Le vestibule des lâches – Manfred Kahn

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2022 – Rivage/Noir
Genre :
Romance noire
Personnages principaux :
Victor, nouveau venu dans le village – Josépha, épouse de Charles, l’homme fort du village

Victor s’est installé dans un village des Alpes, depuis deux ans. Il a peu de contacts avec les autres habitants. Un soir, rentrant chez lui, il trouve son chien égorgé devant sa maison. Il comprend que c’est un message qui lui est adressé par Charles, l’homme fort du village et même de toute la vallée. La signification de message est claire : l’allégeance ou le bannissement, voilà ce que dit la mort du chien. Charles ne supporte pas que Victor soit à part, qu’il ne fasse pas partie de la meute dont il est le chef. D’autant plus que Victor s’est un peu trop rapproché de Josépha, son épouse. Victor décide de s’expliquer avec Charles.

Le roman est centré sur les deux personnages de Josépha et de Victor. Josépha est une femme sensible et artiste. Elle est solitaire, elle ne fréquente pas d’autres femmes du village à part une vieille amie qui vit en dehors de la commune. Josépha fait de magnifiques photos des paysages environnants qu’elle parcourt seule. Elle est mariée à Charles, un homme grossier, grande gueule, que tout le monde dans le village craint, sauf Josépha. Dans ses moments de colère, Charles brutalise sa femme. Josépha vit avec un homme qui ne lui convient pas, qu’elle n’aime pas, une brute qui est à l’opposé de sa délicatesse. Malgré son apparente fragilité, cette femme est en réalité le personnage le plus fort de cette histoire.
Victor est arrivé il y a deux ans dans le village. Il y loue une maison, mais ne s’est pas intégré à la population locale. Son seul compagnon est un chien abandonné qu’il a recueilli. Charles a bien essayé d’incorporer Victor à sa meute et ainsi le faire passer sous sa domination, mais ça n’a pas marché. Par contre Victor s’est rapproché de sa femme Josépha. Ces deux solitaires se sont trouvés. Il y a une attirance mutuelle entre eux. Ils vont se confier l’un à l’autre, se raconter, se découvrir (dans tous les sens du terme). Il y a beaucoup de souffrance dans leur passé respectif. Victor a perdu sa femme et sa fille dans les attentats de Bataclan où lui-même a été gravement blessé. Deux ans après, il n’arrive pas à tourner la page, il délire et hallucine, imaginant les voir encore. J’ai longtemps pensé que Victor était un homme fort, qu’il n’allait pas accepter qu’on lui impose quoique ce soit. En fait non, Victor veut juste expliquer à Charles son point de vue, il n’est pas dans la confrontation. L’affrontement attendu n’a pas vraiment lieu. Victor est un personnage que j’ai trouvé assez décevant. Il est tellement brisé par son passé qu’il ne lui reste que les mots de la rébellion, il n’a pas la force de l’action ni le courage qu’il lui faudrait pour se mesurer à Charles. Josépha les a, c’est elle qui s’oppose frontalement à son mari.

Ce livre est un malentendu pour moi. Je croyais avoir affaire à un polar, à une histoire de domination et de résistance, à un affrontement de deux hommes pour une femme. Ce n’est rien de tout ça, c’est une romance à mon humble avis. Une romance sombre et dramatique, sans la fin heureuse de mise dans ce genre, mais une romance quand même. Quatre-vingt-dix pour cent de l’histoire est consacré à l’évolution de la relation amoureuse entre Josépha et Victor. La dernière partie, seulement une trentaine de pages (sur 300), nous sort du tête-à-tête amoureux. L’auteur n’est pas en cause, il écrit son roman sans se soucier de la catégorie dans laquelle on placera son livre. C’est l’éditeur qui choisit de positionner le livre dans l’un ou l’autre des rayons des librairies. Le placer dans la collection Rivages/noir avec une couverture et une quatrième de couverture qui accentuent encore le style polar, c’est donner au lecteur toutes les chances de se tromper dans son choix. C’est ce que j’ai fait.

Le vestibule des lâches est un roman qui a des arguments pour plaire : une belle histoire d’amour, de magnifiques descriptions de la montagne et une écriture élégante. Mais il n’est pas ce qu’il semble être, c’est une romance douloureuse en habits de polar.

 Extrait :
Il allait parler au mari de Josépha. Si l’homme lui faisait la leçon comme sa voisine, il allait frapper ce connard comme il avait frappé le loup. Il allait expliquer à Charles qu’il marchait dans la montagne avec la femme qu’il battait, attachait dans son lit pour la violer, et le chien qu’il voulait tuer ; parce qu’il n’avait pas trouvé d’autre compagnon. Qu’il ne voulait pas, comme lui, être servi par une meute et protégé par des murs solides bâtis avec de l’argent volé.
Il allait libérer Josépha de la meute. Il allait s’avancer devant cet homme qu’il ne connaissait pas et lui dire les morts, les blessés, la balle des assassins fichée comme un interrupteur dans son cerveau ; la morgue avec les corps de Justine et d’Apolline où il n’avait pu voir que leurs visages miraculeusement épargnés ; les cils, les cheveux et les lèvres marbrés par le froid dans lequel elles attendaient qu’il vienne les reconnaître. Leurs lèvres gelées murmuraient : Nous sommes arrivés au lieu où je t’ai dit que tu verrais la race douloureuse de ceux qui ont perdu le bien de l’intelligence.

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

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