinations qui l’entraînent dans une autre réalité. Hester a connu aussi les angoisses causées par les traumatismes vécus en Crimée.

Au deuxième tiers du roman survient un autre meurtre, toujours mis en scène selon le même modus operandi. L’enquête ne donne toujours pas de résultat et les policiers doivent maintenant se méfier des réactions violentes de la communauté hongroise, impatiente et terrifiée. Suite à une quatrième boucherie, Monk et Fitz sont poursuivis par une foule qui veut leur peau. Monk doit alors mettre Fitz sous arrêt pour lui sauver la vie. Un procès suivra. Fitz n’a pas d’alibi et, à cause de ses pertes de conscience occasionnelles, se demande s’il n’est pas lui-même l’assassin. Hester aura recours à Rathbone, un ami et un des meilleurs avocats du royaume.

Ces événements donneront l’occasion à Hester de revoir son frère Charles à qui elle n’avait pas donné de nouvelles depuis la guerre de Crimée, ce qui nourrissait un sentiment de culpabilité qui la rongeait de l’intérieur.

Et l’intrigue policière là-dedans ? On a des cadavres, on mène une enquête, on trouve quelques suspects et on élucidera sans doute les conditions de ces drames. On aura deviné que ce n’est pas surtout cet aspect de son histoire qui intéresse Perry. Les motifs des meurtres sont peu convaincants et la façon de les découvrir relève d’un beau hasard.

Ceci dit, peut-être parce que je suis un lecteur acharné d’Anne Perry (j’ai lu tous les Pitt et tous les Monk), j’ai été très intéressé et souvent ému par ce roman. C’est comme si l’auteur avait voulu nous faire connaître de plus près des personnages secondaires mais récurrents dans les histoires de Monk; et nous présenter Hester sous un nouvel angle, ses expériences traumatisantes de la guerre de Crimée, son amitié avec le vieux complice qui a vécu avec elle l’enfer de la guerre, les retrouvailles avec son frère Charles, qu’elle redoutait, parce qu’elle avait l’impression de l’avoir laissé tomber comme d’avoir laissé tomber Fitz. Sentiment de culpabilité un peu agaçant mais pratiquement inévitable quand on veut sauver le monde entier. Tout compte fait, avant d’être un polar, c’est un roman aux observations psychologiques subtiles et aux descriptions sociologiques pertinentes.

Si l’aspect historique avait été moins réussi, j’aurais certainement été indisposé par l’aspect un peu facile de l’intrigue. Alors que, dans ce cas-ci, j’ai lu avec émotion un grand roman.

Extrait :
Les hommes se pressaient autour de la porte. Plusieurs d’entre eux tenaient des gourdins et des pioches. L’un brandissait une paire de ciseaux à couture. La lumière se reflétait sur les lames, suffisamment aiguisées pour découper du bon tissu sans tirer un seul fil.
Un des hommes fit deux pas en avant.
– Vous n’allez pas vous sauver, ce coup-ci, dit-il dans un anglais très clair.
Puis son regard alla de Fitz à Monk.
– Ne nous causez pas d’ennuis, et nous ne vous ferons pas de mal.
Monk savait exactement ce qu’il allait faire. Il avait vu le bac se diriger vers eux, répondant à son signal.
– Vous n’allez pas me faire de mal, répondit-il. Si vous m’attaquez, vous allez devoir me tuer. Et le meurtre d’un policier en toute connaissance de cause, alors qu’il fait son devoir, vous conduira à la potence, vous tous qui y aurez participé. Est-ce cela que vous voulez pour votre communauté ? Pour vos familles ? Cinq ou six d’entre vous jugés et pendus pour le meurtre du chef de la brigade fluviale ? Vous pensez que vous avez peine à nourrir vos familles à présent ? Attendez que vos veuves et vos enfants découvrent ce qu’est la vraie misère !
– Vous protégez un homme qui a assassiné quatre des nôtres, qui les a tués comme une bête sauvage, et même pire !
Ses compagnons grognèrent leur assentiment et s’avancèrent à leur tour.
– Je ne fais que vous protéger d’un crime sur lequel vous ne pourrez jamais revenir, imbéciles ! riposta Monk, furieux. Je l’arrête et je l’emmène pour qu’il soit jugé ! Si vous voulez qu’il soit condamné, vous déposerez vos armes et commencerez à vous comporter comme les bons citoyens que vous prétendez être !

La Tamise des entrepôts

Niveau de satisfaction :
(4,2 / 5)

 

 

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Wazházhe – Hervé Jubert & Benoît Séverac

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018
(Le Passage)
Genres : Enquête, fantastique
Personnages principaux : Chef Jack Marmont, indien Osage et ranger – Claire Tourment, lieutenant de gendarmerie à Montauban

En 1829, trois indiens Osages, se sont rendus à Montauban pour rechercher l’aide de l’évêque qu’ils avaient connu lors d’une mission d’évangélisation. Complètement perdus en France, victime d’un escroc, l’évêque était la seule personne qu’ils connaissaient susceptible de les aider à rentrer chez eux. Ce qu’il fit. De nos jours l’entente Oklahoma-Occitanie entend célébrer cet événement par un don de terre dans la commune de Laprade près de Montauban. Le chef Jack Marmont, indien Osage et Ranger en Oklahoma est délégué par le Conseil des Anciens pour les représenter à la cérémonie du don. Marmont est aussi homme-médecine, il dialogue avec les esprits. Or dans la prairie que l’on a attribuée aux Osages, Marmont ne ressent rien, la terre ne lui parle pas. Il refuse le don en attendant un signe. C’est le début d’une série d’événements dramatiques : enlèvement d’une petite fille, découverte d’un cimetière sauvage, affrontements des pro-don et des anti-don … La gendarmerie sous l’autorité du lieutenant Claire Tourment essaie de démêler cet imbroglio.

L’intrigue est inspirée d’événements vrais. L’épisode des trois Osages venus requérir l’aide de l’évêque en 1829 est authentique. Les auteurs ont ensuite brodé autour des ces événements. Même si ça a l’air d’une blague, l’association Oklahoma-Occitanie, Ok’Oc1, existe bel et bien. Les auteurs ont imaginé qu’il y avait un quatrième Osage mais celui-ci ne serait pas arrivé à Montauban. Son sort tient une grande place dans une intrigue où les rebondissements sont aussi nombreux que les victimes et les coupables. Pas toujours facile à suivre ! On se demande aussi pourquoi l’esprit est allé chercher si loin, à Montpellier à près de 300 kilomètres, une jeune fille qui portera ses exigences. Aucune n’était disponible sur place ? Heureusement encore qu’il n’a pas choisi une Parisienne² ! Les mystères des esprits sont insondables !

Dans les personnages principaux le chef Marmont tient une place de choix. Ce colosse de 2 mètres et 120 kilos sait parler aux âmes des morts. Le dialogue n’est pas toujours facile, mais il sait attendre le bon moment. D’autres n’ont pas cette patience, ils manifestent leur irritation en attendant que l’emplumé reçoive le signe qui permettrait de procéder à la cérémonie du don. Plus prosaïquement Marmont est aussi capable de participer à une enquête.
Claire Tourment, lieutenant de gendarmerie, mène l’enquête sur l’enlèvement de la jeune fille. Elle est entourée de mystère :
à 35 ans, pas de mari, pas d’enfant, pas d’amis, elle ne dort pas à la gendarmerie, mais on ne sait pas où, certains pensent qu’elle est homosexuelle. Cependant elle est respectée car elle est capable et compétente.

Washáshe (signifie enfants de l’eau du milieu) est l’autre autre nom des indiens Osages. Le livre se base sur des événements assez méconnus qui se passèrent il y a près de deux siècles dans la région de Montauban. Les auteurs en ont tiré un roman à la fois instructif et divertissant. On appréciera d’autant plus cet ouvrage en mettant de côté toute conception trop cartésienne. Il faut admettre que les morts puissent se manifester, parfois avec véhémence.
Les auteurs préparent une suite à cet ouvrage.

1 Site de l’association Ok’Oc (Oklahoma-Occitanie) http://oklahoccitania.canalblog.com/

²Parisien(ne) désigne pour les autochtones toute personne venue du nord de la Loire

Extrait :

L’homme raccrocha, laissant Bergougnoux haletant, adossé à un arbre qui l’empêchait de s’affaler de tout son long. Sa tête tournait, des étoiles dansaient derrière ses paupières fermées. Il crut un instant qu’il allait avoir un infarctus et crever là, seul, comme un con, dans cette forêt. Tout ça à cause d’un salopard d’Indien ! Tout ça à cause de ces connards de post-soixante-huitards, Richardson et sa bande, qui avaient eu l’idée débile de refiler le bois de Peyregoux à d’autres connards venus d’Amérique. Au nom de quoi ? Putain ! On était peinards avant que tous ces zozos ne débarquent à Laprade. C’était mieux, avant.

Niveau de satisfaction :
(4 / 5)

 

 

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