La viande des chiens, le sang des loups – Misha Halden

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016 (Fleuve noir)
Genres : Roman noir, fantastique
Personnages principaux : Rory, grand gaillard asocial et révolté – Lupa femme-loup

Rory est un grand escogriffe qui vit seul à la campagne. Un jour il trouve un type en train de fouiller chez lui à la recherche d’on ne sait quoi. Et comme si ça ne suffisait pas, arrive une jeune femme, menue comme un enfant, qui insulte le voleur … et le type se tire aussitôt une balle dans la tête ! Rory, qui avait l’habitude de la solitude et de la tranquillité en faisant pousser son potager, est éberlué. Mais il n’est pas au bout de ses surprises. D’abord il trouve la fille très étrange, puis peu de temps après, deux mecs se pointent, embarquent la fille et Rory après l’avoir assommé au préalable. Malgré lui, Rory va être plongé dans une bien surprenante aventure où il est question d’une secte qui garderait une créature immortelle.

L’intrigue dose savamment suspense et mystère pour dévoiler, petit à petit, les dessous d’une affaire très insolite. On frise le fantastique sans vraiment basculer dedans. C’est le personnage de Lupa qui fait qu’on se tient à la limite entre le réel et le surnaturel. Lupa est une héroïne de légende. Faisant pendant à ce personnage, Rory est lui, au contraire, bien ancré dans la réalité. C’est un homme ordinaire qui a toujours été dominé par les autres et particulièrement par son ex petite amie. Dix ans après son départ il ne s’est toujours pas remis de cette rupture. Depuis il vit retiré de cette société de consommation qu’il ne supporte plus. Dans un premier temps, il voit en Lupa son amour perdu, avant qu’il ne se libère de cette ancienne emprise. Dès lors il sera capable de découvrir la force, la fragilité et la singularité de Lupa. Il va considérer que son devoir est de la protéger et de l’aider.

Ce qui rapproche ces deux personnages c’est leur inaptitude à s’intégrer dans la société. Ce sont des asociaux. Pour Lupa, c’est sa naissance qui l’isole alors que pour Rory ce sont les épreuves de la vie qui l’ont marginalisé. Les deux vont se chercher, se reconnaître, s’attirer. Mais le contexte va compliquer leur relation.

L’auteure est une jeune femme qui a su se mettre dans la peau de son personnage narrateur. L’histoire est racontée du point de vue de Rory. Le style est tout a fait adapté à cet homme à la fois fruste et sensible qu’est Rory, souvent cru, parfois grossier. L’écriture est masculine et si l’on lisait ce livre sans connaître son auteur, on penserait qu’il a été écrit par un homme.

La viande des chiens, le sang des loups est un roman surprenant, par son sujet et par son style. Parfois dur et même violent, parfois poétique. Il peut être perturbant pour certains. Un roman inclassable qui se distingue du tout-venant de la production polardeuse.

Misha Halden est une trentenaire installée en Bourgogne, où elle partage son temps entre l’écriture et sa passion pour l’histoire et les métiers oubliés. Sous son véritable nom, Justine Niogret, elle est l’auteure de plusieurs ouvrages de science-fiction et de fantasy, pour lesquels elle a été primée : Chien du beaume, Mordre le bouclier, Mordred, Cœurs de rouille, Gueule de truie. Elle a choisi d’écrire son premier roman noir sous le pseudonyme de Misha Halden.

Extrait :
— Alors laissez-moi finir. Les Lupa sont des créatures de guerre. Oui, ça fait très romantique, mais après tout il y a des musiciens-nés, des enfants de six ans qui se servent mieux d’un ordinateur que leurs parents réunis. Encore une fois je vois pas ce que ça a de curieux. Nous avons sans doute tous des dons, nous servons tous à quelque chose ; reste que la société, à une époque donnée, a que peu de places à offrir. Si votre don est de tisser la laine aussi fin qu’une araignée, un fil de soie rempli d’art et d’amour, de savoir et de respect, et que vous naissez à l’ère de la polaire et du plastique, que pouvez-vous faire ? Si vous chantez l’opéra comme personne, si vos sinus et votre gorge peuvent moduler les sons les plus purs et les plus beaux qu’on puisse imaginer, et que vous naissez à l’âge des pop-songs ? Et pire, et le véritable problème est là ; si vous naissez chanteur d’opéra mais que l’âge du pop-song a tellement duré qu’il reste plus de partitions d’opéra ? A quoi servez-vous ? A quoi servez-vous au monde, si vos dons, votre logique intérieure sont bafoués par le peu d’espace qu’offre la société de votre époque pour exprimer ce que vous devez faire, et ce que vous pouvez réussir ? Si toute votre chair vous crie que la compassion aide le monde, mais que vous naissez à une époque où on jure aux enfants qu’ils existeront en étant cyniques et en riant du malheur ? Si tout votre être veut la justice mais qu’on vous en offre une tiède, parce que l’époque veut un monde étriqué, une petite chose en carton bouilli, tiède et fade ?

Ma note : 4.25 Stars (4.25 / 5) 

 

 

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Debout dans la tombe d’un autre – Ian Rankin

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2012 (Standing in another man’s grave)
Date de publication française : 2014 (Lattès et Masque)
Genre : Enquête
Personnage principal : Rebus, inspecteur à la retraite

Rankin est un écrivain écossais bien connu.
Son site (https://www.ianrankin.net/) et son infolettre entretiennent l’intérêt des lecteurs. Ses romans aussi, évidemment, même si une certaine baisse de régime s’est produite depuis la mise entre parenthèses de l’inspecteur Rebus, qui a fini d’ailleurs par ressusciter, comme bien d’autres.

Plus ou moins retraité, Rebus est toléré dans le département des cold cases, des cas non résolus depuis des lustres, et où il ne se passe pas grand-chose. D’où le peu de moyens de ce département. Cercle vicieux bien connu.

Une jeune femme, Annette McKie, disparaît dans des conditions qui, selon la mère d’une autre femme disparue il y a quelques années, présentent plusieurs ressemblances avec plusieurs disparitions de jeunes filles au cours des dernières années. Mais des ressemblances ne sont ni des preuves, ni des évidences; pour l’ensemble des forces de l’ordre, Nina Hazlitt, la mère de Sally qui est disparue à la Saint-Sylvestre de 1999, est une harceleuse troublée et inconsolable. Rebus accepte pourtant de la rencontrer et elle plaide sa cause en citant les cas auxquels elle avait fait allusion : Brigid Young en mai 2002, et Zoe Beddows en 2008. Un lien : l’autoroute A-9, par où elles sont passées et une photo d’un paysage envoyée à un ami le jour de leur disparition.

Rebus se rend au poste de police de Gayfield Square pour rencontrer sa vieille copine et assistante Siobhan Clarke, qui lui donne des précisions sur la disparition d’Annette, mais demeure sceptique sur un lien éventuel entre tous les cas évoqués par Nina Hazlitt. Plutôt que de passer ses journées à classer des papiers, Rebus décide d’étudier les cas de plus près. Ses supérieurs Cowan, puis Page, puis Dempsey sont loin de l’aider, sans parler de l’obsédé Malcolm Fox du Service des Plaintes qui s’est juré d’avoir la tête de Rebus. Faut dire que Rebus n’est pas devenu plus diplomate en prenant de l’âge. C’est une sorte d’électron libre qui ne s’entend à peu près qu’avec Siobhan, avec qui il ne joue d’ailleurs pas toujours franc jeu.

Rankin multiplie les tensions : entre Rebus et ses collègues, entre les vieux chefs mafieux Cafferty (à qui Rebus aurait sauvé la vie) et Hammell (autre vieux chef de gang) qui est l’amant-ami de la mère de la dernière disparue, entre la police et les media (bien sûr). Le procédé vise entre autre à maintenir l’intérêt, parce qu’on risque de se lasser assez vite des analyses microscopiques des tracasseries de bureau et que, si la Saab de Rebus en roule un coup sur l’autoroute A-9, on ne peut pas dire que l’enquête brille par son dynamisme ou ses rebondissements. Les paysages écossais ne nous charment pas davantage : surtout des problèmes de circulation, bien connus chez nous aussi, et des villages qui ressemblent à des milliers de villages. Et c’est long. Beaucoup de bruit pour presque rien. Reste que Rebus a un certain charme pour plusieurs, un certain esprit d’indépendance nourri au scotch; pour moi, toutefois, il vieillit mal.

Extrait :
Unité de police canine de Grampian.

Un agent ouvrit l’arrière et déverrouilla une cage. Un épagneul à la robe tachetée en sortit et commença à examiner avec soin la surface de la route.
− Ça vous fait loin de la maison, dit Rebus.
− La Northern n’a pas l’équivalent de Ruby, expliqua l’agent.
− Vous êtes venu d’Aberdeen ?
L’homme acquiesça, concentrant son attention sur le chien.
− Vous êtes parti un peu tard, dit Rebus en étudiant le ciel.
− Ruby n’utilise pas ses yeux. Ce qui signifie qu’elle peut travailler tard. C’est vous qui êtes responsable ?
Rebus fit non de la tête.
− C’est la superintendante-chef que vous devez voir, mais elle a dû retourner à Inverness.
− Dans ce cas, je crois que je vais me mettre au boulot.
Le maître-chien avait l’air d’un gars de la campagne, belle bedaine et visage rougeaud avec des cheveux noirs coiffés en arrière. La barrière d’accès au champ étant ouverte, Ruby était impatiente de commencer ses explorations mais elle ne bougerait pas tant qu’elle n’en aurait pas reçu la permission.
− Vous n’avez pas besoin…
− De quoi ?
− D’un bout de vêtement ou d’un objet appartenant à la disparue ?
− Ce n’est pas la spécialité de Ruby, répondit le gars.
− Et c’est quoi, sa spécialité ?
− Elle trouve les cadavres.

Les boisés d’Edderton

Ma note : 3.5 Stars (3.5 / 5)

 

 

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Canicule – Jane Harper

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016 (The Dry)
Date de publication française : 2017 aux Éditions Kero
Genre : Enquête
Personnage principal : Aaron Falk, policier

Kiewarra est une petite ville du sud de l’Australie, écrasée de soleil et victime de sécheresse. Tout le monde se connaît dans Kiewarra, alors quand une famille entière est massacrée, c’est la stupéfaction. Selon les apparences, c’est le père, Luke, qui a tué sa femme et son fils avant de se suicider.
Aaron Falk, policier à Melbourne, est originaire de Kiewarra. Quand il reçoit l’étrange message : « Luke a menti. Tu as menti. Sois présent aux funérailles », il redoute la résurgence d’un passé qu’il a cherché à oublier. Il ne se trompe pas. Falk va revenir dans sa ville de naissance. Pour certains, il ne sera pas le bienvenu.

L’intrigue est on ne peut plus classique à première vue : une tuerie, un coupable évident, des éléments compliquent l’enquête, la réorientant … C’est du roman policier conventionnel. Cependant ici il s’ajoute la personnalité du policier qui a passé toute sa jeunesse dans la ville où il enquête. Cette jeunesse est marquée par un événement dramatique : une de ses amies s’est noyée dans la rivière proche. Les circonstances de cette mort sont restées obscures. Certains pensent que Falk n’y est pas pour rien, ils vont le lui faire savoir. L’enquête sera rendue difficile par les réminiscences de ce drame ancien.

Le cadre joue aussi un rôle primordial. Outre que dans une petite ville chacun connaît l’autre, la sécheresse durable installe une ambiance pesante. Dans les fermes le bétail meurt, la faillite est proche et le désespoir aussi. C’est donc dans un climat de tension exacerbé que l’enquête se déroule.

Le rythme est lent, on passe alternativement de l’enquête actuelle aux événements passés. Pour simplifier la lecture, l’auteur utilise l’écriture normale pour décrire le présent et une écriture en italique pour le passé.

De facture classique mais avec un cadre et un héros revenant sur ses pas d’enfance qui le particularisent, Canicule est un premier roman de qualité. Il est en cours d’adaptation pour le cinéma.

Extrait :
Très vite, ils découvraient que les légumes poussaient moins vite que dans les jardinières des villes. Que la moindre petite pousse devait être choyée pour se développer sur une terre réticente, et que les voisins avaient trop à faire pour se montrer accueillants. À la campagne, il n’y avait pas d’heures de pointe, pare-chocs contre pare-chocs, mais il n’y avait pas non plus l’embarras du choix quant aux destinations possibles.

Falk comprenait qu’on puisse être déçu, et ne reprochait rien aux Whitlam. Il avait vu ça bien des fois quand il était gamin. Les nouveaux arrivants découvraient la monotonie, l’immensité, l’extraordinaire âpreté du paysage, et il ne fallait pas longtemps avant que leurs visages disent tous la même chose : Je ne savais pas que c’était comme ça.

Bush australien

Ma note : 4 Stars (4 / 5)

 

 

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La maison de soie – Anthony Horowitz

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2011 (The House of Silk)
Date de publication française : 2011 chez Calmann-Lévy
Genre : Enquête
Personnages principaux : Sherlock Holmes – Dr Watson

Horowitz est né à Londres en 1955. Il s’est fait connaître par sa littérature pour la jeunesse mais aussi par des romans en série (dont les Alex Rider), plusieurs scénarios pour les séries télévisées (dont certains Agatha Christie et Barnaby) et par des pastiches dont ce fameux Sherlock Holmes.

Watson écrit cette fabuleuse enquête de Sherlock Holmes au cours de la première guerre mondiale, alors que Holmes est déjà mort depuis quelques années et que sa propre vie tire à sa fin.

L’action se passe fin 1890/début 1891, et ne pouvait pas être racontée avant, parce que
« les événements que je vais décrire étaient trop monstrueux, trop choquants pour être imprimés ». Watson demande d’ailleurs qu’on ne publie pas cette histoire avant 100 ans pour ne pas « mettre à mal le tissu tout entier de notre société ».

Pour Holmes et, en grande partie, Watson, parce que Holmes se retrouvera pendant un certain temps dans l’impossibilité de participer à l’enquête, il s’agit de résoudre trois énigmes en même temps : enquêter sur un sombre individu, qui appartiendrait au gang des casquettes plates, très actifs dans la région de Boston dans les vols de tableaux, qui aurait échappé au coup de force de la police américaine, et qui voudrait se venger sur Edmond Carstairs et sa famille, établis dans la maison cossue de Ridgeway Hall, à Wimbledon. Puis, au cours de cette enquête, un meurtre est commis et un des gamins, employé par Holmes pour un travail de surveillance, disparaît. Holmes se sent responsable du sort de ce garçon et jure de traquer le (ou les) coupable (s). C’est sur cet élan que notre limier préféré entre en conflit avec les membres de la Maison de Soie, contre les conseils de Mycroft. La partie devient brûlante, on ne sait plus à qui se fier, et Holmes, à défaut d’y laisser la vie, y perdra une bonne partie de sa liberté.

En dire davantage risquerait de gâcher le plaisir du lecteur. Et quel plaisir, en effet, que de retrouver ces rues pluvieuses londoniennes, ces relations amicales entre Holmes et Watson, ces aptitudes d’observation et cette puissance de déduction du grand Sherlock, et ce style particulier d’écriture du cher Docteur Watson (ça, c’est du grand Horowitz !)  Je ne connais évidemment pas tous ceux qui se sont risqués à imiter Conan Doyle mais, pour moi, seul René Réouven (Histoires secrètes de Sherlock Holmes, Denoël, 1993) est parvenu à être aussi convaincant que Horowitz. C’est une véritable résurrection de Sherlock Holmes. On le croyait mort et le voilà retrouvé.

Extrait :
− Mon cher Sherlock, s’exclama Mycroft quand il entra en se dandinant. Comment vas-tu ? Tu as perdu un peu de poids, récemment, je remarque. Mais je suis content de te voir revenu le même qu’avant.
− T’es-tu remis de ta grippe ?
− Elle n’était pas forte du tout. J’ai apprécié ta monographie sur les tatouages. Écrite la nuit, évidemment. As-tu souffert d’insomnie ?
− L’été a été désagréablement chaud. Tu ne m’avais pas dit que tu avais acheté un perroquet.
− Pas acheté, Sherlock, emprunté. Docteur Watson, c’est un plaisir. Même si cela fait presqu’une semaine que vous n’avez pas vu votre épouse, je gage qu’elle va bien… Tu reviens tout juste de Gloucestershire.
− Et toi, de France.
− Mrs Hudson s’est absentée ?
− Elle est rentrée la semaine dernière. Tu as une nouvelle cuisinière.
− La précédente a démissionné.
− À cause du perroquet.
− Elle a toujours eu un pied levé pour partir.
Cet échange se produisit à une telle vitesse que j’eus l’impression d’assister à une partie de tennis, à tourner sans cesse la tête tantôt vers l’un, tantôt vers l’autre. Mycroft nous invita à prendre le canapé et installa sa propre masse sur une chaise longue.

Londres 1890

Ma note : 4.75 Stars (4.75 / 5)
Coup de cœur 

 

 

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N’envoyez pas de fleurs – Martin Solares

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2015 (No manden flores)
Date de publication française : 2017, Christian Bourgois
Genre :
Roman noir
Personnages principaux : Carlos Treviño, enquêteur et ancien policier Magarito Gonzáles commissaire de police

La fille d’un riche homme d’affaires mexicain a été enlevée, rien d’étonnant : les enlèvements sont monnaie courante à La Eternidad, région du golfe du Mexique. Mais là, les parents ont les moyens et ils ont la ferme intention de récupérer leur fille. Inutile de faire appel à la police, elle est corrompue. Leur ami, le consul des États-Unis à La Eternidad, leur conseille d’engager Carlos Treviño, un ancien policier, pour la retrouver.
Magarito Gonzáles est commissaire de Police. Bien entendu il a profité du système de corruption généralisé en place. Maintenant il est en bout de course et va être incessamment remplacé, pour peu que son successeur ait le temps de s’installer. Avant de prendre sa retraite il tient à clore cette affaire du kidnapping de la fille de l’homme d’affaires. Il a de bonnes raisons pour le faire. Évidemment l’enquêteur Carlos Treviño et le policier Magarito Gonzáles vont se rencontrer.

L’intrigue est bâtie autour des personnages de l’enquêteur et du commissaire. Si Carlos Treviño, est intègre et honnête, chose rare pour un ancien policier, Magarito Gonzáles est corrompu jusqu’à la moelle. Les deux hommes ont en commun d’être des coriaces, des tenaces dont il est difficile de se débarrasser. Pourtant nombreux sont qui ont essayé de le faire. Tous les deux en prennent plein la tête mais ils ne sont jamais totalement anéantis. Ce sont ce que les américains appellent des Hardboiled, des durs à cuire qui tombent parfois mais se relèvent toujours.

L’autre aspect marquant de ce roman, c’est le cadre : le Mexique, plus précisément la bien mal nommée région de La Eternidad où bon nombre de citoyens ne font pas de vieux os. L’auteur nous dépeint une société gangrenée par le crime et la corruption. Les gangs de trafiquants font régner leur loi. Les assassinats, les enlèvements, le chantage et la torture sont leur moyens de s’imposer. La guerre entre les différents cartels est féroce. La violence s’élève encore d’un cran avec l’avènement des Nouveaux, un cartel barbare qui gagne des territoires en faisant régner la terreur. Les victimes ne doivent surtout pas s’adresser à la police, elles ne feraient qu’empirer leur situation car la police est corrompue et noyautée par les membres des gangs. D’ailleurs les policiers ne représentent pas un obstacle pour les truands, ceux qui ne coopèrent pas sont rapidement éliminés : le successeur de Magarito Gonzáles fraîchement nommé est liquidé deux heures vingt minutes après sa prise de fonction. Et ce n’est pas le record de brièveté d’une carrière, le record c’est une heure quinze minutes, le temps qu’a tenu un nouveau commissaire avant de se faire descendre. Dans ce contexte la vie des deux personnages principaux ne pèse pas lourd, mais ils y tiennent. Ils vont la défendre âprement.

Le ton tranquille et détaché utilisé par l’auteur, comme si c’était la vie quotidienne et banale de ce coin du Mexique, n’en donne que plus de force au récit. N’envoyez pas de fleurs est un roman noir, puissant, qui nous éclaire sans juger sur le poids des cartels dans le Mexique contemporain.

Extrait :
Il y a vingt ans, n’importe qui aurait porté plainte. Mais maintenant, ils sont partout. Ils veulent des maisons ? Il leur suffit de les confisquer. Qui s’y opposera ? Ils veulent des armes ? Ils peuvent les acheter à des Centraméricains, ou les échanger contre de la drogue à leurs potes américains ; et s’il les leur faut d’urgence, ils peuvent toujours en trouver en ville… Ils veulent des femmes ? La mafia russe peut leur fournir des blondes de n’importe quel pays ayant survécu au rideau de fer. Ils ont donné de l’argent à l’église, ils ont construit des routes et des hôpitaux, ils ont fait alliance avec la police… Avant, le gouvernement en arrêtait un de temps en temps pour se faire bien voir des Américains, mais maintenant que le milieu et les politiques travaillent main dans la main, c’est fini tout ça. Et qui va oser en parler à la presse ?
Le rédacteur en chef d’un des journaux de La Eternidad a été placé là par les criminels eux-mêmes. Il arrive quand le numéro est houclé, il s’assied, il relit attentivement tout ce qui concerne la vie nationale et locale et il oblige les chefs de service à éliminer les articles qui disent du mal de la bande d’assassins pour laquelle il travaille. Il lui arrive même de taire disparaître certains mots. Ou alors il fait remplacer gang criminel par groupe rebelle ; trafic de stupéfiants par commerce ; enlèvement par arrestation ; lésions par marques ; assassinat par disparition. Comme si les mots leur appartenaient, à ces salauds. Bientôt, on ne pourra même plus les nommer.

Il s’est dit que tout ça allait mal finir quand il a entendu une adaptation  de Beach Samba de Walter Wanderley dans les hauts-parleurs de la cafétéria : le genre de chansons qui plaisait à Carlos Treviño.

Walter Wanderley – Beach Samba

Ma note : 4.25 Stars (4.25 / 5) 

 

 

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Metamorphosis – Vivianne Perret

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2016 (Éditions du Masque)
Genre : Enquête
Personnage principal : Houdini

Vivianne Perret voyage et écrit beaucoup dans bien des domaines. Cet Houdini est le premier d’une série historique qui nous montrera Houdini enquêter dans le monde entier. Comme j’ai toujours été attiré par les magiciens, et particulièrement Dickson et Houdini, je m’attendais à beaucoup. Peut-être à trop. En tout cas, la pâte n’a pas levé.

Houdini et Bess, son épouse, donnent des spectacles fort appréciés à San Francisco. Un riche marchand chinois lui demande de retrouver sa nièce, apparemment enlevée sur le bateau qui l’emmenait dans cette grande et superbe ville de l’ouest américain. Puis, un agent du FBI lui confie une mission si secrète qu’elle échappe un peu au lecteur : un riche financier aux puissantes influences politiques serait mêlé aux multiples trafics des groupes mafieux qui sévissent dans le Chinatown, particulièrement la soumission des jeunes filles à la prostitution. Houdini n’est pas vraiment doué pour ce genre de travail et il semble perdu le plus souvent. Mais, comme on suit aussi plusieurs autres histoires plus ou moins liées à l’histoire principale, le lecteur aussi est perdu. Heureusement : de beaux hasards réuniront tout ce beau monde de magiciens, de policiers, de truands, de tueurs, dans un même lieu, ce qui facilitera une finale heureuse.

Pourquoi ce roman ne m’a pas embarqué ? C’est comme si l’auteure avait voulu en faire trop et que tout est traité en surface. Les personnages sont minces, même Houdini et sa femme : un joyeux magicien plutôt vaniteux et une petite femme amoureuse, fière de lui, mais indépendante au point d’agir sans trop réfléchir. Un quartier chinois dont on apprend les noms de rue, mais qui manque de vie, d’odeurs, de saveurs. Des policiers interchangeables. Un agent du FBI qui charge Houdini d’une mission, dont on ne comprend pas très bien en quoi elle consiste. De toutes façons, il y a tellement de personnages et tellement d’intrigues différentes qui se déroulent en même temps et sans trop de cohérence que les enquêtes de Houdini se résument pratiquement à plusieurs marches dans le Chinatown de San Francisco. Quant à ses talents de magicien, en dehors des représentations officielles, ils se réduisent pratiquement à se sortir d’une camisole de force et à débarrer une porte.

Un enquêteur, des méchants, un enlèvement, quelques meurtres et des données historiques pertinentes ne suffisent pas à constituer un bon roman policier.

Extrait :
Allongé sur la couchette, il réfléchissait, incapable de trouver le sommeil. Il prenait conscience de l’énormité de la situation. Il aurait voulu se dédouaner de ses actes en les mettant sur le compte d’un tempérament impulsif ou d’un coup de folie. Rien n’était plus faux s’il fouillait le tréfonds de son âme pour y découvrir un peu d’honnêteté. Combien de fois en avait-il rêvé ? Combien de fois avait-il songé à la manière dont il devrait se comporter si par miracle il en avait la possibilité ? Il n’avait pas agi sur un coup de tête. Au contraire, l’idée avait lentement fait son chemin, aussi invraisemblable fût-elle, s’insinuant en lui tel un délicieux poison. Et lorsque cette incroyable opportunité s’était présentée, il l’avait saisie.

La prostitution dans le Chinatown de San Francisco vers 1900

Ma note : 3 Stars (3 / 5)

 

 

 

 

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Dusk – Sébastien Bouchery

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016 (Fleur Sauvage)
Genres : Western, Thriller
Personnages principaux : Kenny Bowens, célèbre pisteur – Jacob J. Stabler détective vieillissant

En 1866, dans le Nebraka, un assassin violeur de petites filles sévit depuis douze ans dans les comtés de Buffalo, Kearney et Gosper. Il n’a jamais été identifié. Quand le cadavre d’une fillette est retrouvé dans une rivière, le candidat au poste de gouverneur de l’état de Nebraska monte une expédition formée d’un shérif et ses deux adjoints auxquels se joignent deux anciennes gloires de l’Ouest plus un journaliste écrivain et enfin la conseillère en communication de l’homme politique. Cette chasse à l’homme devrait, si elle réussit, auréoler de gloire un candidat gouverneur qui a basé sa campagne sur la sécurité des citoyens. La cohorte va rencontrer des difficultés : le froid d’un hiver glacial, la concurrence d’un chasseur de prime expérimenté et la résurgence du passé.

La première partie du livre est dans le style western. Sur un indice assez mince, la troupe s’engage sur une piste incertaine. Les dangers vont apparaître mais pas sous la forme attendu du tueur-violeur d’enfant. Le premier obstacle c’est le froid, l’opération a été lancée en plein hiver. Un chasseur de primes très efficace est lui aussi sur les traces du tueur, il est en compétition avec l’expédition. Une rivalité, datant de la jeunesse, entre deux shérifs aux conceptions opposées, va faire beaucoup de dégâts. Et enfin il y a la menace d’un autre tueur en série qui sévit dans leur zone d’investigation. Cette partie western est dominée par les figures de deux vieux baroudeurs qui ce sont distingués sur les champs de bataille de la guerre de sécession, maintenant reconvertis en pisteur et détective.

La deuxième partie tourne au thriller et du coup prend un aspect beaucoup plus actuel. La menace change de nature, les manigances politiques se substituent aux dangers de l’Ouest sauvage. Il y a beaucoup de surprises concernant les personnages dans cette partie. L’image que nous avait donné la première partie de certains personnages est complètement métamorphosée. Les coups de théâtre se succèdent.

Autre aspect intéressant : la transition d’un monde traditionnel vers un monde plus moderne avec l’arrivée du chemin de fer, du journalisme de terrain, de la propagande politique, des méthodes scientifiques de la police avec le début des autopsies.

Dusk est un curieux roman. Un amalgame original et réussi de western traditionnel et de thriller moderne.

Extrait :
Ray resta silencieux. Il pensait à la sottise de cette expédition. Dire qu’il ne s’agissait que d’une vaste fumisterie eut été un doux euphémisme. Tout ça pour garnir un peu plus les fouilles d’un politicard avide de pouvoir et d’admiration. En y repensant bien, Brittle savait au fond de lui que cette opération avait viré à la mission suicide dès lors que les autorités gouvernementales s’en étaient mêlées. La traque se serait déroulée au printemps, la donne aurait été différente. Mais parcourir les plaines en plein cœur de l’hiver était une folie. Une folie douce ayant pour seule vocation la réussite d’un candidat aux futures élections. Quel gâchis…

Il entendait des rires, des discussions et des notes de musiques échappées de banjos, de guitares ou d’harmonica. Il serpenta entre les toiles et reconnut au loin les paroles de The rising of the moon, une balade irlandaise écrite un an plus tôt par John Keegan Casey.

The Rising of the Moon – Irish folk song

Ma note : 4 Stars (4 / 5) 

 

 

 

Au moment où je publie cette chronique, j’apprends que des difficultés financières mettent les éditions Fleur Sauvage en danger. Si, comme moi, vous détestez voir disparaître les maisons d’édition ou les librairies vous pouvez les soutenir : https://fr.ulule.com/sauver-les-editions-fleur-sauvage/

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Amqui – Éric Forbes

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2017 (Héliotrope Noir)
Genres : Enquête, poursuites, thriller
Personnage principal : Étienne Chénier, libraire et tueur

Les Éditions Héliotrope ont, en général, la main heureuse pour dépister de nouveaux auteurs de talent. C’est encore le cas avec Éric Forbes qui nous livre, avec Amqui, un roman captivant.

Étienne Chénier, libraire et meurtrier, est libéré de sa condamnation pour meurtre bien avant d’avoir fait son temps. Commence alors une série de meurtres qui éprouvent le milieu criminel et, bientôt, quelques hommes politiques. Chénier a beau dire qu’il ne tue que quand c’est nécessaire, pour lui c’est nécessaire souvent. De plus, il a un vieux compte à régler, et c’est ça qui va l’emmener à Amqui, dans la vallée de la Matapédia.

À ses trousses se bousculent les tueurs de la Gang de l’Est, affiliée à la mafia italienne, les policiers Denis Leblanc et Sophie Duguay du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM), un agent louche de la Gendarmerie Royale du Canada, et quelques hommes de main de magouilleurs politico-économiques d’Amqui. D’autres cadavres s’empileront donc.

La thématique n’est sans doute pas très originale, mais deux éléments nous séduisent particulièrement : d’abord, le personnage de Chénier : froid et impitoyable sans doute, mais capable d’un humour assez noir et qui accomplit son œuvre au nom d’une fatalité dont on pourrait le croire victime. Non pas qu’il se prenne pour une victime; en fait, peu d’introspection chez lui, le lecteur ne sait pas trop pour qui il se prend. Sinon pour quelqu’un qui a une tâche à accomplir et qui doit déblayer le terrain pour y arriver. Comme dit l’Église : « Qui veut la fin prend les moyens » ! On ne le trouve d’ailleurs ni sympathique, ni antipathique.

Ce qui nous mène au deuxième élément : l’écriture du roman ne sombre pas dans le psychologisme. Non seulement, Forbes a le sens du jeu et sème des petites énigmes un peu partout, comme la dernière image au bas d’une page de Tintin qui nous pousse à tourner la page, mais aussi il pratique systématiquement une écriture behavioriste (ou comportementaliste), rigoureusement antipsychologiste, qui insiste sur les comportements, les actes et les gestes, afin que le lecteur se retrouve directement au cœur de l’action, plutôt que de passer par la médiation d’un conte, une histoire qu’on nous raconte. Comme disait l’autre :  « N’écrivez pas : il est triste, mais plutôt : il baisse la tête ». Bien avant de tomber sur le clin d’œil que Forbes lui fait à la dernière page de son roman, j’avais pensé tout naturellement à ce formidable écrivain qu’est Jean-Patrick Manchette (cf. le compte rendu du Petit bleu de la côte ouest ).

Forbes est lui-même libraire et collectionneur de polars. Les meilleurs ont su l’inspirer. Ce premier roman est, pour moi, un véritable coup sûr.

Extrait :
Il était donc 9 heures pile quand l’ex-libraire franchit la porte de service de l’hôpital. Dans un ascenseur empestant le gruau et le café froid, il hocha la tête à l’endroit de deux types ensommeillés, puis récidiva dans le couloir menant au poste des infirmières, au deuxième étage, où il s’informa du numéro de la chambre du bien-aimé chef de police de la ville d’Amqui.

Là, il buta sur un obstacle. Un obstacle permanenté et dépourvu d’humour.
− Vous êtes de la famille ? lui demanda une dame entre deux âges – tous les deux près de la retraite – affublée de lunettes trop grandes et d’un début de moustache.
− Oui.
− Quel lien ?
− Étroit.
Elle leva les yeux.
− Pardon ?
Il improvisa.
− C’est mon père.
− Vous avez une carte d’identité ?
− La ressemblance vous frappe pas ?
− Personne me frappe, moi, jeune homme, répliqua-t-elle en le fixant froidement.
Tu m’étonnes, songea Chénier.
− Quelle sorte de pièce d’identité ?
− Une pièce d’identité avec photo, ça pourrait faire l’affaire. Un permis de conduire par exemple.
− Désolé, mais je n’ai pas de permis de conduire. Si je reviens avec ma mère, ça pourrait aller ?
Elle haussa un sourcil, guère impressionnée.
− On verra.
Chénier s’éloigna du comptoir, puis se retourna.
− Au fait, il est ici, au deuxième? Demanda-t-il innocemment.
− Non, au troisième.

Le Sélectotel

Ma note : 4.5 Stars (4.5 / 5)

 

 

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La voie du loup – Beth Lewis

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016 (The Wolf Road)
Date de publication française : 2017 chez Bragelonne
Genres :
Aventures, Thriller, Grands espaces
Personnage principal : Elka, jeune sauvageonne

Dans une région imaginaire, la CéBé, il y a eu une guerre, des bombes sont tombées modifiant le climat et la végétation. Ce fut ce que les gens appellent la Grosse Cata. Depuis il se produit des événements climatiques brusques et violents : les tempêtes-monstres. Au cours d’une de ces tempêtes, la petite Elka, sa mamie et sa maison ont été emportées. Elka s’est retrouvée seule en pleine forêt, elle avait sept ans. Elle a été recueillie et élevée par un homme solitaire qui vivait dans une cabane. Trappeur, c’est le nom qu’elle lui a donné, est devenu son père d’adoption. Dix ans après, Elka est devenue une jeune fille complètement autonome, capable de chasser pour se nourrir, parfaitement à l’aise dans la forêt, entourée de toutes sortes d’animaux mais avec comme seule présence humaine Trappeur. Quand elle va découvrir la face cachée de Trappeur, sa vie va complètement changer. Alors elle va se rappeler que ses vraies parents sont partis vers le nord pour chercher l’or et la richesse, la laissant aux bons soins de sa grand-mère. Elle va chercher a les retrouver. La route sera longue, difficile et parsemée de grands dangers.

Ce n’est pas un roman post apocalyptique bien qu’il y ait eu un événement grave qui a entraîné l’humanité vers un retour en arrière. Il est vaguement question d’une guerre dont les belligérants ne sont pas clairement identifiés. Des bombes sont tombées provoquant des catastrophes. En fait par ce biais l’auteure installe un cadre qui est contemporain mais qui a toutes les apparences de celui de la deuxième moitié du 19ème siècle aux États-Unis. On est loin des paysages ravagés et désolés des livres post apocalyptiques. On est plutôt plongé dans une ambiance western, ruée vers l’or et pendaisons publiques comprises. Le décor a une grande importance dans ce roman dont une bonne partie se déroule dans les bois et forêts en compagnie des animaux qui les habitent notamment les loups et les ours.

Le personnage principal s’appelle Elka mais ce n’est pas son prénom de naissance qu’elle a oublié. Elle a été surnommée ainsi par Trappeur, son père d’adoption, car ses cheveux sont plus rêches que le pelage d’un élan. C’est une jeune sauvageonne parfaitement adaptée au milieu naturel dans lequel elle vit mais complètement désemparée face aux humains civilisés et leur façon de vivre. Elle est illettrée et ne comprend rien aux règles de la vie en société. Elle est instinctive comme un animal et sait se défendre. Elle préfère la compagnie d’un loup à celle des hommes. Il ne faut pas la mettre en rogne car elle a toujours un couteau à portée de main et elle sait s’en servir. Elka est un mélange détonnant de force, de naïveté et de candeur. Le personnage principal est atypique et tous les autres personnages sont typés et admirablement dessinés, que ce soit :
– Penelope, sa compagne d’infortune – Kreager Hallet, le tueur de femmes et d’enfants – Jennifer Lyon, le marshall – James Colby, le trafiquant de femmes …

Le cadre et les personnages sont réussis mais comment ne pas être admiratif devant le rythme impulsé dans la quête initiatique d’Elka. On est happé d’entrée pour ne plus être lâché par la suite. Elka nous entraîne dans une suite d’aventures et de péripéties ébouriffantes. On a vraiment du mal à abandonner le livre, l’intérêt ne faiblit jamais. La partie finale devient plus sombre frisant le roman d’horreur.

L’écriture de Beth Lewis, et la traduction de Benoît Domis, sont sobres et coulent facilement. Il y a de la poésie dans ces descriptions de la nature sauvage.

La voie du loup est un vrai roman d’aventures et un thriller haletant. C’est aussi un livre qui se distingue par son originalité. Un premier roman magistral !

Extrait :
J’ai regardé Penelope du coin de l’œil. Elle avait plus de connaissances que je ne le pensais. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me rendait nerveuse. Les gens qui ont appris des choses dans les livres ont cette manière de t’examiner comme si tu étais une énigme à résoudre. Certains sont prêts à tout pour y parvenir, même à tricher ou à te poignarder dans le dos. Colby avait fait ça. Sa ruse et ses belles paroles m’avaient amenée dans une caisse. Penelope m’avait soignée et m’avait sauvé la mise à Ellery. Après ça, je me demandais de quoi elle était encore capable – et ça m’effrayait un peu. Dans la nature, je pouvais tenir tête à un ours et me défendre contre un loup solitaire ou un couguar ; mais, dans le monde des gens, j’étais la traînarde du troupeau.

J’en avais assez.

Ma note : 4.5 Stars (4.5 / 5) 

 

 

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Le 489 – Michael Draper

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2017 (Leméac)
Genre : Enquête
Personnage principal : Lara McCoy, agente secrète (CIA)

J’ai bien aimé les deux derniers Draper, surtout L’Invité. Son héros habituel, Réal Beauregard, n’est pas commun : c’est un tueur au cœur tendre. Cette fois-ci, cependant, Draper nous présente une nouvelle figure : Lara McCoy, agente secrète free lance, mais souvent à la solde de la CIA contre les trafiquants mexicains, capable de tuer à mains nues, jolie, peu farouche, mais qui a l’esprit ailleurs. Canadienne-française par sa mère.

En vacances de récupération dans une île perdue de la Thaïlande, Koh Chang, Lara rencontre Yaowapa, jolie jeune femme responsable de l’agence de voyages où elle était entrée. Parle, parle, jase, jase, Lara apprend que Yao a un frère, Lek, qui réussit tout ce qu’il entreprend, ce qui est facilité par le fait que leur père est un riche banquier. Or, Lara rêve justement d’ouvrir un petit restaurant…

Pong, la jeune sœur de Yao, journaliste au Bangkok Post, qui enquêtait sur la mafia thaïlandaise, est cependant brutalement tuée, le bas du corps broyé par un énorme crocodile. Lara interrompt donc ses rêves et se lance avec Lek à la poursuite vengeresse des mafieux qui ont commandé ce crime.

Draper nous entraîne alors dans les rues mal famées de Bangkok, qu’il connaît bien, où de bars en bordels, de danseuses en ladyboys (transsexuelles ou travesties), Lek et Lara recueillent des informations qui devraient les mener au cœur de la société du Lotus Vert, une triade redoutable où règne l’obèse cruel surnommé « le 489 ».

La dernière fois, avec Le Tsar de Peshawar de Bolduc, nous avions affaire à un polar historique qui nous rappelait une petite histoire du Pakistan et de l’Afghanistan de 1980 à nos jours; aujourd’hui, il s’agit plutôt d’un polar géographique, qui nous familiarise avec quelques beaux paysages de la Thaïlande, mais surtout avec les quartiers sordides de Bangkok où les fantaisies libidinales battent leur plein (si je puis dire). On en apprend pas mal sur les habitudes de vie des Thaïlandais, leurs habitudes alimentaires, le fonctionnement des réseaux policiers, leurs liens avec les mafias et les classes dominantes, les trafics de drogues et de jeunes enfants.

Malgré les noms étranges des personnages, la lecture est simple et la composition facile : beaucoup de dialogues et d’introspections de Lara, qui raconte l’histoire, déroulement linéaire sans trop de surprises. On ne s’en fait pas pour les principaux personnages, donc le lecteur reste un peu en retrait : pas vraiment un thriller ou un suspense; plutôt un conte, une bonne histoire. Et j’ai trouvé Lara moins attachante que Réal Beauregard. Par contre, le rebondissement du dernier chapitre est très réussi et diablement prometteur.

Extrait :
J’appuie une oreille contre la porte pour tenter de percevoir un signe de vie de l’autre côté. Rien. Même pas un peu de musique. Je tente de déceler sous la porte une lueur qui témoignerait d’une présence quelconque. Rien non plus. Finalement, j’introduis doucement la clé dans la poignée et, appuyant tout mon corps contre la porte, l’ouvre lentement. Le doigt sur la détente du Glock, je me glisse à l’intérieur en position accroupie. Une lampe de chevet est allumée et, sur mon lit défait, se trouve une femme nue que je n’ai aucun mal à reconnaître puisqu’il s’agit de Dim, la beauté du Hollywood Bar que j’ai quittée en début de soirée pour revenir ici avant d’aller honorer mon rendez-vous avec Nok. Sur l’une des tables de nuit se trouve un seau contenant une bouteille de champagne. J’abaisse le Glock et elle sourit.
− Sais-tu que tu es plutôt mignonne, Martha, quand tu te prépares à tuer une femme ?
− Je ne tue pas les femmes ni les hommes, sauf si la preuve est faite que ce sont des ordures de la pire espèce. Pour le moment, rien ne me prouve que tu en es une. Même si tu es entrée sans mon autorisation dans ma chambre.

Koh Chang

Ma note : 3.4 Stars (3.4 / 5)

 

 

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