Station Eleven – Emily St. John Mandel

Par Raymond Pédoussaut

stationelevenDate de publication originale : 2013 (Station Eleven)st-john-mandel
Date de publication française : 2016 (Payot & Rivages)
Genres : Apocalyptique, Science-fiction
Personnages principaux : Arthur Leander, célèbre acteur – Les membres de la troupe la Symphonie Itinérante

À Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander meurt sur scène en jouant le Roi Lear. C’est le dernier jour normal de notre civilisation. Dans les jours qui suivent la grippe de Géorgie va décimer la population. La pandémie se répand à grande vitesse. La société telle que nous la connaissons va s’effondrer : plus d’électricité, plus d’essence, plus d’eau courante, plus de télécommunications, plus d’informatique. Les infrastructures disparaissent, les villes sont désertées. Un nouveau monde se met en place, sans technologie, sans confort.
Vingt ans après le cataclysme, une troupe d’acteurs et de musiciens, se déplace en caravane, formée d’anciens pickups délestés de leur moteur et tirés par des chevaux. C’est la Symphonie Itinérante, sa devise est : Parce que survivre ne suffit pas. Elle se déplace de villages en bourgades où les survivants se sont installés en petites communautés. Elle joue alternativement des pièces de Shakespeare et de la musique. Elle est accueillie diversement : parfois reçue avec chaleur, parfois chassée d’endroits hostiles. La Symphonie perpétue une des rares choses à avoir survécu : la culture.

L’intrigue ne se distingue pas par sa rigueur. La période pré-apocalypse, avec les tranches de vie de l’acteur Arthur Leander, alterne avec la période post-apocalyptique de la déambulation de la Symphonie Itinérante. L’histoire se fractionne dans plusieurs directions, comme si l’auteure enchaînait les idées qui lui viennent à l’esprit. Ainsi nous avons les amours d’Arthur Leander, avec ses trois épouses successives, qui succèdent aux aventures de la Symphonie Itinérante puis il est question d’une bande dessinée fantastique qui donne son titre au livre. On a un peu de mal à trouver une cohérence dans tout cela. L’intrigue est davantage le résultat d’un assemblage d’éléments disparates que celui d’un plan élaboré. Dans l’interview ci-dessous Style et influences Emily St. John Mandel explique sa façon particulière de raconter une histoire.

Malgré ça, l’auteure a parfaitement réussi à imprégner son livre d’une grande nostalgie. Les survivants les plus âgés évoquent avec mélancolie le monde d’avant, avec toutes ses technologies et les commodités qu’elles procuraient. Les plus jeunes, ceux qui n’ont pas connu le monde précédent, sont ébahis en apprenant que ces carcasses de ferraille rouillées sont des avions qui étaient capables de transporter des passagers d’un bout du monde à l’autre, que les rues étaient éclairées la nuit par une lumière artificielle, que l’on pouvait communiquer à distance avec des téléphones, que les ordinateurs étaient capables de réaliser des calculs très compliqués, que toutes ces merveilles faisaient partie du monde disparu. Quelqu’un a même créé le Musée de la Civilisation. C’est un endroit où sont rassemblés des vestiges de la civilisation précédente. Entre autres on y trouve : des ordinateurs portables, des iPhones, des chaussures à talons aiguilles, une boule à neige, des moteurs de voitures, une moto aux chromes étincelants … tous ces objets sans aucun usage pratique aujourd’hui.

Emily St. John Mandel parvient à rendre indéniable la fragilité de notre monde actuel en l’évoquant sous forme d’agréables souvenirs. L’espoir dans l’humanité reste malgré le désastre : la culture a survécu et le livre se termine même sur une note optimiste : au loin les gens aperçoivent un village dont les rues sont éclairées, signe d’un monde qui renaît.

Une belle écriture contribue à créer la mélancolie et la douceur qui se dégage de ce roman malgré le thème de l’apocalypse.

Bien sûr on rapproche ce roman de celui de Cormac McCarthy : La Route, référence dans le domaine. Si le thème est le même, les deux œuvres sont très différentes, celle de McCarthy est beaucoup plus sombre et puissante alors que celle d’Emily St. John Mandel est plus mélancolique et finalement plus optimiste.

Extrait :
Vers la fin de sa deuxième décennie à l’aéroport, Clark se prit à réfléchir à la chance qu’il avait eue. Non seulement de survivre, ce qui était déjà extraordinaire en soi, mais d’avoir assisté à la fin d’un monde et au début d’un autre. Non seulement d’avoir connu les splendeurs de l’ancien monde, les navettes spatiales, les systèmes d’éclairage et les guitares électriques, les ordinateurs qui tenaient dans la paume de la main et les trains à grande vitesse qui reliaient les villes entre elles, mais d’avoir vécu si longtemps parmi toutes ces merveilles. D’avoir bénéficié de ce monde spectaculaire pendant cinquante et une années de sa vie. Quelquefois, la nuit, couché dans le Hall B de l’aéroport de Severn City, il se disait : « J’y étais » – et cette pensée le transperçait d’un mélange de tristesse et d’allégresse.

Emily St. John Mandel – Style et influences (ces propos concernent un autre de ses livres mais ils peuvent s’appliquer à Station Eleven).

Ma note : 4 Stars (4 / 5) stationeleven-amb

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Canadien, Remarquable, Science-fiction | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Le blues des sacrifiés – Richard Ste-Marie

Par Michel Dufour

lebluesdessacrifiesDate de publication originale : 2016 (Alire)Ste-Marie
Genre : Enquête
Personnage principal : Francis Pagliaro, sergent-détective (SPVM)

J’ai déjà commenté les trois premiers romans de Ste-Marie, L’Inaveu, Un ménage rouge, et Repentir(s). C’est un auteur très apprécié au Québec, qui se classe bien à Saint-Pacôme et à Toronto (Arthur Ellis), un homme cultivé (le sergent-détective Francis Pagliaro en porte les traces) et un artiste (peinture, musique). Ses expériences personnelles servent souvent de contexte à ses récits; dans Repentir(s), on se familiarisait avec l’univers des peintres; dans Le blues des sacrifiés, on louvoie parmi les musiciens.

Nicolas Turmel, un jeune policier spécialisé en informatique, est abattu froidement d’une balle dans la tête. Le lendemain, Geneviève Collard, décoratrice de théâtre et épouse d’un professeur de musique à l’Université Laval, est victime d’une balle en plein cœur. Au même moment, mais on le découvrira plus tard, le musicien Roch Rancourt est tué d’une balle en plein front. Aucun rapport apparent entre les trois assassinats, sauf qu’il s’agit de la même arme et d’un modus operandi assez semblable.

Francis et son adjoint Martin Lortie se lancent dans une enquête qui les amènera à côtoyer la mafia russe et les islamistes radicaux, la petite pègre de Vegas et les policiers ripoux du Québec. Filatures, interrogatoires, intuition et quelques beaux hasards leur permettront de résoudre les principaux problèmes.

Cette histoire nous est rapportée en partie par le personnage de Louis Collard, en partie par Francis. De sorte que, comme dans le roman précédent, nous ne sommes pas directement jetés dans l’action, mais nous passons par la médiation d’un conteur. Parfois, ça ne porte pas à conséquence, mais parfois ça diminue l’impact des événements. L’enquête est longue et on a l’impression que ça parle plus que ça agit. Pour nous distraire, l’auteur développe beaucoup de personnages secondaires comme Louis Collard ou Bill Dugas. Ste-Marie puise aussi beaucoup dans son expérience personnelle, ici particulièrement dans le milieu des studios d’enregistrement : de fait, l’essentiel de l’intrigue implique une plongée dans les méandres des enregistrements sonores et dans l’art de dissimuler des informations dans des bandes magnétiques, des cd et des dossiers d’ordinateur. Les détails techniques remplissent beaucoup d’espace et intéresseront probablement les amateurs. Par ailleurs, un long détour par la supposée filière islamique au Québec servira surtout à accroître notre connaissance de Louis Collard.

Ce roman s’est mérité le 3e prix de la Société des romans policiers de Saint-Pacôme en octobre 2016.

Extrait : 
Tout a commencé à basculer pour moi le mardi 5 août à quatorze heures.
Entre deux leçons, j’étais en train d’essuyer l’intérieur de mon saxophone à l’aide de l’écouvillon de coton quand on a frappé à l’étroite fenêtre de mon cubicule. Je me suis demandé pourquoi mon prochain étudiant n’entrait pas tout simplement, puisque la porte n’était jamais barrée. Inutile de lui crier  « Entre ! » : les minuscules chambres de répétition sont parfaitement insonorisées è la Faculté de musique de l’Université Laval. Le jeune devait le savoir, depuis le temps qu’il suivait mes cours d’été. Après une deuxième série de coups insistants sur la vitre, je me suis levé et j’ai ouvert. À deux policiers en uniforme.
Après avoir vérifié qu’il s’adressait bien à Louis Collard, le plus âgé des deux patrouilleurs m’a prié de m’asseoir. Il me regardait droit dans les yeux, visiblement catastrophé de m’apporter une mauvaise nouvelle. J’ai pensé tout de suite à Geoffroy, mon fils adoptif de vingt-cinq ans, handicapé intellectuel qui fugue de temps en temps. J’espérais qu’il n’avait pas fait trop de grabuge cette fois-ci.
Mais il s’agissait de Geneviève.

Un des mentors de Louis Collard, c’est Johnny Winter : le voici à Barcelone en 1990 :

Johnny Winter – Stranger Blues

Ma note : 3.5 Stars (3.5 / 5) leblues-amb

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Enquête, Moyen, Québécois | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

The End of the World Running Club – Adrian J. Walker

Par Raymond Pédoussaut

The end of the WRCDate de publication originale : 2015 Walker-Adrian J
Date de publication française : 2016 chez Hugo Romans
Genres : Roman post-apocalypse, Science-fiction
Personnage principal : Edgar Hill, 35 ans, mari et père de famille

Une collision terrestre avec des météorites se produit avec impacts multiples au Royaume-Uni. Le résultat est catastrophique : les villes sont détruites, les forêts sont brûlées, les fleuves sont sortis de leurs lits, les montagnes sont renversées. Partout c’est la désolation. La famille Hill, vivant en Écosse, a eu le temps de se réfugier dans la cave de sa maison. Les quatre membres de la famille resteront confinés là pendant deux semaines avant d’être secourus par l’armée. Plus tard alors qu’Edgar, le père, participait à une mission de ravitaillement, sa femme et ses deux enfants ont été emmenés par les Sauveurs, une étrange organisation mondiale qui s’est donné pour objectif d’évacuer l’Europe sinistrée. Ses bateaux partent des Cornouailles direction l’hémisphère sud moins The end of the WRC-amb-2touché que le nord. Pour retrouver sa famille Edgar va essayer de rejoindre le point de départ des bateaux. Il n’y a plus de moyens de transport, ni d’essence, le seul moyen d’y arriver c’est à pied, en marchant ou en courant. Il sera accompagné par six autres compagnons. La petite troupe va tenter de parcourir les huit cents kilomètres pour atteindre le port de départ, en trois semaines. Dans un pays totalement dévasté, le chemin est long et les dangers nombreux.

L’intrigue décrit une situation post-apocalyptique. Le monde tel qu’il existait est totalement détruit. Ceux qui ne sont pas morts essaient de survivre. De nouvelles organisations humaines remplacent les précédentes. Les Lapins ont pris possession des rues dévastées. Ceux qu’on a ainsi surnommés ce sont des groupes organisés qui vivent dans les décombres, les terriers, à la recherche de nourriture ou de carburant. Ils sont armés et agressifs. Ils représentent un danger permanent dans les villes. Jenny Rae, elle, a organisé tout un secteur de la ville qu’elle contrôle d’une main de fer. En échange d’un logement et de la nourriture les gens sous sa coupe doivent travailler pour elle et lui être totalement soumis. Dans son quartier les choses semblent s’améliorer, on y trouve un signe indéniable du retour à notre belle civilisation : un fastfood. On peut y déguster le curry de mouette. Beurk ! Quant aux puissants Sauveurs, aux couleurs jaunes, on ne sait pas trop qui ils sont ni quels sont leurs objectifs. Pour l’instant ils portent secours aux naufragés mais ils sont autant inquiétants que réconfortants.

Le roman offre également une belle palette de personnages. Edgar, le narrateur, est un mari, père de famille tout ce qu’il y a d’ordinaire. Il est désenchanté, en surpoids, il picole et sait développer toutes sortes de stratégies pour en faire le moins possible dans son foyer. Sous prétexte que, lui, il travaille, qu’il a besoin de se détendre, il laisse à son épouse l’entière charge des tâches ménagères et des enfants. Il en a tellement marre de sa vie que la fin du monde est venue comme un soulagement. Et effectivement on peut considérer que l’événement sera bénéfique pour sa personnalité. Ce sera sa rédemption. Bien d’autres personnages pittoresques apparaissent au fil du périple à travers la Grande-Bretagne.

Le livre est épais (558 pages), dense et captivant. Il ne faut pas ergoter sur la vraisemblance. Le genre (science-fiction et post-apocalypse) est basé sur l’imagination pas sur la crédibilité des faits. Et question imagination, on est bien servi dans ce roman ! Certes quelques fils de l’intrigue restent en l’air, notamment tout ce qui concerne les Sauveurs. Peut être pour laisser la porte ouverte à une éventuelle suite.

À noter également de nombreuses digressions intéressantes sur des sujets variés : les croyances, la vie en couple, la famille, l’exercice physique, le retour à la nature, le progrès…

Cependant on peut s’étonner que la version traduite en français ait conservé un titre aussi long que sibyllin : The End of the World Running Club. Pourquoi avoir tout traduit sauf le titre ? Peut être à cause de la difficulté à trouver un équivalent français convaincant ? En général les éditeurs français ne sont sont pas si pointilleux, ils n’hésitent pas à changer complètement de titre s’ils le jugent plus vendeur. Ici le risque, pour les lecteurs francophones, est partagé entre mal comprendre et ne pas comprendre du tout. Les coureurs de la fin du monde m’aurait paru mieux adapté à la traduction française, tout en conservant le côté énigmatique.

Malgré ce titre, c’est un excellent roman, rythmé et haletant.

Adrian J. Walker est né en Australie, dans le bush autour de Sydney, et a grandi en Angleterre où il vit toujours. The End of the World Running Club est son premier livre traduit en français.

Extrait : 
Cette autre bête en vous, celle qu’on voit rarement ? Vous la tenez en laisse. Elle attend, elle observe, pendant que vous gâchez votre vie, que vous remplissez votre corps de poison et embrouillez votre esprit d’inquiétudes. Chez certains, il ne faut qu’un appel pour la libérer. Pour d’autres, il faut huit cents kilomètres de martyre.
Mais la mienne était libre à présent. Pour la première fois depuis mon enfance, elle courait en montrant les dents tel un loup traversant un champ de fougères éclairé par la lune. La douleur courait à côté de moi, comme une sœur, magnifique, souriant du même sourire. Je serai toujours là, disait-elle.Toujours, mais maintenant nous sommes amis.

Rupert avait rapporté un gramophone d’un autre âge, et passait en revue son épaisse collection de disques vinyles. The Lark Ascending de Vaughan Williams résonnait dans la pièce, et mon regard un peu trouble devinait vaguement la silhouette de Grimes dansant avec Richard.

Vaughan Williams – The Lark Ascending

Ma note : 4.25 Stars (4.25 / 5) The end of the WRC-amb

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Australien, Remarquable, Science-fiction | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Le Détectionnaire – Norbert Spehner

Par Michel Dufour

ledetect-couvDate de publication originale : 2016 (Alire)spehner
Genre : Dictionnaire des personnages principaux de la littérature policière et d’espionnage

Il s’agit, sans contredit, de l’événement littéraire de la rentrée d’automne 2016 au Québec. En plus d’écrire régulièrement dans la Revue Alibis, Norbert Spehner a publié Écrits sur le roman policier : bibliographie, Longueuil, Le Préambule, 1990 (avec Yvon Allard); puis deux tomes sur Le roman policier en Amérique française, Lévis, Alire, 2000 et 2011; enfin, Scènes de crime : enquête sur le roman policier contemporain, Lévis, Alire, 2007. 4 fois par année, ses Marginalia constituent des bibliographies commentées sur le polar au sens large, du roman à énigme au roman western en passant par le roman d’espionnage. Pour les commentateurs de polars, Spehner demeure un phare, un guide, une référence par où on doit passer. Il est le seul au Québec à pouvoir composer un ouvrage comme Le Détectionnaire[1], une formidable encyclopédie qui classe les principaux personnages de la littérature policière, en les situant dans leur contexte et selon les œuvres où ils apparaissent.

Le livre, fort bien illustré et soigneusement aéré, atteint près de 800 pages. La genèse de cet ouvrage remonte au moins à 20 ans. C’est finalement Yvon Allard qui s’est emparé du projet. Mais, en 2012, Allard est décédé après avoir demandé à Spehner de prendre la relève et consentant à ce que son ami publie le livre sous une forme nouvelle, largement remaniée, selon de nouveaux critères et des orientations différentes. En fin de compte, le Détectionnaire recense plus de 2600 personnages et se termine à la fin de l’année 2015, en débordant à l’occasion sur 2016.

Chaque entrée comprend :

1. le nom du personnage;
2. sa biographie fictive;
3. le nom de l’auteur, sa date de naissance et de mort (s’il y a lieu); on trouvera en annexe un index des auteurs et des personnages;
4. une bibliographie qui cible les titres où apparaît le protagoniste;
5. les éditeurs et les lieux de publication originale et des traductions en français;
6. la section Critiques et remarques, qui contient des informations sur la série où apparaît le personnage, quelques remarques critiques et, éventuellement, des prix littéraires;
7. les rubriques Cinéma et Télévision, qui recensent les adaptations cinématographiques et télévisuelles où apparaît le protagoniste, suivies du nom de l’interprète et du (ou des) réalisateur(s), puis d’informations pertinentes sur la série.

Chaque page est illustrée de 2 à 5 photos représentant l’auteur ou la couverture du livre.

Le lecteur lira aussi avec profit la Présentation et le mode d’emploi; puis une introduction portant sur la naissance, le développement et les multiples ramifications contemporaines du personnage du détective; enfin, une courte bibliographie des ouvrages, revues et sites internet qui ont alimenté la recherche de Spehner.

Pour qui est cet ouvrage ? Les spécialistes y trouveront leur compte : s’il existe d’excellents Dictionnaires des littératures policières (cf. Mesplède Claude, 2 volumes, Nantes, Joseph K, 2007), je ne connais aucun ouvrage de l’ampleur de celui de Spehner, qui procède par détectives plutôt que par auteurs. Or, souvent on se souvient plus du héros que de son créateur. C’est donc un outil de recherche indispensable. Les amateurs en profiteront également car le Détectionnaire ouvre des horizons insoupçonnés; et, comme on s’attache plus, en général, au détective qu’à l’auteur, nous y découvrirons des pistes qui s’accordent à nos affinités. Les rubriques Cinéma et Télévision rejoindront des fervents du télévisuel qui seront probablement amenés à dénicher les romans originels, par exemple : de Murdoch à Jennings, de Bond à Fleming, de Navarro à Topin et Arken, de Barnaby à Graham, de Wallander à Mankell, de Brunetti à Leon…

Pour ma part, je parcours cet ouvrage comme un vieil album de famille; que de souvenirs oubliés remontent à la surface ! Le Nick Carter que lisait mon père, le Perry Mason que préférait ma mère, Albert Brien et IXE-13 de ma préadolescence, puis Rouletabille, Gideon Fell, Nero Wolfe, Ellery Queen, sans parler évidemment de Holmes et de Poirot qui continuent de me captiver.

« Ordre et méthode » sont, sans doute, des qualités nécessaires pour composer une telle œuvre, mais surtout intelligence et passion. Sans trop exagérer, je parlerais ici de chef-d’œuvre.

[1] À paraître en France aux alentours de février 2017.

Extrait :
extrait-detectionnaire-1

Pour télécharger un plus large extrait : http://www.leslibraires.ca/livres/le-detectionnaire-norbert-spehner-9782896151608.html
Puis faire « Télécharger un extrait » (sous la photo de couverture)

ledetectionnaire-amb

Le repos de l’encyclopédiste

Ma note : 5 Stars (5 / 5)
Coup de cœur coupdecoeur

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Coup de Cœur, Québécois | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Le pacte du petit juge – Mimmo Gangemi

Par Raymond Pédoussaut

lepactedupetitjugeDate de publication originale : 2013 (Il Patto del giudice)gangemi
Date de publication française : 2016 chez Seuil
Genres : Enquête, mafia
Personnage principal : Alberto Lenzi, juge en Calabre

Dans une des provinces de la Calabre, les noirs, ramasseurs d’oranges, se révoltent contre leur condition précaire. C’est très mal vu par le reste de la population, blanche et raciste, qui va riposter lançant de terribles chasses à l’homme. Trois noirs sont sauvagement assassinés à coup de barres de fer. Parallèlement une lettre de dénonciation informe le Procureur de la République qu’un trafic de cocaïne aurait lieu dans le port. Le procureur décide de tendre un piège et confie l’affaire au juge Alberto Lenzi. Non seulement le piège ne fonctionne pas mais les deux cents kilos de drogue disparaissent. Le juge Lenzi n’apprécie pas de s’être fait rouler dans la farine et d’avoir sa réputation ternie. Alors, selon son habitude, il va contacter un parrain de la ‘Ndrangheta, l’organisation mafieuse qui règne sur la région, pour obtenir des informations. La police ne sait rien mais la ‘Ndrangheta sait tout. Pour don Mico Rota, chef de bâton (parrain), de la mafia locale, les informations données doivent avoir une contrepartie. C’est un jeu dangereux pour le juge.

Une belle région la Calabre ! Dans ce terroir du sud de l’Italie, à la pointe de la botte italienne, poussent en abondance oranges, mandarines, oliviers et mafieux. La corruption est partout. La ‘Ndrangheta est omniprésente, sait tout, organise tout. Cependant elle est divisée, plusieurs familles sont concurrentes, notamment pour contrôler le port, plaque tournante de tous les trafics. Ce cadre pourrait paraître difficile pour un juge aux pouvoirs limités. Mais Alberto Lenzi est au contraire parfaitement à l’aise. Il passe son temps à draguer les belles femmes, à déjeuner dans les bons restaurants et à jouer au poker. Entre temps il consacre quelques instants aux deux enquêtes dont il a la charge : l’assassinat des noirs et la disparition de la drogue dans le port. Enquêter est un bien grand mot, il ne va pas étudier des indices et établir des preuves. Lui, sa méthode c’est de s’entretenir avec un des chefs mafieux pour obtenir des renseignements. Et là, il faut s’armer de patience. C’est très pénible : les deux interlocuteurs ne se parlent pas normalement ; au début ce sont des tonnes de salamalecs, viennent ensuite les paraboles et les périphrases. Le style est onctueux, l’expression codée est un peu ridicule. Bref, c’est un concours d’hypocrisie. Et ce qui est encore pire, c’est que le type de la mafia, un assassin sanguinaire, en a plein la bouche de mots ronflants tels que honneur, dignité, respect. On se demande s’il en connait le vrai sens ou si ce n’est que cynisme. Quant au juge, il semble éprouver de la considération, parfois même de l’admiration pour le vieux mafioso. Une désagréable connivence s’installe entre eux, jusqu’à ce que leurs intérêts respectifs divergent. J’avoue avoir été un peu agacé par le comportement du parrain mais aussi par ce juge queutard et magouilleur. Le personnage est plus proche du politicard que du juge intègre. En plus nous avons droit à ses déboires sentimentaux et sexuels : il ne comprend pas que les femmes le plaquent sèchement et s’autorisent les mêmes libertés que lui. Dans un sursaut de lucidité l’auteur a dû s’apercevoir qu’à un moment donné, son héros, aussi peu courageux que probe, doit quand même réagir, alors il va lui faire accomplir un acte téméraire qu’il va finalement regretter.

Les personnages, y compris le principal, sont peu sympathiques, mais ils ont l’avantage d’être réalistes. Ce ne sont pas des super-héros mais des types tout à fait ordinaires. On aurait quand même souhaité un peu plus de charisme chez ce juge sensé lutter contre la mafia.

L’intrigue se déploie sur deux volets : l’assassinat des noirs et le vol de la cocaïne. On ne voit pas très bien l’intérêt du premier volet complètement indépendant du second et qui le restera jusqu’à la fin. Des longueurs inutiles alourdissent le livre sans apporter grand chose au déroulement de l’histoire : longues descriptions du paysage, des commérages, des papotages des habitants. À l’inverse, un humour désenchanté avec quelques belles formules, est un des aspect les plus agréables du livre.

Le roman présente un intérêt ethnologique en décrivant, assez complaisamment, le rôle de la mafia dans la Calabre mais en tant que roman il souffre d’un manque de personnages charismatiques, d’une absence de tension dramatique, d’un rythme lent et de longueurs dont on aurait pu nous dispenser.

Après La Revanche du petit juge, c’est la deuxième aventure d’Alberto Lenzi en Calabre. Il y en aura d’autres sans doute. Je ne les lirai pas.

 Extrait : 
Un bordel infâme, ces temps-ci. Pas à cause de l’enquête sur la mort de Vittorio Spanti. Là, tout était transparent. Même s’il avait été tout de suite évident qu’il serait difficile de coincer qui que ce soit, on avait procédé avec la plus grande méticulosité. Lenzi tenta de se réconforter en se disant que, si on ne trouvait pas de preuves, il n’y aurait personne à arrêter ; et que, s’il n’y avait personne à arrêter, les coupables resteraient libres et ennemis ; si les coupables restaient libres et ennemis, de nouveaux événements étaient à prévoir – et les nouveaux événements, d’ordinaire, c’étaient des meurtres, ce qui ôterait quelques sales types de la circulation, autant d’économisé pour la justice, avec l’avantage de ne pas aggraver la surpopulation carcérale, et la consolation de penser qu’ils se présenteraient couverts de sang, avant leur heure, devant un juge plus sévère, sans appel, qui prononçait des condamnations valables pour l’éternité.

Ma note : 3 Stars (3 / 5) lepactedupetitjuge-amb

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Enquête, Italien, Mafieux, Moyen | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Sans terre – Marie-Ève Sévigny

Par Michel Dufour

sansterreDate de publication originale : 2016 (Héliotrope Noir)sevigny
Genres : noir, enquête, historique
Personnages principaux : Chef Vaillancourt, policier retraité (SQ) – Gabrielle Rochefort, militante écologiste

C’est le premier polar de Marie-Ève Sévigny, déjà connue dans le milieu littéraire québécois par le très agréable Sur la piste de Maud Graham. Promenades et gourmandises (Parfum d’encre, 2014) en collaboration avec Chrystine Brouillet, le recueil de nouvelles Intimité et autres objets fragiles (Triptyques, 2012), et du fait qu’elle dirige la Promenade des écrivains, un organisme qui propose de parcourir les lieux de la ville de Québec qui ont inspiré de grands auteurs, une flânerie littéraire de deux heures agrémentée par la lecture de nombreux extraits d’œuvres connues. Cet ancrage dans le monde littéraire se double d’un engagement politique oblique, c’est-à-dire par la médiation de l’écriture. En ce sens, les références en tête de Sans terre sont indicatrices : la poétesse québécoise Nicole Brossard (« Tout ce qui est rebelle en nous et qui ne suffit pas à la tâche », idée que pourrait bien reprendre à son compte la Gabrielle Rochefort du roman, et l’écrivaine canadienne de plus en plus française Nancy Huston (« Je suis chez moi et hors de moi »).

Qu’on ne s’attende pas à un polar très classique. D’ailleurs, est-ce un polar? Il y a bien au moins deux meurtres, un policier à la retraite qui s’intéresse à ce qui se passe parce qu’il s’intéresse à Gabrielle, d’autres policiers de la Sûreté du Québec dont on ne suit pas vraiment l’enquête, donc pas vraiment une enquête : on suit les événements surtout à travers les yeux de Chef, comme s’il s’agissait d’une biographie de Gabrielle ou, mieux, d’une tranche de vie quotidienne de notre Belle province où on s’aperçoit, quasi impuissant, que même les terres agricoles sont grugées et exploitées par les compagnies étrangères comme la Cliffline Energy, dont le premier souci est le profit lié au pétrole. S’agit-il alors d’un roman noir ? Je ne le sais pas, parce que cette expression couvre tellement de cas que je ne sais plus ce qu’elle signifie. Certainement un roman historique parce que, même si ça colle à notre réalité actuelle, ça correspond à un moment déterminé du développement politico-économique du Québec, qui a commencé après la guerre et qui durera probablement encore pendant un certain temps.

Pour un lecteur de polars, le début du roman est déconcertant : une militante écologiste incendie la résidence du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Sam Carapelli, et écopera de dix-huit mois de prison. Puis, trois ans plus tard, Gabrielle Rochefort, dont son livre Sans terre : l’or noir d’une dépossession a obtenu un certain succès, s’installe à l’Île d’Orléans (plus précisément à Saint-François); son histoire nous est racontée par Chef, le policier à la retraite, qui semble l’avoir connue d’assez près à partir d’une époque où elle devait se rapporter à lui régulièrement (à Saint-Pierre). Une partie de cette histoire se confond avec celle des travailleurs saisonniers immigrés, qui viennent travailler sur les terres agricoles gérées par Marie-Louise Plante, la cousine de Gabrielle, qui y travaille aussi. C’est alors que ça se corse : le chalet de Gabrielle est incendié, le corps du Guatémaltèque Carlos Linares, un des travailleurs immigrés, est repoussé par le fleuve sur les bords du littoral, le lieutenant Daniel Jutras tourne en rond et son adjointe, la jolie Antillaise Violette Fortuné, placote avec Chef.

La vie suit son cours : Eduardo, le doyen des travailleurs du Sud, fume un joint pour relaxer après une dure journée, Gabrielle monte un dossier sur les liens entre Patrick Riopelle, le responsable du financement du parti, et l’entrepreneur Salvatore Macci, et entre Jean-Marc Roberge ancien ministre de l’environnement et la Cliffline Energy pour laquelle il agit maintenant comme lobbyiste. L’enquête piétine et Gabrielle achète un Glock 17. Chef s’occupe de son chien Karla.

Le bourreau des travailleurs de Marie-Louise, Stéphane Labrie, gérant sadique et vulgaire, disparaît. Ce qui émeut peu de monde, mais la police doit enquêter. Gabrielle prépare sa vengeance contre le mafieux Sam Carapelli. Chef n’est plus capable de la suivre (l’a-t-il déjà été ?). On retrouve Labrie tué par une balle de Glock. Chef dénoncera-t-il celle qu’il croit coupable ? Comment se terminera l’affrontement entre Gabrielle et Sam ? Cliffline Energy parviendra-t-elle à établir son port pétrolier ?

Vous direz sans doute que je n’ai pas résumé la progression de l’enquête avec beaucoup de rigueur. Peut-être parce que là n’est pas l’essentiel. Il ne peut pas ne pas y avoir de meurtres quand on se livre à la description d’un monde où règnent la recherche effrénée des profits des multinationales et, conséquemment, les magouilles politiques qui prolifèrent quand les représentants politiques deviennent les valets des caïds de la finance. Dans ce contexte, la lutte de David contre Goliath ne se termine pas nécessairement bien.

Sévigny possède une connaissance remarquable de la vie politique du Québec et a acquis une compréhension substantielle des mécanismes qui régissent, presque anonymement, notre vie sociale. Je ne sais toujours pas dans quelle mesure c’est un polar, mais ça rappelle un peu, à un niveau local, le Code Bezhenti de Luc Chartrand, en plus intimiste; c’est pourquoi j’ai souvent pensé aussi à Andrée A Michaud. Écrit avec la passion des militants politiques des années 70.

Bref, un bon thriller, un roman écrit avec circonspection et pas mal attachant.

Extrait :
Je ne saurais pas dire quand exactement cette histoire a commencé, mais je me souviens très bien du moment où elle s’est mise à mal finir.
C’était à la fin de cet été, le 8 août pour être précis, il devait approcher cinq heures du matin et, couché dans la cabine de mon voilier, mon berger allemand en travers du lit, je lisais un roman policier. Depuis ma mise à la retraite, mes heures de lecture s’étiraient, comme l’insomnie, ma consommation de biscuits Chips Ahoy ! trempés dans le lait et le beigne autour de mon nombril. Pas facile, de se désintoxiquer de la Sûreté du Québec, même si je dois avouer que l’adrénaline ne m’a pas souvent été utile durant mon quart de siècle au poste de police de la MRC de l’Île d’Orléans.
La veille, je m’étais encore disputé avec ma femme Nathalie sous je ne sais quel prétexte – et, en toute honnêteté, je me demandais si je ne faisais pas exprès pour la faire sortir de ses gonds, de plus en plus souvent, rien que pour mieux battre en retraite dans le ventre tranquille du Matamore, attaché à un tangon au large de notre vieille maison de bois, une brassée d’eau me protégeant des douceurs conjugales.
Pour rester dans le domaine nautique, je dirais que notre couple était un fleuve à l’étale qui manquait de vent : ni elle ni moi n’arrivions à donner un bon coup de pagaie, que ce soit vers le rapprochement ou la rupture.

sansterre-amb

Île d’Orléans

Ma note : 4.1 Stars (4.1 / 5)

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Enquête, Historique, Québécois, Remarquable, Roman noir | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Cartel – Don Winslow

Par Raymond Pédoussaut

cartelDate de publication originale : 2015 (Cartel)winslow-don
Date de publication française : 2016 chez Seuil
Genres : Thriller, mafia, géopolitique
Personnages principaux : Art Keller agent de la DEAAdán Barrera chef de cartel de la drogue

La griffe du chien s’arrête en mai 2004. Cartel commence à cette même date et s’arrête en 2014. En 2004, Art Keller élève des abeilles près d’un monastère à Abiquiú au Nouveau Mexique. Adán Barrera est incarcéré au Centre de Détention Fédéral de San Diego. La situation va rapidement évoluer : Barrera est extradé au Mexique à la prison de Puente Grande où il bénéficie de tout le confort dans une cellule de soixante mètre carrés. De là il réorganise le trafic de drogue et quand le moment est propice, il s’évade. On vient chercher Art Keller dans son monastère pour qu’il reprenne du service à la DEA. Et tout recommence !
cartel-amb2Au Mexique la guerre de la drogue bat son plein. Les différents cartels s’affrontent pour s’imposer, des alliances se font et se défont au fil des opportunités. Les règlements de comptes sont sanglants, ils se déroulent dans la plus grande sauvagerie. Les populations font également les frais de cette guerre : ceux qui sont soupçonnés d’aider le camp opposé, les journalistes, les maires de petits villages, des paysans, tous ceux qui pourraient gêner les narcos d’une façon ou d’une autre sont exécutés et servent d’exemple : torturés, écorchés vifs, décapités et démembrés pour montrer ce qu’il en coûte d’entraver tel ou tel cartel. Pendant ces massacres d’autres tirent les ficelles : les chefs ce cartels, la police, l’armée, des membres du gouvernement et les diverses agences américaines.

Don Winslow montre que dans la lutte contre la drogue la situation n’a rien de manichéen. Il n’y a pas les méchants trafiquants d’un côté et les bons chevaliers protecteurs de l’autre. Les États-Unis et le Mexique ont 3000 kilomètres de frontière commune. D’un côté (Mexique) se trouvent les vendeurs de drogue, de l’autre (USA) se trouvent les consommateurs, nombreux et dont la demande est forte. Le problème de la drogue se trouve des deux côtés mais surtout aux États-Unis. Tant qu’il y aura une forte demande, il y aura des fournisseurs qui trouveront toujours un moyen de faire passer leur marchandise de l’autre côté de cette longue frontière. Certes le Mexique est un pays où la corruption est partout : dans la police, l’armée et jusqu’au plus haut niveau du pouvoir politique. Mais les agences américaines de renseignement et de lutte contre la drogue (CIA, NSA, DEA, AFI…) jouent un jeu trouble : quand elles n’utilisent pas l’argent de la lutte contre la drogue pour combattre leurs obsessionnels ennemis les rouges, elles s’allient avec un cartel pour en faire tomber un autre ou alors elles financent et téléguident en sous-main une milice privée chargée de l’élimination de trafiquants au Guatemala, dans le but de préserver les intérêts des pétroliers que les narcos pourraient concurrencer en investissant l’argent de la drogue dans les sources d’énergie, comme certains ont l’intention de le faire. Bref, dans cette pétaudière les narcotrafiquants ne sont qu’un élément d’une lutte géopolitique pour le pouvoir et la domination.

Comme La griffe du chien, Cartel est un livre touffu, dense et volumineux (718 pages). Cependant j’avoue avoir eu plus de peine à avaler ce dernier pavé que le précédent. Probablement à cause de cette guerre des cartels qui s’éternise avec une accumulation d’actes de barbarie dont on finit par se demander si c’est bien nécessaire de les décrire aussi longuement. Mais au moins cela permet de se rendre compte à quel point la violence liée à la drogue a considérablement augmentée en dix ans. De nouveaux cartels se sont constitués, ils sont hyper-violents et ils tentent de s’imposer tandis que les anciens résistent grâce à leurs appuis dans la police et l’armée. Les gouvernements et les organismes officiels sont dépassés par l’ampleur des tueries et n’ont d’autre solution que de se liguer avec certains trafiquants pour en éliminer d’autres. En fait c’est une façon d’officialiser le trafic et d’autoriser la corruption.

Après la lecture de La griffe du chien et de Cartel on a une certitude : c’est aussi la mondialisation dans un trafic de la drogue qui n’est pas prêt de s’arrêter.

Ce livre est dédié aux 131 journalistes, tous nommément cités, assassinés ou disparus au Mexique pendant la période que couvre ce roman.

Extrait :
Je parle pour ceux qui ne peuvent pas parler, les sans voix. J’élève la mienne, j’agite les bras et je crie pour ceux que vous ne voyez pas, que vous ne pouvez peut-être pas voir, pour les invisibles. Pour les pauvres, les faibles, ceux qui sont privés de leurs droits, les victimes de cette prétendue « guerre contre la drogue », pour les quatre-vingt mille personnes assassinées par les narcos, par la police, par l’armée, par le gouvernement, par les acheteurs de drogue, par les marchands d’armes, par les investisseurs dans leurs tours étincelantes qui ont fait fructifier leur « argent nouveau » avec des hôtels, des centres commerciaux et des lotissements.
Je parle pour ceux qui ont été torturés, brûlés et écorchés vifs par les narcos, battus à mort et violés par les soldats, électrocutés et à moitié noyés par la police.
Je parle pour les vingt mille orphelins, pour ces enfants qui ont perdu un ou deux parents, et dont les vies ne seront plus jamais comme avant.
Je parle pour les enfants tués dans des fusillades, abattus à côté de leurs parents, arrachés au ventre de leur mère.
Je parle pour les personnes réduites en esclavage, obligées de travailler dans les ranchs des narcos, obligées de se battre. Je parle pour la masse de tous les autres, broyés par un système économique qui s’intéresse plus aux profits qu’aux individus.
Je parle pour ceux qui ont tenté de dire la vérité, qui ont tenté de raconter l’histoire, de vous montrer ce que vous faites et ce que vous avez fait. Mais vous les avez réduits au silence, vous les avez aveuglés pour qu’ils ne puissent pas vous le dire, ni vous le montrer.
Je parle pour eux, mais je m’adresse à vous : les riches, les puissants, les politiciens, les comandantes, les généraux. Je m’adresse à Los Pinos et à la Chambre des députés, je m’adresse à la Maison-Blanche et au Congrès, je m’adresse à l’AFI et à la DEA, je m’adresse aux banquiers, aux propriétaires de ranchs et aux magnats du pétrole, aux capitalistes et aux barons de la drogue, et je vous dis :
Vous êtes tous pareils.
Vous êtes tous le cartel.
Et vous êtes coupables.

Ma note : 4.25 Stars (4.25 / 5) cartel-amb

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Américain, Mafieux, Remarquable, Thriller | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

La griffe du chien – Don Winslow

Par Raymond Pédoussaut

lagriffeduchienDate de publication originale : 2005 (The Power of the Dog)winslow-don
Date de publication française : 2007 chez Fayard – 2008 chez Points
Genres : Thriller, mafia, géopolitique
Personnages principaux :  Art Keller agent de la DEA – Les narcotrafiquants : la famille Barrera, l’oncle Tío Miguel Ángel, les neveux Adán et Raúl

Art Keller est l’agent spécial de la DEA (Drug Enforcement Administration) chargé de la lutte contre les cartels de la drogue sur la frontière mexicaine. L’opération Condor, menée conjointement avec le Mexique, a pour but de liquider le réseau de Don Pedro, grand chef des narcotrafiquants dans l’état du Sinaloa. Côté mexicain, c’est Miguel Ángel Barrera qui dirige l’intervention. C’est un policier décidé et efficace qui ne lésine pas sur les moyens employés. Mais au Mexique la frontière entre flic et narcotrafiquant est mince. Ainsi Barrera, après avoir éliminé le parrain local, s’empare du contrôle des réseaux de drogue et les réorganise.

Badge de la DEA

Badge de la DEA

Après lui, ses neveux Adán et Raúl, prennent la relève et font passer leur commerce à une dimension encore supérieure, il s’étend dorénavant  jusqu’en Amérique du Nord et en Amérique Centrale. La famille Barrera est immensément riche et incontournable au Mexique où elle fait la pluie et le beau temps. Art Keller, lui, s’est senti trahi et manipulé. Il s’est juré de faire tomber les Barrera, d’autant plus que ces derniers ont torturé puis abattu son adjoint. Entre Art Keller et les Barrera c’est une lutte sans merci où tous les coups sont permis. Elle va durer 25 ans.

L’intrigue est complexe, elle se développe sur presque trente ans (de 1975 à 2004). Les personnages sont nombreux et les lieux multiples. Ce livre est instructif et édifiant sur la façon dont les pays, les États-Unis en particulier, mènent la lutte contre les trafics de drogue. Ainsi l’auteur nous apprend qu’une branche des Services Secrets (CIA) utilise, plutôt qu’elle ne combat, le commerce des stupéfiants pour mener sa propre guerre contre son ennemi obsessionnel : les gauchistes, les rouges. L’argent de la drogue sert à financer les Contras au Nicaragua ou à soutenir des tueurs d’extrême droite qui essaient de discréditer l’action des FARCS en Colombie. Des opérations occultes aux noms mystérieux : Cerbère, Red Mist, ont pour but d’empêcher l’arrivée au pouvoir de gouvernements dits gauchistes, en utilisant l’argent de la drogue. Les barbouzes ont leur propre conception de la démocratie : « Les gens doivent connaître la démocratie, simplement il ne leur en faut pas trop. Ils ont l’absolue liberté de choisir ce que nous voulons qu’ils choisissent. » L’église catholique n’est pas épargnée. À côté d’un évêque au grand cœur, vénéré par la population, il y a l’Opus Dei qui travaille en connivence avec les milices d’extrême droite et les cartels pour protéger les intérêts de quelques puissants personnages. Quant à l’ALENA (traité de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique) il rend encore plus facile la circulation de la drogue et des armes. Les affaires sont les affaires !

Les personnages sont nombreux et tous très intéressants. Outre Art Keller et la famille Barrera, il y a toute une galerie des personnages très variés que j’ai du mal à qualifier de secondaires tant ils ont de l’importance. Il y a notamment : – une call girl d’une grande beauté (Nora) – un tueur irlandais (Callan) – un évêque populaire (Parada) – un chef de station de la CIA pour toute l’Amérique centrale (Hobbs) – un barbouze des forces spéciales (Scachi) et quelques autres.

Il y a beaucoup de violence et de morts, c’est un livre dur. Le Mexique, où la corruption est partout, est un pays inquiétant mais les États-Unis ne sont guère plus rassurants avec leurs mercenaires obnubilés par le danger que représenterait les rouges. Mais il y a beaucoup d’amour aussi. Il y a même quelques scènes érotiques.

Ce livre est volumineux (827 pages dans cette édition), foisonnant et ambitieux. Ce n’est pas banal de trouver dans un même ouvrage un thriller haletant, un documentaire sur le trafic de drogue et un traité de géopolitique. C’est ce que réussit de façon magistrale Don Winslow dans La griffe du chien. Ce roman qui est devenu une référence et un livre culte.

Cette année est paru Cartel, la suite de La griffe du chien. Sa chronique suivra celle-ci.

Extrait :
Des milliards de dollars sous le couvert d’aides économiques, des milliards de dollars en argent de la dope.
Au Salvador, les brigades de la mort d’extrême droite assassinent les hommes politiques de gauche et les organisateurs syndicalistes. En 1989, sur le campus de l’université de Centre-Amérique à San Salvador, des officiers de l’armée salvadorienne ont abattu, au fusil à lunette, six prêtres jésuites, une bonne et sa petite fille. La même année, le gouvernement des États-Unis fournissait une aide se montant à un demi-milliard de dollars au gouvernement salvadorien. À la fin des années quatre-vingt, environ soixante-quinze mille personnes avaient été tuées.
Le Guatemala a doublé ce nombre.
Dans la longue guerre contre les rebelles marxistes, plus de cent cinquante mille personnes furent tuées et quarante mille portées disparues. On a abattu les gamins sans abri. Un hôtelier américain a été décapité. Une femme professeur d’université, poignardée dans le couloir du bâtiment où elle donnait ses cours. Une nonne américaine violée, assassinée et jetée sur les cadavres de ses compagnes. Tout ce temps, c’étaient des soldats américains qui assuraient l’entraînement, fournissaient conseils et matériel, y compris les hélicoptères destinés à conduire les tueurs sur les lieux de leurs tueries. À la fin des années quatre-vingt, le président américain George Bush fut tellement dégoûté par le carnage qu’il coupa les fonds et les livraisons d’armes aux militaires guatémaltèques.
Partout en Amérique centrale c’est la même chose – une longue guerre dans l’ombre entre possédants et non-possédants, entre extrême droite et marxistes, avec les libéraux pris entre deux feux comme des gibiers surpris par les phares.

Ma note : 4.75 Stars (4.75 / 5) lagriffeduchien-amb

 

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Américain, Mafieux, Remarquable, Thriller géographique | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Joseph – Hervé Gagnon

Par Michel Dufour

joseph-couvDate de publication originale : 2016 (Libre Expression)Gagnon
Genre : Enquête
Personnages principaux : Joseph Laflamme, journaliste; Marcel Arcand, inspecteur de police

Mettre la main sur un roman d’Hervé Gagnon, c’est toujours une promesse de plaisir. Excellent conteur, historien bien informé qui lui permet de situer l’action de ses histoires dans le Montréal des années 90 (19e siècle) qu’il connaît bien, écrivain qui a le sens du jeu, Gagnon s’est mérité un public avide et exigeant.

Montréal, juillet 1893 : après un esclandre entre Joseph Laflamme et l’abbé Masson, au musée de l’Art Association of Montreal, au square Phillips, la veillée est foutue pour McCreary, le futur beau-frère de Joseph, Emma sa promise et sœur de Joseph, et Mary qui tient beaucoup à son Joseph. Le lendemain, cependant, est encore plus cruel pour Joseph : son ami Arcand vient l’arrêter et le conduire en prison : l’abbé Masson a été tué la veille exactement comme Joseph avait prédit : la soutane poussée au fond de la gorge et un crucifix enfoncé dans le cul ! Et Joseph, qui n’avait pas quitté le musée en même temps que les autres, ne se souvient plus de rien. S’il a erré dans les bars, l’enquête établira que personne ne l’a remarqué. De plus, du sang et des excréments du prêtre ont taché ses vêtements. Même Arcand finit par penser que son ami est coupable.

Au cours de son enquête, Arcand finit par trouver un clochard du carré Phillips qui croit se souvenir avoir vu l’abbé Masson sortir du musée avec quelqu’un, qui n’était pas Laflamme. Voilà qui plaide un peu en faveur du journaliste. Mais alors les événements se bousculent : ce clochard est assassiné, la famille d’Arcand est menacée et on tente de tuer sa femme, le secrétaire de la loge franc-maçonnique, Laurent Chabin, est tué également, Laflamme est empoisonné en prison et s’en sort de justesse, son logement est incendié, Emma devient la cible d’un tueur lui-même assassiné : Arcand qui, par ailleurs, est inondé de messages bibliques qui lui parviennent mystérieusement, en perd son latin et le lecteur est submergé par cette séquence d’événements qui semble n’avoir ni queue ni tête.

Une des forces de Gagnon, c’est de nous présenter plusieurs situations problématiques difficiles à comprendre et assez mystérieuses pour nous troubler. Le truc consistant à définir une cible (un objectif et quelques personnages) sur laquelle s’acharnent plusieurs types de chasseurs, qui favorisent parfois nos héros en s’en prenant les uns aux autres, entraîne des péripéties originales et surprenantes. Un peu comme quand Leone est passé de la mystique du western (bon vs méchant) au trio maléfique (the good, the bad, the ugly). Le fait de situer l’action dans un contexte historique réaliste (personnages, institutions, édifices) augmente le plaisir : par exemple, Honoré Beaugrand dans ses locaux du journal La Patrie, les religieuses de l’hôpital Hôtel-Dieu ou du couvent du Bon Pasteur, le consulat des États-Unis, rue St-Jacques, les grands hôtels du Vieux-Montréal … L’ensemble est écrit avec simplicité et scandé par un rythme trépidant. Ces principales qualités font de Gagnon un de nos grands écrivains.

Ce roman-ci m’a cependant un peu déçu par la clé de l’énigme : si Gagnon renouvelle ses histoires en immobilisant Laflamme en prison et en mettant Arcand au premier plan, la signification des agressions dont sont victimes nos amis (ainsi que les dommages collatéraux) s’inscrit dans la foulée du roman précédent. Et, comme pour compenser cette absence de surprise dramatique, Gagnon accentue les traits spécifiques des principaux personnages, parfois jusqu’à la caricature : Arcand est dépassé par les événements mais aussi par l’existence, Joseph manifeste un optimisme foncier qui dévoile sa naïveté profonde, Emma est exécrable au point qu’on se demande si le fait que McCreary ne se sauve pas est dû à son infirmité et, enfin, l’anticléricalisme de Joseph, bien compréhensible en soi et particulièrement dans son cas, éclate publiquement de façon outrancière dans des propos qui, quels qu’ils soient, disqualifient surtout celui qui les émet.

Bon, ce n’est peut-être pas très grave en soi, et ça risque peut-être de passer inaperçu pour quelqu’un qui commencerait sa fréquentation de Gagnon par la lecture de Joseph; mais je crois que les adeptes de Gagnon s’attendent à plus.

Extrait :
− Dure journée ? demanda Hébert avec empathie.
− Dure semaine, plutôt, répondit Arcand avec une spontanéité qui le surprit, lui qui était habituellement si réservé. Un prêtre mort avec son crucifix enfoncé dans le derrière et sa soutane dans la gorge, l’évêché qui me souffle dans le cou et qui me menace sans beaucoup de subtilité de me faire congédier, un ami emprisonné par mes soins et que je n’arrive pas à innocenter, un autre assassiné dans la misère noire sans que j’aie même su qu’il était dans le besoin, ma femme et mes enfants dans l’état que vous savez, une nounou à trouver que je n’ai pas les moyens de payer et, pour compléter le tout, un détraqué qui me fait parvenir des pages de bible remplies de menaces. Alors oui, disons que j’ai déjà connu des moments plus tranquilles. Je me sens incompétent et dépassé dans tous les secteurs de ma vie. Mais bon, ça pourrait être pire, je suppose. Avec un peu de malchance, je découvrirai comment.

Ma note : 3.9 Stars (3.9 / 5) joseph-amb

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Enquête, Moyen, Québécois | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Gravé dans le sable – Michel Bussi

Par Régine Da Silva

grave-dans-le-sableDate de publication originale : 2014 (Presses de la Cité)Bussi
Genre : Historique
Personnages principaux : Alice Queen – Lison Munier – Alan Woe – Oscar Arlington – Lucky Marry – Nick

On ne présente plus Michel Bussi, auteur de bestsellers à tendance thriller, dont un nouvel opus sort tous les ans avec la régularité d’un métronome et, pour autant que je sache, un succès non démenti. Gravé dans le sable est paru en 2007, sous le titre Omaha crimes, aux éditions des Falaises, une maison d’édition normande. Le texte de 2014 a, paraît-il, été revu et corrigé par l’auteur – j’avoue que je ne suis pas allée comparer. Il est surtout assorti d’un avant-propos qui, d’emblée, laisse perplexe : « lorsque j’écrivais Gravé dans le sable, j’ignorais alors tous les codes de l’écriture d’un roman policier, je les inventais, je les imaginais, je les transformais. » Soit, mais dans ce cas, se dira la vilaine lectrice que je suis, ce n’était peut-être pas la peine de rééditer ce manuel d’apprentissage, simplement parce qu’ayant enfin appris comment écrire un polar, Michel Bussi a connu le succès ?

La lecture du texte en question ne vient pas démentir cette impression première. Voyons plutôt. Lucky, un jeune Américain, trouve la mort au cours du débarquement de Normandie. Vingt ans plus tard, sa fiancée, Alice Queen, demeurée fidèle à son souvenir (on y croit très fort), apprend que la mort de Lucky est moins le fruit du hasard qu’il y paraît et elle entreprend de mener l’enquête. Sa route l’amènera à croiser celle de Lison Munier, son double normand, dont le compagnon, Alan Woe, un ex Marine et ami de Lucky, a lui aussi disparu. Les deux femmes vont unir leurs efforts pour découvrir la vérité, leur fidélité éternelle à leurs amoureux défunts étant 1) le gage à toute épreuve de leur valeur, 2) la motivation unique et très plausible de leurs agissements.

Alice, la nonne téméraire, est si séduisante que Nick, un détective privé acceptera de travailler à l’œil pour elle. « Peut-être (…) était-il trop romantique », suggère Michel Bussi dans son avant-propos. Tu m’étonnes ! D’autant que l’auteur a choisi d’infliger au lecteur les monologues intérieur du personnage : un salmigondis de réflexions que ne se tiendrait même pas un adolescent très niais. De fait, la principale faiblesse du roman tient à mon sens dans ses personnages, qui ne sont pas crédibles pour un sou et relèvent du fantasme et/ou du cliché. J’ai déjà parlé des deux donzelles et du détective privé, mais que dire de la « méchante » du roman? Forcément richissime, forcément femme politique, forcément capricieuse…

Cependant, l’intrigue aussi trahit la maladresse de son auteur. Celui-ci sait que le lecteur doit être envoyé sur de fausses pistes, croire à la culpabilité d’un tel quand c’est en fait un autre le coupable. Mais dans Gravé dans le sable, jamais la moindre fausse piste n’induit véritablement le lecteur en erreur. Comme on n’y croit jamais, on en est réduit à attendre, un brin agacé, que Michel Bussi en ait terminé avec des figures imposées qu’il ne maîtrise pas pour enfin nous livrer le nom de l’improbable coupable.

Bref, s’il est évident que tout novice en matière de polar ne serait pas en mesure de livrer un roman comme Gravé dans le sable, il n’en est pas moins patent que c’est un livre où l’auteur tâtonne et qu’il n’était nul besoin de ressusciter. Dans son avant-propos, Michel Bussi dit espérer qu’une adaptation au cinéma donne une troisième vie à Gravé dans le sable. Comment dire…? Ce n’est peut-être pas la peine.

Extrait : 
Le soir, à l’hôtel, Nick semblait presque le plus déçu des trois. Il s’était effondré, dans le fauteuil en rotin du salon, tandis qu’Alice et Lison essayaient de lire.
– Cette histoire aurait pu faire un bon roman, disait Nick. Vous ne trouvez pas, les filles ? Non ? Vous vous en moquez ? Le seul problème, c’est qu’il me faudrait une fin. Imaginez la tête du lecteur, si je le laisse, là, sur un fauteuil en paille qui rentre dans les fesses, perdu au beau milieu de l’Oklahoma ! Voilà, désolé mon pote, y a pas de dernier chapitre. On n’a pas trouvé ! Si t’es pas content, t’as tous les éléments en main. Si tu es si malin, tu n’as qu’à la trouver, la solution, tout seul comme un grand, et me l’écrire… J’en ferai un tome deux !
Les deux filles regardaient Nick sans savoir quoi répondre.

gravedanslesable-amb

Le débarquement allié en Normandie

Ma note : 2 Stars (2 / 5)

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Français, Historique, Passable | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire