Je vis, je meurs – Philippe Hauret

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016 (Gigal)
Genre : Roman noir
Personnages principaux : Franck Mattis, policier – Serge, retraité amoureux

Franck Mattis est un flic à la dérive : alcoolique, Junky, joueur invétéré couvert de dettes. Il est, avec son équipier, sur la piste d’un dealer qui irrigue la cité en drogue.
Serge, fraîchement retraité, ne sait pas trop comment employer son temps disponible. Il le passe le plus souvent dans un bar, observant d’un œil énamouré la belle serveuse Janis. Janis se fait bastonner par son mec. Un soir elle confie à Serge qu’elle a décidé de ne plus supporter les coups sans rien dire. Quand elle va rassembler ses affaires pour partir, Serge y voit une occasion inespérée de se placer auprès d’elle. Il lui propose de l’héberger. Ce geste plus intéressé que généreux n’est pas sans risque car le petit ami cogneur est un violent qui n’apprécie pas le départ précipité de sa compagne. C’est le début d’une spirale de la violence qui va totalement modifier la vie des protagonistes.

Les deux personnages principaux de l’histoire sont des hommes vieillissants, usés, pas satisfaits de leur vie. Le flic Mattis se traîne un nombre considérable de problèmes personnels dont il ne sait comment se dépêtrer : alcool, drogue et jeu. Il ricane en observant son équipier mener une vie familiale exemplaire, un type stable et efficace sur qui il peut compter. Quelque part il envie cette tranquillité. Mattis a pleinement conscience du processus d’auto-destruction dans lequel il est engagé depuis des années. Il n’a pas le courage d’en sortir. Serge, lui, a l’impression d’avoir gâché sa vie, il est désenchanté. Quand les circonstances vont lui mettre dans les bras une belle jeunette, il va se révéler, d’abord à lui-même. À 62 ans sa vie va changer. Elle sera beaucoup plus intense et dangereuse.

Le livre est d’un grand classicisme dans son genre. Un peu trop même. On frôle l’utilisation des stéréotypes de la catégorie : le flic border line mais tenace; le vieux type blasé retrouvant énergie et jeunesse grâce à l’amour; le méchant trafiquant de drogue aussi dangereux qu’impitoyable; le gentil truand se rachetant pour les beaux yeux d’une belle. Des personnages maintes fois rencontrés dans ce type de roman.

L’auteur a choisi de ne pas noircir le tableau. Le sort final réservé aux personnages principaux est en contradiction avec leur façon de vivre : il s’avère qu’il est moins dangereux de picoler et de se shooter que d’aimer. Cette conclusion noire pour les uns, rose pour d’autres, devrait laisser une majorité des lecteurs satisfaits. C’est un roman noir et rose !

Pour un premier roman on pardonnera à l’auteur d’avoir un peu trop collé aux codes du roman noir. Après ce début fort honorable, il serait bon qu’à l’avenir l’auteur élabore des personnages un peu plus originaux.

Extrait : 
— Regarde-moi ! J’ai passé ma vie à obéir, toujours aux ordres du réveil et du patron, celui qui ne fait jamais de vagues, celui qui se tait, qui s’efface. Je ne sais pas pourquoi j’étais comme ça, ou plutôt, si, ça venait de cette boule d’angoisse que j’avais au fond de l’estomac, elle ne me quittait jamais et m’empêchait d’agir, de me révolter ou même seulement de donner mon avis. Et tu sais ce que c’est cette angoisse? C’est la peur du rien, voilà! J’avais peur du rien. C’est quand je me suis retrouvé à la retraite que j’ai commencé à me poser des questions. J’étais seul, je ne savais pas quoi faire de ma peau, et pour me remercier de toute une vie d’obéissance on me versait une pension minable. Et puis je t’ai rencontrée, et tout a changé. Comment te dire? Quelque chose est monté en moi, quelque chose qui attendait depuis longtemps mais qui n’osait pas sortir. C’est pour cette raison que j’ai tiré sur José. Il n’était plus question que j’obéisse, que je me soumette ou qu’un autre choisisse à ma place…

Mattis sortit des mignonnettes de vodka du frigo, alluma sa radio de voyage et positionna le curseur sur une station classique. Pavarotti entamait « Una furtiva lagrima ». Assis sur le rebord du lit, ils burent leur vodka au goulot tout en se laissant prendre, les yeux fermés, par la voix puissamment mélancolique du ténor lyrique.

Pavarotti – Una furtiva lagrima

Ma note : 3.5 Stars (3.5 / 5)

 

 

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The Figaro Murders – Laura Lebow

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2015 (Minotaur)
Genre : Enquête, historique
Personnage principal : Lorenzo Da Ponte, Mozart

Peu souvent nous publions un compte rendu d’un roman écrit en langue anglaise et pas encore traduit. Ce Figaro Murders est premier roman de l’américaine Laura Lebow. Elle a étudié l’Histoire européenne à l’Université de Brandeis et a acquis une maîtrise au MIT en planification urbaine. Lebow se passionne pour l’Histoire, l’Opéra et les romans policiers, ce qui se reflète parfaitement dans sa première œuvre : la Vienne fin XVIIIe siècle est tirée de l’oubli avec une précision remarquable, les amateurs d’opéra vivront de près les relations entre Mozart, Da Ponte et l’empereur Joseph II, et les mordus de polars seront captivés jusqu’à la fin par un enchevêtrement d’intrigues imaginées de belle façon.

Alors que Lorenzo Da Ponte met la dernière main aux Noces de Figaro de Mozart, dont la première doit avoir lieu bientôt, plusieurs éléments antagonistes se liguent contre lui : le comte Rosenberg, directeur de la compagnie de l’opéra de l’empereur, charcute le livret et va même jusqu’à en brûler quelques parties; le compositeur Casti, ami de Rosenberg, se moque publiquement de Da Ponte; des truands, sur l’ordre d’on ne sait qui, rossent Da Ponte en le traitant de sale juif; son barbier Vogel le charge d’une mission qui lui prendra beaucoup de temps; enfin, il est arrêté par la police de l’empereur et quasiment accusé de meurtre à moins qu’il n’accepte d’enquêter sur le meurtre en question et qu’il dénonce un espion (engagé probablement par la Prusse) pour voler des documents au baron Gabler et le discréditer par le fait même, ce qui nuirait considérablement à l’empereur d’Autriche. Or, Da Ponte n’a rien d’un James Bond : poète romantique (et plutôt lymphatique), aux émotions vives et difficilement contrôlables (surtout lorsqu’il s’agit d’une jolie femme), dont le temps est employé à écrire des livrets et à convaincre compositeurs et directeurs de leur pertinence.

Pour l’introduire au Palais Gabler, le comte le présente comme le maître de poésie au service de son épouse, l’attachante Caroline. La victime est le jeune Florian Auerstein, protégé de Gabler, et fils du prince Auerstein, à la tête d’une des plus anciennes et puissantes familles de Vienne. C’est donc le souci immédiat et primordial de Joseph II de découvrir l’assassin.

Ce qui paraît certain, c’est que le meurtrier n’est pas venu de l’extérieur. On se retrouve donc dans une espèce d’huis-clos. Qui avait intérêt à tuer le jeune Florian? Le comte lui-même, s’il avait estimé que c’était lui l’espion qui lui dérobait des documents importants. Son épouse Caroline, parfois volage, si Florian la faisait chanter. Le docteur Rausch, mystérieux et antipathique personnage, surprotecteur de Caroline, qui ne supportait peut-être pas les désirs lubriques que lui manifestait Florian. Le valet du comte, Gottfried Bohm, s’il était l’espion découvert par Florian qui fouinait partout. Sa fille Antonia, à qui Florian avait promis mer et monde, pour obtenir ses faveurs. La servante de Caroline et la fiancée de Vogel, Marianne Haiml, très attachée à Caroline. Le secrétaire du baron, Jacob Ecker, dont la fonction était très compatible avec la mission d’espion, peut-être découvert aussi par Florian. Serait-ce encore le maître de musique Tomaso Piatti, chez qui Da Ponte découvre un sympathique compatriote, qui mène une vie indépendante. Enfin, peut-être aussi l’intendante et cuisinière Rosa Hahn, dont l’existence semble dissimuler de lourds secrets.

Pour Da Ponte, c’est beaucoup. D’autant plus que le meurtre de Florian a peut-être peu de rapport avec l’histoire d’espionnage. Parallèlement à cette enquête, il continue de chercher la mère de son barbier, ne serait-ce que parce qu’il trouve Marianne très charmante. Au palais, rien ne va plus : comme on cherche à l’assassiner, il se dit qu’il doit être sur la bonne piste. Mais son principal suspect se fait tuer à son tour. Et on essaie d’égorger son suspect numéro 2 ! Il aimerait bien abandonner l’enquête et se donner entièrement à la grande répétition des Noces, en costume, qui aura lieu demain. Mais, s’il laisse tomber l’enquête, le ministre de la police, le comte Pergen, l’assure qu’il le considérera comme coupable. L’Autriche a besoin d’un coupable, et ça presse !

On a l’impression de lire La vie quotidienne à Vienne à l’époque de Mozart. Les principaux personnages sont décrits avec une grande finesse psychologique et une juste insertion sociale. Les réformes entreprises par Joseph II n’enchantent pas tout le monde. On est loin de la révolution française, mais la grande aristocratie du passé ne soutient plus tellement l’empire et se fait supplanter par une riche bourgeoisie de marchands et d’entrepreneurs. C’est sur cette toile de fond brossée avec soin que se multiplient les péripéties de cette trépidante histoire.

Bref, un premier roman très prometteur.

Extrait :
« I know we don’t have the evidence to charge you, » Pergen said, « but the prince doesn’t care about evidence. He wants someone to pay for the crime ».
Troger’s voice came from behind me. « A quick trial in secret, with only the testimony of the witness who heard you, then—» He made a choking sound.
I slumbed in the chair. Pergen was examining his manicure. « You see, Da Ponte, it seems that we both have a problem ». He stared down at his hands, deep in thought. « There is something we could do, though, » he said, looking at me. « To clear you of suspicion, I mean ».
« I’ll do anything! » I cried.

Mozart – Les noces de figaro – K492 Ouverture

Vienne

Ma note : 4.5 Stars (4.5 / 5)

 

 

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Retour à Waterbridge – James Scott

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2014 (The Kept)
Date de publication française : 2015 chez Seuil
Genres :
Roman noir, grands espaces
Personnages principaux : Elspeth Howell, mère d’une famille dont les membres ont été abattus – Caleb, son fils de 12 ans

Quand Elspeth revient chez elle, elle retrouve sa famille massacrée. Son mari et quatre de ses enfants ont été abattus, un seul a survécu. Son fils survivant, tire sur elle croyant avoir affaire à un des tueurs. Elle est blessée, sérieusement mais pas mortellement. Quand elle est à peu près rétablie, elle part avec Caleb, son fils rescapé, sur les traces des assassins. Rien ne la retient à ce qui était son foyer, la ferme familiale a été incendiée involontairement par son fils. Tous deux arrivent à Waterbridge, ville chargée de souvenirs. En attendant de repérer les meurtriers, Elspeth se fait embaucher à la Compagnie des Grands Lacs en prenant l’aspect d’un homme, tandis que Caleb se fait engager pour faire le ménage dans un bordel. C’est à Waterbridge que leur sort va se jouer.

L’histoire commence comme un western : une famille assassinée, les survivants se lancent à la poursuite des bandits pour venger les leurs. À part qu’ici les vengeurs n’ont pas le profil des justiciers classiques : une femme et un enfant de douze ans. Face à trois hommes aux foulards rouges, lourdement armés ne reculant devant rien, on craint pour eux. En fait l’intrigue bifurque vers deux histoires parallèles : le retour vers le passé, sur les lieux de ses crimes pour Elspeth et la recherche de ses origines pour le jeune Caleb. La vengeance passe au second plan pendant une bonne partie de l’histoire avant d’être de nouveau réactivée dans la partie finale.

Il y a de la tension et du rythme dans les deux parties extrêmes du roman; par contre la partie centrale, celle où l’auteur détaille le boulot d’Elspeth d’un côté et de Caleb de l’autre, se traîne en longueur. Même si c’est là que les secrets de famille sont révélés, on supporterait facilement plus de concision. La fin du roman est étonnante : elle n’est pas totalement écrite, elle est plutôt suggérée.

Les deux personnages principaux, la mère et son fils, attirent la compassion à cause des énormes problèmes auxquels ils sont confrontés, mais ils ne suscitent guère la sympathie ni l’adhésion. On reste un peu à distance d’eux. Par contre les paysages de neige et de glace sont bien décrits et donnent une ambiance hivernale parfaitement restituée. L’auteur a su montrer la dureté, l’âpreté du travail et de la vie dans cette région, près du lac Érié.

Retour à Waterbridge est un roman qui débute bien mais qui ensuite s’enlise un peu dans d’ennuyeuses longueurs. Impression en demi-teinte pour moi.

Extrait : 
Après avoir craqué une allumette, elle alluma la mèche de la lampe à pétrole, et la soudaine clarté l’amena à détourner la tête. Elle régla la flamme et laissa ses yeux s’accoutumer à la luminosité. À moins d’un mètre d’elle, Mary était avachie sur la cuisinière. Elspeth reconnut l’imprimé de sa robe — un tissu qu’elle lui avait rapporté d’un précédent voyage. Elle aussi avait été abattue, mais par-derrière. Le vêtement s’était coincé dans les accessoires du fourneau, et seules les solides coutures de l’ouvrage réalisé par la jeune fille elle-même l’empêchaient de glisser sur le sol. Alors qu’Elspeth reculait en baissant sa lampe, elle distingua Amos par terre, à quatre pas de sa sœur aînée – sans doute tué alors qu’il lui donnait un coup de main pour préparer le repas.

Lac Érié pris dans les glaces

Ma note : 3.5 Stars (3.5 / 5)

 

 

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Opération Napoléon – Arnaldur Indridason

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 1999 (Napóleonsskjölin)
Date de publication française : 2015 (Métaillié)
Genres : Aventures, espionnage
Personnages principaux : Kristin, islandaise – Ratoff, tortionnaire

J’ai aimé les premiers romans d’Indridason et le dépaysement islandais. Puis, le ténébreux Erlendur a engendré chez moi une déprime difficilement supportable : histoires grises, Islande grisâtre, personnages gris sombres. Comme on m’a assuré que ce nouveau roman n’avait rien à voir avec les précédents, je m’y suis lancé. Et c’est vrai : on dirait un Alistair MacLean (Les canons de Navarone et, surtout eu égard au roman dont je parle aujourd’hui, Destination Zebra, station polaire). Ça n’a sans doute pas le panache, l’intensité, ni la force des personnages (surtout quand on se réfère aux acteurs des films, Gregory Peck, Antony Quinn, David Niven, Irene Papas…), mais c’est bien fait, habilement composé (surprises et rebondissements), et mené avec un sens du jeu habituellement absent des récits dramatiques d’Indridason. En ce sens, je salue les deux derniers mots du roman, qu’il ne faut surtout pas aller voir : notre plaisir en souffrirait.

1945 : la guerre achève. Un avion s’écrase en Islande, près de la calotte glaciaire, au sud du glacier Vatnajökull. La tempête fait rage. Deux cent soldats américains patrouillent la région en vain. L’avion avait été recouvert de neige et avalé par le glacier. On ne retrouve que la jante du train avant, sur laquelle est inscrit le mot allemand : Kruppstahl. En 1967, une autre expédition américaine fouillera le glacier, sans plus de résultat. Plus tard, la technologie s’étant améliorée, des satellites donneront l’impression qu’une masse suspecte est perceptible sur le glacier Vatnajökull. En 1999, les troupes américains reviendront en Islande, paralyseront les communications, conteront des salades aux autorités islandaises, interdiront la circulation dans un vaste territoire, reprendront les fouilles et, enfin, entreprendront la lourde tâche d’extirper l’avion de la glace. Finiront-ils par découvrir les secrets de l’Opération Napoléon ? C’est ici que notre récit commence vraiment.

Alors qu’une patrouille islandaise de sauvetage se livre à des manœuvres d’entraînement hivernales aux alentours du glacier, deux jeunes patrouilleurs, Elias et Johann, s’éloignent des autres pour tester leur nouveau système de communication longue distance NMT. Pour ce faire, Elias communique avec sa sœur Kristin, à Reykjavik. La conversation est brouillée, mais Kristin perçoit la bonne humeur d’Elias, puis son inquiétude, enfin une certaine panique, associée à des mots comme lumières, avion, soldats armés…

Les deux jeunes gens seront bientôt portés disparus et, comme la Delta Force dirigée par « le cinglé de Ratoff » (dixit le ministre de la Défense) craint qu’Elias n’ait dévoilé à sa sœur des informations sur ses opérations, la sécurité de Kristin sera désormais menacée. D’ailleurs, sa vie aussi, et deux sbires des services très secrets américains, Ripley et Bateman, s’efforcent de l’éliminer. Sauf que Kristin, obsédée par la santé de son frère et trop naïve pour pouvoir mesurer la force de la partie adverse, élabore une contre attaque du genre suicidaire avec son ancien copain Steve, un militaire qui travaille sur la base américaine aéronavale de Keflavik. Et c’est ainsi que, morceau par morceau, Kristin en apprendra de plus en plus sur cette fameuse et fumeuse Opération Napoléon. Ce n’est pourtant pas une Lisbeth Salander : si elle finit par s’en tirer à peu près, ce sera moins à cause de son intelligence qu’à cause d’un entêtement viscéral guidé par de beaux hasards.

Ceci dit, son aventure est prenante, et l’auteur manipule les circonstances avec beaucoup d’adresse. Cette Opération Napoléon finit aussi par nous obséder et, si on nous en livre des fragments avec parcimonie, c’est pour nous ménager un finale quasi hallucinant.

Bref, malgré quelques longueurs pour susciter notre impatience, c’est, à mon humble avis, un des meilleurs romans d’Indridason.

Extrait :
Julius vit les soldats approcher, les puissants phares de leurs motoneiges illuminant la nuit. Ils étaient une vingtaine, visages dissimulés sous leurs casques et leurs masques de ski, fusil accroché dans le dos. Au bout d’une minute, ils s’immobilisèrent à l’unisson et attendirent l’équipe de sauveteurs, comme s’ils avaient tracé une ligne invisible qu’ils étaient bien décidés à défendre. L’équipe de Julius se composait de quelque soixante-dix hommes et femmes qui progressaient à ski, en motoneige et à bord de deux autoneiges. À l’approche des soldats, Julius leur fit signe de ralentir, et ils finirent par s’arrêter à dix mètres à peine de l’escadron. C’était une rencontre improbable dans cette immensité glacée, obscure : les soldats avec leurs armes automatiques et leurs revolvers, engoncés dans leurs tenues de camouflage polaires, uniformes hivernaux de soldats désirant passer inaperçus, et, face à eux, les sauveteurs islandais sans armes, dont les vestes orange fluo rappelaient, par contraste, la nécessité pour eux d’être visibles pour remplir leur mission.

Glacier islandais

Ma note : 4 Stars (4 / 5)

 

 

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Un bon écrivain est un écrivain mort – Guillaume Chérel

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016 (Microbole)
Genres : Pamphlet, humour
Personnages principaux : Dix célèbres écrivains français

Ils sont dix, la fine fleur de la littérature française. Dix grands écrivains français à succès, dans la liste des meilleures ventes de l’année, a être invités à une rencontre littéraire, durant un week-end, dans le cadre magnifique du monastère de Saorge dans les Alpes-Maritimes. On a toutefois soigneusement évité les deux meilleurs vendeurs, Marc Levide et Guillaume Muzo, jugés trop populaires. La rencontre s’annonçait parfaitement bien : nul doute que le public serait ravi, conquis d’avance par cette réunion d’écrivains de haut vol, ceux-ci devraient passer un week-end tranquille, chouchoutés, traités en stars, tous frais payés dans un décor somptueux, amis en apparence, en réalité rivaux se détestant parfois et se jalousant toujours. Un petit mystère concernant l’hôte les émoustille tous : ils vont enfin pouvoir faire connaissance avec Un Cognito, le nouveau propriétaire du monastère, qui a lancé les invitations. Un week-end exceptionnel s’annonçait. Il le sera effectivement, pas dans le sens prévu.

L’intrigue ne s’embarrasse pas avec la vraisemblance. Elle n’est qu’un prétexte à développer un pamphlet au vitriol sur les stars actuelles de la littérature française. Et là l’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère : ça flingue à tout va, un vrai jeu de massacre ! Les victimes, c’est vraiment le mot qui convient, sont désignées par leur vrai prénom, leur nom dans le roman étant déformé mais si proche du vrai qu’elles sont facilement identifiables :Frédéric Belvédère – Amélie Latombe – David Mikonos – Christine Légo – Michel Ousbek – Yann Moite – Jean de Moisson – Delphine Végane – Tatiana de Roseray – Kathy Podcol. Toute ressemblance, n’est surtout pas une coïncidence, annonce en préambule l’auteur. Les personnages ne sont donc pas fictifs ce sont nos écrivains producteurs de best-sellers vivants … pour l’instant. Car Guillaume Chérel les flingue deux fois : une fois en faisant leur portrait et une seconde fois dans un scénario pastiche des Dix petits nègres. À moins d’être fan idolâtre d’un ou plusieurs écrivains du panel choisi, on se marre franchement, c’est d’une telle vacherie tonique ! Reste à savoir comment les auteurs concernés ont reçu l’hommage car c’en est un si l’on en croit Chérel : « c’est bien une sorte d’hommage que je leur rends ici. » Certains auraient sûrement préféré un hommage plus traditionnel. Mais difficile de prendre ombrage d’une farce qui parle d’eux et c’est bien là l’essentiel quand on est une star de la littérature. Il paraît que depuis un certain temps, on peut observer un phénomène étrange : lors des moments de promotion de leur dernier ouvrage ou lors des séances de dédicaces dans les salons ou librairies, à côté de ceux qui sont ravis d’approcher les auteurs à succès, on remarque un certain nombre de personnes qui abordent un air goguenard. Ce sont ceux qui ont lu le livre de Guillaume Chérel.

Ce roman est un pamphlet plein d’énergie sur le gratin contemporain de la littérature française. Il ne manquera pas de provoquer chez le lecteur une certaine jubilation devant tant de rosserie envers des gens habituellement adulés.

Extrait :
Francesco avait découvert que la jalousie entre écrivains était le pire fléau de ce microcosme condescendant, étriqué, auto-satisfait, imbu de lui-même, où tout le monde se connaissait et se cooptait sans se lire et en faisant semblant de s’apprécier. C’était la conjuration des hypocrites.
On le savait d’ailleurs depuis Hemingway et Faulkner, qui se détestaient cordialement tout en respectant le travail de l’autre en secret : tout écrivain digne de ce nom se pense meilleur que les autres. Et souhaite inconsciemment leur mort.
Or, un bon écrivain est un écrivain mort.

Monastère de Saorge

Ma note : 4.25 Stars (4.25 / 5)

 

 

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Le couloir des ténèbres – Anne Perry

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2015 (Corridors of the night)
Date de publication française : 2015 (10/18)
Genres : Enquête, thriller et procès
Personnages principaux : William Monk, commandant de la brigade fluviale – Oliver Rathbone, avocat

Anne Perry continue de me faire plaisir, que ce soit avec les enquêtes du commissaire Pitt ou avec, comme ici, les aventures de William Monk et les plaidoiries de Rathbone. Les crimes commis sont toujours affreux, les enquêtes toujours palpitantes, les solutions toujours satisfaisantes. La psychologie des personnages, pertinente et importante, ne prend quand même pas toute la place. La composition du récit comprend, en général, deux parties distinctes, l’enquête et la cour, et procède selon l’art raffiné du suspense. Comme j’ai lu toute son œuvre, il m’est un peu difficile d’imaginer comment un nouveau lecteur peut apprécier un de ses romans.

Le couloir des ténèbres nous accroche dès le départ : Londres 1870, une fillette en chemise de nuit semble perdue dans une annexe de l’hôpital naval de Greenwich. C’est la nuit, l’hôpital semble désert, règne un silence inquiétant. La fillette tombe sur Hester, épouse de Monk et infirmière expérimentée. La nuit sera longue : Hester s’occupera de trois enfants, plus ou moins dissimulés dans un racoin de l’hôpital, et apparemment voués à la mort.

De son côté, Monk et ses hommes livrent un combat à des trafiquants d’armes, dont les conséquences laisseront des marques.

Puis, Hester et les enfants disparaissent. Comme les policiers de la brigade fluviale sont passablement occupés, Monk acceptera l’aide du louche Squeaky Robinson, de Scuff (son fils adoptif), du petit Worm, et du policier convalescent Hooper. Un seul indice : le fait que le riche Radnor que soignait Hamilton Rand, et sa fille Adrienne, sont également disparus. Le lecteur sait qu’il s’agit d’une course contre la montre, puisque Hester est vouée à la mort, que Radnor survive ou pas.

Deux procès s’en suivront, à l’issue douteuse. Des rebondissements bien ménagés nous tiendront en haleine. Il ne suffit pas de se douter de l’identité du coupable, mais il importe surtout de savoir comment la justice en viendra à bout.

Rien de trop compliqué, mais c’est arrangé avec un grand talent. L’occasion est belle de développer un peu les personnages de Scuff, de Squeaky, de Worm et des policiers Hooper et Laker. On suit aussi avec sympathie la reprise en main professionnelle et personnelle d’Oliver Rathbone, qui revient de loin. Perry observe les gens avec subtilité et la dimension philosophique du problème dominant est bien exploitée : pour faire progresser la médecine, les expérimentations sur les humains peuvent aller jusqu’où ? Plus crûment : pour sauver des centaines d’êtres humains, on peut en sacrifier combien ?

Anne Perry réussit, une fois de plus, un très bel équilibre entre les facettes sociologiques, psychologiques et philosophiques du récit, sans jamais sacrifier l’intrigue proprement policière.

Extrait :
− Mr. Radnor ! dit-elle d’un ton sec. Appuyez-vous sur moi et laissez Adrienne ouvrir la porte.
Il pivota à demi vers elle, furibond. Il avait plus de force qu’elle ne s’y attendait.
− Vous imaginez-vous que vous allez entrer et me regarder me soulager ?
− Quelqu’un doit tenir votre chemise de nuit, rétorqua-t-elle. Si vous essayez, vous allez tomber. Vous risquez même de passer la nuit par terre, ou pire encore, de vous fracturer la hanche. Ou les deux.
Adrienne étouffa un sanglot, décochant à Hester un regard où l’aversion se mêlait au désespoir.
− Je vais vous aider, chuchota-t-elle à son père, avant de s’adresser à Hester : Allez-vous en. Vous ne lui laissez aucune dignité. Comment pouvez-vous être aussi … cruelle ?
Hester perdit patience, exaspérée par l’étrange relation faite d’amour, de haine et de dépendance qui semblait être la leur.
− Il n’y a pas de honte à être humain, rétorqua-t-elle d’un ton sec. Nous naissons tous nus et hurlants. Nous fonctionnons tous plus ou moins de la même manière. Nous avons tous besoin les uns des autres de temps en temps. Personne ne vous prend votre dignité. Soit vous la conservez, soit vous y renoncez en vous comportant comme un sot.
Elle se tourna vers Radnor.
− Vous n’êtes pas différent d’un autre. Pour l’amour du Ciel, cessez de faire toute cette comédie pour un simple besoin naturel. Personne ne s’en soucie !

Ma note : 4.5 Stars (4.5 / 5)

 

 

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Le bon frère – Chris Offutt

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 1997 (The Good Brother)
Date de publication française : 2016 (Gallmeister)
Genres :
Grands espaces, roman noir
Personnage principal : Virgil Caudill, habitant de Blizzard, petite ville du Kentucky sur le déclin.

Virgil Caudill a eu deux vies. Il habitait Blizzard, une petite ville du Kentucky sur le déclin. Là, tout le monde savait que son frère, Boyd, a été tué et par qui. Et tout le monde attendait que Virgil venge la mort de son frère. Tous pensaient aussi que Virgil épouserait Abigail, une amie d’enfance. Meurtre ou mariage ? Telles étaient ses options. Virgil a fini par choisir et une deuxième vie à commencé pour lui, ailleurs sous un autre nom. Il est devenu Joe Tiller, habitant de Missoula dans le Montana. Changer de nom, changer de vie, ne résout pas tous les problèmes. Blessé puis recueilli dans une famille de « patriotes » anti-gouvernementaux, il va devoir encore prendre d’autres décisions difficiles.

Dans ce roman Chris Offutt aborde les thèmes de la liberté de choix et du poids de l’entourage. Son personnage principal, Virgil, doit opter pour l’une des deux possibilités : commettre un meurtre pour venger son frère, ce qui implique la fuite et peut être la prison, ou se marier tranquillement en perdant son honneur et toute considération de la part de sa famille, de ses voisins et peut être même de sa femme. Un peu plus tard, au Montana, devenu Joe Tiller, il sera contraint de choisir entre être liquidé par des extrémistes anti-gouvernementaux ou de s’intégrer alors qu’il ne partage pas du tout leurs idées. Les Bills forment un groupe de citoyens qui ne reconnaissent pas l’autorité du gouvernement fédéral. Ils ne paient pas d’impôts ni de taxes, n’ont pas de permis de conduire, pas de plaques ou de fausses plaques d’immatriculation des voitures . Ils sont armés et prônent le droit à toutes les libertés individuelles tout en n’acceptant aucune obligation imposée par l’état. Ils sont aussi racistes et antisémites. Joe, blessé par l’un d’eux, puis soigné et rétabli, va représenter un danger : s’il est libre il peut parler et les trahir, sinon il devra s’intégrer au groupe. Les Bills s’accommodent d’une contradiction : ils ne veulent se plier à aucune contrainte mais ils en imposent aux autres.

Le roman est centré sur le personnage de Virgil Caudill/Joe Tiller. C’est un homme simple. Il n’est ni exigeant ni ambitieux, il préfère la tranquillité. Il exerce le métier d’éboueur au Kentucky. Il aime la nature environnante, il apprécie son environnement de bois de collines, de rivières. Jeune, il a été sous l’influence et la domination d’un frère plus brillant et plus exubérant que lui. Ce frère a été tué, on attend maintenant de lui qu’il fasse ce qui doit être fait. S’il n’est pas le plus futé des hommes, Virgil est tenace, coriace et pas facilement influençable.

Du Kentucky au Montana. Deux états d’un même pays mais avec de grandes différences. Virgil a cru au début que les deux états se ressemblaient mais il s’est vite aperçu que si les paysages étaient différents, les gens l’étaient encore plus.

Comme le personnage principal, l’écriture est simple, épurée, dénuée de fioritures stylistiques. Il y a de nombreuses et belles descriptions des paysages du Kentucky et du Montana.

Le bon frère est un beau roman qui sous l’apparence de la simplicité, aborde avec subtilité les thèmes de la liberté de choix, de la culpabilité, du devoir à accomplir mais aussi les différences profondes entre états d’un même pays, sur fond de grands espaces magnifiquement décrits.

Extrait : 
Tout à coup, il sut qu’il ne l’avait jamais aimée. Au plus fort de ses sentiments dominait la sympathie. Ils étaient ensemble parce que la communauté attendait d’eux qu’ils le soient. Il comprit soudain qu’il avait passé sa vie à suivre des schémas que d’autres avaient conçus pour lui.
Il éprouva les premiers miroitements, encore bien légers, d’une vraie liberté, une sensation qui lui ficha la trouille. À un feu rouge, il regarda par la vitre d’un bar. De l’autre côté de la rue, il y avait un autre bar. La ville, c’était l’endroit où se rendaient les gens quand ils n’avaient pas d’autre endroit où aller. Ils buvaient, ils aimaient, ils se battaient, et Joe aurait aimé être l’un des leurs, mais il savait qu’il ne le serait jamais. Il était fatigué d’essayer d’être comme tous les autres.

Collines du Kentucky

Ma note : 4.25 Stars (4.25 / 5)

 

 

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Shibumi – Trevanian

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 1979
Date de publication française : 2008 (Gallmeister)
Genres : Thriller, Aventures
Personnages principaux : Nicholaï Hel

Ce roman passe pour être le chef d’œuvre de Trevanian. J’ai rendu compte dans ces pages de The Main, que j’avais bien aimé. Trevanian nous présente des personnages atypiques, et lui-même est un auteur original, qui a quitté les États-Unis pour s’installer dans les montagnes du Pays basque français. Alors que The Main (titre français) s’apparentait à un récit quasi intimiste dans la mesure où tout se passait dans une ville et même dans une rue, Shibumi nous transporte dans l’espace et dans le temps et on peut qualifier l’intrigue de multinationale.

Au centre du récit, l’homme le plus recherché au monde ou pour le tuer, ou pour réclamer ses services : Nicholaï Hel. Fils d’une mère russe et d’un père allemand disparu, élevé par un général chinois, dans une Chine occupée dans les années 30, particulièrement par les Japonais, puis, après la guerre, par les Russes et les Américains, Nicholaï est expédié au Japon chez un ami du général chinois pour sa sécurité. À la fin de la guerre, il possède plusieurs passeports, parle sept langues, et est devenu expert au jeu de go et dans les arts martiaux. Mais il est incarcéré et torturé par les Américains; après quelques années, on lui propose une missions-suicide en échange de sa liberté. Il l’accomplira avant de disparaître et de devenir un exterminateur de terroristes.

Enfin, espérant jouir de sa retraite dans son domaine du Pays basque, il aura alors à livrer son plus dur combat contre la Mother Company, constituée par les magnats internationaux du pétrole qui imposent leur volonté à tous les dirigeants de tous les pays, afin que les profits liés à l’exploitation et à la circulation du pétrole croissent sans limite. C’est à cet énorme consortium que la CIA fait appel pour déposséder Nicholaï de ses avoirs monétaires et de ses terres. Ce sera sans doute une tactique efficace pour le neutraliser. Mais il reste à Nicholaï une arme redoutable que le Gnome lui a confiée.

Ce roman de Trevanian est difficilement racontable. C’est un peu comme les sagas de James Lee Burke où on nous résume la Nouvelle-Orléans en marche depuis deux siècles. Dans le cas de Trevanian, ça semble plus international, mais la constance à partir de laquelle il faut comprendre tous ces épisodes apparemment débridés, c’est la course au profit à travers l’industrie pétrolière. La critique de notre culture et de notre civilisation américano-européenne est impitoyable et s’effectue d’autant plus aisément qu’elle s’appuie souvent sur des valeurs et des modes de vie orientaux, du moins le Japon avant la défaite et la Chine avant Tchang Kaï-chek.

C’est vrai qu’on a affaire à une grande œuvre. Mais elle n’est pas parfaite. Le récit tient moins à l’invention imaginative qu’à l’observation cultivée. Aussi, la continuité importe moins à l’auteur qu’un déploiement de scènes qui ont besoin de temps pour s’imbriquer. On retombe sur nos pieds, mais ça reste déroutant. Enfin, de la page 268 à 318, on suit de près les expéditions spéléologiques de Le Cagot et de Nicholaï dans le gouffre de Port de Larrau. C’est assez long, ça ne fait pas avancer l’action et ça ne fait que développer un peu le contraste entre la robuste personnalité de l’un (le basque Le Cageot) et la généreuse subtilité de l’autre (son ami Nicholaï).

Comme on l’a souvent remarqué à d’autres occasions, c’est un roman riche et attachant, une critique remarquable du mode vie américain, mais un roman difficilement qualifiable d’espionnage ou de policier. Ce n’est pas une critique mais, pour moi, une information pertinente.

Extrait :
Par exception, je soumettrai à votre attention quelques citations plutôt qu’un texte continu : on verra ainsi davantage le talent et le style de Trevanian.

  • C’est un truisme de la politique américaine qu’un homme à même de remporter une élection n’en a jamais l’étoffe.

  • Tu méprises les Américains en tant que race. Mais ce n’est pas une race. Pas même une civilisation. Seulement un ragoût culturel des détritus et des restes du banquet européen.

  • Il ne l’aimait pas assez pour désirer lui devoir quoi que ce soit.

  • Tous les Américains étaient des marchands et le fondement même du génie américain – de l’esprit yankee – est d’acheter et de vendre.

  • La propagande du vainqueur devient vite l’histoire du vaincu.

  • Les Américains confondaient niveau de vie et qualité de la vie, égalité des chances et médiocrité institutionnalisée, bravade et courage, machisme et virilité, libertinage et liberté, verbosité et clarté de langage, amusement et plaisir.

  • La Mother Company et les pays de l’OPEP passaient à l’heure actuelle par une période délicate de transition; la première tentait de transformer son monopole de l’énergie pétrolière en une hégémonie couvrant toutes les autres sources d’énergie, afin de conserver ses pouvoirs et ses avantages au-delà de l’épuisement des ressources pétrolières mondiales; l’autre s’efforçait de transformer ses richesses pétrolières en acquisitions industrielles et territoriales dans le monde occidental. Et c’est pour leur permettre de franchir cette phase difficile que Diamond et Able avaient le pouvoir illimité de résoudre les trois obstacles les plus dangereux à leur succès : les efforts furieux de l’OLP pour semer le désordre afin d’obtenir une part des richesses arabes; l’interférence stupide et maladroite de la CIA et de son organe la NSA; et l’insistance tenace d’Israël à survivre.

  • Les généralisations ne sont critiquables que lorsqu’elles s’adressent à des individus.

  • Diamond se voyait tel le héros viril et solitaire, arpentant bravement une rue poussiéreuse d’un quartier perdu de Hollywood, la main à quelques centimètres de l’étui de son ordinateur. Il est révélateur que le cow-boy soit le héros type de la culture américaine : un immigrant victorien brutal et sans éducation, issu de la masse rurale.

Jeu de go

Ma note : 4 Stars (4 / 5)

 

 

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Lynwood Miller – Sandrine Roy

Par Raymond Pédoussaut

lynwoodmillerDate de publication originale : 2016 (Éditions Lajouanie)roy-sandrine
Genres : Enquête, fantastique, sentimental
Personnages principaux : Lynwood Miller, américain installé dans les montagnes françaises – Élisabeth Kellermann, jeune fille possédant d’étranges pouvoirs – Simon Borrie, expert en informatique.

La bergerie d’un voisin de Simon Borrie, a été rachetée par un inconnu qui se lance dans de gros travaux. Cet inconnu est un grand gaillard américain peu bavard et mystérieux mais qui finit par sympathiser avec Simon. Il s’appelle Lynwood Miller. Il pensait prendre une retraite paisible dans un coin perdu des montagnes françaises. Il a bien fait de venir là, Lynwood : peu de temps après son arrivée il sauve une jeune fille agressée par deux bandits que Lynwood met en fuite. Après avoir porté secours à la fille, il la fait soigner à l’hôpital. En sa présence il se produit d’étranges phénomènes : la télévision explose, les aiguilles de la pendule se mettent à tourner très rapidement, des objets se déplacent tout seuls … Elle s’appelle Élisabeth, elle a le don de télékinésie, entre autres. D’abord fasciné, Lynwood tombe éperdument amoureux. Avec son ami Simon et le commissaire Marchand, ils vont mener l’enquête sur l’agression. Cela les amènera en Allemagne. C’est dans le passé de la jeune fille qu’ils espèrent trouver les raisons des récents événements.

L’auteure nous fait voyager des montagnes françaises (les Pyrénées, bien que n’étant pas explicitement citées) jusqu’en Allemagne où tout se dénouera. Les conditions de la naissance d’Élisabeth expliquent la suite de son histoire. L’intrigue est bien élaborée et le scénario se déroule parfaitement bien jusqu’à l’explication finale.

Si on a gardé la fraîcheur de sa jeunesse on trouvera les personnages originaux et intéressants. Les amateurs de romans noirs risquent de les juger un peu trop parfumés à l’eau de rose. Élisabeth est une fille solaire, fragile, mais aussi redoutable grâce à ses pouvoirs. Elle est capable de déplacer les objets à distance, de guérir avec ses mains, de s’introduire dans l’esprit des gens ou de clouer au mur  un ennemi, comme un papillon. Lynwood est un grand bel homme qui fait rêver les dames, mais lui n’en voit qu’une : Élisabeth. Il ne faut pas lui chercher des noises, ni l’énerver, c’est un ancien des forces spéciales, il sait se battre et il est costaud. Simon est un personnage très contrasté : il ressemble à ce que serait un assemblage entre un berger des Pyrénées et un surdoué sortant de Harvard : il vit chez sa maman, vend des cloches à moutons et à vaches sur les marchés de son bled, ne se lave pas (ou peu) mais c’est aussi un génie de l’informatique, sollicité par les plus grandes boites du monde pour résoudre des problèmes compliqués. Il parle couramment cinq langues.
Avec de tels protagonistes il y en a pour tous les goûts. Les dames vont adorer Lynwood, un type viril, protecteur, attentionné, avec un grand cœur. Les messieurs vont fantasmer sur  Élisabeth, capable de se glisser à distance dans le lit de son chéri. Les branchés techno vont admirer Simon, l’incontournable hacker présent dorénavant dans tous les polars d’enquête, un gars capable de pénétrer tous les réseaux et même d’accélérer une liaison internet sur ligne téléphonique poussive de montagne, ce qui tient plus de la magie que de compétences techniques poussées.

L’écriture est simple, sans complication ni recherche. Le livre se lit facilement mais il n’y a aucun style personnel. Le style, l’histoire d’amour, la happy end peuvent donner l’impression d’être dans un roman pour la jeunesse.

Sur la couverture, on peut lire : Roman policier mais pas que… Effectivement ça correspond bien à ce qu’est ce livre, un mélange de polar, de fantastique et de littérature sentimentale. Bien réussi toutefois, ce qui n’est pas évident avec de tels ingrédients.

Lynwood Miller est un roman agréable à lire, reposant, recelant une certaine fraîcheur plutôt rare dans le domaine polars. Il conviendra parfaitement à ceux qui n’ont d’autre objectif que se distraire.

Extrait :
– Cent pour cent de réussite, dit Kellermann avec un soupçon de fierté. Et c’est là le moindre de ses talents. Vous n’imaginez pas l’étendue de ses facultés. Si elle se découvrait au grand jour, on la traiterait comme un rat de laboratoire au mieux, ou comme une bête de foire. Elle a très rapidement pris conscience de sa différence, même en vivant enfermée comme vous l’avez souligné. À partir du moment où elle a réalisé qu’elle pouvait soigner, faire le bien autour d’elle, il y a eu comme un déclic. Elle est parvenue à canaliser ses pouvoirs, à gérer ses émotions. Il était même envisageable de l’intégrer dans un établissement scolaire à cette époque-là. Mais c’est elle qui s’y est opposée. Elle avait pris l’habitude de suivre des cours à domicile, avec des professeurs particuliers, et cela lui convenait. Les premiers ne sont pas restés longtemps, ils prenaient peur rapidement dès qu’elle déplaçait leurs livres, plus par jeu que par malice.

Ma Note : 3.75 Stars (3.75 / 5) lynwood-amb

 

 

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Brunetti en trois actes – Donna Leon

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2015 (Falling in love)
Date de publication française : 2016 chez Calmann-Lévy
Genre : Enquête
Personnage principal : Commissaire Brunetti

Depuis quelques romans, j’étais déçu que Donna Leon mette moins d’énergie sur les éléments mystérieux de l’intrigue ou sur les subtilités de l’enquête au profit de la juste cause qu’elle défendait. J’allais l’abandonner tranquillement, quand la télésérie allemande a ressuscité mon intérêt pour Brunetti et sa famille, Vianello et Elettra, Venise et ses décors fascinants. Il arrive souvent qu’une télésérie ou un film ne rende pas justice à un roman (par exemple : Les petits meurtres d’Agatha Christie, délibérément humoristique; ou la série britannique des Enquêtes de l’inspecteur Wallander, où notre pauvre Kurt ressemble à un sans abri déprimé et alcoolique). La série allemande des Brunetti rehausse, à mon sens, la valeur des romans de Leon, et c’est peut-être pourquoi elle ne l’aime pas beaucoup.

Dans ce roman-ci, pas de cause à défendre, sinon celle des malheurs et de la solitude des divas. En l’occurrence, on retrouve Flavia Petrelli, à la Fenice de Venise, qui chante Tosca avec beaucoup de succès, noyée sous les roses. Elle avait rencontré Brunetti à cette même Fenice dans le premier roman de la série, Mort à la Fenice, vingt-cinq ans auparavant. Quatre ans plus tard, Brunetti avait revu Flavia et son amie archéologue Brett Lynch (Entre deux eaux), impliquée dans une affaire de fausses figurines chinoises, et violemment agressée pour l’empêcher de déplacer trop d’air.

Elle vit maintenant à Milan, est marié et a deux enfants. Souvent en tournée, sa vie est remplie mais difficile. Donna Leon, elle-même amateur d’opéra, décrit avec empathie la solitude et la vie difficile d’une diva. Dans ce cas-ci, en particulier, Flavia semble victime d’un admirateur excessif, qui n’a de cesse de la submerger de roses jaunes (des centaines!), et de lui faire des cadeaux exorbitants, sans se faire connaître. Puis, le supposé adulateur semble s’attaquer physiquement aux personnes pour qui Flavia éprouverait de l’estime. Comment Brunetti parviendra-t-il à neutraliser un tel individu qui menace réellement la santé mentale (et peut-être aussi physique) de Flavia.

Peu d’action, et on reconstitue les attentats contre Francesca et Freddy une fois qu’ils ont eu lieu. À la questure, ça ne bouge pas trop non plus, parce qu’Elettra est en grève contre l’affreux Scarpa, et Patta qui a tendance à le couvrir, au détriment de l’infortuné et vulnérable Alvise, suspendu pour avoir agressé un manifestant. Vianello et Paola n’ont pas non plus un grand rôle. Quant à la musique, c’est un prétexte pour développer le personnage de Flavia, sa vie, l’éducation de ses enfants, son mariage; c’est sa prestation qui émeut Brunetti, plus que la musique de Puccini : les plaisirs musicaux de l’auteure commencent à Haendel et s’arrêtent à Mozart.

Le contexte de l’opéra n’en est pas moins plaisant et Leon nous ménage quelques belles surprises comme le premier chapitre du roman. Par contre, j’émettrais quelques réserves sur les dialogues (entre Brunetti d’une part, et Elettra, Flavia et Claudia d’autre part). Est-ce un problème de traduction ? Les principaux personnages manifestent une étonnante agressivité; pour Flavia, on comprend son stress, mais ses réactions vis-à-vis de Brunetti frisent l’hystérie. Ça m’a rappelé certains romans de Patricia Cornwell qui dotaient ses personnages d’une bonne dose d’agressivité, peut-être pour avoir l’impression d’écrire quelque chose de dramatique. Enfin, j’ai trouvé la finale plutôt bâclée et difficile à se représenter.

Vivement la télésérie !

Extrait : 
Brunetti se tourna vers elle et déclara, sans ambages : « J’ai besoin d’informations sur vos derniers amants, Flavia. Peu m’importe qui c’était, ou qui c’est, mais j’ai besoin de savoir comment ils s’appellent et comment ces relations ont fini, s’il y avait du ressentiment entre vous. » S’il s’était penché sur une table dressée pour le dîner et qu’il eût craché dans la soupe, elle n’en aurait pas été plus choquée. Et dégoûtée.
«  Et voulez-vous savoir, aussi, ce que j’ai fait avec eux?
− Contentez-vous de jouer la comédie sur scène, Flavia, rétorqua-t-il, soudain lassé par son attitude. Celui ou celle qui a fait cela à Freddy est la même personne que celle qui vous a envoyé les fleurs et qui a poussé cette fille sur le pont. Vous êtes le seul lien entre eux. »
Brunetti lui laissa la possibilité d’émettre une objection ou d’exprimer sa colère, mais elle resta assise en silence, le regardant fixement, le visage encore figé par la surprise et tout rouge sous l’emprise de la rage.

La Fenice

Ma note : 3.5 Stars (3.5 / 5)

 

 

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