Delta Zéro – Martin Michaud

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2025 (Libre Expression)
Genres : enquête, thriller
Personnages principaux :
Victor Lessard, sergent-détective – Jacinthe Taillon, policière

 

Depuis 2010, Michaud est le plus percutant des auteurs québécois de romans policiers, notamment à cause de sa série des Victor Lessard/Jacinthe Taillon, qu’il a contribué à transformer en série télévisée qui a eu beaucoup de succès. Il a souvent essayé de se libérer de Lessard-Taillon, mais d’une façon plus ou moins convaincante. Ce n’est donc pas surprenant qu’il revienne aujourd’hui avec une nouvelle enquête de notre duo préféré.

Suite à la guérison du cancer de l’estomac de Jacinthe, Victor obtient qu’elle et lui soient mutés à l’unité des Crimes non résolus, moins turbulente, en principe, que l’unité des Crimes majeurs. Les voilà donc en train d’enquêter sur le meurtre sordide en 1995 d’une jeune femme de dix-huit ans, Julie Allard, sauvagement abattue dans l’ouest de Montréal. Au début de l’enquête, un condamné à mort demande à les rencontrer pour se disculper du meurtre d’une jeune femme dont on l’accuse et pour leur indiquer où retrouver plusieurs cadavres de femmes disparues qui auraient été enterrés dans un même trou.

Jacinthe et Victor enquêtent donc sur ce qui semble être un tueur en série. Mais, leur informateur se fait quasiment tuer; il semble donc qu’ils ont affaire à un scénario plus complexe. Au quartier général de la police, des dossiers ont disparu, et d’autres informations demeurent inaccessibles. Le (ou les) tueur serait-il protégé par des instances importantes des forces de l’ordre ? Et pour quelle raison ?

Le sergent-détective et sa collègue devront franchir plusieurs épisodes où, pas à pas, ils s’approcheront de la vérité, mais Victor sortira de là passablement amoché physiquement et moralement.

Comme dans une série télévisée, nos enquêteurs auront à régler plusieurs petits mystères qui s’inscrivent dans une problématique qui n’est pas toujours claire. Victor, toujours plus prompt que brillant, se fait rudement malmener mais, comme dans Jusqu’au dernier cri, on finit par le prendre un peu pour Tintin, et on ne s’en fait plus tellement pour lui. Même que son complexe de culpabilité qui refait surface nous lasse à la longue. Par contre, on retrouve une Jacinthe Taillon vulgaire comme il se doit, ce qui donne du piquant au binôme.

L’action se passe à Montréal; Michaud est à Montréal ce que Chrystine Brouillet est à Québec. Pour un Montréalais, ça rend le récit plus réaliste, d’autant plus que Michaud insiste beaucoup sur la nécessité de lutter contre la violence faite aux femmes, thème qui touche beaucoup les Montréalais depuis le massacre de Polytechnique[1]. En prenant de l’âge, Michaud, comme plusieurs dont Donna Leon, consacre un espace de plus en plus grand pour témoigner d’engagements sociaux progressistes.

Le roman se lit lentement; le lecteur doit rencontrer beaucoup de personnages. Heureusement que le hasard favorise Victor, qui n’a pas trouvé de pistes particulièrement éclairantes. La finale, rapide, est un peu décevante et j’ai eu la malheureuse impression que, pour boucler la boucle, un roman subséquent ne ferait pas de tort.

[1] La tuerie de l’École polytechnique est une tuerie en milieu scolaire ayant eu lieu le 6 décembre 1989 à l’École polytechnique de Montréal, au Québec (Canada). Marc Lépine, âgé de 25 ans, ouvre le feu sur vingt-huit personnes, tuant quatorze femmes et blessant quatorze autres personnes (dix femmes et quatre hommes)[1], avant de se suicider. Cet assassinat est perpétré en moins de vingt minutes à l’aide d’une carabine obtenue légalement. Il s’agit de la tuerie en milieu scolaire la plus meurtrière de l’histoire du Canada et d’une tuerie à caractère politique, puisque le tueur a déclaré à la fois à voix haute ainsi que dans les lettres retrouvées sur lui qu’il souhaitait tuer des féministes. (Wikipedia)

Extrait :
Cette affaire avait une ampleur qui les dépassait. Ils n’enquêtaient désormais plus sur un seul meurtre, mais sur la disparition et la mort potentielle de plusieurs autres jeunes femmes tombées dans l’oubli. Et, ce qui ne simplifiait en rien les choses, ils étaient aussi potentiellement sur les traces d’une opération de dissimulation orchestrée au sein même du SPVM, où des éléments corrompus jusqu’à la racine semblaient protéger un tueur en série utilisé comme atout opérationnel par la police.

Le nouveau centre opérationnel du SPVM

Niveau de satisfaction :
3.8 out of 5 stars (3,8 / 5)

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Cache-cache – Søren Sveistrup

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2024 (TÆLLE TIL EN, TÆLLE TIL TO)
Date de publication française :
 2025 – Albin Michel
Traduction (danois) :
Caroline Berg
Genres : Enquête policière, Thriller
Personnages principaux :
Naia Thulin, policière au département de la cybercriminalité, le NC3 – Mark Hess, policier à Europol

Quelqu’un s’amuse à harceler des femmes en leur envoyant des vers d’une célèbre comptine pour enfants. Suivent des photos volées accompagnées du message « Trouvée ». Ces femmes disparaissent ensuite. Naia Thulin, du département de cybercriminalité, le NC3, et Mark Hess d’Europol sont appelés pour renforcer la police locale dans son enquête. Naia et Mark sont emmenés à travailler ensemble. Ils se connaissent bien, ils étaient amants avant de se séparer. L’enquête piétine tandis que le harceleur continue son effrayante partie de cache-cache en choisissant une nouvelle cible, un homme cette fois qui ne va pas tarder de disparaître à son tour. La police est sous pression, la hiérarchie et la population exigent des résultats. Thulin et Hess se démènent pour trouver le coupable.

L’auteur développe tout au long des 700 pages du roman, une intrigue ingénieuse, pleine de surprises, de retournements de situation et de fausses pistes. À la fin de chaque chapitre, relativement court, le suspense est astucieusement relancé de sorte qu’il n’y a pas de temps morts et on devient ainsi accro à cette histoire aussi complexe que terrifiante.

Si l’intrigue est parfaitement réalisée, les personnages ne sont pas en reste. Ils ont l’épaisseur et la profondeur pour les rendre complètement crédibles. Ici pas d’enquêteur super intelligent, ni de génie de l’informatique, simplement des gens ordinaires, avec leurs propres fragilités et leurs qualités. Ainsi Naia Thulin est en permanence tiraillée entre ses exigences professionnelles et l’attention qu’elle doit à sa fille et à son nouveau compagnon. Mark Hess est préoccupé par l’état de santé de son frère aîné hospitalisé. Mais tous les deux sont des policiers efficaces qui ont fait leurs preuves. Naia est tenace et ne renonce jamais. Mark, plus intuitif, fait avancer l’enquête dans des directions inattendues, il n’est pas toujours compris par sa hiérarchie. Entre eux, le passé n’est pas entièrement effacé et il n’est pas facile de mettre en veilleuse leur penchant l’un pour l’autre. Il a aussi dans des personnages secondaires remarquables, comme Marie, la mère d’une jeune victime qui ne renonce pas à découvrir ce qui est arrivé à sa fille.

En conclusion, Cache-cache est un roman remarquable par son intrigue et la qualité de ses personnages. C’est une lecture vraiment captivante.

Cache-cache est le deuxième roman de Søren Sveistrup. Son premier roman, Octobre, a fait l’objet d’un article de mon collègue québécois, Michel Dufour.

Extrait :
Son cœur bat à tout rompre et une sueur froide coule sur son front. Hess carbure comme un forcené pour évaluer sa situation. La batterie de son portable est à plat et il ne peut pas appeler de renfort, ni faire savoir à quiconque où il est et ce qu’il a découvert. Il n’a pas emporté son arme de service parce qu’il n’est pas rentré chez lui depuis l’enterrement de Jon, et si cette femme est réellement l’assassin qu’ils recherchent, il ne peut pas savoir ce qui l’attend à l’intérieur de cette maison.

Niveau de satisfaction :
4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)
Coup de cœur

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Tout brûle – Juan Gómez-Jurado

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2022 (Todo arde)
Date de publication française :
 2025 – Fleuve Éditions
Traduction (espagnol) :
Judith Vernant
Genre : Thriller
Personnages principaux :
Aura Reyes, ancienne cadre de banque – Mari Paz Celeiro, ancienne légionnaire – Sere Quijano, développeuse de haut vol en informatique

Aura était une excellente gestionnaire de fonds d’investissement dans une grande banque avant l’agression qui a tué son mari et l’a blessée gravement. Et comme si ça ne suffisait pas, elle a servi de bouc émissaire dans une arnaque bancaire fomentée par son patron. Elle se retrouve en prison pour une nuit suite aux dégâts qu’elle a faits dans une parfumerie dont elle n’a pas supporté la mesquinerie de la gérante. C’est en cellule qu’elle rencontre Mari Paz, une ancienne légionnaire, qui traverse une passe difficile et qui vit dans sa voiture. Dans l’adversité les deux femmes se soutiennent et finissent par sympathiser. Aura a un plan pour sortir de la mouise. Pour le réaliser, elle a besoin de sa nouvelle amie et aussi d’une troisième personne dont Aura ne sait ni le nom ni ses coordonnées. Elle ne connaît que ce qu’elle est capable de faire car elle a vu son œuvre. Le plan est risqué, mais elles sont déterminées et n’ont pas grand-chose à perdre.

L’auteur met en scène un trio choc de femmes. Aura avait tout : un mari riche, un boulot rénumérateur, une belle maison. Elle a tout perdu, il ne lui reste que ses deux filles jumelles et une mère frappée d’alzheimer, en maison de retraite, dont il faut payer la pension. Retourner en prison pour longtemps, après l’injuste accusation de fraude dont elle est victime, serait pour elle une catastrophe. Mais Aura a toujours des idées et des plans plus ou moins infaillibles pour s’en sortir. Si Aura est l’intellectuelle de la bande, Mari Paz, est la femme d’action. C’est une ancienne légionnaire qui a servi dans les unités d’élite de la légion. C’est une dure et une combattante impitoyable, capable de détruire de gros balèzes qui se mettraient sur son chemin. Quant au troisième Larron, Sere, c’est une jeune femme à la fois un peu folle et géniale. Elle prend ses décisions à coup de dés, au sens propre : elle lance les dés et agit en fonction du résultat qu’elle seule sait interpréter. Elle est imprévisible, mais personne d’autre qu’elle ne sait programmer un logiciel de façon aussi créative et efficace. Ces trois femmes ont souffert, elles sont marquées par la vie, mais elles ne sont pas résignées, elles sont animées par un désir de revanche. Ce sont des résistantes.

D’autres personnages secondaires sont pittoresques, notamment un quatuor d’anciens légionnaires, des amis de Mari Paz, dont le renfort sera bienvenu. L’ancien patron d’Aura, un financier sans scrupules et une commissaire de police corrompue, aux ordres du financier, chargée de faire taire les bavards et d’exécuter les basses œuvres, sont les méchants de cette histoire.

Même s’il y a quelques invraisemblances, l’intrigue tient debout, elle suit les plans infaillibles que concocte Aura. Il y en a trois, tous plus audacieux et dangereux les uns que les autres. Si la tension est bien présente tout au long du roman, l’humour allège le récit, on sourit souvent devant des situations extravagantes et des dialogues savoureux.

Tout brûle est un thriller plein d’énergie, il se lit facilement et tient le lecteur en haleine. Il se distingue par la mise en scène d’un superbe trio de personnages féminins hors normes et hauts en couleur. On retrouvera probablement Aura, Mari Paz et Sere avec plaisir dans de prochaines aventures.

Extrait :
— Comme je te l’ai dit, je suis désespérée. Et les gens aux abois ne peuvent pas faire les difficiles.

Mari Paz, qui en est venue à considérer un cubi de Don Simón comme un luxe, ne peut dire le contraire. Mais elle n’est toujours pas convaincue. C’est une chose de se soûler en public pour changer d’air, passer une nuit avec du chauffage et un sandwich.
Chistorra, tant qu’à faire.
Et c’en est une autre, bien différente, de se laisser embarquer dans le plan, allez savoir lequel, que cette barjot a dans la tête. Les Madrilènes ne pètent pas les plombs pour un rien, mais les gens qui ont un regard comme celui-là, si. Les gens avec ce regard-là sont ceux qui brûlent leurs vaisseaux, incendient les ponts et sautent des falaises sans se soucier de ce qu’il y a en bas.

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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Le secret des secrets – Dan Brown

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 (The Secret of Secrets)
Date de publication française :
 2025 – Jean-Claude Lattès
Traduction (américain) :
Dominique Defert et Carole Delporte
Genres : Thriller, futurologie
Personnages principaux :
Robert Langdon, professeur de symbologie – Katherine Solomon, spécialiste de la noétique

Robert Langdon, professeur de symbologie, et Katherine Solomon, scientifique spécialiste de la noétique[i], sont à Prague où Katherine doit donner une conférence dont le contenu est susceptible de révolutionner les connaissances sur la conscience humaine. D’autre part, elle a écrit un ouvrage qui développe ses découvertes. Elle est sur le point de le publier quand son manuscrit est piraté chez son éditeur qui pourtant avait sécurisé son dépôt. Seule une grande organisation est capable de réaliser un tel piratage. Non seulement le manuscrit a disparu, mais son auteur également. Robert Langdon se lance à la recherche de Katherine dans la ville de Prague habitée par de nombreux mythes et mystères. C’est le début d’une série de péripéties où le danger est omniprésent.

Dan Brown, qui a connu un succès mondial avec Da Vinci Code, publie ce nouveau roman ambitieux qui remet en scène son héros Robert Langdon, professeur de symbologie à l’université américaine de Harvard. Cette fois Langdon fait équipe avec une brillante scientifique, Katherine Solomon. Ces deux personnages ont une égale importance dans ce nouveau tome. Ils sont tous les deux d’une grande intelligence et d’une immense culture. Ils se complètent parfaitement, Robert fait valoir son expérience et ses intuitions et Katherine donne des explications scientifiques, souvent novatrices.

C’est avec une grande habileté que l’auteur développe une intrigue dense qui permet d’aborder d’une façon attrayante des sujets qui pourraient être traités de façon austère en philosophie : la vie, la mort, la conscience humaine, la réalité, entre autres. Dan Brown y ajoute toute une liste de thèmes intrigants tels que les EEC (Expériences Extra Corporelles), les EMI (Expériences de Mort Imminente), les TDI (Troubles Dissociatifs de l’identité) … Et pour faire bonne mesure, il invente un laboratoire secret et souterrain dans lequel sont menées des expériences de vision à distance. L’apparition d’une créature mythique, le Golem, complète un cocktail déjà bien corsé. Si une telle accumulation de sujets fascinants a pour but de rendre la lecture addictive, encore faut-il que tout tienne ensemble, que ce soit cohérent. C’est une gageure que l’auteur a parfaitement réussie.

Le rythme est effréné. Les poursuites, les courses, les explosions, les manigances, les trahisons, les surprises et les retournements s’enchaînent sans répit. C’en est épuisant, mais ceux qui aiment l’action seront bien servis.

Rendons hommage à Dan Brown pour toutes les recherches qu’il a dû mener à bien pour traiter de façon sérieuse de tels sujets. Même si ce n’est pas de la grande littérature, c’est un bon travail efficace, la bonne recette du best-seller.

[i] La noétique est l’étude de la conscience humaine

Extrait :
L’esprit humain est le prochain champ de bataille de la planète.

Les guerres de demain seront bien différentes, et Finch avait été nommé pour mener le combat. Le centre névralgique de cette mutation était le Portail… Les supérieurs de Finch lui avaient donné toutes les ressources nécessaires pour protéger cette nouvelle technologie.
Le Portail serait toujours en danger. Mais la première menace était venue d’une personne improbable, prenant tout le monde de court, avant même que les installations soient opérationnelles.
Katherine Solomon !

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

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Premier coup de griffe – Frédéric Lenormand

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2024 (Presses de la Cité)
Genre : Enquête franco-britannique
Personnage principal :
Hortense Lechat, détective

Frédéric Lenormand nous fait toujours sourire avec ses reprises (remakes) du Juge Ti, de Voltaire, d’Arsène Lupin, de Marie-Antoinette, tous devenus de plus ou moins brillants détectives. Aujourd’hui, il prend le risque d’un nouveau personnage, la détective Hortense Lechat, une Française d’âge moyen qui cherche à s’établir à Londres. Pour l’enquête dans laquelle elle se retrouve bien malgré elle, Hortense a choisi deux assistants, Joshua Bannockburn, un colosse aux mœurs discutables aux tendances alcooliques, et Miss Rosetta Lime, jolie et peu avare de ses charmes. C’est la fin de l’année 1920; la France et l’Angleterre se remettent tranquillement de la Grande Guerre.

La maison de chambres dénichée par Bannockburn ne plaît pas beaucoup à Hortense : son appartement est situé au sous-sol, s’avère plutôt étroit pour ses meubles de chêne et le cadavre d’une femme  est étendue dans le petit jardin. Il s’agit d’une pensionnaire qui semble avoir été victime d’un suicide, même si Hortense y voit plutôt un meurtre. D’où son désaccord avec l’inspecteur Addams de Scotland Yard, qui suppose un suicide à moins qu’Hortense ne soit coupable du meurtre.

Hortense enquête donc sur les sept habitants de la maison : Lady Usher, la propriétaire, qui veut qu’on la prenne pour une aristocrate; le docteur Wilson, plutôt malade, et dont l’épouse, Bérénice, n’est jamais là où elle devrait être; Agusta Bedloe qui passe pour une sainte qui doit exorciser le mal; les frères Pym, rentiers bizarres; Julius Rodman, directeur de cabaret, peut-être impliqué dans des affaires de drogue; Jacquelyn Grimm dont on ne sait pas grand-chose et qui disparaît avec toutes ses affaires au moment où on aurait pu en apprendre davantage. Le concierge Blackwood  ne paraît pas mêlé à l’affaire.

Au cours de l’enquête l’inspecteur fait preuve d’une arrogance aussi manifeste que son incompétence, alors qu’Hortense, dont le caractère (prétention et suffisance) n’est pas un cadeau, surtout quand il est observé par un Anglais, se démène d’observations en déductions pour finir par découvrir ce qui se passe dans cette maison de fous.

Lenormand joue beaucoup sur les images traditionnelles qu’on se fait des Anglais et des Français en général. On ne prend pas trop au sérieux les personnages. Hortense pourrait séduire par son intelligence et son sens de l’observation, mais elle est trop caricaturée pour être attachante pour vrai. L’intrigue me semble un peu trop tarabiscotée pour qu’on la prenne au sérieux elle aussi. C’est la première fois que Lenormand crée son propre personnage. On sait bien que c’est un polar du genre léger, mais j’ai eu l’impression qu’il s’agissait aussi d’un polar pour adolescents, pour qui Lenormand aime aussi beaucoup écrire.

Extrait :
Un raclement de gorge se fit entendre dans le dos de la Française. Le policier se tenait dans l’encadrement de la porte, visiblement irrité par ce qu’il venait d’entendre.
– J’aimerais interroger moi-même Mr Rodman, si cela ne vous dérange pas.
– Mais je vous en prie, inspecteur.
– Soyez assez bonne pour ne pas essayer de faire mon métier à ma place, je n’ai pas l’intention de vous souffler le vôtre. Au fait, dans quelle partie exercez-vous ?
– Je suis retraitée.
– Retraitée de quoi, bon Dieu ? Des Renseignements généraux ? De l’Association des enquiquineurs réunis ? Du Club des empêcheurs de tourner en rond ? …
– De la Commission de sauvegarde de la courtoisie et des bonnes matières, inspecteur. Je peux vous recommander, si vous pensez avoir le temps de vous initier à tout ça …

Londres, Cheapside, 1920

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

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La résurrection du pire – Angélina Delcroix

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Hugo Publishing
Genre : Thriller
Personnages principaux :
Adjudante Joy Morel – Chloé Mesnil, psychocriminologue

Des membres du gouvernement ont mis en place un projet fou, celui de rassembler les pires psychopathes sur une île pour les laisser finir leurs jours entre eux. En contrepartie de cette fausse liberté, l’identité des criminels est supprimée, ils n’existent plus aux yeux de la société. Quand quatre d’entre eux réussissent à s’échapper et rejoignent le continent, c’est la panique en haut lieu, d’autant plus que des cadavres attestent qu’ils ont repris leur activité criminelle. La psychocriminologue, Chloé Mesnil, est chargée de localiser le plus terrible d’entre eux, Braco, qui a juré de la retrouver et la faire mourir dans d’atroces souffrances. Chloé sera aidée dans sa tâche par l’adjudante Joy Morel, son amie. Toutes les deux sont allées sur l’île maudite, elles en gardent des traumatismes. La chasse est lancée, dans tous les sens.

Ce livre est le cinquième de la série Adjudante Joy Morel et surtout la suite du numéro quatre, L’Île des damnés (chroniqué en septembre 2022 par mon collègue québécois Michel Dufour). Rien ne l’indique à l’achat. C’est donc à la lecture qu’on s’aperçoit que La résurrection du pire n’est qu’une suite de L’Île des damnés. On finit quand même par recoller les morceaux et avoir une bonne idée de l’épisode précédent, mais le procédé n’est pas terrible, je n’aurais jamais acheté ce livre si j’avais su que c’était une suite.

L’intrigue est plutôt complexe, surtout si on a manqué le tome précédent. Elle met en scène des personnages qui ont tissé précédemment des liens amicaux ou de haine . Ce sont maintenant des psychopathes ou des personnes fortement traumatisées. La formation de psychothérapeute de l’autrice doit y être pour quelque chose dans ce choix. Nous avons même droit à des cours de psychanalyse pour expliquer le comportement des protagonistes.

Les personnages, relativement nombreux, sont presque tous des malades, soit parce qu’ils ont subi dans leur jeunesse de mauvais traitements qui ont affecté durablement leur comportement, soit parce que adultes ils ont subi des traumatismes si importants qu’ils en sont psychologiquement affaiblis. Mais surtout, ils sont tellement exagérés qu’ils en deviennent invraisemblables. Ainsi, le terrible Braco, bien que traqué par la police depuis son retour de l’île maudite, assassine et torture tranquillement, en prenant son temps et du plaisir à le faire. Il est partout, serein et menaçant, à croire qu’il a le don d’ubiquité. Il lit aussi dans les pensées. Mais cet effrayant tortionnaire n’était, petit, qu’un enfant maltraité ! Alors que la pauvre Chloé Mesnil, chargée de le retrouver, est psychologiquement tellement perturbée qu’elle paraît inapte à accomplir sa mission. Il serait préférable qu’elle fasse soigner sa dépression. Que dire de Charlie, cette jeune femme à personnalités multiples, capable de passer en un clin d’œil de proie fragile à une combattante sans pitié ? Dans ce monde de psychopathes et de malades mentaux, les pires sont ces hommes de pouvoir, qui, bien à l’abri dans leur confortable bureau, envoient sans sourciller à l’abattoir ceux qui interviennent sur le terrain.

L’idée de base de ce thriller est intéressante, toutefois l’autrice, de formation psychothérapeute, a tendance à voir des malades partout par déformation professionnelle. Mais surtout la recherche du sensationnel et du spectaculaire se fait au détriment de la vraisemblance et la rigueur.

Extrait :
La violence, les abus, la souffrance… elle y a été confrontée très jeune. Si précocement et si régulièrement qu’elle a vite appris à déconnecter. Alors, en général, quand son corps subit l’horreur, son esprit fuit. Seulement, aujourd’hui, impossible d’esquiver en attendant que ça passe. Lydia doit rester au contrôle et gérer ce passage qui donne l’impression qu’on vous déchire les entrailles. Voici maintenant huit heures qu’elle fait face, sans jamais se plaindre, sans crier, sans même prier pour que ça s’arrête. Au contraire, elle donnerait tout pour que ce moment soit sans fin. Son sentiment d’être vivante n’a jamais été aussi puissant qu’à cet instant.

Niveau de satisfaction :
3 out of 5 stars (3 / 5)

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Une saison de colère – Sébastien Vidal

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Le mot et le reste
Genre : Roman noir
Personnage principal :
Aucun – Nombreux personnages secondaires

Lamonédat, village de Corrèze de cinq mille habitants, se distingue par son usine VentureMétal, poumon économique de la région, et par la Coulée verte, forêt municipale très appréciée des villageois. Or les habitants viennent d’apprendre que ces lieux emblématiques de la commune sont tous les deux menacés. Les patrons de l’usine ont décidé de la délocaliser en Roumanie, la Coulée verte, elle, doit être rasée pour laisser la place à un projet de complexe touristique. Pour lutter contre la fermeture de l’usine, les employés se mettent en grève générale et occupent le lieu. Pour sauver la forêt se crée une ZAD (Zone à défendre). Lamonédat entre en résistance. Le village, auparavant bien tranquille, va devenir un terrain d’affrontements.

L’intrigue nous plonge dans des problèmes bien actuels, maintes fois rencontrés : les fermetures d’usine dans lesquelles des patrons d’industrie, en recherche permanente de rentabilité maximale, n’hésitent pas à procéder à des délocalisations sauvages. Elle montre le désespoir et le désarroi de ces gens qui du jour au lendemain se retrouvent sans emploi. Par opposition au cynisme et à l’appât du gain des financiers, l’auteur met en évidence la solidarité, l’entraide des employés. Autre sujet actuel : celui des projets inutiles qui ne servent qu’à engraisser quelques profiteurs, comme celui du complexe touristique de Lamonédat qui devrait entraîner la disparition de la forêt la Coulée verte.

Tout au long du roman, l’auteur met en avant la place accordée à la nature. Il y a des descriptions lyriques des arbres, de la rivière, des levers ou couchers de soleil, du vent, des animaux, des oiseaux … À travers ces lignes, on sent que Sébastien Vidal est un vrai amoureux de la nature.

Les personnages sont authentiques et variés. Ce sont des gens ordinaires, il n’y a pas de héros. Julius est un ancien gendarme qui vit dans un wagon désaffecté de la SNCF en compagnie de son chat, il est détenteur d’un putain de don. Grégor est un syndicaliste porte-parole des employés qui se démène pour obtenir le maximum dans les rudes négociations avec la direction. Duncan Parks est Écossais, il vit à Lamonédat depuis plus de vingt ans, il organise la défense de la Coulée verte. Jarod, surnommé l’Écureuil, vit dans les arbres, il en est le défenseur parce que les arbres c’est sa maison. Jolène collectionne les polars de la Série noire, c’est une ex-militaire qui maintenant est tueuse à gages free-lance, c’est dangereux d’essayer de la duper, mais au fond c’est une sentimentale. Dans les méchants, il y a surtout Tiphaine, l’adjointe au maire, elle est la cheville ouvrière du projet complexe touristique, elle manipule le maire Jacques Perrault qui est un faible et un indécis. Tiphaine est une ambitieuse sans scrupules, elle est prête à tout pour arriver à ses fins.

Un cadre rural, des personnages authentiques, une intrigue ancrée dans le contexte social actuel, sont les ingrédients de cet excellent roman noir.

Extrait :
Dans la pente, au milieu des autres arbres, trônait un hêtre au tronc énorme et rectiligne, vieux de plus de deux siècles. Cette majesté dépassait la canopée de dix bons mètres. Depuis des générations, les habitants l’appelaient Belle Mèche en raison de son feuillage qui jaunissait en premier. Les amoureux s’y retrouvaient, y déposaient des serments, griffaient leurs initiales sur l’écorce, s’y adossaient. Belle Mèche était le réceptacle des humeurs et des turpitudes humaines. Depuis des lustres, les gens venaient déposer dans une béance du tronc, des vœux sur des bouts de papier. Julius se plaisait à penser que l’arbre absorbait toutes ces émotions et ces mots qu’il transmettait à ses racines et que ça métabolisait avec l’onction de la terre. Il affectionnait cet endroit calme et équilibré.

La radio diffusait une chanson de Marion Roch, « La bête au ventre » … Marion Roch disait, « Non, madame, faut pas me parler comme ça madame, elle va te sauter au visage madame, la bête que j’ai dans le ventre »

Marion Roch – La bête au ventre

Le hêtre bicentenaire Belle Mèche

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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L’épreuve du feu – Donna Leon

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2024 (A Refiner’s Fire)
Date de publication française :
 2025 (Calmann-Lévy)
Traduction (américain) :
Gabriella Zimmermann
Genre : Enquête
Personnages principaux :
Commissaire Brunetti – Commissaire Griffoni

J’ai lu tous les Brunetti de Donna Leon, qui a richement alimenté mes rêves de Venise et mon goût pour les romans policiers bien fignolés. Depuis une douzaine d’années, l’aspect sociologique a pris plus d‘importance : elle a défendu la cause des femmes, des immigrés et des minorités en général. L’intrigue a un peu perdu de l’importance. Dans son dernier livre, on a l’impression qu’elle s’ennuie de Venise (il semble qu’elle se soit exilée en Suisse, à cause du trop grand nombre de touristes qui hantaient Venise). À travers les longues marches de Griffoni sur les bords du canal et les méditations de Brunetti, elle nous fait revivre les beautés de Venise comme si elle les voyait pour la première fois.

Il en résulte que l’intrigue policière en pâtit pas mal. Ça tourne autour des gangs de jeunes qui sèment la pagaille dans les rues et sur les réseaux sociaux. Phénomène d’autant plus incompréhensible pour Brunetti qu’il s’agit de jeunes adolescents élevés dans des familles plutôt aisées et influentes. Lors d’une arrestation de plusieurs de ces jeunes, Griffoni accompagne chez lui un adolescent que les parents ne pouvaient pas venir chercher au poste.

Et voilà que le père de ce jeune homme, via son avocat, menace d’accuser Griffoni de détournement de mineur si la police continue de s’intéresser à ce dossier. Or, ce père, Dario Monforte, est un héros de guerre qui a beaucoup de pouvoir. Brunetti enquête sur lui et découvre qu’il n’est pas impossible qu’il ait trempé dans des trafics d’armes.

Pendant ce temps, les gangs semblent se réconcilier et préparent un terrible événement qui les mettra définitivement sur la carte. Brunetti et Monforte se rencontrent à l’intérieur d’un édifice en flammes où ils doivent s’entraider pour ne pas périr.

Pas de meurtre à l’horizon ! Et les enquêtes ne mènent nulle part. Vianello est revenu de vacances mais on ne le voit pas. Elettra   passe aussi vite qu’un courant d’air. Griffoni est quasiment un faire-valoir pour Brunetti.

Bref, Donna Leon ne semble plus être dans le même monde.

Extrait :
Pendant qu’il attendait Griffoni, le garçon sautillait sur place et agitait les bras dans l’air frais du matin. Lorsque Griffoni eut descendu la dernière marche, il regarda dans sa direction. Elle le remarqua, mais l’ignora et continua à marcher vers la Piazza. Il s’élança de toutes ses forces vers elle et, ayant anticipé sa déambulation, il ne vira qu’au tout dernier moment, gagna l’autre côté de la place, disparut sous le passage couvert, passa très vite devant quelques colonnes, puis revint vers elle à grande vitesse.
Cette fois, il ralentit, et s’arrêta à sa hauteur. Tel un coureur professionnel, il se pencha et posa ses mains sur ses genoux, le souffle court.
Comme s’ils poursuivaient simplement leur conversation, Griffoni lança : « Après avoir déménagé à Venise, j’avais pris l’habitude de venir ici à cette heure-ci, plusieurs fois par semaine. »

Le Grand Canal

Niveau de satisfaction :
3 out of 5 stars (3 / 5)

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Nulle part où revenir – Henry Wise

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2024 (Holy City)
Date de publication française :
 2025 – Sonatine
Traduction (américain) :
Julie Sibony
Genre : Roman noir
Personnage principal :
Will Seems, adjoint au shérif

Will Seems vient de passer dix ans dans la ville de Richmond quand il revient dans la petite bourgade où il a grandi, en Virginie-Occidentale, dans le comté d’Euphoria. Maintenant, il occupe le poste d’adjoint au shérif. Un jour, dans une ferme en proie à un incendie, il tire un homme des flammes. Il ne l’a pas sauvé puisque le fermier était déjà mort, poignardé dans le dos. L’incendie n’a été déclenché que pour masquer le meurtre. Un suspect, un vieil homme noir, est arrêté, mais la population ne croit pas à sa culpabilité, sauf le shérif qui l’inculpe et l’emprisonne. Des membres de la communauté noire embauchent une détective privée pour innocenter l’accusé. Elle devra enquêter avec Will. Ce dernier n’est pas vraiment ravi, mais il n’a pas le choix. Pour lui cela va raviver les démons d’un passé qu’il a cherché à oublier pendant dix ans, sans vraiment réussir.

Dans ce roman, le cadre est primordial. C’est celui de la Virginie, pas de la Virginie luxuriante, tendre et verte, mais celui d’une région dure, d’une terre rêche, avec ses routes désertes, ses maisons délabrées, ses champs de tabac, ses bois dont les arbres ont été abattus par l’industrie forestière. Dans ce territoire déjà bien austère, le Snakefoot est encore pire. C’est un marais dans un trou oublié au fin fond du comté, un endroit où cohabitent des descendants d’esclaves évadés et le pire de la misère blanche.

Les personnages sont en accord avec le milieu. Ils sont tourmentés et marqués par un passé douloureux. Des secrets, des évènements anciens peu glorieux, pervertissent les rapports entre les gens. Le personnage principal, Will Seems, est traumatisé par une mésaventure de sa jeunesse dont il a honte, qui le mine et dont il garde un grand sentiment de culpabilité.

L’intrigue est tortueuse et complexe. L’enquête classique du début sur la culpabilité ou l’innocence d’un vieil homme glisse progressivement vers le roman noir social décrivant une Amérique rurale désenchantée, soumise à la crise économique et à la désertification. Dans la dernière partie, le roman devient plus psychologique et les considérations morales et philosophiques prennent le pas sur l’action.

Nulle part où revenir est un roman sombre et désabusé peignant une Amérique abandonnée avec des personnages lourdement chargés d’un passé trouble. Avec ce premier roman, Henry Wise entre dans la lignée des auteurs qui affectionnent le roman noir rural américain tels que : Ron Rash, David Joy, S.A. Cosby et Eli Cranor. Une bonne compagnie qu’il ne dépare pas.

Extrait :
Et Sam était quelque part dans la nature, sans que Will soit capable de le localiser et de lui venir en aide. Il aurait dû lui parler de l’arrestation de Zeke dès le début, mais à présent comment pouvait-il lui présenter des excuses s’il ne le trouvait pas ? Il aurait dû faire les choses différemment. Il aurait dû prendre sa défense. Il aurait dû savoir quoi faire. Il aurait dû y avoir un dieu pour le lui dire. Il n’y avait qu’une heure et demie de route jusqu’à Dawn, à travers des champs exubérants et une chaleur moite et fatiguée, mais il avait l’impression de voir défiler toutes les années qu’il avait vécues, et d’autres encore. Richmond qui brûlait. C’était comme s’il avait passé toute sa vie à chercher quelqu’un pour finalement se retrouver au point de départ, sauf que le point de départ avait changé, et pas lui. Il n’y avait nulle part où revenir.

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

Publié dans Américain, Remarquable, Roman noir | Laisser un commentaire

Le Croquemort – Olivier Merle

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – XO Éditions
Genres : Thriller, humour
Personnage principal :
David Livingstone, jeune homme de passage à Paris

De passage à Paris, David décide de rendre à l’improviste une visite à son ami d’enfance Hector. Pas de chance, au domicile d’Hector, il n’y a personne. Un voisin l’informe qu’une jeune femme avait prévu son passage et qu’elle a laissé un message pour lui. Très intrigué, David n’avait parlé de son voyage à personne, il se rend à l’adresse mentionnée dans le message. Là, il rencontre une très jolie jeune femme, qui se dit être la femme de son ami. Elle lui affirme qu’il tombe à pic pour rendre à Hector le service dont il a besoin. Complètement subjugué par Libertad, la femme d’Hector, il accepte d’aider son ami. C’est le début d’une suite d’aventures aussi rocambolesques que dangereuses qui vont soumettre David à rude épreuve.

C’est un tourbillon infernal de péripéties improbables qui tombent sur la tête de David. Il est ballotté dans une tempête d’évènements imprévus dans lesquels il risque sa peau. Il ne maîtrise rien, mais il arrive quand même à se sortir de situations compliquées avec beaucoup de chance, de façon quasi miraculeuse. Presque par inadvertance, il entre en possession d’un gros magot provenant d’un trafic illégal. Il s’y attache et fait tout son possible pour le conserver, malgré la convoitise de quelques dangereux personnages. L’intrigue ne prétend pas à la vraisemblance, elle donne la priorité au côté humoristique en plongeant notre héros dans des situations loufoques et inextricables.

Le personnage principal, Hector, est un type tout à fait ordinaire qui n’a rien d’un hardi aventurier. Il a un physique banal : c’est un gars filiforme et osseux, avec un nez de travers. Contrairement à son ami Hector, ce n’est pas un séducteur, il n’en a pas les moyens. S’il fait tout pour s’attirer des ennuis, par naïveté ou par imprudence, il finit toujours par s’en sortir avantageusement.

Le Croquemort est un thriller humoristique et débridé qui n’a d’autres prétentions que de fournir un bon divertissement. C’est une lecture, ludique et reposante, ce qui est déjà bien.

Extrait :
— Reprenons, dit-elle. Or, cette prise de risque s’est révélée désastreuse. Et toi, beaucoup moins empoté qu’il ne le pensait.
— Merci.
— Parce que je ne te cache pas que quand il m’a téléphoné pour me parler de toi la première fois, il t’a présenté comme le pigeon parfait, le crédule niais qui allait monter dans le camion à destination de la Moldavie sans rien piger à ce qui lui arrivait. J’espère que ça te vexe pas, ce que je te dis ?
— Pas trop.
Au point où j’en étais, les vexations, les humiliations…

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

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Everglades – R.J. Ellory

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2024
(The Bell Tower)
Date de publication française :
 2025 – Sonatine Éditions
Traduction (anglais) :
Étienne Gomez
Genre : Roman noir
Personnage principal :
Garrett Nelson, gardien de pénitencier

Août 1976, en Floride.
Garrett Nelson était shérif adjoint dans le comté de DeSoto quand on l’a envoyé en renfort dans un comté voisin pour une opération contre des trafiquants de drogue. Lors de l’intervention, une fusillade éclate, Nelson est blessé. Cette blessure le rend inapte à poursuivre son métier. Lors de sa rééducation, sa kiné lui propose de prendre contact avec son père qui exerce le métier de surveillant dans le pénitencier d’État de Southern State. Par son intermédiaire, Nelson est embauché. Gardien de prison n’est pas une profession facile, Nelson est traumatisé par la première exécution à laquelle il assiste. Il réussira tout de même à se faire une place dans l’administration pénitentiaire, sans toutefois être parfaitement serein à cause des évènements qui se produisent au sein de l’établissement : émeutes, évasions, suicides. Un jeune prisonnier, étrangement résigné sur son sort, trouble Nelson par sa volonté de ne pas se défendre contre des accusations pourtant pas très solides. Ce nouveau métier sera pour Nelson l’occasion de commencer une nouvelle vie.

L’intrigue montre l’évolution progressive du personnage de Garrett Nelson. Lorsqu’il était shérif adjoint, Nelson avait une vie simple, il faisait respecter la loi sans se poser de questions, il n’avait pas d’épouse, pas d’enfants, pas de famille. C’était un homme seul et il s’en portait très bien. Sa kiné, qui va devenir sa compagne, va le faire rejoindre une famille nombreuse avec cinq enfants en plus du père et de la mère. Il va alors découvrir le sentiment d’unité et d’affection dont ces gens témoignaient les uns envers les autres et à son égard. C’est nouveau pour lui et ça lui impose de nouvelles responsabilités.

Il y a une autre famille dont il fait désormais partie, celle du pénitencier de Southern State. L’établissement a été construit sur le site d’une vieille mission espagnole, au milieu des marécages peuplés d’alligators, de crocodiles, de crotales, de serpents à sonnettes, de mocassins d’eau. L’isolement du lieu renforce les liens entre les employés, il est primordial qu’il y ait un esprit d’équipe. « On fait ça parce qu’il y a des lois, parce qu’il y a une justice, sans quoi c’est l’anarchie ou le chaos total et la vie devient un enfer. C’est un moyen de protéger et de servir. » C’est ce qu’affirme le patriarche qui travaille dans le pénitencier depuis plus de trente ans. Nelson s’intègre bien à cette autre famille, mais contrairement aux autres, il se pose beaucoup de questions et cette nouvelle profession modifie insidieusement sa personnalité.

L’auteur décrit de façon très réaliste la vie au sein du pénitencier. Il montre comment un pacte tacite entre gardiens et détenus s’est mis en place pour que tout puisse fonctionner. En 1976 les États-Unis viennent de rétablir la peine de mort. Une scène d’exécution d’un condamné à mort, décrite avec une grande précision, fait frémir d’horreur. Plus que des arguments ou de longs discours, ce spectacle inhumain est un plaidoyer efficace contre la peine de mort. Se pose également le cas de conscience de ce détenu qui ne veut pas se défendre et qui ne veut pas être défendu. La justice aveugle l’envoie à la chaise électrique, alors qu’il a agi de façon juste. Ce sacrifice assurera la tranquillité d’un être aimé. C’est poignant.

Everglades est un roman dense, abordant de nombreux thèmes tels que le respect des lois, la justice, la prison, la peine de mort, la famille, la paternité … C’est un roman d’une grande humanité dans lequel l’action, la réflexion et l’émotion s’intègrent harmonieusement.

Extrait :
« Ce n’est pas votre vie, monsieur Nelson. C’est la mienne, et surtout celle de Sarah. Vous voulez savoir si je l’aimais ? Oui, je l’aimais. Elle a été le seul véritable amour de ma vie. J’étais en colère, blessé, égaré, désespéré. Je savais ce qu’elle traversait, je savais qu’elle ne pouvait rien y faire. Non, il n’était pas violent, pas physiquement, mais sa violence était plus profonde, plus cruelle, et elle en mourait. On aurait dit une femme torturée à mort. Il n’y avait ni barreaux ni verrous, mais elle était dans une prison, et dans une prison bien pire que celle-ci. Ce jour-là, quand il est rentré, elle n’était pas à la maison. Je travaillais, je faisais une réparation. Il a voulu savoir où elle était. Je n’en avais aucune idée. Il lui avait dit qu’il rentrait. Selon lui, elle aurait dû être là, il ne lui avait pas donné l’autorisation de sortir. Et il avait un pistolet, monsieur Nelson, un putain de pistolet. Il a dit qu’il allait la tuer, et je l’ai cru. Pour moi, il était vraiment dingue. J’étais censé faire quoi ? Le laisser la tuer ? »

Niveau de satisfaction :
4.4 out of 5 stars (4,4 / 5)

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Que le meilleur gagne – Horst/Enger

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Nullpunkt)
Date de publication française :
 2024 (Gallimard)
Traduction (norvégien) :
Marie-Caroline Aubert
Genres : Enquête, thriller
Personnages principaux :
Blix (policier), Ramm (journaliste)

J’ai lu et apprécié plusieurs romans de Horst, un  ancien policier qui sait nous décrire en détail le fonctionnement des forces policières en Norvège. Pour cette nouvelle série (l’inspecteur Alexander Blix et la journaliste Emma Ramm), Horst s’adjoint le journaliste d’investigation Thomas Enger. Cette collaboration me paraît heureuse : il m’a semblé qu’Enger contribuait à enrichir l’intrigue proprement dite sans laisser de côté l’aspect plus technique du roman policier.

Nous sommes à Oslo en 2018. La coureuse de fond Sonya Nordstrøm, qui vient de lancer son autobiographie, plutôt méprisable pour ceux et celles qu’elle a côtoyés, disparaît sans laisser de trace si on excepte son appartement sens dessus dessous et un dossard portant le numéro 1 qui recouvre l’appareil de télévision. L’inspecteur Blix est chargé de l’enquête et la journaliste Emma Ramm est chargée du reportage. C’est alors que d’autres célébrités meurent dans des circonstances suspectes. Blix et Ramm unissent leurs forces pour dépister cet assassin qui, apparemment par besoin d’attention, laisse plusieurs indices sur les lieux de ses crimes. La police danoise se joindra à eux après la découverte du footballeur danois Jeppe Sorensen assassiné et abandonné dans le bateau de Sonya. La liste des vedettes assassinées s’allonge et les indices volontairement abandonnés sur place se multiplient.

Nos enquêteurs y perdent leur latin et, en désespoir de cause, s’attachent à des nombres laissés sur place et qui correspondraient  à l’ordre dans lequel les meurtres ont eu lieu. Mais quel peut être le mobile de ce carnage ? Et les indices laissés sur place indiquent  quoi ? Les problèmes personnels de nos enquêteurs n’arrangent rien, particulièrement la rivalité entre Blix et son patron et ex-ami Gard Fosse. Et, plus encore, quand Blix s’imagine que le tueur voudrait s’en prendre à sa fille Iselin.

Le roman est assez long mais c’est quasiment impossible de ne pas lire d’une traite les cent dernières pages.

Extrait :
La clé acheva son tour dans la serrure. Un claquement métallique résonna sur le mur. Le battant s’ouvrit doucement vers les deux captives. Et soudain il fut là dans l’embrasure, l’homme qui s’était approché sournoisement d’Emma derrière le bâtiment de la télévision à Nydalen. Était-ce Dahlmann ? Elle n’en était pas sûre. La capuche rabattue projetait une ombre sur son visage. Il tenait un pistolet à la main. Il leva l’arme en entrant dans la pièce. La pointa d’abord sur Emma, puis sur Nordstrøm.
Et il pressa la détente.

Oslo

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

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