Vengeance assassine – Alain Fabre

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Éditions De Borée)
Genres : Enquête, psychosociologique
Personnage principal : Commissaire Dezuiver

J’ai déjà fait le compte rendu de cinq romans de Fabre, dont le très bon C’est une lampe qui s’éteint, qui s’est retrouvé finaliste du Prix du Quai des Orfèvres en 2014. Vengeance assassine avait été écrit en grande partie avant C’est une lampe qui s’éteint mais n’a finalement été publié qu’en 2018. On y retrouve avec plaisir le commissaire Dezuiver et son équipe enquêtant dans la région de Lille et collaborant avec Gérôme Piens, inspecteur principal de la police judiciaire de Tournai où est retrouvé le premier cadavre, et le commissaire Baudoin du Centre de Coopération policière et douanière (CCPD) franco-belge de Tournai.

Conseil d’ami au lecteur et à la lectrice : avant de commencer la lecture du roman, ne lisez pas la quatrième de couverture.

Redouane Ben Diff, délinquant dans la vingtaine, bien connu des policiers à cause de multiples condamnations, est retrouvé mort à Tournai. Deux balles dans le corps. Il avait mené un gang de petits truands, mais était parti pour la Syrie où il avait été tué (une première fois). Revenu en France sous le nom de Nordine Youssef, il avait été tué pour de bon. Puis, deux autres membres de son gang de Tourcoing sont retrouvés assassinés à leur tour. L’enquête révèle qu’ils étaient très actifs il y a quatre ans, notamment à propos d’activités liées au groupe du stock car. Les policiers entreprennent d’utiliser le quatrième du groupe pour piéger le tueur qui semble mener une vengeance contre le quatuor de jeunes malfrats. Et, de fait, une quatrième personne se fait descendre par la même arme, mais ce n’est pas l’homme qu’avaient prévu les forces de l’ordre.

Pas facile de connaître cet événement qui se serait produit il y a quelques années et qui aurait rassemblé au moins quatre des types qui ont déjà payé une dette mystérieuse. Heureusement, la cinquième personne liée à cet événement se sent traquée et envisage de dénoncer le tueur sans se trahir elle-même. De sorte que la victime éventuelle et le tueur avéré sont maintenant sous surveillance. Sera-ce suffisant pour empêcher le justicier de parachever son œuvre ?

Après avoir terminé ce résumé de la trame policière proprement dite, je sens que je n’ai pas noté l’essentiel : la collaboration entre les forces policières et l’esprit qui règne dans l’équipe de Dezuiver, les outils qui sont à la disposition des enquêteurs ( Fabre n’est pas un ancien policier comme le Finlandais Jørn Lier Horst, mais il a suffisamment fréquenté les milieux policiers pour en connaître les procédures), les relations interpersonnelles ( principalement hommes/femmes, de l’amour naissant à l’amour mûr) et surtout les problèmes philosophiques liés au travail policier aux prises avec des dilemmes moraux. « En tant que flic, je n’ai pas le droit de me poser ce genre de questions » (Dezuiver) ! Mais, en tant que lecteurs, ces questions deviennent inévitables.

Nous avions l’impression de nous livrer à un sain divertissement et nous voilà piégés comme les disciples de Socrate.

Extrait : Si le chien de Joseph Batoit ne s’était pas détaché, le cadavre aurait, peut-être, mis plus longtemps à être découvert.
Comme chaque matin, ce retraité tournaisien promène Kiki sur les berges quand ce dernier, à la vue d’un chat, tire brutalement sur sa laisse qui échappe des mains de son maître.
Le matou, considérant que tout combat serait inégal, préfère prendre la fuite et se réfugier dans un arbre d’où il nargue Kiki. Joseph Batoit, pour récupérer le coquin, quitte le chemin et s’engage derrière les haies.
Comme il l’explique aux policiers qu’il a prévenus par téléphone, il a failli tomber, réellement et physiquement, sur le cadavre.
L’inspecteur principal Gérôme Piens, de la police judiciaire de Tournai, arrive avec son groupe.

La Grande Place de Tournai

Niveau de satisfaction :
(4 / 5)

 

 

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Top 10 de l’année 2018

Sélection des meilleurs livres que nous avons lus et chroniqués en 2018, mais pas obligatoirement publiés cette même année.
Nous nous sommes limités à 10 livres, 5 livres par chroniqueur.
Il n’y a pas d’ordre de préférence, pas de classement de 1 à 10. Mais comme il faut bien un ordre pour présenter les livres, c’est de la chronique la plus récente (en haut) à la plus ancienne (en bas), en alternant les choix de chaque chroniqueur.
Un clic sur l’image ou le titre renvoie à la chronique correspondante.

La mort selon Turner
de Tim Willocks


Choix de Raymond
Le Lecteur de cadavres
d'Antonio Garrido


Choix de Michel
Le dernier invité
d'Anne Bourrel


Choix de Raymond
Dans l'ombre
d'Arnaldur Indridason


Choix de Michel
Taqawan
d'Éric Plamondon


Choix de Raymond
Les chiens de chasse
de Jorn Lier Horst


Choix de Michel
Les mauvaises
de Séverine Chevalier


Choix de Raymond
La Vie rêvée de Franck Bélair
de Maxime Houde


Choix de Michel
L'été circulaire
de Marion Brunet


Choix de Raymond
Deux coups de pied de trop
de Guillaume Morrissette


Choix de Michel
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Complot – Nicolas Beuglet

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018 (XO éditions)
Genre : Thriller
Personnage principal : Sarah Geringën, inspectrice de police norvégienne

Sarah Geringën, inspectrice de police, est requise par le ministre de l’Intérieur de Norvège pour s’occuper d’une affaire importante. Elle doit se rendre de toute urgence sur l’île de Hornøya. Une femme a été tuée dans des conditions étranges, mais c’est surtout son identité qui rend l’enquête délicate. D’autant plus que le déroulé de l’exécution est très bizarre et laisse penser à un crime rituel. L’enquête de Sarah va prendre une ampleur considérable, elle va devoir remonter loin dans le passé et étendre ses investigations bien au delà de la Norvège : de l’antique cité de Byblos au Liban, jusqu’au Vatican, en passant par l’Allemagne. Elle va découvrir un complot mondial très ancien qui se perpétue au fil des siècles. Ses déductions l’amèneront à penser que la victime de l’île de Hornøya n’est que la première d’une série. Il lui faut identifier, puis sauver les prochaines cibles. Une tâche colossale rendue encore plus difficile par des trahisons qui apparaissent au sein même de la police.

Ce roman est d’abord un thriller avec toutes les caractéristiques du genre : du rythme, des retournements, du suspense. Mais il se distingue des autres ouvrages de ce genre par le sujet traité : l’origine de la domination masculine dans nos sociétés. Il y a une enquête dans l’enquête. L’enquête principale, du moins celle qui apparaît en premier, est la recherche du meurtrier. Mais quand les investigations de l’inspectrice l’amènent à se demander pourquoi on a tué cette femme, ses recherches vont s’ouvrir sur un champ d’une étendue considérable : à savoir comment les hommes, et les religieux en particulier, se sont organisés pour passer d’une société matriarcale, qui était celle de l’origine, à un patriarcat. Aujourd’hui trois femmes remettent en cause cette domination masculine, et pas n’importe lesquelles : ce sont des femmes qui ont atteint les plus hautes fonctions. Elles se sont taillé une place élevée parmi les hommes. Elles se sont mises d’accord pour faire trois révélations qui devraient changer la face du monde. Elles ont des ennemis qui ont décidé qu’elles doivent mourir. La première est déjà morte. Sarah veut sauver les deux autres, encore faut-il découvrir leur identité.

L’intérêt du roman est double : – le thriller et le suspense qu’il engendre et – l’argumentaire justifiant la remise en cause de la place dominante des hommes. Et les arguments sont forts, certains prêtent à sourire, pas par leur légèreté mais par leur originalité. Ainsi nous apprenons que Jésus Christ a choisi douze apôtres hommes pas parce qu’ils étaient plus aptes à comprendre son enseignement mais qu’au contraire c’était eux qui avaient le plus à apprendre. Ils partaient de plus loin en quelque sorte, alors que les femmes avaient tout compris tout de suite, eux, tels les mauvais élèves, avaient des difficultés, donc Jésus les gardait près de lui pour qu’ils finissent par assimiler ses leçons. En fait les apôtres étaient des cancres ! Il y a de quoi stupéfier les catholiques. Nous découvrons, sidérés, d’autres arguments du même calibre. Même si j’ironise, je dois reconnaître la pertinence du raisonnement, basé d’ailleurs sur des recherches approfondies et des sources historiques. De quoi apporter de l’eau au moulin des féministes.

Complot est un roman intéressant, tant par son aspect thriller captivant que par la question de l’égalité hommes-femmes traitée sous un angle original.

Extrait :
Comment fut-il possible qu’en cette période de libération universelle, de combat pour l’égalité absolue et d’explosion des intelligences les plus fines, la femme soit de nouveau traitée par le mépris et la soumission ?
La situation m’a longtemps semblé aberrante. Jusqu’à ce qu’une réponse inattendue se dégage de mes recherches. Elle tient en un mot : conditionnement. Ces penseurs des Lumières, comme leurs prédécesseurs et comme nous tous aujourd’hui, ont été victimes d’un redoutable plan d’endoctrinement de notre inconscient collectif, mis en place à l’époque de l’apparition de l’écriture, aux alentours de 3000 avant J.-C.
Car il fut un temps précédant cette époque où la femme occupait une place prédominante dans la société. Jusqu’au jour où des militants du patriarcat ont décidé que le pouvoir ne serait plus partagé avec les femmes, mais en leur possession, unique et exclusive jusqu’à la fin des temps.
Et si l’on doit reconnaître à ces usurpateurs un génie, c’est celui d’avoir choisi la meilleure des ruses pour aboutir à leurs fins : en réécrivant l’inconscient collectif. Cette mémoire collective de l’espèce humaine qui guide nos vies de génération en génération à travers les mythes, les traditions et la religion.
C’est ainsi que, depuis presque cinq mille ans, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants sont nourris de récits religieux maquillés, de mythes réécrits, et d’une Histoire où la féminité est sans cesse rabaissée et diabolisée pour nous faire accepter l’inacceptable : la soumission de la femme à l’homme. »

Niveau de satisfaction :
(4,1 / 5)

 

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Le Pape du polar est mort

Claude Mesplède est mort. Son incomparable érudition dans le domaine de la littérature noire lui a valu le titre de Pape du polar. Nous n’oublierons pas son regard malicieux et son sourire. Il nous reste ses nombreux ouvrages. Le monde de la littérature et particulièrement celui du polar est en deuil.

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Ces femmes aux yeux cernés – André Jacques

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Druide)
Genres : Enquête, Thriller
Personnage principal : Alexandre Jobin, antiquaire…

Ce n’est pas une bonne idée de vendre des tableaux qui se révèlent être des faux à Grigor Chukaliev, le violent caïd de la mafia russe. Pour son malheur, Alexandre Jobin est malgré lui impliqué dans cette affaire. Maintenant antiquaire, Jobin a travaillé longtemps pour les services de renseignements de l’armée canadienne, mais cette expérience est insuffisante pour affronter Chukaliev. Quand un cocktail Molotov est lancé dans sa boutique, qu’une de ses employés est blessée, et que le faussaire est tué, Jobin décide de partir à la recherche du peintre espagnol Jordi Carvalho pour lui acheter un tableau et le donner à son client frustré.

Tel est le thème de ce qui ressemble à un road movie à travers Barcelone et Paris. Comme Carvalho fuit un passé plutôt trouble, il n’est pas facile à repérer. Jobin est aidé par son amie Chrysanthy qu’il retrouve à Paris, où le peintre semble s’être réfugié. Mais, pisté par les Russes, Jobin est aussi recherché par la police française à la demande de l’inspecteur Latendresse de Montréal, qui ignore les intentions précises de Jobin mais le croit mêlé à la magouille russe. Au moment où Jobin rattrape le peintre et sa compagne, les Russes interviennent, menacent de kidnapper Carvalho et de tuer Jobin. Survient, cependant, un coup de théâtre qui permet à l’antiquaire blessé de rentrer au pays. Mais la partie est loin d’être finie.

On s’attache, les femmes surtout apparemment, à Jobin, entêté, fonceur, imprudent, curieux, amateur de scotch et de bières. Et qui aime faire la barbe à Latendresse, qui se méfiera toujours de lui avec raison. Ses aventures à Barcelone et à Paris sont intéressantes, surtout parce qu’André Jacques, avec la minutie d’un historien, se complaît dans la description des lieux, des odeurs, des modes de vie. Il ravive aisément les souvenirs des voyageurs qui ont connu ces villes et fait rêver les autres. On parle souvent de l’épaisseur des personnages; ici, il faut surtout remarquer l’authenticité des décors. Le personnage de Pavie qui, dans le roman précédent (La Bataille de Pavie), ressemblait à la fameuse Lisbeth Salander, apparaît aussi dans ce roman mais, malgré quelques égorgements, reste un peu sur la retenue, comme si Jacques voulait éviter que la dimension sociologique et esthétique de son roman soit occultée par la confusion et le brouhaha suscités par les romans d’action. On lit André Jacques comme on écoute l’andante d’une symphonie : plutôt modéré, parfois un peu lent, mais tellement plaisant qu’on souhaiterait que ça s’éternise.

Extrait :
Il marche. D’un pas un peu hésitant. Se redresse. Après tout, t’es un ancien militaire, non! Il se retrouve dans le lacis des rues étroites. À gauche d’abord, puis à droite, a-t-elle dit. Ou l’inverse ? Il parvient à un carrefour où convergent trois ruelles.
Soudain, il perçoit des pas derrière lui. Il s’arrête. Silence. Aussitôt, les douleurs à l’épaule et au côté, oubliées depuis une heure, reviennent (…) Il se tapit dans l’ombre d’un portique. Les pas résonnent de nouveau. Plus rapides. Plus proches. Les pas d’un homme. Il voit l’ombre sur les pavés.
Alors, il plonge sur l’inconnu, le saisit au bras, le retourne, lui plaque le visage contre un mur de pierre, lui remonte le bras vers le haut du dos (…)
Alors, la douleur à l’épaule devient intolérable. Et les images resurgissent Les images et les cris. Il relâche la pression. Et repousse l’autre qui trébuche et continue à hurler. À peine s’il aperçoit l’inconnu qui se relève et sort un couteau dont la lame luit un instant dans la semi-obscurité. À peine aussi voit-il cette autre ombre vêtue de noir qui arrive en courant, qui frappe du pied la main tenant le couteau, et qui assène un coup sec du tranchant de la main à la gorge de l’agresseur, qui s’écroule (…)
– Spèce de cave !

Rue Georges-Lardennois, Paris

Niveau de satisfaction :
(4 / 5)

 

 

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Délivrance – James Dickey

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 1970 (Deliverance)
Dates de publication française : 1971 (Flammarion) – 1974 (J’ai lu) – Gallmeister (2013)
Genres : Aventures, Thriller
Personnages principaux : Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger, quatre copains qui décident de descendre en canoë une rivière tumultueuse

Sous l’influence de Lewis Medlock, un aventurier, quatre copains décident de descendre en canoë une rivière tumultueuse au nord de la Géorgie, avant que l’endroit ne soit englouti sous les eaux par la construction d’un barrage. L’expédition, envisagée au départ comme un week end sportif en dernier hommage à une région sauvage vouée à la disparition, tourne rapidement à une épreuve de survie. Aux dangers naturels s’en ajoutent d’autres non prévus.

Ce roman pourrait se limiter à un récit d’aventure nous racontant la descente périlleuse d’une rivière. Mais c’est bien plus que cela. En première partie, intitulée « Avant », l’auteur nous présente les membres de l’expédition. Ils mènent tous les quatre une vie agréable, ce sont des cadres, des gens de la classe moyenne. Lewis est un athlète complet, il s’adonne à des sports très difficiles et très spécialisés qu’il peut pratiquer seul, il en tire ensuite une philosophie personnelle. Ed, le narrateur, n’est pas un grand sportif mais il est quand même devenu un archer d’un bon niveau sous le coaching de Lewis. Drew est un bon joueur de guitare et il possède un grand sens de la probité. Bobby est un joufflu au teint rose qui a un bon contact avec les gens. Seul Lewis est taillé pour ce genre d’aventures. Il est l’organisateur et le leader. Les autres le suivent en lui faisant totalement confiance.

La descente de la rivière dure plus longtemps que prévu. Des dangers inattendus mettent en péril l’expédition. La hiérarchie de l’équipe est bouleversée par la force des choses. Les hommes sont mis devant des choix difficiles et doivent prendre des décisions graves pour sauver leur peau. La conception idéalisée de la nature sauvage  se heurte aux dures réalités du terrain. Les citadins ont sous estimé la force et la violence de la rivière. Sans compter d’autres périls indépendants de la nature. Ceux qui en ressortiront seront profondément changés.

James Dickey fait alterner judicieusement les scènes d’action et les scènes calmes. Même dans les moments les plus frénétiques, il prend le temps de décrire les détails, comme par exemple les reflets et le bouillonnement de l’eau dans les rapides qui secouent les canoës où les fissures dans la falaise qu’un des protagonistes escalade. Cela donne un effet très visuel, cinématographique. Par ailleurs la description de la nature sauvage est très bien rendue.

Délivrance est un roman où l’intensité dramatique et le suspense sont permanents, ce qui n’exclut pas les moments de réflexion sur des sujets tels que : l’ennui, l’utilité de son travail, le respect des lois, la culpabilité, l’honnêteté, l’impunité … Un grand roman d’aventure qui a inspiré le film culte de John Boorman en 1972.

Extrait :
— Primo, partir dès que tu verras assez clair pour franchir les prochains rapides. Il fera sans doute encore trop noir pour tirer d’en haut. Même dans le cas contraire, il n’aura guère de chance de t’atteindre quand tu seras dans les rapides. Chaque fois que tu traverseras un calme, pousse de toutes tes forces et puis ralentis brusquement, ne garde jamais une vitesse constante. S’il essaie de tirer, fonce comme un fou sur les rapides suivants ou vers le prochain méandre. Si tu vois que tu ne peux pas t’échapper, c’est-à-dire s’il te prend en fourchette et que les coups se rapprochent, renverse le canoë et laisse-le filer. Essaye de sortir Lewis, reste avec lui et attends ; j’essaierai de ramener de l’aide. Si au bout de vingt-quatre heures tu ne vois rien venir, tu sauras que j’y suis resté. Alors, laisse Lewis et descends comme tu pourras, à la nage s’il le faut. Prends les trois gilets de sauvetage et laisse-toi flotter. Nous ne sommes sûrement pas à plus de vingt kilomètres d’un pont routier. Mais si tu es obligé de faire ça, pour l’amour du Ciel, rappelle-toi où tu as laissé Lewis. Sinon, c’est un homme mort. Ça ne fait pas un pli.

 Niveau de satisfaction :
(4,2 / 5)

Le film de John Boorman

Le film de John Boorman est plus connu que le livre qui l’a inspiré. Le film est globalement fidèle au roman. Le fait que l’auteur du livre ait participé au tournage doit y être pour quelque chose (James Dickey interprète le rôle du shérif d’Aintry que l’on voit à la fin du film). Cependant on note quelques différences :
– Celle qui me paraît la plus importante est l’attitude de la bande des quatre citations quand ils arrivent sur les lieux de l’action. Dans le film, ils se conduisent comme des cow-boys arrivant en pays conquis. Ils donnent des ordres comme si les gens du coin étaient à leur service. La palme du parfait connard revient à Lewis, interprété par Burt Reynolds, tout en mâchoires serrées et regard qui tue. Le type est arrogant, sarcastique et donneur de leçon. Très antipathique, le garçon ! Il semble que Boorman ait forcé le trait pour montrer un Lewis décidé qui n’a peur de rien. Dans le roman, Dickey fait preuve de plus de nuances. Quant à Ed, pour montrer que contrairement à Lewis, c’est un gars cool, le réalisateur lui a collé une pipe dans la bouche. A-t’on déjà vu un fumeur de pipe excité ? Les personnages vus par Bormann font un peu cliché.
– Autre trait un peu (et même beaucoup) forcé : les ploucs du coin sont tous des dégénérés, laids comme des poux, handicapés, consanguins. Le roman est plus nuancé, même s’il décrit des gens frustes et peu accueillants.
– Les indignations de Lewis concernant la construction du barrage qui ouvrent le film, se voulaient d’une portée écologique pour l’époque, elles sont devenues aujourd’hui d’une naïveté consternante.

Par contre le film, tourné en décors naturels, montre de magnifiques images de la rivière, des forêts et des falaises. La sauvagerie et la force de la nature sont bien mises en évidence et par là même l’imprudence et l’inconscience des citadins qui se sont lancés dans un projet très risqué.

Le film de Boorman est une réussite concernant l’intensité dramatique, les décors et le côté spectaculaire. Par contre il me semble un peu vieilli concernant le jeu des acteurs d’une part et par la vision quelque peu outrancière des autochtones d’autre part. C’est un bon film mais pas un grand film.

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Radio-Vérité, la radio du vrai monde – Jean-Jacques Pelletier

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Alire)
Genres :
Enquête, Thriller
Personnage principal : Inspecteur Théberge (SPVM)

En 2005, alors qu’il préparait la suite des Gestionnaires de l’Apocalypse, Pelletier avait publié une longue nouvelle dans la Revue Alibis : Radio-Vérité, la radio du vrai monde. Pourquoi reprendre le même sujet et en faire un roman ? Pelletier estime que ce texte était inachevé, que les personnages n’étaient pas assez étoffés et qu’il avait dû laisser de côté une personnage féminin, alter ego de l’inspecteur Théberge, Frédérique Roussel, as de l’informatique. Pelletier croit aussi que les ravages des radios-poubelles, relayés aujourd’hui (et multipliés) par les réseaux sociaux, valaient la peine qu’on développe la description des mécanismes et des mentalités qui animent la diffusion en liberté de ces incitations à la condamnation gratuite et à la violence.

Dans le roman de 2018, l’histoire est la même que celle de 2005 : l’animateur vedette de Radio-V est enlevé. Des sévices irréparables lui seront administrés si on ne livre pas au kidnappeur quelques millions de dollars (pour les victimes de Radio-V), et si on ne ferme pas la station. Le maire s’énerve. Les pistes sont trop nombreuses. Théberge procède avec méthode. C’est trop lent pour les partisans de l’animateur, qui décident d’envahir le quartier suspect et de fouiller les maisons pour le retrouver. On frise l’émeute. Avec l’aide de Roussel, Théberge suit une piste et découvre la vraie vérité.

On retrouve avec plaisir Théberge et ses répliques philosophiques qui désarçonnent les journalistes (et ses patrons). Le personnage de Roussel est intéressant mais on a toujours l’impression que c’est la machine qui fait le travail. Les Clones Rondeau et Grondin ne font que passer. Le duel entre l’animateur Cabot et le kidnappeur est plutôt répétitif. L’intrigue policière proprement dite passe au second plan et sert de prétexte à la dénonciation politico-sociale.

En 2005, l’œuvre était prémonitoire et on n’aurait pas alors imaginé qu’un Président des États-Unis incarnerait un jour ce qu’il y a de plus borné, de plus sectaire et de plus violent dans le sillage des radios-poubelles écervelées et des réseaux sociaux irresponsables.

Pour ceux qui ont lu la nouvelle, c’est assez redondant de lire le roman, qui n’ajoute rien de percutant à la version 2005. Sauf les 15 dernières pages où l’ex-prof de philo, dans un mot au lecteur, déploie une brillante réflexion sur la logique du fanatisme et le problème de la vérité :  « Derrière le rapport à la vérité comme arbitre des opinions, c’est le dilemme auquel toute vie sociale est confrontée qui se pose : on discute ou on cogne ».

Extrait :
Debout devant le micro, Théberge paraît nerveux.
Le maire guette avec une certaine anxiété ses réponses. Gagnon, lui, sourit, l’air discrètement amusé.
– Avec la manifestation devant l’hôtel de ville, demande un journaliste, vous ne trouvez pas que votre mandat commence mal ?
Théberge s’efforce de prendre un ton mesuré, à la limite complice :
– Écoutez, mon mandat ne débute que dans une semaine.
– La manif, c’est quand même contre vous ! l’interrompt le journaliste.
– Vous parlez de ces jeunes ahuris qui psalmodient des slogans de radio-dépotoir ? Avouez que ça manque de sérieux…
– Comment pouvez-vous affirmer que ce n’est pas sérieux ?
– Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Rimbaud : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans » (…)
– Si ce n’est pas sérieux, demande finalement un des journalistes, pourquoi avoir mobilisé autant de policiers pour les surveiller ? Vous ne pensez pas qu’il y a des problèmes plus importants que quelques jeunes qui font des manifs créatives ?
– Des manifs créatives…
– Vous ne pouvez quand même pas être contre l’art et la créativité !
– Non. Mais je ne pense pas que le Bolchoï puisse servir à justifier les goulags.

Niveau de satisfaction :
(3,7 / 5)

 

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VNR – Laurent Chalumeau

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018 (Grasset)
Genres : Roman noir, social
Personnage principal : Alain, vendeur en électroménager au chômage

Alain, le narrateur, était un vendeur d’électroménager bien tranquille. Avec sa femme ils formaient un couple épanoui sexuellement. Avec ses potes ils faisaient de bonnes bouffes et de belles parties de rigolade. Il s’estimait heureux, il n’en demandait pas plus. Les choses ont commencé à se détériorer quand son épouse a subi le harcèlement sexuel de son nouveau chef. Puis quand l’industrie textile a été délocalisée, c’est toute la région qui a subi un désastre social. Et notre homme s’est retrouvé sans travail. Les problèmes s’ajoutant, c’est le naufrage pour lui : chômage et divorce. Mais il connaît les responsables de sa situation, il va les faire payer.

Ce livre a une forme narrative très originale : un seul personnage se livre à un long monologue. D’abord le narrateur s’adresse à un homme qu’il a enlevé. Celui-ci est attaché et bâillonné. Il lui présente en détail la suite des opérations : séance de torture, puis la mort. Il lui explique aussi pourquoi il est là : il s’est livré à une pression sexuelle incessante sur son épouse qui a perdu toute joie de vivre et commencé à voir son mari autrement. Il a détruit le couple. Deux autres personnes suivront le même traitement : d’abord le ministre qui passait par là. Il avait promis, à l’époque, qu’il y aurait des repreneurs, que les emplois seraient sauvés. Et, bien sûr, il n’en a rien été. Ce qui ne l’a pas empêché de revenir parader dans le coin. Bien que non prévu au programme, son enlèvement était l’occasion de lui faire payer sa légèreté. La troisième personne kidnappée sera la psychologue qui a mis dans la tête de sa femme des idées saugrenues comme l’intériorisation du stigmate par exemple. Depuis elle voit tous les hommes, y compris son mari, comme des ennemis. Ces trois personnes ayant bousillé sa vie, il va bousiller la leur, lentement en les faisant souffrir.

La description des malheurs de notre héros sont pour l’auteur l’occasion de développer un volet social. Il montre l’impact qu’ont les méthodes du capitalisme financier sur les gens, fermant les usines, délocalisant et asséchant ainsi toute une région. Dans le viseur également : ces catégories qui se font grassement payer pour aider les personnes et qui ne font que les enfoncer davantage : avocats, psychologues, cabinets de reclassement et bien sûr ministres. La charge est lourde, peu nuancée, mais pleine de lucidité et de tonus. En fait Alain ose faire ce que rêveraient de pouvoir faire d’autres victimes qui se résignent, s’enferment dans la solitude et s’effacent. Lui, il réagit. Violemment.

Le long soliloque du narrateur est à la fois empreint de haine, de fureur, de cynisme parfois, mais aussi plein de bon sens. Les malheurs d’Alain sont révélateurs de notre époque. Le lecteur se sent facilement concerné par les problèmes du narrateur. Mais le fait qu’il vire psychopathe empêche la sympathie mais provoque quand même l’empathie. On finit par trouver que les salopards qui ont détruit la vie d’Alain méritent bien le sort qui leur est réservé. Le style est celui du langage parlé, du langage de la rue. C’est fruste, grossier, avec beaucoup de fautes de syntaxe et d’accords, mais plein de vitalité. C’est la façon de s’exprimer d’un homme simple, pas très cultivé et totalement courroucé. En outre un humour noir donne au roman une note moins dramatique. C’est techniquement très bien réussi.

VNR est un roman original, plein d’énergie, de verve et d’humour.

Extrait :
Moi j’ai rien fait. J’étais dans mon coin, j’étais heureux de mon sort, je demandais pas plus de blé, pas une plus grosse bagnole, j’étais bien comme j’étais. Juste, qu’on touche pas à ma vie de couple. Sérieux. Je demandais rien d’autre à l’existence : ça et mes mômes en bonne santé, j’étais content. Explique-moi qui je faisais chier ? Explique-moi qui ça dérangeait que je sois heureux ? Mais non, il a fallu qu’ils viennent foutre leur merde, l’autre avec ses SMS cochons et ses plans drague lourdingues à la cafette. Et après l’avocate et la psy avec leurs théories qui ont rendu Véro antimecs. Donc c’est à eux de morfler. C’est eux qui vont payer, le harceleur de merde et l’autre grosse toute pourrie – toi, comme je t’ai dit, au départ, t’étais pas sur la liste. Là, ce soir, c’est l’occasion qui a fait le larron. Et, bref, je me dis, c’est ça la solution pour, moi, pas devenir frappadingue à petit feu. Œil pour œil, fils de pute. Et avec les agios et les pénalités. Je vais te rendre la monnaie et j’irai mieux après. Plus léger. Peut-être que Dieu pardonne, Il fait ce qu’Il veut, ça Le regarde. Mais moi, t’inquiète, va : je vais te mettre la misère à tous ceux qui m’auront offensé.

Niveau de satisfaction :
(4,2 / 5)

 

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Fermé pour l’hiver – Jørn Lier Horst

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2011 (Vinterstengt)
Date de publication française : 2017 (Gallimard)
Genre : Enquête
Personnage principal : William Wisting, inspecteur de police (Larvik, à une centaine de km d’Oslo)

J’avais bien aimé Les chiens de chasse, le premier polar de Horst à être traduit en français. C’était le huitième de la série des William Wisting, qui a raflé bien des prix. Fermé pour l’hiver est le septième. On y retrouve les paysages norvégiens dans une saison pluvieuse et fraîche : l’hiver s’en vient. Une grande importance est encore accordée à ses compagnons (et compagnes) de travail; on compare volontiers Wisting à Walander mais, alors que Walander gère vraiment la répartition du travail entre ses comparses, les événements auxquels est affronté Wisting sont d’une telle ampleur qu’il contribue forcément avec d’autres services policiers impliqués malgré lui dans l’affaire qui l’intéresse.

Dans ce cas-ci, ce qui a l’apparence d’un petit vol de chalets débouche sur une sorte de trafic de drogues international, crimes et châtiments inclus. Le début de l’enquête est lent et, tandis qu’on nage dans la grisaille nordique, plusieurs incidents bizarres se produisent : des oiseaux viennent mourir étrangement autour du chalet de Wisting (qu’habite actuellement Line, sa fille), le propriétaire d’un chalet, et animateur connu d’une émission télé, disparaît, un sombre individu venu de nulle part agresse Wisting et vole sa voiture, le cadavre d’un cambrioleur est dérobé à la morgue et des appartements suspects sont incendiés. Line a un rôle moins important que dans le roman précédent, mais elle semble liée à l’enquête du fait qu’elle fréquente un beau et jeune récidiviste qui est copropriétaire d’un resto-bar où se retrouvent de louches personnages.

Malgré ces événements spectaculaires, le roman est assez long pour que Horst nous fasse profiter de son expérience passée de policier, ce qui serait sans doute très utile dans un cours de techniques policières : quels sont les indices que laisse derrière lui un incendie, qui nous permettent de comprendre comment il s’est développé, quelle est sa source et la nature de son origine ? Qu’est-ce qu’il faut à un policier pour devenir un expert en interrogatoires et qui ne se trouve pas dans le contenu de ses cours ? En quoi consiste l’art de la surveillance ? Comment utiliser les outils modernes de la technologie pour identifier un individu, retracer le parcours d’une automobile, communiquer à plusieurs en même temps. De sorte que l’enquête ne se réduit pas à une suite d’interrogatoires plus ou moins efficaces.

Il y a là de la matière pour faire un très bon film (ou série télé). Dans un roman comme celui-ci, le lecteur doit peut-être prendre des notes, parce qu’il y a beaucoup de personnages et que les noms norvégiens ne sont pas faciles à mémoriser. L’intrigue est passablement compliquée (et les hypothèses explicatives très diversifiée), de sorte qu’on apprécie que Wisting résume souvent la situation, rappelle ce qui a été fait et annonce ce qui devra être fait. Quant au rythme, aux rebondissements et à l’originalité des personnages, on pense moins à Mankell ou au Larsson de Millénium qu’à l’Islandais Ragnar Jonasson. Nul doute, cependant, que l’expérience de policier de Horst nous fait entrer dans l’intimité du travail policier et des organisations criminelles.

Extrait :
La pluie cingla le pare-brise quand Wisting sortit du garage du commissariat. Un torrent gris. Il alluma les essuie-glaces. Les gouttes étaient repoussées, revenaient, disparaissaient de nouveau.
L’eau s’écoulait le long des trottoirs et formait des mares là où les égouts ne parvenaient pas à l’évacuer.
Il descendit Prisegata et prit à gauche au feu de la gare. Les rues étaient désertes, nimbées d’un voile humide.
Le trajet jusqu’à Revet ne prit guère plus de trois minutes. On l’arrêta à un barrage routier. Deux voitures sérigraphiées étaient postées face à face. Et devant elles encore une voiture de police.
Un policier en cape de pluie vint le trouver. Ses bras reposaient sur un pistolet-mitrailleur suspendu sur sa poitrine.
Wisting baissa sa vitre. Le policier le reconnut et le salua en portant deux doigts à sa casquette.
– Du nouveau ? s’enquit Wisting.
Le policier secoua la tête. Des rideaux de pluie balayaient la zone industrielle. L’hélicoptère œuvrait en larges cercles.
Dans son rétroviseur, Wisting vit les phares d’une voiture. Le policier se redressa et regarda dans la même direction. Une petite Golf rouge s’arrêta derrière lui, et Garm Sobakken du journal local en bondit.
– Que se passe-t-il ? interrogea-t-il en se postant sous la pluie.
Le policier en tenue ne répondant pas, le journaliste s’adressa à Wisting.– Nous cherchons une voiture volée, expliqua ce dernier.
– Avec armes et hélicoptère ?

Larvik

Niveau de satisfaction :
(4,1 / 5)

 

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Artana ! Artana ! – Didier Daeninckx

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018 (Gallimard)
Genres : Social, politique, enquête
Personnage principal : Erik Ketezer, vétérinaire en Normandie

Erik Ketezer est vétérinaire en Normandie. Si sur le plan professionnel tout va bien, sur le plan sentimental ce n’est pas reluisant : sa compagne Sylvia a été internée d’office par sa propre famille. Or un jour il reçoit un appel de la demi-sœur de Sylvia, lui apprenant que son jeune frère Rayan a été tué en Thaïlande. Erik éprouvait beaucoup d’affection pour ce jeune homme. Il décide de se rendre à Phuket pour les formalités de rapatriement du corps et pour en savoir un peu plus sur ce qui s’est passé. La-bas il va apprendre que Rayan a été assassiné. Curieusement son enquête va le ramener à Courvilliers où il a passé son enfance. Là, il va découvrir l’état de déliquescence de la municipalité et les raisons de la mort du jeune homme.

Si l’intrigue nous amène faire un tour en Thaïlande, c’est tout à fait secondaire, le vrai cœur de l’action se situe en région parisienne, en Seine-Saint-Denis, dans une de ces banlieues dites difficiles, Courvilliers. Le nom est imaginaire mais il n’est pas difficile de faire le rapprochement avec une autre cité bien réelle dont la consonance est proche. C’est une façon d’éviter les ennuis, certains élus auraient pu se sentir directement visés, et ils le sont vraiment, mais l’accusation en diffamation n’est pas possible puisque la ville est soi-disant fictive. S’inspirant donc de faits réels, Daeninckx, dénonce violemment un système de corruption qui gangrène l’administration de cette ville auparavant tenue par un maire communiste à poigne, le Commandeur. Profitant de la faiblesse de son successeur, une bande de mafieux a installé un véritable système de corruption, avec tout le lot des perversions qui va avec : faux et usage de faux, clientélisme à outrance, nominations illégales, trafics de drogue et d’armes de guerre … Les voyous ont fait main basse sur la ville. Ils profitent d’une impunité totale, jusqu’au point où le coup de balai ponctuel va provisoirement interrompre les trafics qui ne manqueront pas de reprendre dans les territoires oubliés de la république. Artana ! Artana ! est le cri d’alerte des guetteurs signalant l’arrivée de la police sur une zone de trafic.

Dans ce roman l’enquête sur la mort d’un jeune homme n’est qu’un prétexte pour dénoncer la corruption et la main mise de malfrats sur l’administration d’une cité qui n’a pas besoin de ce fléau supplémentaire. C’est fait avec force et réalisme. Cette œuvre tient davantage du pamphlet politique que du polar classique.

Extrait :
En 2014, dans des villes comme Aubervilliers, Saint-Denis, Noisy-le-Sec, Bobigny, et à Courvilliers bien sûr, des têtes de liste aux municipales ont passé alliance avec les bandits du secteur pour se faire élire ou se maintenir en place. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que les caïds s’apercevraient assez vite qu’ils étaient plus forts, plus organisés, plus fortunés, que les appareils politiques. Regardez : tous les partis traditionnels sont partis en sucette ! Les voyous exigent maintenant leur part du gâteau quand ce n’est pas le gâteau tout entier. Et la perspective des jeux Olympiques aiguise un peu plus leur appétit… Si tout demeure en l’état, on assistera aux Jeux les plus propres de toute l’histoire de l’olympisme. Pas la moindre trace de produits dopants dans le sang des athlètes qui évolueront pourtant au cœur d’un territoire inondé de came ! S’ils n’ont pas le courage, en haut lieu, de casser le trafic et son cortège de  corruption, de criminalité, qu’ils s’inspirent au moins de la loi SRU…

Niveau de satisfaction :
(4 / 5)

 

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