Le diplôme – Amaury Barthet

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2023 – Albin Michel
Genres : social, humour
Personnages principaux :
Guillaume, professeur d’histoire-géographie – Nadia, vendeuse dans un magasin de vêtements

 

Guillaume, professeur d’histoire-géographie à Bobigny, est désabusé. Ses élèves ne le respectent pas, ne l’écoutent même plus. Avec son épouse, ce n’est pas mieux, elle lui reproche d’être blasé et dépressif et elle finit par le quitter. Pour lui, c’est une libération, c’est en homme libre qu’il décide de se reprendre en main. Dans une salle de sport, il rencontre Nadia, une belle jeune femme, grande et musclée. Ils sympathisent et même plus. Bien qu’elle ait une licence en éco-gestion et qu’elle soit cultivée, Nadia n’a pas trouvé mieux que d’être vendeuse chez Zara. Elle aspire à un emploi plus élevé, elle en a les capacités, mais ce qui lui manque c’est un diplôme prestigieux. Guillaume décide d’arranger ça : il emprunte le diplôme de HEC de son frère et à l’aide d’un logiciel de traitement d’image il change le nom du détenteur pour mettre celui de Nadia. Munie de ce sésame du succès, Nadia, coachée par Guillaume, va postuler à de plus hautes fonctions. Commence alors pour elle une ascension sociale vertigineuse.

Le constat de départ est qu’en France si vous n’avez pas de bons diplômes, les emplois lucratifs ne sont pas accessibles. C’est le diplôme en tant qu’objet qui a de la valeur, pas le niveau de connaissances qu’il est censé certifier. Donc pour Guillaume, la solution est simple : il va procurer à Nadia le diplôme qui lui ouvrira les portes d’une profession de niveau supérieur en falsifiant le diplôme de son frère. Munie de ce précieux document, Nadia va devoir faire illusion dans le grand monde. C’est ce qu’elle réalise brillamment. Cela lui permet de faire un bond prodigieux dans l’échelle sociale en passant de vendeuse dans un magasin de fringues à secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire. Bien sûr la vraisemblance d’un tel parcours paraît plus que douteuse, mais ce qui intéresse l’auteur n’est pas la vérité absolue, c’est la critique sociale que cela lui permet de faire. Et là, il s’en donne à cœur joie : l’enseignement supérieur à deux vitesses, les grandes écoles qui n’enseignent rien, l’entre-soi dans les cabinets-conseils et les grandes entreprises, la vanité des nouveaux bourgeois du 16e arrondissement de Paris, entre autres. L’auteur ne pousse pas le cynisme jusqu’à faire de l’imposture le grand vainqueur de cette histoire, il imagine aussi, pour préserver la morale, un retour de bâton bien cruel qui clôt de façon assez abrupte ce roman.

Au niveau des personnages principaux, là aussi leur crédibilité est contestable tant leur évolution est stupéfiante. Guillaume, professeur minable, respecté par personne, devient un maître à penser, un coach efficace et un tombeur cruel assez insupportable. Tandis que Nadia, la petite vendeuse, se transforme en une superwoman rayonnante, totalement dévouée au succès d’un capitalisme teinté de vert.

Cette fiction est à la fois une critique sociale impitoyable et une farce grinçante. Elle est jubilatoire par son humour ravageur et son ton sarcastique. Le diplôme est un livre divertissant et facile à lire qui n’exclut pas la réflexion. On l’appréciera si on ne s’offusque pas trop des invraisemblances.

Extrait :
Je pris conscience qu’en une matinée je venais de faire économiser à Nadia cinq ans d’études et près de 40 000 euros de frais de scolarité. C’était en tout cas ce qu’avait payé mon frère pour ses années d’école. Il s’agissait d’une dépense considérable – qui l’avait obligé à contracter un emprunt bancaire sur dix ans – mais elle lui avait garanti une rémunération généreuse et des conditions de travail confortables pour le restant de son existence. Pour cette somme, on pouvait également s’offrir les services d’une mère porteuse canadienne ou d’un tueur à gages albanais. C’était, en quelque sorte, le prix de la vie.

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

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