8e Festival international des littératures policières – Toulouse 2016

afficheTPS-2016La 8ème édition du festival international
des littératures policières de Toulouse
se tiendra du 7 au 9 octobre 2016.

Programme 2016

Tous les détails sur le site Toulouse Polars du Sud

Bande annonce du festival :

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Snjór – Ragnar Jónasson

Par Raymond Pédoussaut

SnjorDate de publication originale : 2010 (Snjóblinda)Jonasson
Date de publication française : 2016 aux Éditions de La Martinière
Genre : Enquête
Personnage principal : Ari Thór Arason, jeune policier islandais

Ari Thór Arason vient de sortir de l’école de police de Reykjavick, il obtient sa première affectation pour Siglufjördur, un village du nord de l’Islande, près du cercle polaire. Sa petite amie ne le suit pas. À Siglufjördur, il ne se passe jamais rien, personne ne ferme sa porte à clé. Cependant la neige et l’obscurité oppressent Ari Thór, d’autant plus que l’unique route a été coupée par une avalanche. Le jeune homme doit lutter contre une sensation de claustrophobie. Un premier événement va l’occuper : un vieil homme, célèbre écrivain autrefois, a été retrouvé mort au pied de l’escalier du théâtre local. Tout le monde pense que c’est un accident. Mais peu de temps après, c’est une femme qui est recueillie, torse nu dans la neige, grièvement blessée, entre la vie et la mort. Il semble qu’elle ait été agressée. Il se passe maintenant des choses à Siglufjördur. Ari Thór va d’abord mener une enquête de routine qui va se compliquer au fur et à mesure et finir par prendre une direction inattendue.

L’intrigue est assez convenue et le rythme est si lent que l’on a tendance à s’endormir sur le bouquin. Le cadre et l’ambiance, un village isolé, enseveli sous la neige, pourraient rendre le roman intéressant si les effets d’enfermement, de coupure du reste du monde, apportaient tension et angoisse mais cela se limite à un malaise et des insomnies chez le personnage principal. D’autre part des longueurs inutiles contribuent à assommer le lecteur : le pedigree de tous les sociétaires du théâtre est assez indigeste et n’apporte pas grand chose au déroulement de l’intrigue. La dernière partie nous sort un peu de la torpeur ouatée dans laquelle nous étions plongés depuis le début.

Les personnages n’ont pas grand relief. Le jeune Ari Thór n’a pas la fougue que ses 25 ans supposent. C’est un gentil garçon, un peu naïf et même cucul la praline sur les bords : la belle Ugla lui donne un baiser, l’entraîne dans sa chambre, se fout à poil et que fait Ari Thór ? Il s’en va ! Il culpabilise vis à vis de sa petite amie restée à Reykjavick. La demoiselle ainsi délaissée aurait de quoi faire la gueule. Et bien non ! Elle ne lui en veut même pas, elle continue de lui faire les yeux doux. On a du mal à reconnaître dans ces deux là, qui ont pourtant une attirance réciproque, des jeunes gens d’aujourd’hui. Parfois, j’ai eu aussi l’impression de lire un livre pour la jeunesse plutôt qu’un vrai polar.

Snójr est un polar nordique qui vaut surtout par son cadre dépaysant mais il est un brin soporifique par manque à la fois d’action, de tension et de noirceur dans ce monde de blancheur neigeuse.

Extrait : 
Il attendit la mi-journée pour allumer la radio et écouter les informations. Une avalanche s’était déclenchée juste au-dessus de la route de Siglufjördur, bloquant l’unique axe de circulation vers la ville. La nouvelle le frappa. Physiquement. Par chance, aucun blessé n’était à déplorer, mais cela signifiait qu’on ne pouvait plus ni entrer ni sortir de la ville. Tout déplacement par voie terrestre ou maritime paraissait inenvisageable. Ari Thór se sentait à la fois ébranlé et découragé. Cet événement le vidait du peu d’énergie qu’il lui restait. Il s’imposa quelques respirations lentes, profondes, mais cela ne changea rien : son cœur cognait toujours furieusement contre son thorax. Il entendit un journaliste annoncer qu’aucune tentative de déblayer la route ne serait entreprise dans la journée, ni sans doute lors de la suivante, car les prévisions météorologiques empiraient. Après cela, le flash info se mua en un bruit parasite, un assemblage incompréhensible de mots.

Il prit le CD dans son sac et le glissa dans la minichaîne, antédiluvienne mais toujours pratique, qui équipait le poste de police. Il monta le volume avant le début du disque. Ce qu’il avait envie d’écouter en cet instant précis ? Le largo de L’Hiver, de Vivaldi.
Et sur ces notes, Noël arriva.

Vivaldi – L’hiver largo

Snjor-amb

Siglufjördur, village du nord de l’Islande

Ma note : 3 Stars (3 / 5)

 

 

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Le mort de l’île aux Chèvres – Benoît Gignac

Par Michel Dufour

le mort de l'ile aux chevresDate de publication originale : 2015 ( À Temps Perdu – Coup d’œil)Gignac
Genre : Enquête
Personnage principal : Sergent-détective Leblanc (SPVM)

Gignac avait déjà publié quelques romans en format numérique. Il est passé au format traditionnel l’an passé avec Le mort de l’île aux Chèvres. Son objectif est de fournir un bon divertissement populaire ancré dans le milieu québécois. Spécialiste en communication organisationnelle, en planification stratégique et en marketing culturel, il a œuvré comme conseiller dans le milieu politique. Tous connaissent son père, Fernand Gignac, qui a monopolisé la scène québécoise de la chanson pendant de nombreuses années.

L’île aux Chèvres se situe au large de la municipalité de Verdun; on y a accès par zodiac ou bateau à moteur habituel. Peu de gens y habitent, et presque seulement pour la belle saison (de juin à septembre). En mai 82, on découvre un cadavre dans un vieux caveau à légumes. Le mort, quasi momifié (il a été enfermé là avant l’hiver), n’est pas jeune et il a été brutalisé : chevilles et poignets brisés.

Le sergent-détective Maurice Leblanc est envoyé sur les lieux : c’est sa première enquête pour le SPVM. Si on laisse de côté l’hypothèse d’un meurtre commis par hasard par un vagabond qui ne faisait que passer, le nombre de suspects est très limité : les voisins et amis du mort, son fils, en plus de Lulu, la femme d’âge moyen chargée de convoyer les clients de la marina de Verdun à l’île. Motifs peu évidents : argent ? Quoi d’autre ?

Après une dizaine d’années au Service des enquêtes spécialisées, Leblanc est promu sergent-détective en 1980. Né à Montréal en 1943, il est d’ascendance acadienne et a encore de la famille aux Îles-de-la-Madeleine. Il s’est marié en 72 et est devenu père de deux enfants, Isabelle en 74 et Claude en 78. Réputé compétent, il n’est pas plus impressionné qu’il faut par son nouveau patron, le Marseillais Henri Lugaz, empêtré surtout dans des considérations d’ordre administratif et politique. Féru de botanique, portant souvent une fleur à la boutonnière tout en traquant des criminels, Leblanc prend le temps de découvrir de nouvelles espèces de plantes qui enrichiraient son jardin.

L’enquête qu’il mène est très classique : entrevue des témoins et suspects, croisement des informations, investigation du passé de chacun. C’est insuffisant pour déterminer le coupable. Un suspect finit par se livrer sans convaincre Leblanc : qu’est-ce que c’est que cette nouvelle histoire ?

Peu de personnages, le détective est au centre de l’histoire, facile à suivre. Rien de très compliqué : inutile de s’armer d’un crayon. L’auteur visait un simple et sain divertissement : c’est le cas. Quelques faiblesses : sans être assez vieux pour être un polar historique, ça se passe en 1982 : donc, beaucoup de choses ont l’air démodé : pas de cellulaire, ordinateur primaire, par exemple. Le langage du patron marseillais de Leblanc n’est pas toujours adéquat; même stressé, le chef Lugaz ne peut pas dire à Leblanc : « Alors, tu le ramènes ton petit cul de Canadien français ? »

Malgré tout, avec un bon éditeur, cet auteur pourrait nous surprendre, et sûrement continuer à nous désennuyer.

Extrait : 
Le sergent Lalancette entra dans le bureau du sergent-détective à 8 h 30. Il avait passé tout l’après-midi précédent à obtenir toutes sortes d’informations sur Alphonse Gingras, l’homme dans le caveau. Le monsieur de quatre-vingt-huit ans avait fait une longue carrière au gouvernement canadien, œuvrant comme fonctionnaire dans différents ministères. On pouvait d’ailleurs suivre tous ses déplacements professionnels à même le dossier que Lalancette avait obtenu du service des renseignements du gouvernement canadien. Il possédait le chalet de l’île aux Chèvres depuis plus de vingt ans. Visiblement, il l’avait acheté au moment de sa retraite. Son dossier bancaire révélait qu’il était financièrement à l’aise. En plus de recevoir une pension appréciable, il avait placé plus de cent mille dollars dans un compte d’épargne. Sa femme était décédée en 1971 et outre son fils Alain, il n’avait plus de famille.
Qui pouvait connaître l’existence de ce petit pactole, excepté son fils, qui possédait un solide alibi, et les gens de sa succursale bancaire ? Dancoste ou Gaudette, à qui il s’en serait ouvert ? Lulu ? C’était peu probable. De toute façon, comment auraient-ils pu avoir accès à cet argent ? Mis à part l’argent accumulé, quel pouvait bien être la raison d’assassiner si violemment un pauvre vieillard à la retraite ?

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L’Île aux Chèvres

Ma note : 3.25 Stars (3.25 / 5)

 

 

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Vengeances – Bernhard Aichner

Par Raymond Pédoussaut

vengeancesDate de publication originale : 2014 (Totenfrau)Aichner
Date de publication française : 2016 aux Éditions L’Archipel
Genres : Thriller, enquête
Personnage principal : Brünhilde Blum, jeune femme chef d’entreprise de pompes funèbres

Brünhilde Blum détestait son prénom et ses parents adoptifs. Dorénavant elle se fait appeler Blum. Rien que Blum, pas Brünhilde. Son père était à la tête d’une entreprise familiale de pompes funèbres et depuis l’âge de 7 ans Blum devait préparer les morts. Après s’être débarrassé de son prénom, elle réussit, à 16 ans, à se défaire de ses parents en les laissant se noyer au pied du voilier familial. Elle est libre ! Mark est le premier arrivé pour la secourir quand, feignant un accident, Blum a lancé un appel de détresse. Huit ans plus tard Blum et Mark sont mariés et ont deux ravissantes petites filles. Mark est policier et Blum a repris et rénové l’entreprise de pompes funèbres de son père. Tout allait bien jusqu’à ce que Mark se fasse écraser par une grosse voiture noire qui prend la fuite. Un accident, c’est ce que tout le monde pense. Mais en fouillant dans les affaires de son défunt mari, Blum découvre un drôle de témoignage qu’une SDF a fait à Mark. Il est question d’abus sexuels et de sévices endurés dans une cave pendant cinq ans. Et si la mort de Mark n’était pas accidentelle ? Blum va reprendre à son compte l’enquête de son mari. Elle a ses propres méthodes d’investigation, pas classiques du tout mais diablement efficaces !

L’intrigue est conventionnelle : un accident qui n’en est pas un, une reprise d’enquête qui dévoile toute l’affaire. Mais ce qui est moins banal c’est le personnage principal : Blum, dont on se demande si c’est une vengeresse légitime ou une dangereuse psychopathe. Blum est en effet très contrastée : épouse douce et aimante, mère protectrice et attentionnée. Douce Blum ! Elle devient implacable et cruelle avec ses ennemis, capable aussi bien de les découper en morceaux comme un poulet rôti que les faire brûler, les réduisant en un petit tas de cendres. Terrible Blum ! Elle est parfois une faible femme qui hésite, qui a peur, mais quand elle se lance dans l’action, ses ennemis peuvent commencer à numéroter leurs abattis.

Le roman vire parfois au gore : description détaillée de la préparation des morts, des démembrements, des séances de torture … Des scènes dont on se serait facilement passé. Autre reproche, quelques invraisemblances : Blum enquêtrice amateur est beaucoup plus efficace que la police. En un temps record elle découvre les cinq tortionnaires. Il lui suffit d’un regard pour savoir si quelqu’un est coupable. Quand ce n’est pas le regard révélateur, c’est son intuition qui la guide et les preuves on s’en passe ! Un sacré avantage sur les méthodes désuètes de la police !

Quelques longueurs et facilités parsèment le roman : les personnages imaginent comment ça va se passer, puis on raconte comment ça se passe réellement. L’identité du dernier des cinq tortionnaires est assez téléphonée. Un lecteur un tant soit peu perspicace la devine bien avant la super enquêtrice Blum. Le rythme est celui du thriller. L’action et le suspense accrochent bien le lecteur. Si vous aimez la rigueur d’une enquête méticuleuse, il vous faudra chercher ailleurs votre bonheur. Par contre si vous rêvez de voir les salauds châtiés proportionnellement à l’abjection de leurs crimes, Blum, pendant féminin de Dexter, vous procurera ce plaisir.

Extrait : 
Ce qu’il dit et ne dit pas, le moindre mot de plus, rien de tout cela n’a de sens parce qu’il se taira, il préférera mourir plutôt que de parler. Blum le sait. Alors elle l’enflamme. Lentement et calmement, elle se penche vers lui, approche le briquet de ses vêtements et met le feu au prêtre comme si elle allumait une bougie, même si sa raison lui crie que c’est de la folie. Elle voit les flammes, les yeux écarquillés du prêtre qui hurle et l’insulte. Le loup essaie de la déchiqueter avec des mots. Jaunig brûle.

The Show Must Go On, à plein volume sur l’autoroute ; plein volume aussi dans le cercueil, derrière elle, jusqu’à ce que le petit cuistot de la télé comprenne que la voiture ne s’arrêtera pas, que ses cris sont inutiles.

Queen – The Show Must Go On

vengeances-amb

Une voiture blanche, c’était de la pure provocation. Aux yeux de ses confrères, cela ne convenait pas à la mort. Le deuil a toujours été noir.

Ma note : 3.5 Stars (3.5 / 5)

 

 

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Refuge 3/9 – Anna Starobinets

Par Régine Da Silva

refuge3_9Date de publication originale : 2011 (Ubezhishe 3/9)starobinets
Date de publication française : 2016 chez Agullo éditions
Genre : merveilleux à tendance thriller
Personnages principaux : le « petit », appelé tantôt Yacha tantôt Ivan ; Marie, photographe amnésique ; Joseph, magicien escroc

Refuge 3/9 est le troisième livre d’Anna Starobinets que je lis, après Je suis la reine et Le Vivant. Cette fois, l’écrivain russe est publiée chez Agullo éditions, et si les deux premiers livres parus en français m’avaient beaucoup plu, celui-ci est un vrai coup de cœur. Pourtant, le résumer et même en parler relève de la gageure, si l’on ne veut ni en dévoiler trop de l’intrigue ni priver le lecteur potentiel du plaisir jouissif de découvrir les réponses aux questions qu’il se pose et d’effectuer divers recoupements, au gré des indices semés par l’auteur (ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’image des petits cailloux semés Hansel et Gretel pour se repérer dans la sombre forêt où ils errent revient à plusieurs reprises dans le livre…).

Tentons cependant l’exercice. Un petit garçon (le « petit ») tombe du wagonnet d’un train fantôme et se trouve emporté dans un univers étrange peuplé de créatures sorties des contes russes. Marie, une jeune femme partiellement amnésique, se trouve à Paris pour un salon du livre. Perturbée, elle se sent appelée, sans qu’elle comprenne trop pourquoi, à rentrer en Russie. Mais elle ne pourra le faire qu’en se métamorphosant, en blessant, en tuant, en mourant elle-même. Joseph, un magicien escroc, échoué dans une prison italienne après avoir été ensorcelé par une certaine Lucifa, brûle soudain lui aussi du désir de rentrer en Russie, et lui aussi n’y parviendra qu’au prix d’une métamorphose… Qu’est-ce qui réunit ces trois histoires ? Pourquoi ces personnages doivent-ils à tout prix se retrouver en Russie ? Quel est ce pays qu’on entrevoit à travers le merveilleux ?

Autant de questions auxquelles le lecteur se trouve confronté et qui trouveront des réponses tout sauf univoques, susceptibles d’interprétations multiples et formidablement riches. Si Anna Starobinets ne s’est pas départie de son habituel cynisme et du regard sans illusion qu’elle jette sur les relations humaines, on sent bien entendu dans Refuge 3/9 l’influence d’auteurs anglo-saxons comme Stephen King, avec l’utilisation des images récurrentes de l’univers fantastique – fête foraine, magie, amnésie, annonce de la fin du monde, créature maléfique, pouvoir ensorcelant d’Internet ou de la télévision… –, mais la volonté des principaux personnages du roman de rentrer coûte que coûte en Russie l’indique clairement : Anna Starobinets a cherché à donner une voie nouvelle, une voie originale, une voie typiquement russe au fantastique moderne, et son Refuge 3/9 en est un accomplissement magnifique. Vivement qu’elle récidive !

Extrait : 
Je passai les deux journées suivantes à flâner dans Paris, sans le moindre but. Sans penser à rien. Et sans m’étonner outre mesure, je découvris non seulement que je comprenais dorénavant leur langue mais que je la parlais aussi couramment, d’une voix rauque qui ne m’appartenait pas.
Et le troisième jour, un objectif se fit jour en moi. Je devinai tout à coup que je devais rentrer à la maison. Qui que je fusse devenue, je devais retourner chez moi.
J’avais dans mon portefeuille encore assez d’argent pour m’acheter un billet direction Cologne. Or là-bas, à Cologne, vivaient des gens qui devaient m’aider.
Qui que je fusse.

Précautionneusement, à tout petits pas, il avança, le bras tendu devant lui. Bientôt, sa main rencontra quelque chose de dur et rugueux. Une palissade. Le Garçon s’approcha et l’examina. Cette enceinte avait été construite dans un matériau qu’il ne connaissait pas. En tout cas, pas en bois, c’était sûr et certain. Mais avec de drôles de bâtons d’un blanc sale, collés entre eux. Ces bâtons étaient de longueur et d’épaisseur variables, depuis des baguettes vraiment très fines et très courtes, pas plus longues que des doigts d’enfant, jusqu’à de gros cylindres bizarrement tordus, comme une jambe au niveau du genou… comme une jambe au niveau du genou, comme… des os !

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Forêt de conte de fée

Ma note : 5 Stars (5 / 5)
Coup de cœur coupdecoeur

 

 

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Vrai ou faux – Chrystine Brouillet

Par Michel Dufour

vraioufauxDate de publication originale : 2016 (Druide)Brouillet
Genre : Enquête
Personnage principal : Maud Graham, détective Service de police (Ville de Québec)

Chrystine Brouillet est la doyenne de nos romancières policières du Québec; elle produit beaucoup et régulièrement. Sang d’Encre Polars a déjà publié six de mes comptes rendus.

La secrétaire de la résidence des Cèdres, Lydia Francoeur, est assassinée. Pour Maud Graham et son équipe, il est difficile de démarrer l’enquête d’une part parce qu’on ne voit pas de motif : tout le monde aimait bien la gentille Lydia; d’autre part parce qu’on doit chercher des informations auprès de personnes qui ont des problèmes de perception, de mémoire ou de cohérence. Comment démêler le vrai du faux ?

Les enquêteurs comptent un peu sur Karl Lemay qui a l’impression d’avoir vu un barbu agressif dans le parc où Lydia s’est fait tuer, mais il ne sait plus exactement quand, ni dans quelles circonstances. Déjà, à la résidence des Cèdres, il a acquis une réputation de solitaire, sauf par rapport à son vieil ami Ludger Sirois, qui constate tristement son enfoncement dans l’Alzheimer. Mais, comme Karl est possiblement le seul témoin du meurtre, et qu’il aurait peut-être dessiné la tête du barbu en question et même l’agression, il faut compter sur lui, en tout cas avec lui.

D’autant plus que, quand son ami est empoisonné… accidentellement, pourrait-on dire, Maud Graham imagine que c’est Karl qui était visé, dans le but de faire disparaître un témoin gênant. On finit par déterminer un suspect : difficile de le coincer parce que les preuves sont toutes circonstancielles. Maud s’assurera de la collaboration ambigüe de Leonard Cardinale, récemment libéré de Sainte-Anne-des-Plaines, admirateur de Karl qui l’avait incité à peindre dans son jeune temps. Le piège qu’ils tendront au suspect est quand même passablement risqué.

Comme plusieurs auteurs (Donna Leon, Anne Perry…), Brouillet situe ses histoires policières dans un contexte de problématique sociale qui nourrit vraiment ses drames. Dans Six Minutes, elle parvenait à entrer dans la peau et l’esprit d’un batteur de femmes, de la femme battue elle-même, sa soumission ou sa révolte, et exposait avec justesse cette relation malsaine, morbide même, qui relie les deux conjoints. Dans Vrai ou Faux, elle s’introduit dans un milieu de personnes en perte d’autonomie, et sa description touchante de Karl Lemay, de ses oublis, de ses égarements, de son repli sur soi, du souci aussi de son ami Ludger qui joue pour lui, en douceur, le rôle de principe de réalité, est pratiquement plus accrochante que l’intrigue policière à proprement parler. Plus émouvante, en tout cas. Pas surprenant que Brouillet ait dédié cette œuvre à la mémoire de ses parents.

Extrait : 
Karl Lemay sentit le sang recommencer à circuler plus lentement vers son cœur, mais oui ! Il s’était trompé ! C’était Lydia ! Il était certain que Lydia était morte. Il se souvenait même qu’elle serait enterrée demain. Pour la première fois depuis des mois, Karl Lemay se réjouit d’avoir fait une erreur. Il prit une longue inspiration, déposa les crayons sur la table avant de se relever lentement, tremblant encore d’avoir imaginé que Ludger était mort. C’était la faute de ses maudites pilules. Il dirait au médecin qu’elles ne l’aidaient pas du tout, bien au contraire. Le docteur… le docteur… Qu’est-ce que c’est déjà, son nom ? Le docteur…
Karl s’assit sur son lit, se dit que ce n’était pas important de ne pas se rappeler le nom du médecin. Il s’en souviendrait plus tard. Il irait boire un café avec Ludger et le nom du médecin lui reviendrait. Ou Ludger le lui dirait. Il vacilla en se dirigeant vers la fenêtre pour repousser les rideaux, s’appuya contre la table de chevet, la fit tomber, tenta d’empêcher sa chute et tomba lui aussi. Il resta quelques secondes sans bouger, se demandant ce qu’il faisait au sol, puis il entendit quelqu’un l’appeler, reconnut Catherine qui le dévisageait avec inquiétude tout en l’aidant à se redresser.
− Il fallait m’appeler, M. Lemay. Je serais venue vous aider.
− Il… il… je… Ludger… je dois…
Catherine fit asseoir le peintre sur son lit, prit ses mains dans les siennes et lui dit doucement qu’il ne pourrait pas voir son ami aujourd’hui, qu’il devait se reposer.
− Ludger est malade ?
Catherine secoua la tête avant de lui rappeler que Ludger Sirois était décédé. Elle vit blêmir Karl Lemay, crut un instant qu’il s’évanouirait, fut surprise de la force avec laquelle il la repoussa en criant qu’elle se trompait. C’était Lydia qui était morte. Pas Ludger ! C’était impossible.

vraioufaux-amb-le Parc des Braves

Parc des Braves

Ma note : 4 Stars (4 / 5)

 

 

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La tombe buissonnière de Georges Brassens – Jean-Paul Sermonte

Par Raymond Pédoussaut

latombebuissonniereDate de publication originale : 2016 (Éditions du Moment)Sermonte
Genres : hommage, parodie, enquête
Personnages principaux : Sophie Lavigne, lieutenant de police – Arnaud Rivière de la Botté, spécialiste de l’œuvre de Brassens

On a volé le cercueil de Georges Brassens ! On a profané la sépulture du poète-chanteur au cimetière du Py à Sète. Tous les médias de France annoncent l’incroyable nouvelle. Pour le peuple, pourtant blasé par l’accumulation de mauvaises nouvelles, c’en est trop. « Toucher à ce poète est comme attenter à son bien le plus précieux : sa dignité ». Toutes les associations d’admirateurs de Brassens s’assemblent en fédération, des manifestations s’organisent, les disques de Brassens se vendent par milliers, les médias en rajoutent, le pays s’impatiente, la rue gronde, le gouvernement s’inquiète et la police s’active. Mais la police n’a aucune piste. Le Lieutenant Sophie Lavigne est convoquée par son chef. Elle doit lâcher son enquête sur le dépeceur de rouquines, pourtant sur le point d’aboutir, pour se mettre séance tenante sur le vol du cercueil de Brassens. Sophie discute, argumente qu’elle ne connaît pas suffisamment l’œuvre du poète. Qu’à cela ne tienne ! Elle sera aidée par un des plus grands spécialistes des chansons de Brassens, un certain Arnaud Rivière de la Botté. Les deux protagonistes, de tempéraments très différents, vont devoir travailler ensemble pour retrouver le cercueil disparu. Après quelques heurts, ils vont collaborer … étroitement !

Autant le dire d’entrée de jeu : ce livre n’est pas réellement un polar. Il n’y a pas de méchant, il n’y a pas de redresseur de torts. Il n’y a pas de victime ou si on considère qu’il y en a une, elle est morte depuis longtemps. Il y a des enquêteurs qui n’enquêtent pas vraiment. Il y a bien un coupable mais il ne veut aucun mal à la supposée victime. Alors c’est quoi ce bouquin ? C’est une parodie mais avant tout c’est un hommage au poète disparu. L’enquête est un prétexte à revisiter l’œuvre du chanteur. C’est réalisé avec une légèreté et un humour qu’approuverait sans nul doute Georges Brassens lui-même.

Si vous avez envie d’un thriller sanglant, d’une enquête tendue, ou d’une poursuite angoissante d’un tueur en série, passez votre chemin. Par contre si vous voulez vous offrir un agréable divertissement empreint de poésie, de nostalgie et d’humour, ce livre devrait faire votre bonheur. Et si en plus vous êtes un admirateur de Georges Brassens, il devrait vous ravir car le véritable héros du livre, c’est bien lui.
La tombe buissonnière de Georges Brassens représente une vraie récréation dans une actualité pas très souriante.

Extrait : 
Était-ce une actualité qui se banalisait au point d’en devenir paradoxalement inactuelle ? Drames quotidiens, guerres habituelles, catastrophes coutumières, inéluctable hécatombe sur la route, enfin tout ce qui compose le malheur ordinaire des humains et dont la répétitivité finit par émousser les consciences.
Certes il n’y avait pas eu de violence. Pas de concierge bâillonné, ligoté et séquestré au fond d’une chapelle… Pas de mort non plus (à part un, mais déjà sédentarisé). Pourtant la tension émotionnelle, nerveuse, irrationnelle, engendrée par ce singulier traumatisme augmentait de jour en jour. Dangereuse et inexplicable fureur qui précède ces bouleversements tant redoutés des gouvernements.
Le pays s’interrogeait, se tourmentait, s’énervait.
Était-ce un prétexte inconscient pour exprimer l’un de ces obscurs mécontentements dont il ignorait lui-même les racines profondes? Dans une France cafardeuse, ce coup de poignard semblait fatal. Toucher à ce poète était comme attenter à son bien le plus précieux : sa dignité.

Georges Brassens – Le testament

Ma note : 4 Stars (4 / 5) latombebuissonniere-amb2

 

 

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Mariachi Plaza – Michael Connelly

Par Michel Dufour

mariachi-couvDate de publication originale : 2014 (The Burning Room)Connelly-2
Date de publication française : 2016 (Calmann-Lévy)
Genre : Enquête
Personnage principal : inspecteur Harry Bosch (Los Angeles)

J’ai laissé tomber Connelly il y a une couple d’années : je trouvais Harry Bosch trop démoralisant. J’ai eu du mal aussi à regarder la série télévisée qui emprunte son nom. Mais, comme la célébrité de Connelly n’a cessé de grimper, et même que l’ex-président Clinton a affirmé que ses romans lui avaient beaucoup appris sur le fonctionnement de la justice aux États-Unis, il est temps que j’y remette le nez, d’autant plus que Bosch va bientôt prendre sa retraite.

Comme les autorités policières et politiques s’appliquent à ce que le bouillant inspecteur ne brasse pas trop de merde avant de partir, on lui confie un cold case. Le genre de cas qu’on est loin d’avoir résolu parce qu’il n’y a pas un seul indice. Sur la Mariachi Plaza, il y a dix ans, le musicien Orlando Merced s’était fait abattre; et, cette semaine, il venait tout juste de mourir… Il avait pris du temps à mourir, rongé par une balle qui s’était logée dans une vertèbre, faisant de lui un hémiplégique. La Place était bondée et il était difficile de savoir qui tirait sur qui. Pas de motif, pas d’indice, pas de raison. Depuis dix ans, les enquêteurs n’ont rien trouvé. Sauf que là, en faisant l’autopsie, on a trouvé la balle. C’est un bon point de départ.

Pour aider Bosch, on lui joint Lucia Soto, une inspectrice de peu d’expérience mais aidée par son statut de mexicano-américaine (elle parle l’anglais et l’espagnol), et du fait qu’elle venait d’abattre deux malfrats armés (membres du violent gang de la 13e rue) et d’en capturer deux autres dans le vol d’un magasin de vins et de spiritueux de Pico-Union.

Le riche conseiller municipal Armando Zeyas avait reçu à jouer chez lui le petit orchestre de Merced avant qu’il soit abattu, et il avait pris sa convalescence en main tout en visant le poste de maire avec bonne conscience. Il avait remporté ainsi deux mandats. Puis, il avait perdu mais, veillant maintenant sur l’affaire Merced, il comptait bien reprendre le pouvoir.

Tous se méfient de Bosch; c’est pourquoi on s’est efforcé de lui avoir livré un cas qui fera long feu. Mais Bosch se méfie aussi de tout le monde : ses patrons, les hommes et femmes politiques, les journalistes (sauf une peut-être), les riches, les gangs évidemment, les collègues, y compris la petite Lucia Soto. Et Lucia paraît plus s’intéresser à un autre cas que celui qu’on leur a confié. De sorte que nos enquêteurs passent allègrement du cas de Merced à celui de l’incendie criminel d’il y a vingt ans, à l’époque où des enfants sont morts, et à celui aussi d’un vol de banque simultané réglé avec minutie.

L’ensemble est complexe mais composé de façon telle qu’on n’a pas trop de mal à suivre, à condition de ne pas prendre trois semaines pour le lire. À un niveau macro, Connelly déplace de gros ensembles qui finissent par s’imbriquer avec art les uns dans les autres. À un niveau micro, Connelly fait penser aux peintres miniaturistes : tous les détails de l’enquête sont exposés par le menu, et c’est un peu fastidieux. Le personnage de Soto est original et l’idée de la coupler à Bosch est intéressante. On retrouve, par ailleurs, les mêmes officiers de police opportunistes et ambitieux que dans ses autres romans, des requins semblables, habiles financiers ou politiciens, qui ont soif d’argent et de pouvoir, et cette tendance, peut-être plus neuve aujourd’hui, d’asseoir confortablement dans des postes d’administrateurs des décideurs incompétents. Le caractère de Bosch ne s’améliore pas et ce ne sera pas facile pour lui de discuter avec sa fille ni d’entamer une retraite.

Extrait : 
Ce jeudi matin-là, enfin il arriva au bureau avant elle. Le jour n’était pas encore levé qu’il s’était déjà acheté un café dans un Starbucks ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il trouva les feuilles des appels anonymes sur le bureau de Soto et s’attaqua aussitôt à la rédaction d’une demande de mandat qui leur permettrait de localiser le portable utilisé par l’anonyme qui ne cessait de se plaindre que la police étouffe l’affaire d’Orlando Merced.
L’arrivée du téléphone portable avait déclenché une véritable révolution dans l’application de la loi telle qu’on la pratiquait depuis deux décennies. Le Communications Assistance for Law Enforcement Act[1] de 1994 avait été revu et son champ d’application étendu presque tous les ans pour s’adapter à un environnement électronique en perpétuelle mutation et aux multiples façons dont en profitaient les criminels. La loi exigeait maintenant de tous les fabricants et fournisseurs d’accès qu’ils intègrent des mécanismes de surveillance dans tous leurs appareils et systèmes d’exploitation. C’est là que le test ping entrait en jeu. Un portable ou un jetable non déclaré donnait peut-être l’impression d’être l’instrument idéal pour des appels anonymes légaux ou illégaux, mais l’appareil lui-même n’en restait pas moins traçable et localisable par sa connexion constante avec les tours relais et le réseau cellulaire. Avec un mandat, l’unité technique du LAPD était capable d’envoyer des impulsions électroniques, ou « pings », au téléphone inconnu et d’ainsi découvrir où il se trouvait à cinquante mètres près par croisement des latitudes et des longitudes. Et cette unité travaillait vite. Dès que l’ordre de test ping était signé, toute l’opération de mettait en branle en moins de deux heures.


[1] La loi d’assistance aux forces de l’ordre dans le domaine des communications.
mariachi-amb mariachi plaza, los angeles

Mariachi Plaza, Los Angeles

Ma note : 3.5 Stars (3.5 / 5)

 

 

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Vongozero – Yana Vagner

Par Raymond Pédoussaut

VongozeroDate de publication originale : 2011 (Vongozero)Vagner-Yana
Date de publication française : 2014 chez Mirobole Éditions
Genres : roman catastrophe, road movie, thriller psychologique
Personnages principaux : Anna, jeune femme habitant la banlieue de Moscou – Sergueï, son mari – Boris son beau-père

Anna et Sergueï habitaient une belle maison dans la banlieue de Moscou. Tous les matins ils se rendaient dans la capitale pour travailler jusqu’au jour où les accès sont interdits : la ville est en quarantaine à cause d’un virus qui se répand. La situation sanitaire s’aggrave. Pour échapper à l’épidémie, une seule solution fuir vers des régions désertes où le risque de contamination est plus faible. Sergueï se souvient d’une maison sur une île, au milieu d’un lac, en Carélie, au nord-ouest de la Russie, c’est là qu’ils iront se réfugier, à Vongozero, en attendant qu’éventuellement les choses s’arrangent. Leurs voisins dont la maison a été pillée se joignent à eux. Un convoi de trois voitures chargées à bloc, avec neuf personnes à l’intérieur, prend la route dans la neige et le froid. En chemin, une autre voiture, des amis de Sergueï, s’ajoutera à leur caravane. Ils seront désormais onze répartis dans quatre voitures à se diriger vers une hypothétique destination, à travers la campagne russe recouverte de neige, dans le froid glacial. Un périlleux voyage dont l’issue est incertaine.

Vongozero est d’abord un roman catastrophe. L’intrigue est basée sur la pandémie qui frappe non seulement la Russie mais aussi tous les continents. Dans un premier temps, les autorités prennent des mesures : fermeture des établissements publics, mises en quarantaines, ports de masques … puis tout se délite en même temps, les gens meurent ou fuient. C’est le chaos général.

vongozero-amb2Vongozero est un road movie dans l’immensité blanche de la Russie. Sur les routes enneigées, chaque village rencontré représente à la fois un espoir pour se ravitailler en carburant, mais aussi la menace d’être attaqué et détroussé par des habitants affamés, ou d’être infesté par ceux qui sont malades.

Vongozero est aussi un thriller psychologique. À l’angoisse de la panne ou du manque de carburant s’ajoute la fatigue, le manque de sommeil, la faim et le froid. Sans compter les dissensions qui apparaissent entre les membres du groupe, d’autant plus que Sergueï a emmené son ex-femme et son fils alors qu’il est maintenant marié à Anna, sa nouvelle épouse. L’espace confiné des voitures et le désert blanc tout autour accentuent le malaise. À travers la narration d’Anna on perçoit parfaitement les tensions, les antagonismes, les tentations d’égoïsme, de renoncement, de repli sur soi qui habitent les personnages.

Roman à multiples facettes, Vongozero est un roman réussi qui maintient l’attention et le suspense de bout en bout.
Ce roman a une suite qui s’intitule Le lac, aux mêmes Éditions Mirobole.

Note de l’éditeur : « Initialement publiée peu à peu sur le blog de l’auteur, cette histoire de survie magistrale a suscité un tel enthousiasme qu’elle a fait l’objet d’une enchère entre éditeurs. Elle a depuis été nominée au Prix National Bestseller, vendue au cinéma et traduite dans 4 pays. »

Extrait :
Évidemment, c’était couru, j’en étais sûre, pensais-je pendant que nous roulions dans le sillon tracé par le lourd Land Cruiser ; le Vitara devenu muet se trouvait désormais devant nous, juste derrière le Land Cruiser, et le pick-up qui avait soulagé nos réservoirs de vingt litres de carburant fermait toujours la marche ; nous savions tous qu’il n’y aurait pas assez de carburant jusqu’au lac, mais pourquoi personne ne m’avait-il dit qu’il en restait si peu ? N’avions-nous pas – nous, les femmes et les enfants – le droit de savoir, en prenant la décision de partir du village, que si nous ne trouvions pas de carburant aujourd’hui les moteurs de nos voitures allaient se mettre à tousser puis se tairaient, et que nous allions mourir de froid au milieu de cette terre étrangère, glacée et déserte ?

Aussitôt, la voix basse et rauque de Nina s’éleva dans l’habitacle –  «Ne me quitte pas, il faut oublier, tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà » – et le silence qui tambourinait dans mes oreilles reflua sur-le-champ grâce à cette voix …

Nina Simone – Ne me quitte pas (Jacques Brel)

Ma note : 4.25 Stars (4.25 / 5)vongozero-amb

 

 

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Lumière du monde – James Lee Burke

Par Michel Dufour

lumière-couvDate de publication originale : 2013 (Light of the world)Burke-JL
Date de publication française : 2016 (Payot et Rivages)
Genre : Thriller
Personnage principal : Dave Robicheaux

Ça fait longtemps qu’on m’enjoint de lire les romans de Burke, particulièrement la série des Dave Robicheaux, inspecteur cajun de Louisiane. Il en a écrit une vingtaine et Lumière du monde est son dernier (traduit). Burke, c’est tout un monde : géographiquement parlant, parce que nous sommes transportés dans le Montana, où il existe encore des plaines sauvages, des montagnes boisées dont le sommet est neigeux, des torrents furieux, une flore riche et des animaux qui se promènent en liberté, un ours par-ci, un puma par-là, des chèvres, des lapins…; comme Burke a les yeux d’un peintre et le vocabulaire d’un spécialiste de la faune et de la flore, il parvient à nous immerger dans ces paysages dépaysants pour un urbain. Tout un monde, psychologiquement aussi, parce que ses personnages sortent passablement de l’ordinaire : Robicheaux lui-même, d’abord, qui a connu les horreurs de la guerre (Viêt-Nam), dont l’épouse a été tuée, qui a sombré dans l’alcoolisme et qui va encore à des réunions de AA, qui tient à tuer (et, à la rigueur, faire souffrir) un violeur et mutilateur d’enfants et qui accompagne sa femme à la messe le dimanche; son vieil ami Clete, encore gros buveur et grand baiseur, très dur avec les criminels, pas diplomate pour deux sous (c’est le genre de gars dont on dit qu’il cherche le trouble), le cœur sur la main pourtant; sa fille, la jolie Gretchen, qui a travaillé comme tueuse à gage pour la mafia, violée quand elle avait six ans, expérience dont elle a gardé une certaine haine contre les hommes, qui n’ont pas intérêt à lui marcher sur les pieds; Alafair, la fille adoptée de Dave, journaliste et écrivaine, qui a interrogé en prison l’épouvantable Asa Surette, tueur en série et sadique au plus haut point; Alafair a publié des articles qui préconisait la peine de mort contre l’irrécupérable Surette, qui ne l’a pas oubliée; Surette lui-même, intelligent, machiavélique, impitoyable, et qui pue, signe distinctif qui trahit parfois sa présence.

Dave, qui raconte cette histoire avec réticence, sa famille et son ami Clete, que rejoindra sa fille Gretchen, passent l’été au Montana dans le ranch de son ami romancier et professeur d’anglais, Albert Hollister. En se promenant sur un chemin forestier, Alafair est frôlée par une flèche. Elle cherche en vain le tireur. Puis, des flics vulgaires et probablement ripoux arrêtent et maltraitent inutilement (sinon pour leur plaisir) l’original et plutôt solitaire Wyatt Dixon; Gretchen, choquée, cherche à s’interposer mais on se moque d’elle. Le policier Bill Pepper, quelque temps après, sera torturé, mutilé et tué. Au même moment, une jeune indienne de dix-sept ans, adoptée par le grand ponte du pétrole Love Younger, est enlevée et assassinée. C’est beaucoup d’événements étranges en peu de temps. Le shérif Bisbee enquête sur quelques suspects, mais Alafair croit reconnaître le modus operandi d’Asa Surette, sauf qu’il a supposément péri dans l’incendie d’un fourgon lors d’un transfert.

L’enquête déborde sur la propriété du millionnaire Younger : le fils Caspian, lâche et veule, est soupçonné de complicité avec Surette, du moins dans le meurtre de sa demi-sœur (question d’héritage), et son épouse Felicity tourne la tête de Clete qui risque de la perdre. Toutes ces situations menaçantes se superposent, et on comprend que la tension ne se relâche pas. Pour Dave, les vacances ne seront pas particulièrement reposantes, surtout à partir du moment où il partage l’idée de sa fille, à savoir que Surette n’est pas mort et cherche à la tuer.

C’est ça la force de ce roman : la tension ne se relâche pas. Les cibles sont nombreuses et interactives, au sens où la cible peut aisément devenir le chasseur et l’exécuteur. Comment démêler tout ça ?

On a dit que le roman était assez long; c’est exact, si on ne juge qu’en fonction de l’action proprement dite. Mais, comme dans les westerns, la peinture des paysages sauvages du Montana est séduisante; le monde intérieur de Dave est attachant; intéressants aussi, ces hommes durs « sans cesser d’être tendres », et ces jolies femmes bougrement vindicatives. James Lee Burke n’est à court ni de souffle ni d’imagination.

Extrait :
J’ai toujours aimé et accueilli avec plaisir la pluie, même si parfois les esprits des morts me visitent avec elle[1]. Quand j’étais enfant, durant l’été, quel que soit le temps, il y avait une averse presque chaque après-midi à trois heures. L’horizon au sud se remplissait de nuages de tempête ressemblant à des prunes trop mûres, et en quelques minutes on sentait le baromètre chuter, et on voyait les chênes prendre une teinte d’un vert plus sombre, et la lumière devenir couleur de cuivre. On sentait le sel dans le vent, et une odeur comme celle d’une pastèque éclatée sur un trottoir brûlant. Soudain, le vent changeait et les chênes s’animaient, des feuilles tourbillonnaient et la mousse espagnole s’ébouriffait sur les branches. Juste avant la première goutte de pluie, le Bayou Teche était ondulé par les brèmes montant se nourrir à la surface. Et moins d’une minute plus tard, la pluie tombait à seaux, et la surface du Teche scintillait d’un éclat d’un jaune brumeux qui évoquait la brume plus que la pluie.
Pour moi, la pluie a toujours été une amie. Je crois que c’est vrai pour presque tous les enfants. Ils semblent comprendre sa nature baptismale, la façon dont elle absout et lave et restaure la terre. Ce qu’il y a de plus merveilleux dans la pluie, c’est quand elle cesse. Au bout d’une demi-heure, le soleil ressortait, l’air était frais et vif, les belles-de-nuit s’ouvraient dans l’ombre, et le soir il y aurait un match de base-ball dans le parc municipal. La pluie participait d’un témoignage qui nous assurait que, d’une certaine façon, l’été était éternel, et que même l’arrivée de l’obscurité pouvait être tenue en lisière par les éclairs de chaleur brillant dans le ciel après que le soleil s’est couché.


[1] Pour Robicheaux, il s’agit ici d’une façon imagée de parler, pas de l’insertion d’une dimension spiritualiste dans le récit, même s’il est, par ailleurs, croyant.

lumière-amb missoula, montana

Missoula, Montana

Ma note : 4.5 Stars (4.5 / 5)

 

 

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