Brébeuf – Catherine Côté

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2020 (Triptyque)
Genre : Enquête
Personnages principaux : Léopold Gauthier, ex-flic – Marcus O’Malley, sergent-détective

C’est le premier polar de Catherine Côté qui, malgré son jeune âge (elle n’a pas 30 ans), a publié beaucoup et dans bien des domaines depuis une dizaine d’années.

Fin des années 40 à Montréal : après une absence de six ans due à la guerre, Léopold Gauthier retrouve sa femme Suzanne, journaliste au Montréal-Matin, son ami Marcus O’Malley, sergent-détective à la Police de Montréal, et un nouveau monde dans lequel il a de la misère à s’intégrer. C’est une des raisons pour lesquelles Marcus lui propose de l’assister dans une enquête qu’il mène au Collège Jean-de-Brébeuf, où un jeune garçon a été assassiné et, probablement, violé. Sur les lieux, on apprend qu’un autre élève est porté disparu depuis quelques jours. Puis, sur le Mont-Royal, deux autres cadavres de jeunes sont découverts, étranglés et dévêtus selon le même modus operandi : sûrement l’œuvre d’un tueur en série. Et ce n’est pas fini.

L’escouade de la Moralité (un groupe de femmes mené par Adèle Dubosc) vient donner un coup de main aux hommes d’O’Malley et à la journaliste Suzanne Gauthier. On ratisse la montagne, on interroge la population de Brébeuf (élèves, professeurs, employés de soutien), on surveille le quartier, particulièrement le Chemin de la Côte-des-Neiges. L’enquête semble améliorer la santé mentale de Léopold plus que l’aide de son psychiatre. Finalement, un coup de téléphone opportun et un portrait-robot permettent de cerner la résidence du suspect.

C’est un polar d’enquête divertissant. L’objectif n’est pas de produire de grandes émotions ni d’ébahir le lecteur par la subtilité des enquêteurs. Les personnages sont trop minces pour qu’on s’y attache vraiment. Le fait de situer l’action à Montréal au début des années 50 est un plus pour le montréalais que je suis. Mais l’intrigue est plutôt simple et comporte au moins une invraisemblance : le directeur du collège, le père Thibodeau, aurait dû s’apercevoir et s’indigner de la disparition du dossier récemment déposé dans son tiroir. Piquer ce dossier n’a pas été le meilleur coup de Léopold, d’autant plus qu’on n’en a pas tiré grand-chose.

Malgré tout, on comprend que l’auteure a du plaisir à explorer plusieurs types d’écriture et, ici, elle a su intégrer des thèmes usuels : la rivalité policier/policière au sein de la police (à cette époque les policières n’ont pas le droit de porter une arme), le métier difficile de flic (divorce, alcoolisme), le fait de se sentir utile comme antidépresseur (Léopold semble se remettre de sa déprime post-traumatique). Et la lecture est facile.

En ce sens, ce roman mérite d’être souligné.

Extrait :
En route vers Brébeuf, Léopold réfléchit à l’hypothèse d’Adèle. Il repense à ses propres années à l’école, aux frères qui se chargeaient de son éducation. Il se demande si elle a raison. Il espère, vraiment, qu’elle a tort.
Ses années au collège avaient été de belles années, après tout. Pleines de rires et de blagues, d’amitié et de tourments d’adolescent. À se demander ce qu’il voudrait faire de sa vie, quel genre d’homme il deviendrait et, surtout, quel genre de fille pourrait l’accompagner. Et si on lui avait affirmé, alors, qu’il allait épouser une femme comme Suzanne, il ne l’aurait jamais cru.
Il sait que c’est facile, au fond, d’être nostalgique. Peut-être que Brébeuf n’est pas si idyllique que ça. Peut-être que le collège a des choses à cacher. Léopold emprunte le chemin qui mène à l’entrée. Le vent d’octobre secoue les chênes dénudés, dont les branches craquent. Léopold relève le col de son manteau.

Collège Jean-de-Brébeuf

Niveau de satisfaction :
3.3 out of 5 stars (3,3 / 5)

 

 

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Le silence de la ville blanche – Eva García Sáens de Urturi

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016
(
El silencio de la ciudad blanca
)
Date de publication française : 2020 – Fleuve noir
Traduction de l’espagnol : Judith Vernant
Genres : Enquête policière, tueur en série
Personnage principal : Unai Ayala, inspecteur de police à Vitoria (Espagne) dit Kraken.

À Vitoria, dans le Pays basque espagnol, ça recommence comme il y a vingt ans. Des archéologues qui restaurent la vieille cathédrale ont découvert deux corps nus, un garçon et une fille, les mains posées sur les joues l’un de l’autre. Cette mise en scène macabre rappelle la série de crimes d’il y a vingt ans. Le meurtrier a été arrêté, il est toujours en prison. Cette histoire est d’autant plus troublante que celui qui a été déclaré coupable à l’époque, le dénommé Tasio, était une personnalité brillante très en vue dans la ville. Le policier qui l’a arrêté et envoyé en prison n’est autre que son propre jumeau. Au moment d’être libéré, après vingt ans d’incarcération, Tasio, constatant la reprise des crimes, demande à rencontrer l’inspecteur Unai Ayala dit Kraken, pour affirmer une nouvelle fois qu’il est innocent et pour l’aider à trouver le vrai coupable. Une longue et compliquée enquête commence alors pour Unai.

L’auteure ne se borne pas à décrire une enquête policière, même si effectivement les policiers sont devant une affaire particulièrement compliquée. En effet, en plus des crimes eux-mêmes, c’est la façon dont l’assassin choisit ses victimes qui interpelle : un garçon et une fille qui ne se connaissaient pas, du même âge. Cet âge avance par paliers de cinq ans pour chaque série. Premières victimes : cinq ans, les suivantes dix ans, puis quinze, vingt ans … La mise en scène des cadavres est aussi étonnante : déposés dans les monuments emblématiques de la ville, nus, les mains sur les joues de l’autre et décorés de trois d’eguzkilores, fleurs du soleil en basque (la fleur du chardon sylvestre). Tout est étrange dans ces crimes et laisse supposer que l’on a affaire à un criminel diaboliquement intelligent.

Mais ce que réussit l’auteure, en plus de l’intrigue particulièrement touffue et complexe, c’est installer une atmosphère lourde, oppressante et presque mystique tant ces crimes sont spectaculaires. D’autant plus que la mise en scène semble être un message dont la signification reste obscure. Ils se déroulent dans une ville typiquement basque qui aurait tout pour être tranquille s’il n’y avait ces meurtres horribles qui ont repris après une longue interruption. C’est l’occasion pour la romancière de nous faire visiter la belle ville de Vitoria, avec ses monuments, ses légendes, ses fêtes. Ça donne envie d’y aller !

Les personnages sont également réussis. Ils ne sont pas décrits comme uniquement des policiers qui mènent une enquête, ils sont aussi montrés comme des hommes et des femmes qui aiment, souffrent, doutent, culpabilisent … L’inspecteur Unai Ayala est un grand échalas que l’on surnomme Kraken depuis son adolescence. Pendant sa croissance il avait les bras et les jambes trop longs et disproportionnés par rapport au tronc. Son équipière, Estíbaliz, cheveux roux au carré, est une enquêtrice particulière décidée et têtue. Leur supérieure hiérarchique, Alba, sait prendre ses responsabilités. C’est une sportive accomplie qui entretient sa forme. Elle garde une part de mystère concernant un mari qui existe, mais dont elle ne parle jamais. Ces trois personnages sont unis par des liens qui vont bien au-delà des rapports professionnels. Un autre personnage est très intéressant : c’est le grand-père d’Unai. Un type presque centenaire, un sage, réconfortant, très rassurant pour Unai, un peu sorcier aussi.

Une intrigue complexe, mais bien construite, une belle ambiance et des personnages crédibles et attachants donnent à ce roman une dimension bien supérieure à un simple polar d’enquête policière. Eva García Sáens de Urturi a su renouveler et même aller au-delà du genre rebattu du tueur en série.

Extrait :
Je m’approchai des corps des victimes et, genou à terre, récitai ma prière silencieuse :
« Ici s’achève ta traque, ici débute la mienne. »
— Trois eguzkilores, les fleurs du soleil, dis-je enfin. Placées entre leurs têtes et de part et d’autre de leurs pieds. Je ne comprends pas leur signification dans ce contexte.
Dans la culture basque, l’eguzkilore était un antique symbole de protection, que l’on plaçait à la porte des maisons pour les protéger des sorcières et autres démons. De fait, en l’occurrence, elle n’avait pas protégé les victimes.
— Non, je ne vois pas non plus ce qu’elles font ici, confirma Estíbaliz en s’accroupissant près de moi. À mon tour. Les victimes : fille et garçon de race blanche, âgés d’une vingtaine d’années tous les deux. Allongés en décubitus dorsal, nus, sur le sol de la cathédrale. Les corps ne présentent ni blessure, ni coup, ni aucun signe de violence. Mais… regarde : ils ont tous les deux un petit orifice d’entrée sur un côté du cou. Une piqûre.
On leur a injecté quelque chose.

Quelqu’un qui me connaissait bien, Estíbaliz sûrement, avait dû raconter que ma chanson préférée était Abrazado a la tristeza, d’Extrechinato y Tú, dont la première strophe, que j’avais répétée des milliards de fois, retentit dans les haut-parleurs de la place.

Extrechinato y Tú – Abrazado a la tristeza

Vitoria – Place de la Virgen Blanca

Niveau de satisfaction :
4.4 out of 5 stars (4,4 / 5)

 

 

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L’Inconnu du pont Notre-Dame – Jean-François Parot

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2015
(JC Lattès, 10/18)

Genres : Enquête, historique, aventure
Personnage principal : Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet

Comment ai-je pu me priver si longtemps des romans de Jean-François Parot ? J’avais coté 5/5 L’énigme des Blancs manteaux et Le noyé du Grand Canal (publié ici en 2012, et dont je recommande la lecture préalable). Les commentaires élogieux que m’avaient inspirés ces romans sont encore de mise aujourd’hui. L’Inconnu du pont Notre-Dame est son treizième et avant-dernier roman; en 2017 sera publié le dernier, Le Prince de Cochinchine. L’année suivante, Parot s’éteindra pour le grand malheur des amateurs de polars historiques.

L’Inconnu du pont Notre-Dame se passe en 1786. Marie-Antoinette dépense sans compter et s’attire l’inimitié du peuple; le roi Louis XVI est plutôt sympathique mais vraiment mou en général et plus particulièrement vis-à-vis de sa femme à qui il ne peut rien refuser. Les conditions de vie en France dégénèrent et la grogne du peuple s’accroît. Parot nous fait entrevoir les premiers pas qui mèneront à la révolution. Le procès du cardinal de Rohan est un des premiers grands événements qui illustreront d’une part la division entre les factions opposées de la noblesse qui pèsent sur l’avenir de la France et, d’autre part, la séparation entre cette noblesse et le peuple.

C’est dans ce brouhaha que Nicolas Le Floch se retrouvera mêlé à une aventure complexe qui finit par risquer de décapiter prématurément le roi et d’esquinter sérieusement le commissaire. L’histoire commence simplement par le vol d’une médaille précieuse, convoitée par la reine, et la disparition du conservateur du cabinet des médailles. C’est le nouveau directeur de la Bibliothèque du roi, Le Noir, qui informe Le Floch. Le commissaire mènera l’enquête avec son fidèle Bourdeau. Puis, on découvre un cadavre méconnaissable dans une maison démolie du pont Notre-Dame. Cet homme, travesti en femme, pourrait-il être le conservateur du cabinet, Thomas Halluin ? C’est ce que la fouille de son appartement laisse à penser.

Invité au bal de la Reine, Nicolas rencontre Antoinette, la mère de son fils Louis, qui est devenue lady Charwel, et qui vit maintenant en Angleterre, où elle collabore avec le Service Secret français. Au risque de sa vie, elle transmet un message à Nicolas. On en vient à conclure qu’un complot menace le Roi. Un traître du département de la Marine manipulait Halluin qui avait toujours besoin d’argent, transmettait par son intermédiaire des informations aux Anglais, et aurait été assassiné.

Or, le Roi doit justement visiter les chantiers maritimes de Cherbourg. Lieu idéal pour un attentat. Pendant ce temps, l’enquête sur les médailles volées et les deux cadavres difficilement identifiables nous apprend comment on a préparé le complot contre Louis XVI et plusieurs officiers français; et qui en est le principal organisateur. Avant d’obtenir les aveux en bonne et due forme du coupable, le commissaire parvient à savoir où et comment se commettra l’attentat; mais se rendre sur les lieux n’est pas chose facile. Et son combat contre le tueur se termine par une explosion où il perd conscience.

Il y a des romans qu’on lit lentement parce qu’on ne veut pas en sortir. On aime fréquenter les personnages sympathiques comme Bourdeau, Noblecourt, Louis. Et on aime détester les opportunistes et les lâches. Les acteurs sont nombreux, mais une liste suffisante est mise à notre disposition pour qu’on puisse s’y retrouver sans trop de mal. Les intrigues sont compliquées mais, plusieurs fois, un personnage résume la situation pour que les enquêteurs puissent s’y retrouver eux aussi. Ce qui ajoute au plaisir, ce sont les références à Rousseau, à Voltaire, à Diderot, et les rencontres avec le musicien Grétry ou l’écrivain Restif de la Bretonne. Sans parler des aventures gastronomiques, qu’on retrouvera un peu plus tard chez Grimod de la Reynière ou Brillat-Savarin. Ce qui est encore plus impressionnant et qui nous plonge tête la première dans cette histoire, c’est l’écriture du XVIIIe siècle dans laquelle elle est écrite; Parot utilise même ce langage quand il fait parler des gens du peuple. On a l’impression de lire Voltaire ou Rousseau, bienveillante nostalgie de nos années de jeunesse !

Bref, intelligence, culture et joie de vivre constituent des atouts absolument gagnants.

Extrait :
– Alors, Monsieur Nicolas, s’écria le vieux magistrat, c’est un souper à l’italienne et par quoi va-t-il s’ouvrir ?
Madame et Messeigneurs, dit Nicolas qui portait un plat fumant, je vous annonce des carciofi alla giuda all’uso di Roma.
C’est-à-dire, précisa La Borde qui avait l’usage des langues, des « artichauts à la juive à la mode de Rome ».
Et qui nous garantit que c’est vous qui en fûtes l’auteur ?
Moi, Monsieur le procureur, et ce soupçon m’indigne car l’état de mes mains l’atteste.
Il les exposa, toutes tachées de noir.
Elles témoignent pour moi. L’inconvénient de l’épluchage de cette fleur.
Une fleur ? s’exclama Louis.
C’est la vérité, dit La Borde. Ce que nous dégustons sous le nom de légume n’est que le bouton d’une grosse fleur. Il y a même des contrées où l’artichaut sert de décoration comme nos roses ou nos lilas.
Et en pourrais-je déguster sans dommage ? demanda Noblecourt d’un ton inquiet.
Certes, dit Semacgus, je vous l’autorise. Cuit, c’est un aliment sain, nourrissant, stomachique et qui convient aux personnes sédentaires.
Dieu merci, il parle comme un médecin de Molière !

Le pont Notre-Dame

Niveau de satisfaction :
4.8 out of 5 stars (4,8 / 5)
et coup de cœur

 

 

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Entre fauves – Colin Niel

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2020 – Éditions du Rouergue
Genre : Thriller
Personnages principaux : Martin, garde au parc national des Pyrénées – Appoline, chasseuse de trophées animaliers – Kondjima, jeune namibien – Charles, vieux lion

Martin, garde au parc national des Pyrénées, déteste les chasseurs depuis que l’un d’eux à tué Canelle, la dernière ourse de souche purement pyrénéenne. Il anime un groupe Facebook, STOP HUNTING FRANCE, dont l’objectif est de retrouver l’identité des chasseurs de trophées animaliers et de publier sur les réseaux sociaux leur nom, adresse et numéro de téléphone pour les livrer à la vindicte des anti-chasse. Martin est obsédé par la photo d’une jeune femme blonde, un arc de chasse à la main et un gros lion mort à ses pieds. Il décide de retrouver la fille, il en fait une affaire personnelle.
Appoline fête ses vingt ans. Son cadeau d’anniversaire est un arc de chasse high-tech accompagné de la photo d’un gros lion à crinière noire. C’est cette bête, avec cette arme qu’elle va aller chasser en Namibie. Son père a fait toutes les réservations nécessaires.
Kondjima est un jeune namibien, de la tribu Himba. La sécheresse le contraint a amener son troupeau de chèvres en transhumance dans la montagne. Mais le troupeau est attaqué par un lion qui tue ses 93 chèvres. Kondjima se jure de tuer le lion et ainsi obtenir le respect et l’admiration de sa tribu et surtout de son amoureuse Karieterwa.
Charles est un vieux lion, solitaire depuis qu’il a été banni de sa meute par des mâles plus jeunes. Il erre sur les plaines désolées, vidées de leur faune par la sécheresse, la faim au ventre. Pour lui, se nourrir des animaux domestiques est encore le meilleur moyen de rester en vie. Pour différentes raisons, des gens veulent la peau de Charles.

Ce livre est un roman choral à quatre voix. L’auteur donne alternativement le point de vue de chacun des quatre protagonistes, le lion étant à part entière un personnage qui exprime sa vision et son ressenti. Pas le moindre manichéisme dans ce livre, les chasseurs ne sont pas pires que les défenseurs des animaux. Les personnages de Martin, de Kondjima et même du lion Charles sont cohérents et on comprend parfaitement leurs raisons et leur comportement. C’est moins évident pour Appoline. On a quand même du mal à saisir ce qui peut animer une jeune fille de vingt ans, riche, intelligente et sensible lorsqu’elle va massacrer, dans des chasses réservées aux gens friqués, des animaux qu’elle-même trouve magnifiques. Une tradition familiale qu’elle est incapable de remettre en cause ? Un papa poule qu’on ne veut pas décevoir ? Ou quelque chose de plus profond et inavoué dans cet acte de donner la mort ? Il y avait matière à creuser un peu plus le personnage d’Appoline me semble-t’il car finalement on ne sait pas très bien pourquoi elle aime autant tuer. Et que ce soit elle qui s’en tire mieux que Martin et Kondjima, m’a fortement agacé, tout autant que la sympathie que semble éprouver l’auteur pour cette tueuse d’animaux qui ne se pose pas la moindre question sur sa passion. À vingt ans, Appoline a déjà un passé et un bel avenir de massacreuse d’animaux.

L’intrigue nous amène dans les régions arides de Namibie puis sur les hauteurs pyrénéennes où un même problème se pose : une espèce protégée, lion en Namibie, ours dans les Pyrénées, est considérée comme une richesse par les uns et comme une nuisance par les autres. L’auteur le montre très bien mais ne prend pas parti. Au contraire il montre que les comportements intransigeants, celui de Martin surtout, et à un degré moindre celui de Kondjima, peuvent se payer très cher. Une position centriste qui a le mérite de montrer toute la complexité de la question. Cependant on peut se demander quelle est la position réelle de l’auteur sur la chasse aux espèces protégées quand, dans son roman, le protecteur des ours (Martin) et le jeune berger namibien (Kondjima) sont beaucoup plus mal traités que la riche chasseresse.

Parmi les éléments irritants pour moi, il y a, entre autres, le quasi orgasme de la demoiselle découvrant son cadeau : l’arme qui va servir à chasser le lion, un arc hors de prix. Ou encore son fantasme sur le lion qui l’aurait défiée, genre « t’es même pas capable de venir me tuer ». Et le pire est cette résurrection miraculeuse (ceux qui ont lu le livre comprendront) qui me semble n’avoir été inventée que pour se donner bonne conscience et de ne pas trop accabler la chère Appoline.

Côté thriller, c’est parfaitement réussi : il y a de l’action, de la tension, que ce soit dans la traque du lion dans le bush namibien ou dans la course poursuite entre Martin et Appoline dans la vallée d’Aspe pyrénéenne. L’inversion les rôles, quand les chasseurs deviennent des proies, contribue installer un bon suspense.

Sur des sujets actuels, clivants, qui suscitent souvent la polémique : la chasse et la protection des espèces menacées, Colin Niel nous donne un roman où tous les points de vue sont exposés. Un livre finalement assez consensuel, un peu trop. J’avoue avoir peu apprécié la tournure finale de cette histoire, la tiédeur et la neutralité de l’auteur. La non-prise de position est en soi très révélatrice. Finalement ce roman m’a laissé un drôle de goût amer. Je l’ai ressenti comme un condamnation de l’attitude jugée intégriste de ceux qui veulent défendre les animaux et une grande complaisance envers les chasseurs de trophées. Et ce n’est pas au moment où l’on apprend qu’un troisième ours a été tué par des chasseurs depuis le début de l’année dans les Pyrénées que je vais changer d’avis. Moi, je préfère un Martin, même s’il est un peu obtus, à une Appoline, de ces riches qui peuvent s’offrir en trophée la peau d’une espèce protégée pour décorer le salon familial.

Extrait :
Debout à flanc de colline, sa silhouette massive entourée par le bleu du ciel, il se tient debout, fier et figé. Mais rien à voir avec un animal naturalisé, au premier coup d’œil et même à cette distance je perçois la puissance qui l’anime. La force des grands prédateurs, de ceux qu’aucune espèce n’effraie vraiment. Je distingue le noir de sa crinière, sa queue courbe et statique, les épaules pointues sous le pelage ras. En vrai il est trop beau, un mâle comme jamais je n’en ai observé lors de mes précédents voyages, sec, râblé, tout en muscles. Adapté à la vie dans le désert, à la pénurie d’eau et de proies, à survivre à ce qui en aurait tué tant d’autres. Il nous observe, en fait, sans doute depuis un moment déjà. Peut-être est-ce mon imagination, mais dès cet instant, dans mes jumelles, j’ai l’impression que quelque chose se passe entre lui et moi. Que nous sommes destinés, finalement, à nous mesurer l’un à l’autre. My God, c’est comme s’il me défie de venir l’abattre. Jamais je n’ai ressenti cela en chassant des herbivores.

Bush namibien

Niveau de satisfaction :
3.9 out of 5 stars (3,9 / 5)

 

 

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La pension de la Via Saffi – Valerio Varesi

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2004 (L’Affittacamere)
Date de publication française : 2017 (Agullo Éditions, Points)
Traduction : Florence Rigollet
Genres : Enquête, géographique
Personnages principaux : Commissaire Soneri (Parme)

Valerio Varesi, né en 1959 à Turin, a fait des études en philosophie à l’Université de Bologne, puis a travaillé comme enseignant et journaliste avant d’entreprendre une carrière de romancier en 1998 : la série des enquêtes du commissaire Soneri, qui se passent pour la plupart dans la région de Parme; une douzaine de romans, à date, dont plusieurs ont été adaptés pour la télévision. Il a aussi publié une dizaine d’autres ouvrages.

Quelques jours avant Noël, dans une Parme brumeuse et humide, Ghitta Tagliavini, la propriétaire âgée d’une petite pension, est retrouvée assassinée dans ses appartements. C’est la pension où Soneri, encore jeune, a rencontré sa femme Ada, morte en accouchant il y a quinze ans. La pension était alors fréquentée par des étudiants, dont plusieurs contestataires en colère qui brassaient la cabane. Aujourd’hui, tout a changé, les étudiants, pour la plupart, sont maintenant d’honnêtes travailleurs, le pouvoir politique s’est stabilisé grâce à des ententes avec les magnats de la finance, les flots d’immigrants ont noyé l’identité parmesane; Parme est devenue une ville moderne comme les autres animée par le souci du gain et un individualisme je-m’en-foutiste. Subsistent malgré tout la cathédrale et son dôme imposant, le Teatro Regio, le jambon et le fromage. C’est ainsi que Soneri ressent la ville, qui le démoralise au plus haut point.

La pension Tagliavini est aujourd’hui une quasi maison de passe pour des gens qui en ont les moyens. Ghitta s’est ainsi enrichie, en plus de quelques chantages qui, selon les rumeurs, rapportent bien. D’où la crainte qu’elle inspire; la haine aussi. En enquêtant sur ce meurtre, Soneri s’empêtre dans la nostalgie de son passé. D’autant plus qu’il découvre une photo d’Ada et d’un jeune homme avec qui elle semble trop bien s’entendre. Il sombre ainsi dans une profonde mélancolie, oscillant entre la culpabilité et la jalousie. Même sa maîtresse du moment, Angela, ne parvient pas à l’égayer, pas plus que les repas que lui sert Alceste au Milord.

Malgré tout, il finit par poser les bonnes questions aux bonnes personnes, qui finiront par lui faire comprendre les raisons du meurtre de Ghitta et l’identité de son assassin.

Au centre des observations et des filatures de Soneri, c’est la ville de Parme qui est pratiquement le cœur du récit, plus encore que la Venise de Donna Leon, la Sicile de Camilleri et la Florence de Vichi. C’est elle aussi qui déteint sur le commissaire et qui achève de le déprimer. C’est pourquoi l’enquête n’a rien d’exaltant, contaminée par la morosité de Soneri et perdue dans les élucubrations de son ego centripète. On se perd soi-même un peu parmi tous ces personnages qui ne font que passer et dans ce va-et-vient entre il y a vingt ans et aujourd’hui. Ceci dit, Varesi exécute son travail avec minutie. Il met sur la carte une ville dont on connaissait presqu’uniquement le parmesan. Les habitants de l’Émilie-Romagne doivent se reconnaître dans ces aventures et se sentir fiers de l’auteur. Peut-être aussi que des lecteurs à l’esprit maternel éprouveront un certain attrait pour ce commissaire tourmenté qui a plus besoin d’une mère que d’une amante.

Bref, c’est un polar géographique bien fait mais, pour moi, plutôt déprimant.

Extrait :
Soneri s’arrêta sur le trottoir comme quelqu’un qui s’est perdu, mais c’était le fil de ses pensées qui s’était embrouillé. Il entendit l’inspecteur répéter « allo! »  de plus en plus fort puis raccrocher. Le commissaire ne comprenait pas. Et quand il ne comprenait pas, il s’énervait et devenait de mauvaise humeur. Il passa sous les arcades sombres de borgo delle Colonne en croisant régulièrement des groupes de Noirs au regard méfiant appuyés contre les murs. Puis des boutiques aux couleurs de l’Afrique et aux parlers mystérieux remplis de diphtongues inconnus. Via Saffi, il entra chez Mohamed et prit place sur la seule chaise restée libre. Le bar débordait d’hommes tout juste rentrés du travail, qui mangeaient des plats pakistanais. Une demi-douzaine de tables était alignée et de nombreux enfants s’y entassaient face à un monsieur barbu qui leur enseignait le Coran et leur langue d’origine. De l’autre côté, une sorte de petit matché où les prix se négociaient à voix haute et, tout proche, une autre groupe devant un téléviseur branché sur une chaîne en arabe. Au centre de tout ce vacarme, Mohamed avait l’air à son aise, plaçant les uns et les autres, sautant d’un service au comptoir à une commande en salle.

Via Saffi

Niveau de satisfaction :
3.8 out of 5 stars (3,8 / 5)

 

 

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Dictionnaire amoureux du polar – Pierre Lemaitre

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale :
2020 – Plon

J’ai dénombré pas moins de 133 dictionnaires amoureux et j’en ai peut-être oublié. Entre autres : Dictionnaire amoureux du vin, des chats, du Général, de Tintin, de Jésus, du diable, des papes, des menus plaisirs, du rugby, de l’inutile … Pierre Lemaitre vient d’en ajouter un nouveau à cette longue liste : le Dictionnaire amoureux du polar. L’auteur prévient d’entrée que les amateurs de définitions maîtrisées, de monographies exhaustives, d’analyses thématiques, etc. seront déçus. Lui, parle en tant que romancier et lecteur, il a fait un dictionnaire de ce qu’il aime, son outil principal est le pifomètre et en conséquence il ne faut pas lui en vouloir pour des oublis impardonnables, des injustices criantes, des jugements contestables.

D’Ackroyd (Roger) à Wolfe (Nero), l’auteur nous expose ses goûts en matière de polar. Comme le ferait un politicien en campagne, il ratisse large. Dans les entrées du dico, nous trouvons :
– des écrivains, célèbres, connus, oubliés ou inconnus
– des romans (une Assemblée de chacals, Aux animaux la guerre, La Bête qui sommeille, Le facteur sonne toujours deux fois …)
– des considérations sur l’histoire du polar, sur la littérature noire ou blanche, sur l’émotion, sur la mécanique narrative
– des effets narratifs (bombe sous la table)
– des films (Seven), des séries (Breaking Bad, The Wire)
– des éditeurs (Gallmeister, Guérif)
– des salons du polar (Quais du polar, Toulouse Polars du Sud)
– un bouquiniste (Bernard Terrade)
– un dessinateur de couvertures (Jean-Claude Clacys).

Parmi les auteurs, il y a les historiques incontournables : Boileau-Narcejac, Agatha Christie, Raymond Chandler, Dashiell Hammet, Jim Thompson, Simenon, Jean-Patrick Manchette … mais aussi un bon nombre de parfaits inconnus, comme par exemple Pierre Bayard, Vera Caspary, Roger Martin, Edogawa Ranpo. Signalons également quelques romans oubliés que l’auteur a exhumés : Le Destin de Mr Crump de Ludwig Lewisohn ou La peur au ventre de Stanley Ellin. Quelques absents signalés par Lemaitre lui-même : Michael Connelly, William Irish, Nick Tosches, ou David Goodis. Ces auteurs ne bénéficient pas d’une entrée mais sont quand même cités plusieurs fois. Tout comme Frédéric H. Fajardie. Michael Connelly n’a pas non plus son entrée mais son roman Le Poète, lui, a droit à un chapitre entier. William Irish est un cas curieux : en introduction il est cité parmi ceux qui ne figurent pas dans le dico alors qu’il a bel et bien son entrée (entre indridason et Izzo). On ne trouve pas Yves Ravey dans les rayons de polars, son éditeur les Éditions de Minuit le classe en littérature blanche mais Lemaitre le considère comme un auteur de polars à part entière, à juste titre. Il lui attribue une entrée.

On trouve aussi des choses étonnantes, comme cet écrivain en série marqué par la poisse : André Héléna, auteur de plus de 200 romans, autant dhistoires mal fagotées, de personnages stéréotypés, de structures à l’emporte-pièce, de clichés et d’argot daté qu’elle décourage le désir de mémoire et l’estime littéraire. Payé en espèces et sans contrat le plus souvent, Héléna sombrera dans l’alcoolisme et mourra à l’âge de 53 ans, oublié. L’entrée la plus courte fait une ligne, on peut la reproduire intégralement ici : Si quelqu’un sait quelque chose à son sujet, qu’il le dise ! Cela concerne Boston Teran dont le livre Satan dans le désert fait l’objet d’un développement beaucoup plus conséquent. À noter, tout de suite après, l’entrée la plus poétique : La Tête et les couilles.

En introduction Pierre Lemaitre précise qu’il a fait un dictionnaire de ce qu’il aime. Il aurait dû ajouter « et de ce que je n’aime pas ». Ainsi il taille un sacré costard aux Higgins Clark, mère, fille et belle-fille. Pour le plaisir citons quelques-unes de ses appréciations : Quarante ans de carrière, cinquante thrillers, deux cent cinquante millions d’exemplaires vendus et pas une seule ligne de littérature. Ou plus loin : Un malheur ne vient jamais seul. Elle nous a légué une fille, Carol Higgins Clark, et une belle-fille, Mary Jane Clark, qui, toutes deux, sont des romancières. Enfin… « romancière »… au sens où Mary Higgins Clark l’aura été pendant près d’un demi-siècle. Voilà, la famille Higgins Clark habillée pour l’hiver !
On relève aussi quelques méchants coups de griffe pour Harlan Coben et Ruth Rendell. Et un jugement mitigé sur John Grisham : bien foutu, mais superficiel. Au moment où il écrivait ces lignes il n’avait pas lu
La sentence (2020), le dernier livre de Grisham, autrement il n’aurait pas pu écrire cela. En fait je pense que l’appréciation de Lemaitre est basée sur l’image de l’auteur de best-seller, démocrate bon teint, tel qu’il le décrit, plutôt que sur son œuvre qu’il n’a que peu
ou pas du tout lue. Un jugement superficiel.
Mais dans quel état était donc Lemaitre quand il a dit à propos
Des nœuds d’acier de Collette : « mauvais, très mauvais » ? Avant de constater, stupéfait, que ce roman avait raflé trois prix et que donc il ne devait pas être si mauvais. Alors il a admis sportivement qu’il avait tord. Finalement il termine en affirmant « Si j’étais éditeur, je ferais le pari que cette fille (Collette) va aller loin ». Pas définitif le jugement mais un peu à l’emporte-pièce dans un premier temps. Au détour d’une page sur Marcus Malte, on apprend que Lemaitre n’aime pas la musique. Aucune musique. Et il explique avec humour que les gens en sont effarés car tout le monde aime la musique, surtout dans le milieu du polar où quelques auteurs adorent afficher leur compétence musicale (ça c’est moi qui le dis). Autre handicap de l’auteur : il ne parle aucune langue étrangère. Il est snob, il s’en vante. On sent bien là l’écrivain arrivé qui sait qu’il n’a pas besoin de cacher ses manques. Le succès il l’a déjà eu et il l’aura encore.

Le dictionnaire est magnifiquement illustré par Christian De Metter dont j’ai pris trois de ses dessins pour éclairer cet article.

Pour terminer je dirai que ce Dictionnaire amoureux du polar est bien agréable à lire, surtout parce que son auteur nous livre sans façons ses goûts et quelques une de ses détestations, ce qui en fait un ouvrage personnel, plus chaleureux que technique, avec des partis pris que l’on pourrait discuter mais qui sont l’essence même de la liberté de l’écrivain. Ce n’est pas une œuvre d’expert, c’est le livre d’un auteur qui lit, écrit et aime les polars. Et c’est bien mieux.
Ce dictionnaire ne prétend pas à l’exhaustivité mais il donne envie de lire des polars. C’est un cadeau de Noël/Nouvel an certainement apprécié par les amateurs de littérature noire.

Extrait :
Coben (Harlan)
J’adore Harlan Coben parce que c’est un auteur économique. Vous avez lu un de ses livres, vous les connaissez tous. Il en a lui-même fait le résumé à L’Express en 2005 : « Ce qui m’intéresse, c’est de plonger des gens ordinaires dans des situations extraordinaires [je ne sais s’il était conscient de citer Hitchcock]. Des gens comme vous et moi, qui aspirent à une vie normale, bien élevés, polis avec leurs voisins, habitant une belle maison avec jardin et garage… Sauf que les choses, pour ces gens-là, dérapent et se mettent très vite à tourner mal. »
Le résumé vaut pour tous ses romans. Les personnages, issus de la classe moyenne, ont leur quotidien bouleversé par une vieille histoire, un secret qui remonte à la surface. Dans Ne t’éloigne pas, Megan, parfaite femme au foyer, voit ainsi resurgir son passé de strip-teaseuse. En France, Coben s’est surtout fait connaître avec Ne le Dis à personne, l’histoire du docteur Beck qui découvre, huit ans après la mort de sa femme, Elizabeth, que celle-ci est en fait vivante.

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

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Le Printemps des traîtres – Christian Giguère

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2020 (Héliotrope noir)
Genre : Thriller
Personnages principaux : Michaël, homme de main

J’avais bien aimé le premier roman de Giguère (La Disparition de Kat Vandale). Surtout pour l’originalité du point de vue. Dans ce cas-ci, c’est toujours le conflit entre les gangs et les triades pour le contrôle des territoires, mais le point de vue est extérieur et privilégie Michaël, une sorte de drop out qui était jeune lors des grèves étudiantes de 2012, mais qui ne l’est plus en 2019.

On est d’abord en 2019 : Michaël vient de sortir de prison; il a hâte de revoir sa petite fille, Justine, et sa conjointe Dominique dont il est, de fait, séparé. Les services sociaux risquent d’ailleurs de placer Justine, parce que le père est un repris de justice et que la mère est soupçonnée de continuer à se droguer à la kétamine. Cette situation est d’autant plus dramatique que Dominique et Michaël ont des problèmes d’argent. D’où l’intérêt de l’offre du sergent Lapointe qui propose à Michaël de l’aider à coincer le chef du Gang de l’Ouest, Billy McCallister, en échange de quoi on octroierait à Michaël et Dominique de nouvelles identités et une relocalisation en Colombie-Britannique.

Pour comprendre comment on en est arrivé là, on retourne deux ans en arrière. Michaël survit en vendant du fentanyl dans les secteurs pauvres de Longueuil. La Gang de l’Ouest l’enrôle pour une mission qui paye bien : détourner un convoi de jeunes réfugiées que la Triade asiatique destine à la prostitution. L’opération tourne mal et Michaël se retrouve en prison pour deux ans.

C’est alors que le sergent Lapointe lui fait l’offre qu’on a vue. Mais un homme mystérieux, recommandé par son vieil ami irlandais Colm, qui lui avait servi de mentor dans le gang de McCallister, lui propose de flirter avec le gang des Asiatiques en commençant par liquider McCallister. En échange de quoi, il pourrait poursuivre ses études, n’aurait plus de problème d’argent et Justine continuerait d’être élevée par sa mère.

C’est l’option que choisit Michaël. Ce n’est pas nécessairement la meilleure.

On sent bien le côté québécois du récit qui, en grande partie, se passe à Longueuil et dans l’ouest de Montréal. Plus de mafia italienne ni de motards, mais les gangs asiatiques et les Irlandais. Le milieu politique est évidemment impliqué, mais ce n’est pas très clair. Manquent le réalisme de Montrose et le talent de conteur de Maxime Houde. S’inscrire dans la descendance de la série noire canado-américaine, version québécoise, est une noble tâche, mais ce n’est pas facile de renouveler le genre.

Extrait :
Les deux associés avaient pris soin d’arriver tôt pour inspecter les lieux, se mêler à la faune étudiante venue célébrer la relâche. Pendant qu’Aidan se frottait aux cégépiennes sur la piste de danse, Michaël se tenait devant l’écran miroitant d’une machine de vidéopoker, où il étirait une somme de vingt dollars à coups de parties à un sou.
Il s’était bien débrouillé depuis le début de son association avec les Irlandais. On aimait son sang-froid, son jugement avisé. Si on ne lui avait fait aucune promesse, Michaël se doutait bien qu’en menant cette mission à terme, il serait officiellement reçu dans le Gang d’ici la fin de l’été. En plus de s’imposer comme un des meilleurs vendeurs itinérants, il avait aidé Aidan à lancer le site transactionnel de WIC Nation, qui deviendrait bientôt un réseau virtuel de commandes de médicaments échappant à l’inspection de Santé-Canada. Seulement, il n’avait toujours pas montré qu’il possédait la qualité essentielle pour ce genre de job : un penchant pour la violence.

Poste de commande de la police de Longueuil

Niveau de satisfaction :
3.2 out of 5 stars (3,2 / 5)

 

 

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Patagonie route 203 – Eduardo Fernando Varela

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale :
2020 ( La marca del viento)
Date de publication française :
2020 – Métailié
Traduction de l’espagnol (Argentine) : François Gaudry
Genres : road-movie, aventures de voyage
Personnages principaux : Parker, conducteur de camion – Maytén, foraine
Prix :
Casa de las Americas 2019.

Parker est conducteur de camion. Il livre des fruits et légumes depuis les vallées fertiles de l’Argentine jusqu’aux ports de l’Océan Atlantique, aux confins de la Terre de feu. C’est en principe son boulot mais son rôle n’est pas aussi clair que ça. En fait Parker vit dans son camion, n’emprunte que des routes secondaires pour éviter les contrôles de police. Ses papiers ne sont pas en règle, son patron ne le paye pas toujours. Il s’arrête parfois pour camper. Alors il descend de son camion tous les meubles de son ancienne demeure au moyen d’un palan et s’installe pour quelques heures ou quelques jours dans cette maison à ciel ouvert. Aucune contrainte, même pas celle des délais de livraison. Au fil de son errance, il rencontre Maytén, une caissière qui tient aussi un jeu de massacre de fête foraine, dont il tombe amoureux. Il est alors plus préoccupé de la retrouver que de livrer sa cargaison. Lorsqu’il finit par la rejoindre, un mari jaloux contraint la belle à s’enfuir avec Parker sur les routes. Ils sont maintenant deux à vivre dans le camion. Mais pour combien de temps ?

Ce roman se distingue d’abord par son décor : des paysages immenses et désertiques, quelques villages éparpillés, le vent, la pluie. Quand vient l’hiver, la neige et les inondations contraignent les populations à migrer vers des régions plus hospitalières. Les noms des villages sont aussi folkloriques qu’évocateurs : Jardin Épineux, Le Succulent, Mule Morte, Vieille Mule, Indien Méchant, Colline Plate, Saline du Désespoir, La Pourrie … C’est dans ce cadre imposant et hostile que Parker roule sur des routes droites et vides.

Les personnages sont l’autre élément remarquable du livre. Parker est parfaitement à l’aise dans ce rude environnement. C’est un solitaire qui ne fréquente pas les autres routiers, mais la belle Maytén mettra un terme à sa solitude. Et si Parker est parfaitement adapté à cette vie de voyage hors civilisation, Maytén, bien qu’habituée au nomadisme avec la fête foraine, rêve d’une autre vie : d’une maison, de la ville, de rencontrer des gens. Malgré leur vision d’avenir divergente, leur amour réciproque les maintient ensemble. D’autres personnages secondaires sont hauts en couleur : – un journaliste voyage en voiture sans freins, à la recherche des sous-marins nazis – des jumeaux boliviens fervents croyants entretiennent un train fantôme – un groupe de néonazis venu d’Allemagne de l’Est écume les routes – des trinitaires anthropophages vivent dans un désert de sel – des habitants de village tiennent des conversations absurdes et Le Nouveau Cirque International de Catch donne des représentations de ses combattants se mesurant au terrible assassin récemment arrivé d’Allemagne, Adolf Killer ! Les personnages sont à la mesure, ou plutôt à la démesure du paysage.

Il se dégage de ce livre une impression à la fois d’immensité, d’étrangeté et de burlesque. Un roman aussi étonnant que dépaysant et captivant.

Extrait :
Le lendemain, aux premiers rayons du soleil, Maytén se réveilla lentement en sentant l’air froid sur son visage. Elle se retourna dans le lit en bâillant et ses yeux s’ouvrirent sur la teinte sépia du paysage, comme d’une vieille photographie. Elle vit d’abord en s’étirant les arbustes et les branches mortes que le vent avait accumulées, puis elle aperçut les ondulations des collines. Elle regarda autour d’elle, le camion, les braises fumantes et ces meubles installés sur le terrain, sans comprendre comment elle était arrivée dans cet endroit insolite. Incrédule, elle découvrit aussi Parker qui dormait près d’elle et comprit qu’elle venait de se réveiller. Un léger tressaillement parcourut tout son corps, c’était l’aube du premier jour d’une nouvelle vie, elle renaissait, son regard découvrait le monde. Les événements de la fête foraine et leur fuite lui revinrent en séquences brèves qui éclairaient sa situation, mais il lui restait à connaître quelque chose de très important. Où diable se trouvait-elle ? Et cette espèce de maison sans toit ? Elle se redressa et vit qu’elle était dans un lit posé sur un tapis en plein désert, à côté d’un camion, au bord de la route. Un hôtel sophistiqué ? Un mirage, un rêve ? Parker, le seul qui puisse lui répondre, continuait de dormir profondément. Du bout du doigt elle lui effleura l’épaule, non tant pour le réveiller que pour s’assurer qu’il était réel. Parker ouvrit les yeux et se tourna vers elle, mais il lui fallut aussi une ou deux secondes pour se rappeler ce qu’il faisait ici. Il voulut l’embrasser, mais elle restait éberluée.

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

 

 

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Dernier bus pour Woodstock – Colin Dexter

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 1975
(Last bus to Woodstock)

Date de publication française : 2020 (L’Archipel)
Traduction : Claude Bonnafont
Genre : Enquête
Personnages principaux : Inspecteur Morse

C’est le premier roman de la série des Morse de Colin Dexter. Les 13 romans de cette série, publiés de 1975 à 1999, ont inspiré 33 épisodes de télévision. Dexter (1930-2017) a fait des Études Supérieures au Christ College de l’Université de Cambridge. En 53, il enseigne les humanités grecque et latine; puis, en 66, il commence à travailler au Centre des examens de l’Université d’Oxford, et c’est dans cette ville universitaire pittoresque qu’il s’installe définitivement. C’est d’ailleurs dans ce décor qu’il situe les aventures de l’inspecteur Morse.

Pas facile quand on commence à lire les Morse, après avoir vu les séries qui lui ont été consacrées, de ne pas être hanté par la tête et la personnalité du comédien John Thaw. Morse c’est Thaw, et réciproquement. La brillante interprétation de John Thaw n’est certes pas indifférente au succès de l’œuvre écrite ou télévisée. Un polar d’enquête risque d’être banal, donc lassant, si l’auteur n’y inclut pas quelques ingrédients subtils. La personnalité de Morse en est un, de même que l’originalité du couple inspecteur Morse/sergent Lewis.

Deux jeunes filles faisaient du pouce entre Oxford et Woodstock. L’une d’elles, Sylvia Kaye, est retrouvée étranglée, et probablement violée, dans le stationnement du pub The Black Prince. La deuxième est portée disparue. Morse et Lewis enquêtent. C’est la première fois qu’ils travaillent ensemble. Les clients et les travailleurs du Black Prince sont interrogés, y compris celui qui a trouvé le corps, John Sanders, qui affirme qu’il n’a rien vu de spécial, sauf que Morse finit par lui faire dire que la morte était la jeune femme qu’il attendait au pub. Au cours de l’enquête, tous mentent à Morse et deviennent suspects : Mr Palmer, le directeur de la compagnie d’assurances où travaillait Sylvia; Jennifer Coleby qui a reçu une lettre codée d’un employeur semble-t-il, et qui est une des trois filles susceptibles d’avoir accompagné Sylvia le soir du meurtre; Bernard Crowther qui a donné un lift aux deux filles; et quelques autres. Pourquoi celle qui accompagnait Sylvia ne veut pas se faire connaître ? Qui semble avoir recommandé à Jennifer de ne rien dire ?

Après avoir vainement serré de près les suspects, Morse apprend que deux d’entre eux s’accusent du meurtre de Sylvia. Mais aucun ne lui convient. Se met alors en branle, devant un Lewis ébahi, la puissance de réflexion phénoménale de Morse, où les intuitions fournissent des matériaux aux raisonnements dont les enchaînements conduisent à une conclusion qui perce le mystère et clarifie les circonstances du crime.

La personnalité de Morse est attachante, ai-je mentionné, malgré ses sautes d’humeur, son traitement souvent cavalier de Lewis et son amour pour Wagner. Quand il est hanté par un problème, sa passion pour le résoudre fait flèche de tout bois. Un deuxième atout qui rend le travail d’enquête passionnant, c’est la subtilité de l’intrigue jusque dans les moindres détails. Quand Morse passe à la phase d’élucidation, il reprend les moindres indices qui nous avaient chicotés jusque là et les intègre dans un tableau d’ensemble qui apaise l’esprit du lecteur en lui donnant satisfaction. Troisième atout : la description des personnages les rend très vivants et les situe dans un décor réaliste. On y croit, on a l’impression de les reconnaître.

Bref, en 1975, j’aurais été bien inspiré de prévoir un bel avenir pour les enquêtes de l’inspecteur Morse.

Extrait :
Morse resta quelques minutes immobile, le regard baissé vers l’affreux spectacle qui s’étalait à ses pieds. La jeune fille assassinée portait un minimum de vêtements : une paire de chaussures à semelle compensée, une mini-jupe bleu foncé réellement très courte et un chemisier blanc. Rien d’autre. Morse promena sa torche sur la partie supérieure du corps. Le côté gauche de son chemisier avait été déchiré : les deux boutons du haut étaient ouverts et le troisième violemment arraché, si bien que les seins étaient presque totalement exposés. Morse dirigea sa torche autour du corps et découvrit immédiatement le bouton qui manquait, un petit disque de nacre, très blanc sur le sol pavé où il sembla miroiter à son intention. Dieu, qu’il haïssait les crimes sexuels ! (…)
À 23h45, Lewis avait terminé sa mission et vint faire son rapport à Morse, assis dans le bureau du gérant en compagnie du Times et d’un liquide qui ressemblait beaucoup à du whisky.
– Ah! C’est vous Lewis ! fit-il en poussant le journal vers lui. Regardez donc le 14 vertical. Tout à fait de circonstance, non ?
Lewis regarda le 14 vertical : « Plus net, cher à Juliette. » Il lut ce que Morse avait écrit dans la grille terminée : balconnet. Qu’était-il censé dire ? C’était la première fois qu’il travaillait avec Morse.
Bonne définition, vous ne trouvez pas ?
Lewis réussissait parfois à remplir la grille des mots croisés du Daily Mirror mais, là, il perdait pied.
Je crains de ne pas être doué pour les mots croisés, monsieur.
Juliette fait ses adieux à Roméo du haut de son « balcon »; plus « net », cela fait balconnet.
Le visage de Lewis exprimait la perplexité à l’état pur.
Vous n’avez pas étudié Shakespeare, Lewis ?
Non, monsieur.
Vous pensez que je vous fais perdre votre temps, Lewis ?
Lewis n’était pas un imbécile mais un honnête homme et intègre.
Oui, monsieur.
Un sourire engageant étira les lèvres de Morse. Il pensait qu’ils s’entendraient bien tous les deux.
Lewis, je veux que vous travailliez avec moi sur cette affaire.

Université d’Oxford

Niveau de satisfaction :
4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)

 

 

 

 

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Les enfants perdus de St. Margaret – Emily Gunnis

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018
(The Girl in the Letter)
Date de publication française : 2020 – Préludes
Traduction : Paul Benita
Genres : Enquête journalistique, roman noir
Personnages principaux : Samantha Harper, journaliste – Kitty Cannon ex-animatrice de talk-show à succès

Année 1959 près de Preston (Angleterre).
Le couvent de St. Margaret accueille des mères célibataires. C’est là que les familles cachent leur honte en y enfermant les jeunes filles enceintes, contre cent livres, prix de la pension. Ce n’est pas un endroit de réconfort, c’est au contraire un lieu de souffrances. Les futures mères doivent travailler du matin au soir dans de terribles conditions de privation, sous la surveillance de méchantes nonnes. Une fois que les filles ont accouché, on leur enlève leur bébé pour le faire adopter par une famille qui peut en payer le prix. Ivy a été envoyée dans ce sinistre établissement mais elle espère que son amant, d’une famille aisée, la sortira de là. Elle lui écrit des lettres poignantes.
En 2017, Samantha Harper, tombe sur quelques unes de ces lettres par l’intermédiaire de sa grand-mère. Son instinct de journaliste la pousse à enquêter sur cette étrange institution, d’autant plus qu’elle apprend que la célèbre Kitty Cannon, ex-animatrice d’un talk-show à succès, s’intéresse de près à St. Margaret. Sa curiosité en est avivée. Elle y voit un bon sujet de reportage qui lancera sa carrière. Elle ne se doute pas alors de l’impact considérable qu’auront sur elle-même ses investigations.

Des endroits tels que St. Margaret ont surtout existé en Irlande mais on en trouvait aussi quelques-uns en Angleterre. C’est à partir de faits réels que l’auteure a élaboré l’intrigue de son roman. Si les personnages sont totalement fictifs, les lavoirs de linge, le travail en esclave, les humiliations, les sévices, la mal nutrition, la séparation des bébés à la naissance et même les essais de médicaments sur ces cobayes involontaires ne doivent rien à l’imagination de l’écrivain, ils ont effectivement eu lieu dans ce genre d’établissements, avec la bénédiction de l’Église et de la bonne société.

L’intrigue imaginée par l’auteure est complexe au niveau des personnages. Elle s’étend sur six décennies et quatre générations. Il y a peu d’hommes, beaucoup de femmes. Les liens de parenté entre les différentes figures féminines demandent de l’attention sous peine d’être largué et ne plus savoir qui est la grand-mère, la mère, la fille, la petite-fille. D’autant plus que certaines s’échangent leurs identités. Si l’on surmonte cet obstacle, on est complètement pris dans cette histoire tragique, pleine de surprises et de rebondissements.

Le livre montre bien la cruauté qui s’exerce sur des jeunes filles en détresse de la part d’une institution religieuse qui n’a rien de charitable. Les travaux forcés des filles offrent une belle rentabilité et la vente des bébés est d’un bon rapport. Quant aux bien pensants, ils y trouvent aussi leur compte : certains peuvent se débarrasser discrètement de la tâche que représente pour une famille une fille enceinte sans mari, pour d’autres c’est la possibilité d’acheter légalement un bébé en bonne santé.

Après le formidable Nickel Boys de Whitehead montrant les camps de redressement pour garçons aux États-Unis, ce roman dévoile les établissements religieux d’expiation pour filles, en Angleterre. Ils ont en commun le mépris de l’être humain, le sadisme, exercés sur des jeunes gens abandonnés, oubliés. Des enfants perdus.

Les enfants perdus de St. Margaret combine la révélation des atrocités commises dans les établissements pour mères célibataires avec une enquête journalistique, rythmée et prenante. Un bon roman noir, édifiant et poignant.

Extrait :
Après deux heures passées à lire des récits aussi déchirants qu’éprouvants de bébés arrachés à leurs mères, une expérience dont, semblait-il, aucune ne se remettait, Sam ne put en supporter davantage. Les malheureuses étaient forcées de travailler dans des lavoirs, dans des conditions difficilement descriptibles, manipulant souvent d’énormes machines jusqu’à l’accouchement. Leurs nourrissons leur étaient ensuite enlevés dès la naissance, les jeunes femmes devant signer un renoncement à tout droit sur eux.

Cet immense manoir lui faisait peur quand ils passaient devant en voiture le dimanche en allant à l’église.

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

 

 

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