Chemin de croix – Hervé Gagnon

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2017 (Libre Expression)
Genres : Enquête, noir
Personnage principal : Patrick Kelly, détective privé

Hervé Gagnon nous a conquis avec ses polars d’enquête mettant en vedette le journaliste Joseph Laflamme. L’action se situait à la fin du XIXe siècle et, en bon historien, Gagnon nous trimballait dans ce Montréal fin de siècle, dont nous reconnaissons certains vestiges encore aujourd’hui. Changement de cap avec le roman Chemin de croix, très contemporain, avec le détective (et ex-policier) Patrick Kelly.

L’histoire se situe toujours à Montréal, et Gagnon ne se gêne pas pour remettre en question le succès de cette ville dite intelligente, en la comparant à des villes syriennes victimes de bombardements. Partout des cônes rouges, partout des nids de poule et maintenant des ventres de bœuf; plus un transport en commun insuffisant. On reconnaît bien notre ville.

Entre le début du XXe siècle et aujourd’hui, le roman américain est passé, et Patrick Kelly s’inscrit assez bien dans cette mouvance. Ce n’est pas encore un paumé mais, sous prétexte de dégustation, il écluse bon nombre de scotchs; avec difficulté, il partage la garde de sa fille et n’est pas vraiment diplomate ni avec elle ni avec son ex; il meuble sa solitude avec des musiques de blues. Somme toute, c’est un gars fermé pas très sympathique. Comme détective, il se contente de traquer les maris volages, les petits fraudeurs, les mauvais payeurs. Une sorte d’antihéros.

Survient Claire Black, une religieuse dans la trentaine : elle lui demande de retrouver un vieux crucifix qui aurait déjà servi à invoquer le diable, et qui aurait pu être récemment volé par un groupe de fanatiques voués au culte de Satan. Ce genre de problèmes n’intéresse vraiment pas Kelly, mais la somme d’argent qui lui est offerte est irrefusable. Il rencontre un indic à la Place Émilie Gamelin qui l’oriente vers des appartements désaffectés où auraient lieu des messes noires. Des jeunes filles sont retrouvées droguées et égorgées, un crucifix enfoncé dans le vagin. Des personnes âgées ont été écorchées dans des églises. Les deux sortes de crimes semblent liées. Violemment tabassé et perturbé par les sautes d’humeur de sa fille, Kelly veut abandonner. Mais Claire joue de ses charmes et de son argent. Il décide donc de persévérer.

Des questions le hantent : pourquoi les adorateurs de Satan l’ont battu et que leur chef ait interdit qu’on le tue ? Pourquoi Claire tient-elle tellement à ce maudit crucifix en bois, sans valeur même pour un antiquaire ? Et où est donc passée sa fille?

Gagnon se laisse aller à partager avec nous ses fantasmes transgressifs, intégrés dans une histoire complexe aux multiples ramifications. Son art des rebondissements nous bouscule un peu mais, comme c’est bien écrit et que les descriptions des lieux reflètent la réalité, le lecteur est aisément entraîné dans un courant démentiel et pourtant cohérent. Évidemment, je me suis un peu ennuyé de Joseph Laflamme et de ses complices, d’autant plus que ce Montréal-là avait le charme suranné des choses désuètes. Par contre, ce Patrick Kelly pourrait être le petit-fils de Sam Spade, de Philip Marlowe ou de Mike Hammer. Les amateurs du roman d’enquête américain, variante québécoise, se sentiront chez eux.

Extrait :
Kelly s’éveilla en sursaut en ayant l’impression de manquer d’air. La voix de la fillette et le ronflement des flammes semblaient encore résonner sur les murs de sa chambre. Son cœur s’était emballé et il avait froid. Dehors, le jour s’était levé. Sur la table de chevet, son portable sonnait. Il le prit. Il indiquait 8h 12. Il répondit
− Pat ? C’est Stéphan.
− C’est juste un hasard ou tu le fais exprès pour me réveiller ? ronchonna-t-il, heureux de penser à autre chose.
− Tu sais bien que je le fais exprès. Qu’est-ce que tu voulais ?
− J’ai un meurtre à te signaler. Enfin, je crois.
Il passa la demi-heure suivante à raconter à Doré ce qu’il avait découvert dans le squat. Après avoir mis son portable sur le haut-parleur, il lui fit parvenir ses photos et sa vidéo. Il omit de mentionner le crucifix de 1742.
− Pis qu’est-ce que tu foutais là, au juste ? s’enquit Doré.
La veille, Kelly avait préparé une histoire totalement crédible − pas un mensonge, mais une restriction mentale − qui lui permettrait de garder le nez de son ami hors d’une lucrative enquête.
− Je cherchais un sans-abri qui détenait possiblement des renseignements qui me seraient utiles, dit-il. Il n’était pas là, finalement.
− Ouais… OK. Mettons… lança son vieux copain, sceptique. Je vais envoyer une équipe. T’as touché à rien, j’espère ?
− J’ai fait très attention, enquêteur Doré.
− Je suppose que je devrais te remercier de l’avoir signalé. T’étais quand même pas obligé. Des satanistes… Tabarnak… soupira le policier.

Place E Gamelin

Niveau de satisfaction :
4.25 Stars (4.25 / 5)

 

 

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Le pain perdu – Pierre Pelot

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 1974 (G.P.) – Réédition 2016 (Bragelonne/Milady)
Genre : Roman noir
Personnage principal : Lou Carmaux, de retour chez lui après 10 ans de prison

Lou Carmaux est de retour chez lui après dix ans de prison. Il a été condamné suite à une bagarre de bal qui a mal tourné, il a tué accidentellement son adversaire. Lou retrouve la maison familiale abandonnée. Ses anciens amis d’enfance ne sont pas vraiment ravis de le revoir, sauf celui qu’ils surnomment Patte-folle, qui n’était pas pourtant son plus proche copain. Et puis il y a la tribu Millot : le père, la mère, cinq frères et une sœur. C’est de cette famille qu’il a tué un des enfants. Ils n’ont pas oublié, bien sûr. Ils espéraient même qu’il reviendrait. Maintenant il est là. Il y a des comptes à régler.

L’intrigue est simple : un ancien taulard revient dans le village de son enfance et se heurte au désir de vengeance de la famille de sa victime. Le roman est court (150 pages) mais dense. L’accueil que reçoit Lou et ses rapports avec les gens du village sont subtilement analysés. L’amitié, les rapports humains et leur évolution dans le temps sont aussi intelligemment décrits. Il y a également une belle réflexion sur le passé, sur l’impossibilité de retrouver ce que l’on a laissé. On ne retrouve pas, on recommence. Tout est à reconstruire.

Ce roman est un mélange de nostalgie et de violence. La nostalgie est symbolisée par la recette du pain perdu, une recette ancienne, la seule qui soit une affaire d’homme, c’est en général le père qui s’en occupe : du pain rassis, du lait, des œufs, des épices … et il faut que ça fume ! La violence c’est celle de la vengeance. Même si Lou a payé, pour les parents de la victime ce n’est pas assez puisque lui est vivant alors que le fils, le frère, est mort. Une ambiance semblable à celle du western est alors mise en place par l’auteur.

Le pain perdu est un roman d’une grande humanité qui, sous l’aspect de la simplicité, aborde des thèmes aussi complexes que l’amitié, le passé, la vengeance, la paternité.

Ce livre a été adapté pour la télévision par Pierre Cardinal en 1977.

Extrait :
Le passé, dit-il, ça n’existe plus. Je le sais, maintenant. On veut recommencer en s’accrochant à ce qui reste d’avant, et ce n’est pas possible. Parce que toujours, ce qui reste, c’est avant, justement. Tu comprends ?

— Dis pas de bêtises, Lou.
— Non, Janot, c’est pas des bêtises.
Il baissa les yeux, et Patte-Folle aussi – il n’y avait que sa sœur pour l’appeler Janot, parce qu’un jour il lui avait avoué qu’il n’aimait guère son surnom.
— C’est pas des bêtises… Que tu te souviennes dans n’importe quelle direction, à un moment donné il y a le trou. Il y a ce qui sépare avant de maintenant.
Lou eut un sourire forcé. Il soupira et dit :
— Tu sais pourquoi je suis revenu ? Pour mon gamin. Voilà. Pas pour Huguette, ni rien. Pas même pour les copains, Janot, ni toi ni un autre… C’était pour le gamin que j’avais jamais vu. Combien de fois je me suis dit : « Tu as un fils, mon vieux », et je m’écoutais pour savoir quelle impression ça faisait. Rien. Pas d’impression. Je me suis forcé, tu entends ? Avoir un fils, c’était des mots. Je me suis forcé pour que ça représente autre chose. Et, finalement, ça a représenté quelque chose…

Niveau de satisfaction : 
4 Stars (4 / 5)

 

 

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Le 16e Gala du roman policier de Saint-Pacôme (Québec/Canada)

Par Michel Dufour

Cette soirée de Gala du 7 octobre 2017 mettait un terme à une fin de semaine bien remplie alors que, le vendredi soir, le chroniqueur judiciaire Claude Poirier a donné une conférence devant plus de 80 personnes à l’église de Saint-Pacôme. Le lendemain, la première édition du Salon du polar avait lieu : dès 10h30, le critique bien connu (et très estimé) Norbert Spehner a présenté les auteurs; une foule d’une centaine de personnes est venue entendre les conférenciers et rencontrer les personnalités et auteurs présents pour l’occasion.

Ce Gala a été l’occasion de remettre les prix Saint-Pacôme à plusieurs compétiteurs.

GRAND PRIX SAINT-PACÔME : Patrick Senécal, L’autre reflet (Alire)

C’est la deuxième fois que Senécal se mérite le prix : en 2007, son roman Le vide avait aussi été élu le meilleur roman policier de l’année.

« L’auteur confronte le processus de création, le rôle de la muse et questionne la société sur le prix du succès, le tout à travers la structure du suspense. Il propose un roman noir qui flirte avec l’horreur, alors qu’un auteur sans envergure est pris à plagier les scènes d’action d’une détenue», de mentionner Daniel Marois, président du jury et chroniqueur littéraire web au Huffington Post.

Les autres membres du jury étaient Robert Laplante, journaliste bédé et de littérature de l’imaginaire, ainsi que Lise Audet-Lapointe, grande lectrice et libraire à la retraite. Rappelons que les deux autres finalistes étaient Marie-Ève Bourassa pour Frères d’infortune publié chez VLB et Jacques Côté pour son polar Où le soleil s’éteint publié chez Alire. Chacun a reçu une bourse de 500$, gracieuseté de la Caisse Desjardins de l’Anse de La Pocatière et de Canadian Tire/La Pocatière et Montmagny.

Sang d’Encre Polars a déjà publié le compte rendu des romans de Bourassa et de Côté, celui de Senécal paraîtra bientôt.

PRIX SAINT-PACÔME JEUNESSE

Le Prix Saint-Pacôme Jeunesse a été attribué pour une deuxième année. Ce prix, qui récompense l’auteur du meilleur roman policier destiné aux jeunes de 10 à 16 ans, a été remis pour une seconde année à Laurent Chabin, pour son roman La maison du silence, publié aux éditions Hurtubise HMH. Une bourse de 1 500 $, offerte par la Municipalité de Saint-Pacôme, est également attribuée à ce prix.

PRIX SAINT-PACÔME INTERNATIONAL

Les Librairies indépendantes du Québec, coopérative qui regroupe sous la bannière Les libraires plus d’une centaine de librairies indépendantes à travers le Québec, sont un fier partenaire pour une troisième année de la SRPSP (Société du roman policier de Saint-Pacôme) en vue de la remise du Prix Saint-Pacôme International du roman policier. Ce prix de reconnaissance a été remis à Don Winslow pour Cartel paru aux Éditions du Seuil. Rappelons que, pour ce prix, le jury est composé de libraires membres de la coopérative.

Sang d’Encre Polars a aussi recensé ce roman de Winslow.

PRIX JACQUES-MAYER (meilleur premier polar)

Ce prix a été attribué à Eric Forbes pour Amqui (Héliotrope).

Compte rendu publié dans nos pages.

PRIX COUP DE CŒUR

Remis pour la toute première fois par le vote du grand public via le nouveau site Internet de la SRPSP. Ce prix a été a été décerné à Patrick Senécal pour L’Autre reflet.

PRIX DE LA RIVIÈRE OUELLE (de la nouvelle policière)

Le premier prix est allé à Madame Sonia Galopin de Québec pour sa nouvelle Loup solitaire.

Le deuxième prix a été accordé à Madame Chantal Lecours de Montréal pour son texte intitulé Lola.

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9e Festival international des littératures policières de Toulouse 2017 – Les prix décernés

Par Raymond Pédoussaut

Les prix attribués lors de cette édition 2017 :

Prix Violeta Negra

Ce prix récompense un polar traduit d’une langue du sud : espagnol, italien, portugais, grec, turc … ou autre langue du Sud.

Le Fleuve des brumes
de Valerio Varesi

 

Prix de l’Embouchure

Prix qui porte le nom du siège de la Police Judiciaire de Toulouse. Il est décerné par l’Amicale du Personnel de la Police Nationale.

 L’affaire Jane de Boy
de Simone Gelin

 

Prix Thierry Jonquet de la nouvelle

Le thème imposé en 2017 était la photo d’une œuvre exposée au musée Paul Dupuy de Toulouse dont le concurrent devait s’inspirer librement :

Montre de Pierre BERGIER, en forme de vanité, Paris, vers 1650, boîte et cadran en argent, dimensions H:3,4cm, L:3,2cm © Musée Paul Dupuy

Le 1er prix est attribué à Patricia Portmann pour
                     Faux et usage de faux

Tous les détails sur le site Toulouse Polars du Sud

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Divine Providence – Donald Westlake

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 1967, 1995 (God Save the Mark )
Date de publication française : 2008 (Payot et Rivages/Noir, nouvelle traduction par rapport à celle du Pigeon récalcitrant, Gallimard 1968)
Genres : Noir mais aussi amusant – thriller
Personnage principal : Fred Fitch, homme ordinaire

Dans le monde francophone, on connaît Westlake surtout à partir de bons films tirés de ses romans : Le couperet, de Costa Gavras, Mise à sac d’Alain Cavalier, La divine poursuite de Michel Deville et Made in USA de Godard (bien que, dans ce cas-ci, on ait plus affaire à un Godard qu’à un Westlake). Westlake a commencé à publier des romans en 1960; le succès est venu avec La divine providence, en 67, qui lui a valu l’Edgar du meilleur roman policier de l’année.

Fred Fitch est un gars bien ordinaire, loin d’être idiot, mais absolument naïf, un maudit bon gars ou une sacrée bonne poire, c’est selon. Depuis le jour où il est revenu de l’école sans pantalon, qu’il avait échangé contre on ne saura jamais quoi, on n’a pas cessé de lui monter des bateaux. Fred se sait crédule et promet toujours de se méfier; pourtant, il retombe inlassablement dans la naïveté comme d’autres dans l’alcool ou la drogue.

Quand on lui apprend qu’il vient d’hériter de 300 000$ de son oncle Matt, sa méfiance se manifeste avec d’autant plus de force qu’il n’a pas d’oncle Matt. Pourtant, l’avocat de son oncle, chargé de régler les questions testamentaires, l’assure que c’est vrai. Cet avocat est quand même un drôle de zigue et Fred apprend que son oncle était un expert ès-arnaques. Il continue donc de se méfier, jusqu’à ce qu’il apprenne que son oncle s’est fait assassiner et qu’on se mette à tirer sur lui à partir d’une automobile noire aux fenêtres opaques. En croyant maintenant qu’il hérite, il croit qu’on veut le faire disparaître lui aussi. D’où des épisodes de poursuites et des personnages louches qui tentent de lui vendre des renseignements, dont un qui est retrouvé mort. Caché tantôt chez Karen, l’amie de Reilly, un chasseur d’escrocs, tantôt chez Gertie, ex-compagne apparente de l’oncle Matt, c’est finalement chez lui que Fred est le mieux protégé.

Comme il semble que des criminels, déjà floués par Matt, cherchent à récupérer leur argent par tous les moyens, Fred en vient à la conclusion qu’il devrait remettre cet argent à une œuvre de charité, et le faire savoir publiquement, pour avoir la paix. Alors qu’il s’apprête à léguer la somme héritée, un doute saisit Fred à la gorge : et s’il était en train d’être victime d’une formidable arnaque ?!

Ce qui fait le charme des héros de Westlake, c’est qu’ils sont assez lucides pour constater la situation ambigüe et dangereuse dans laquelle ils se trouvent. Fitch serait moins intelligent, on aurait affaire à une banale histoire de pigeon plumé par des profiteurs mal intentionnés. Alors que, dans ce cas-ci, Fitch n’est pas une victime passive : il tombe, se relève, retombe, se relève encore, apprenant un peu plus à chaque fois, et on se dit qu’il peut finir par se sortir de sa situation alambiquée. Ce n’est pas non plus un personnage tragique : il peut rire de lui-même et ne blâme pas les autres de ses gaffes. Ses rapports avec ses voisins sont corrects, et ses relations avec les femmes, marquées par une certaine méfiance, n’en sont pas moins fructueuses, même si l’arbre est lent à porter des fruits.

La force de Westlake, c’est aussi de multiplier les situations quasi inextricables dans lesquelles le personnage principal doit se débattre. Les rebondissements se suivent et ont un air de famille. Malgré tout, rien ne déconcerte longtemps Fred Fitch; on sent que l’auteur, amicalement , le manipule lui aussi avec un certain sourire, qui finit par nous gagner également.

Bref, c’est un roman qui nous fait du bien, à cause de certaines affinités qu’on partage avec Fred. Et, anticipant quelque déprime éventuelle, on se promet d’avoir un Westlake sous la main.

Extrait :
Ma vie a été une série sans fin de découvertes tardives. Les arnaqueurs me voient venir, déballent leur boniment et vont en rigolant s’offrir un steak au restaurant pendant que je me morfonds à la maison en me rongeant les ongles en guise de dîner. J’ai suffisamment de reçus inutilisables et de chèques sans provision pour en tapisser mon salon. J’ai acquis des kilomètres de tickets de participation à des tombolas, des matchs, des danses, des kermesses et des concerts de casseroles tous plus inexistants les uns que les autres. Mes placards sont pleins de petits appareils qui se sont arrêtés de produire des miracles dès que le vendeur a tourné les talons et, de toute évidence, mon nom doit figurer sur la liste des victimes en puissance de tous les arnaqueurs, empileurs, faisans et estampeurs de l’hémisphère Nord.

Central Park

Niveau de satisfaction : 

4.5 Stars (4.5 / 5)

 

 

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L’exil des mécréants – Tito Topin

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (La Manufacture de livres)
Genres : Science-fiction, aventures, société
Personnages principaux : Boris Prévert, journaliste – Soledad, son amie – Anissa, femme enceinte – Pablo, braqueur de banques

Dans un futur proche la théocratie mondiale sévit. Les réformés, les catholiques, les juifs, les sunnites, les chiites, sont tombés d’accord : l’ennemi c’est celui qui n’a aucune religion. Les livres saints remplacent les constitutions trop compliquées. Les religieux de tout bord exercent le pouvoir. La foi est obligatoire. Les païens, les hérétiques, les athées, les rationalistes, les libres-penseurs, les polythéistes, sont des mécréants qui doivent retrouver le chemin de Dieu en passant par les centres d’inoculation de la foi pour les cas les moins graves où quitter le pays, déchus de leur nationalité, leurs biens confisqués, pour les cas les plus critiques. Dans ce contexte Boris Prévert, journaliste, est recherché pour avoir commis le crime de dénoncer par voie de presse les activités pédophiles de Monseigneur le ministre de la police. Les sbires du prélat ont déjà liquidé sa femme et sa fille en faisant croire à un accident, mais lui a les ressources et la ruse nécessaires pour passer entre les mailles du filet. Dans sa fuite il va aider une femme, enceinte sans être mariée, ce qui est interdit par le nouveau pouvoir, avant de rejoindre son amie en Avignon. Mais la police retrouve sa trace, il doit poursuivre sa cavale vers l’Espagne et le Portugal, accompagné de Soledad, son amie de toujours, d’Anissa, qu’il a aidé à échapper à la police et d’un vieux braqueur de banques, Pablo, qui se retrouve embarqué malgré lui dans le groupe des fugitifs.

L’intrigue est celle d’un roman d’aventures : des fuyards sont traqués à travers une France soumise au pouvoir catholique puis en Espagne et au Portugal pas encore tombés sous la coupe des religieux. Outre le côté aventures, le roman contient une critique d’un pouvoir religieux qui rappelle l’Inquisition. L’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il se livre à un pamphlet au vitriol contre le clergé catholique qui a confisqué le pouvoir en France. Les prélats sont montrés hautains, méprisants, vaniteux, misogynes, criminels et pédophiles bien sûr. Rien que ça ! Mais heureusement le ton est celui de la satire et l’humour est toujours présent. Ce qui fait que, même si l’auteur force quelque peu le trait, le livre ne tourne jamais à la diatribe lourde et pesante. Au contraire, malgré le thème assez noir, le roman recèle une certaine légèreté, il est aussi plein d’énergie et de tonicité. Des dialogues percutants accentuent encore cette impression.

Les personnages sont hauts en couleurs : Boris Prévert est un gars coriace, débrouillard qui a un grand cœur : il n’hésite pas à prendre des risques pour sortir des griffes de la police une inconnue, Anissa, enceinte jusqu’aux yeux. Soledad, son amour de jeunesse, de parents émigrés espagnol, avec sa démarche de reine et sa grâce folle, est une fille qui n’a pas froid aux yeux. Et enfin Pablo, le vieux braqueur de banques, sait choisir une succursale à dévaliser, mais aussi comment se procurer une voiture ou trouver de l’or dans une église.

L’exil des mécréants allie le roman d’aventures plein d’énergie avec une critique virulente du pouvoir théocratique. L’humour, le cynisme parfois et le ton blasphématoire sont les autres composants d’un réel plaisir de lecture.

Extrait :
Sous l’impulsion des réformés aux États-Unis, des catholiques au Vatican, des juifs en Israël, des sunnites en Arabie Saoudite, des chiites en Iran, les États, lassés des guerres interconfessionnelles, ont décrété d’une seule voix que l’ennemi n’était pas celui qui pratiquait une autre religion que la leur, mais celui qui n’en avait aucune. Ainsi, la foi devenue obligatoire, les livres saints devenus constitutions, les païens, les hérétiques, les athées, les rationalistes, les libres-penseurs aussi bien que les polythéistes, tous réunis sous la dénomination de mécréants, ou de voltairiens, se sont vus pourchassés et condamnés à des peines d’intérêt religieux plus ou moins sévères selon leur degré d’impureté, ou enfermés dans des camps d’inoculation de la foi afin d’y retrouver l’esprit divin d’une des religions monothéistes ou des sectes s’y référant. Les réfractaires étaient déchus de leur nationalité, exilés, leurs biens confisqués.

Niveau de satisfaction :
4.25 Stars (4.25 / 5)

 

 

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Annonce du 9e Festival international des littératures policières – Toulouse 2017

La 9ème édition du festival international des littératures policières de Toulouse se tiendra du 6 au 8 octobre 2017.

Programme 2017

Plus de cinquante auteurs présents, venus comme chaque année d’horizons lointains et différents : France, Espagne, Argentine, Italie, Roumanie, Belgique, Québec, Norvège, Pérou, Etats-Unis…

Tous les détails sur le site Toulouse Polars du Sud

Bande annonce du festival :

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La confrérie du corbeau – Peter Tremayne

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2015 (The Second Death)
Date de publication française : 2016 (10/18)
Genres : Enquête, historique
Personnage principal : Fidelma de Cashel, dalaigh (avocate) des cours de justice de l’Irlande du VIIe siècle

Journaliste anglais spécialisé dans les questions irlandaises, passionné par l’histoire et diplômé en études celtiques (1989), Tremayne écrit énormément depuis 1975, a fréquenté les territoires de Dracula (The Un-Dead : the legend of Bram Stoker and Dracula, 1997) et de Frankenstein, mais on le connaît surtout pour la série de Sœur Fidelma, avocate, enquêtrice, et sœur de Colgu, le roi de Mumam (27 romans depuis 1994). Les histoires se passent dans la deuxième moitié du VIIe siècle, en Irlande, au cœur de l’affrontement entre la culture celtique traditionnelle, païenne et superstitieuse, et la nouvelle religion qui cherche, depuis près de deux siècles, à introduire une autre culture, le christianisme.

Début de la saison estivale à Mumam (Munster), on célébrera bientôt la grande foire de Cashel. La bande itinérante de saltimbanques dirigés par Baodain s’emmène en direction de Cashel. Le convoi de chariots est arrêté, cependant, quand le dernier de la file est incendié eu que le jeune conducteur meurt mystérieusement. Fidelma et son conjoint Eadulf interviennent et découvrent un autre cadavre, ce qui a pour effet de limiter les mouvements de la bande (une sorte de garde à vue), au grand déplaisir de Baodain.

L’enquête pour retracer l’itinéraire du chariot et l’identité de ses deux occupants entraîne Fidelma et Eadulf dans les terres marécageuses d’Osraige jusqu’à l’abbaye de Cainnach, où il semble se passer des choses pas très  “catholiques”. De son côté, Eadulf manque de s’enliser dans les marais, est capturé par erreur, battu malgré tout et laissé pour mort. D’autre part, Fidelma, escortée d’Aidan, commandant en second de la garde d’élite du roi, et du guerrier Enda, est faite prisonnière à Cill Cainnech, interrogée et libérée à l’abbaye, avant de tomber dans un piège qui risque de lui être fatal, car le corbeau de la confrérie est un drôle de moineau.

J’ai simplifié le récit qui compte beaucoup de personnages, décrit avec précision la vie quotidienne de la société irlandaise médiévale, et passe un bon temps à nous faire connaître les odeurs âpres des marécages et les beautés naturelles des routes en forêt. C’est vraiment un polar historique et géographique dans lequel, heureusement, l’intrigue policière n’est pas négligée. Astucieusement, l’auteur sème en chemin des indices, qui échapperont souvent au lecteur qui ne connaît pas le style rusé de Tremayne, et qui serviront à Fidelma, lors de la reconstitution finale devant le roi Muman et le brehon Fithel (le brehon est une sorte de juge, comme les druides en Gaule), pour fonder les arguments qui révèlent le dessous des apparences. Ces grandes finales où Fidelma, qui n’appartient plus à une congrégation religieuse, s’oppose au célibat des prêtres et se méfie des reliquats de superstitions qui risquent de contaminer le christianisme, rappellent avec bonheur les assemblées ultimes au cours desquelles Poirot dévoile la vérité.

Malgré le tableau d’identification des principaux personnages et les traductions qui accompagnent souvent l’usage d’expressions tirées du vieil irlandais, cet aspect en irritera peut-être plusieurs, même si ça sert à nous plonger encore davantage dans l’atmosphère du contexte historique. Dans une note, l’auteur prend soin d’établir des relations entre les événements du récit et ceux qui se sont réellement passés. Ce souci est certes louable, mais la carte géographique n’aide pas beaucoup. Ma seule réserve, c’est le deus ex machina qui intervient pour libérer Aidan et Enda, pendant que Fidelma cherche désespérément à gagner du temps. Ça évoque les récits d’aventures de la fin du XIXe siècle où on ne s’en fait plus pour nos héros parce qu’on sait que, pour chaque capture, il existe une délivrance. Pas trop grave, sans doute, mais j’y vois un certain manque de rigueur selon les normes d’un polar plus classique.

Extrait :
La taverne de Rumann donnait sur la place de la ville. C’était une bruden sous licence, soumise à une stricte législation et contrôlée par un brehon expert dans ce domaine. L’établissement, de taille conséquente, ne pratiquait pas seulement le commerce de boissons, mais offrait également le gîte aux visiteurs. À côté, dans la vaste brasserie, Rumann confectionnait ses différentes variétés de bière et ses boissons fortes. À l’arrière, des écuries, des granges et des champs s’abritaient à l’ombre du rocher vertigineux d’où la forteresse dominait les plaines dans toutes les directions.
Rumann, qui avait observé leur arrivée, les accueillit sur le seuil avec un sourire en coin.
− Faut-il qu’il y ait un cadavre dans mon auberge, lady, ou une énigme à résoudre, pour que vous m’accordiez l’honneur de votre présence ?
Un mois à peine s’était écoulé depuis qu’on avait découvert, au fond d’une de ses cuves, le corps d’une religieuse de passage.
− Je me réjouis que cette visite n’ait pas lieu dans des circonstances aussi sinistres, répondit-elle gravement. Comment vous portez-vous ? Et votre fils ?
− Bien, lady. Nous nous préparons à la grande foire. Déjà les voyageurs affluent, en dépit des histoires inquiétantes qu’on raconte au sujet des baladins de Baodain.
− Il n’y a pas de quoi s’alarmer. Mais, je le concède, plus vite nous éluciderons cette affaire et mieux cela vaudra.

Niveau de satisfaction : 
3.9 Stars (3.9 / 5)

 

 

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Embruns – Louise Mey

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Fleuve noir)
Genre :
Thriller
Personnages principaux : La famille Moreau

La famille Moreau est une famille CSP+1. Le père Chris est le créateur directeur d’un magazine spécialisé dans le tourisme sportif, la mère Béa est architecte, leurs rejetons : Bastien, 22 ans et Marion, 17 ans, sont brillants et sportifs. Tous les quatre ont loué une maison sur une île en Bretagne peuplée en tout et pour tout de quinze familles. Le week-end de rêve prévu tourne rapidement au cauchemar : la tempête se lève, le téléphone ne fonctionne plus et la fille, Marion, disparaît. La famille s’organise pour la retrouver avec la coopération apparente des habitants. Mais les événements vont se précipiter et les choses empirer pour la famille Moreau qui conserve dans l’adversité un moral d’acier et une confiance inoxydable en leur supériorité. Ce sont de winners. Ils n’ont pas l’habitude d’échouer. Dans cet environnement hostile vont-ils s’en sortir comme d’habitude ?

L’intrigue est astucieusement construite pour donner au lecteur une impression qui sera totalement modifiée par la suite grâce à un retournement de situation spectaculaire que seulement quelques lecteurs perspicaces auront vu venir. Une île, balayée par les vents et les tempêtes, dont les rares habitants se connaissent tous, fournit le cadre oppressant pour une chasse dont on ne sait pas qui sont les prédateurs, ni quelles sont leurs motivations. Il faudra atteindre la dernière partie du roman pour réellement comprendre les intentions des uns et des autres. La construction du scénario est habile et permet de maintenir un suspense permanent.

Côté personnages, ce sont les membres de la famille Moreau qui retiennent l’attention. Tous sont confiants en leurs qualités, ils affichent un grand optimisme quant à leur possibilité de surmonter tous les obstacles. Cependant celle qui domine dans la famille, la femelle alpha, c’est la mère Béa. En toutes circonstances elle maîtrise les situations et sert de référence aux autres membres de la famille. Au début du roman on est un peu mitigé sur les membres de cette famille extrêmement soudée : on admire leur bon goût, leur confiance et leur combativité mais leur sentiment de supériorité, leur esprit de domination, leur mépris des autres, agacent aussi. Une famille parfaite mais un brin exaspérante ! Là aussi, la partie finale donne l’explication à ce comportement étrange. Et c’est une sacrée surprise !

Embruns est un bon thriller, habilement construit pour nous amener au point où tout bascule brutalement. Un suspense bien maîtrisé et une belle ambiance oppressante contribuent à l’efficacité de l’histoire. Le livre accroche bien le lecteur, certains auront du mal à le lâcher avant la fin. Un choix que les amateurs du genre devraient fortement apprécier.


1CSP+ : Les CSP+ regroupent les chefs d’entreprises, les artisans et commerçants, les cadres, les professions intellectuelles supérieures et les professions intermédiaires.

Extrait :
Ils couraient, tendus dans une fuite qui leur était nouvelle, eux qu’on avait dressés à l’affrontement et à la victoire ; ils couraient, eux les enfants qui n’avaient peur de rien et soudain devaient se cacher de tout. Ils couraient, leurs souffles chauds lançant des nuages de buée dans ce week-end d’été absurde aux relents d’automne, bientôt les arbres, là, tout près, les gouttes de sang sur les jambes de Marion, perdue dans son sweat trop grand, et quand le hurlement de rage de Patricia parcourut la lande pour venir écorcher leurs oreilles de souris, ils surent que les chats s’étaient remis en chasse.

Niveau de satisfaction : 
4 Stars (4 / 5)

 

 

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Sharko – Franck Thilliez

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2017 (Fleuve noir)
Genres : Enquête, thriller
Personnages principaux : Franck Sharko et sa conjointe Lucie Henebelle, flics au Quai des Orfèvres

S’embarquer dans un Thilliez, c’est tout un contrat. Au rythme d’un roman par année depuis 2004, Thilliez produit des romans massifs bourrés d’informations scientifiques qui jouent un rôle essentiel dans le roman. L’aspect un peu scolaire de ces comptes rendus est tempéré par des enquêtes multiples aux rebondissements bien placés.

Dans Sharko, le sang est en vedette; on a parfois l’impression de lire un Senécal ou un Stephen King. C’est certain que le côté gore devrait émoustiller grand nombre de lecteurs mais, même si l’auteur compte peut-être un peu là-dessus, ce n’est pas l’essentiel. Pour ma part, l’aspect sanguinolent de l’histoire m’a peu attiré; ça ne m’a pas empêché de poursuivre ma lecture avec un intérêt certain.

Le début est accrocheur et manifeste déjà la maîtrise de l’auteur pour la composition d’un roman de ce genre : dans l’aquarium Océanopolis, un préposé aux requins incite ces violents prédateurs à le dévorer tout cru, comme si de rien n’était.

D’où un des trois grands problèmes qui constituent cette histoire quelque peu macabre : pourquoi cet individu paraissait-il si indifférent à son sort ?

Puis, la policière Lucie Henebelle, lieutenante à la brigade criminelle de Paris, abat un impitoyable tueur mais, comme elle était entrée chez lui sans mandat, elle risque une suspension plutôt que des félicitations. Le commandant Franck Sharko, son conjoint, entreprendra donc de maquiller ce crime pour lancer les enquêteurs, dont ils font partie, sur une fausse piste. Quelques indices risquent, cependant, de se retourner contre eux : parviendront-ils à s’en tirer ? C’est un suspense qui se poursuit jusqu’à la fin du récit.

Enfin, ce cadavre est celui de Julien Ramirez, bien connu des milieux policiers et psychiatriques, qui semble avoir torturé et exterminé au moins une quinzaine de victimes. Par plaisir sans doute, mais y aurait-il une autre raison ? Le lecteur sera ainsi entraîné dans une sombre histoire de vampires modernes (à la Hannibal), pas vraiment des créatures surréelles, mais une méchante gang de sadomasochistes regroupés dans une sorte de secte au service, sans le savoir, d’un projet machiavélique de contamination du genre humain, à côté duquel l’épisode de la vache folle fait figure de piètre précurseur.

C’est un roman attrayant par des facettes bien différentes : les amateurs de romans noirs à la Stephen King y trouveront leur compte; ceux qui aiment voir couler le sang, dans un contexte souvent sadomasochiste, un peu gore, l’apprécieront également; les amateurs d’enquêtes compliquées aux multiples rebondissements seront comblés; et ceux qui apprécient la dimension scientifique d’une histoire fournie par une recherche minutieuse obtiendront satisfaction.

Pour ma part, j’ai trouvé ça long, ardu, mais bien fait et assez envoûtant. Je n’en lirai pas un autre tout de suite, mais sûrement plus tard. Souvent les détectives principaux nous attirent. Sharko est la sixième enquête de Lucie et Franck; je les ai trouvés moins intéressants que leur collègue traumatisé et adepte de la coke, Nicolas Bellanger, méticuleux et acharné. Les angoisses et les réconciliations à l’eau de rose de Lucie et Franck sont de mauvais moments à passer, et ils passent d’ailleurs rapidement. Les autres personnages manquent de relief; je ne crois pas que ce soit trop important pour l’auteur. Thilliez est d’abord un chercheur, mais qui laisse une grande place à l’imagination. D’où la fascination qu’il exerce. Ses romans sont des romans d’auteur, un auteur remarquable.

Extrait :
Toujours avec cette même exquise lenteur, le soigneur ôta le gant de sa main gauche et s’entailla la paume avec générosité. Des arabesques pourpres ondulèrent dans l’eau. Alors que les vrais cris d’alerte et les propos incrédules se multipliaient (« C’est un spectacle ? » ou « Il s’est vraiment blessé ? »), la pression augmenta autour de Philippe et de son fils, désormais écrasés contre la vitre. L’enfant pleurait. Les gens s’amoncelaient, les nouveaux arrivants − ceux qui provenaient de la pièce adjacente − voulaient leur part du gâteau. Une femme oppressée se sentit mal et invectiva tous ceux qui piétinaient dans son dos. On s’écarta pour la laisser sortir.
Un signal, dans la tête de Philippe, lui ordonnait de fuir avant le point de non-retour, mais une autre force, un faisceau d’instincts primitifs plus forts, le paralysait. Un homme avec la main en sang, des requins autour : il devait connaître la suite. Le plongeur les rassura tous d’un signe clair, pouce et index joints en un cercle. Tout allait bien, il savait ce qu’il faisait, et il n’y avait aucun danger.

Niveau de satisfaction :
4.25 Stars (4.25 / 5)

 

 

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