La Bête du Gévaudan – Abel Chevalley

Par Raymond Pédoussaut

Dates de publication : 1936 (Gallimard) – 1968 (J’ai lu) – 2018 (L’Éveilleur)
Genres : Historique, légende, énigme
Personnage principal : Jacques Denis, narrateur

Le Gévaudan est une ancienne province française. Aujourd’hui il correspond en gros au département de la Lozère. Dans ce lieu, de 1764 à 1767, une bête sauvage fit plus de 200 victimes.

Les habitants, habitués à la présence du loup, trouvent que la Bête ne ressemble pas à un loup : grosse comme un veau, rayée de noir sur le dos, oreilles pointues comme des cornes, longue queue épaisse, mâchoire énorme, museau effilé. Elle ne s’attaque qu’aux femmes et enfants. Il y a une raison : ce sont eux qui gardent les troupeaux. Les attaques commencent en juin 1764. Devant le nombre grandissant des agressions de la Bête, le gouverneur du Languedoc envoie en septembre 1764 un détachement de dragons, sous le commandement du sieur du Hamel. Des battues s’organisent, des loups sont tués mais la Bête sévit toujours. L’affaire fait du bruit et les gazettes commencent à critiquer l’inefficacité des autorités. Louis XV réagit en envoyant dans le Gévaudan le meilleur louvetier du monde : le Normand Jean-Charles d’Enneval. Celui-ci reprend la traque mais s’aperçoit que ses méthodes de chasse au loup ne fonctionnent pas. La Bête ne serait pas un loup. Elle reste insaisissable. Nouvel échec. En juin 1765, le roi envoie en Gévaudan son propre porte-arquebuse le sieur Antoine de Beauterne. Il n’a pas plus de résultats mais il ne peut échouer, le prestige du roi est en jeu. Alors il monte une escroquerie, faisant croire qu’un gros loup tué est la Bête. Officiellement la Bête est morte le 21 septembre 1765. Mais le carnage continue pendant près de deux ans. La cour versaillaise s’en désintéresse, les journaux n’en parlent plus. Le Marquis d’Apcher, jeune seigneur local reprend la traque. Il recrute les meilleurs chasseurs locaux dont Jean Chastel. On a souvent attribué à la famille Chastel, le père et ses deux fils, un rôle trouble dans cette affaire. En juin 1767, Jean Chastel abat un gros hybride chien-loup d’une balle en argent qu’il avait fait bénir. Est-ce vraiment la Bête ? En tout cas à partir de ce moment la Bête du Gévaudan ne fera plus de victimes.

Cette affaire n’ayant jamais été vraiment éclaircie, elle a fait l’objet d’une quantité d’écrits et d’une multitude de théories plus ou moins fumeuses. Elle a aussi inspiré des films. En Lozère on trouve aujourd’hui de nombreuses représentations de la Bête. Ce livre tient une place particulière dans ce qui est devenu une légende. Ce n’est pas grâce à sa qualité littéraire, c’est surtout par le procédé narratif utilisé. Cette œuvre est un roman mais elle est présentée comme un témoignage d’une personne ayant vécu les faits. L’auteur s’est imaginé un trisaïeul, Jacques Denis, vivant à cette époque qui aurait consigné ses observations dans un manuscrit. C’est ce manuscrit qu’Abel Chevalley aurait repris pour le publier. Le problème est que plusieurs historiens ont oublié, ou pas remarqué, que c’était un roman. Ils ont repris les événements relatés comme étant des témoignages authentiques. Ils s’en sont servis pour étayer leur thèses. Le livre est considéré comme un ouvrage de référence sur le sujet mais c’est une mystification.

Cependant l’auteur relate les événements de façon tout à fait crédible. Il balaie les hypothèses concernant la nature de la Bête : une seule bête ou plusieurs ? Loup(s) ? Animal importé : hyène, lycaon, panthère ? Croisement d’espèces ? Animal élevé pour tuer ? Loup-garou ? Ou comme l’affirme l’évêque de Mande : fléau envoyé par  Dieu ?

Comme le mystère de la Bête du Gévaudan n’a jamais été totalement élucidé, les assertions d’Abel Chevalley en valent bien d’autres. Si vous avez le goût du mystère, ce livre devrait vous intéresser.

Extrait :
Tout à coup, nouvelle terrifiante. Des gens venant de Mende avaient rapporté que, le 26 septembre, une fillette de treize ans, du village des Thorets, paroisse de Rocles, avait été tuée dans les mêmes circonstances, ou à peu près, que les précédentes victimes de la Bête. Mais alors, ou bien il y en avait plusieurs, ou bien « Elle » n’avait pas été tuée au Luc ? L’un et l’autre termes de l’alternative étaient alarmants. La frayeur publique augmenta. Mais ce n’était rien auprès de ce qui allait suivre. Rocles était encore loin. Regardez la carte. Le 1er octobre, la Bête était chez nous, ou presque. On la signalait un peu partout. Le 7, elle tuait et mutilait affreusement une fille de vingt ans au village d’Apcher, près de Prunières. « Elle » avait donc en quelques jours franchi le faîte de la Margeride. Elle avait, d’un seul bond, sauté de l’inconnu, du lointain, dans notre proche voisinage. J’étais souvent allé à Prunières et revenu à pied le même jour. Ce n’était plus au bout du monde que sévissait le fléau. La Bête n’était pas seulement sauvage, féroce, immonde. Elle était rapide comme le vent, et, comme le vent, insaisissable. Elle avait le don d’être partout à la fois, le « privilège d’ubiquité », comme disait notre curé. C’était peut-être le diable ? Ce dimanche-là, des prières furent dites dans notre église. Nous demandâmes à Dieu de nous protéger, à la sainte Vierge de nous secourir. Nous fîmes le signe de la croix sur nos baïonnettes rustiques.

 

Le Cajun – Sur les traces de la Bête du Gévaudan (1764-1767)


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