L’attaque du Calcutta-Darjeeling – Abir Mukherjee

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016
(
A Rising Man)
Date de publication française : 2019 – Liana Levi
Traduction : Fanchita Gonzalez Batlle
Genres : Roman sociologique, enquête, historique
Personnage principal : Sam Wyndham, capitaine de police anglais à Calcutta 

Calcutta – Avril 1919.
Le capitaine de police anglais, Sam Wyndham, vient à peine de débarquer à Calcutta qu’on lui confie l’enquête sur le meurtre d’un sahib (monsieur blanc) dont on a découvert le cadavre dans une impasse sombre, près d’un bordel. La victime était un haut fonctionnaire britannique. Comme si ça ne suffisait pas, Wyndham est chargé d’une deuxième enquête concernant l’attaque d’un train postal. Lorsqu’un terroriste notable est arrêté, les autorités britanniques essaient de lui coller les deux affaires sur le dos, avec le double avantage de montrer l’efficacité de la police britannique et de faire un exemple. Mais pour Wyndham il faut des preuves pour déclarer quelqu’un coupable, or il n’y en a pas. Contre l’avis de tous, il va poursuivre l’enquête qui va déboucher sur un résultat inattendu et pas du tout conforme aux souhaits des autorités.

Autant que le déroulement des enquêtes policières, c’est le cadre et le contexte de ce roman qui retiennent l’attention. L’auteur nous plonge au cœur de Calcutta juste après la première guerre mondiale. L’inde fait alors partie de l’Empire Britannique, elle est administrée par les Britanniques. Les hauts fonctionnaires et les hommes d’affaires s’enrichissent et vivent dans un luxe ostentatoire alors que les indigènes sont, pour la plupart, maintenus dans la pauvreté. Cent cinquante mille Britanniques tiennent sous leur coupe trois cents millions d’Indiens. Entre les deux communautés s’est installé un racisme basé sur une supériorité supposée des premiers sur les seconds. Cependant des mouvements de contestation et de désobéissance civile commencent à poindre. Les lois Rowlatt permettent d’emprisonner arbitrairement et de juger d’éventuels agitateurs. À Amritsar, le général Dyer réprime dans le sang une manifestation pacifique. Héros pour les colons, tortionnaire pour les Indiens. Dans ce contexte de tension, l’arrestation d’un terroriste connu et sa désignation comme bouc émissaire est une solution séduisante pour les Britanniques. Mais c’était sans compter sur un policier, certes anglais, mais aussi homme intègre, pour qui il faut des preuves pour inculper. Et comme le gars est un vétéran de la dernière guerre et un ancien de Scotland Yard qui en a vu d’autres, il ne s’en laisse pas conter. La solution politique va prendre du plomb dans l’aile.

Les personnages, que ce soit le principal ou les secondaires, sont bien définis et totalement crédibles. Le capitaine Wyndham est le narrateur. Il observe les événements avec une certaine distance, il est ironique voire même cynique et montre souvent un humour bien britannique. Il ne s’implique pas politiquement, il reste neutre mais comme il a une haute opinion de son métier, il est contre les arrestations arbitraires sans preuves. Il ne supporte pas qu’on inculpe un innocent alors que le coupable est libre et prêt à recommencer. C’est aussi un homme qui doit lutter contre ses propres démons hérités des blessures de guerre.

L’intrigue se déroule sur une semaine. Le rythme est soutenu. À cela s’ajoute une écriture claire et précise qui font de L’attaque du Calcutta-Darjeeling un excellent roman, mêlant une enquête captivante avec une réflexion pertinente sur le colonialisme.

Extrait :
Byrne rumine et prend une gorgée de vin avant de répondre. « Savez-vous combien il y a de Britanniques en Inde, capitaine ?

– Un demi-million ?
– Cent cinquante mille. Pas plus. Et savez-vous combien il y a d’Indiens ? Je vais vous le dire, trois cents millions. Et comment croyez-vous que cent cinquante mille Britanniques tiennent sous leur coupe trois cents millions d’Indiens ? »
Je ne réponds pas.
« La supériorité morale. » Il me laisse y réfléchir. « Pour qu’un si petit nombre en domine un aussi grand, il faut que les dominants projettent une aura de supériorité sur les dominés. Pas seulement une supériorité physique ou militaire mais aussi morale. Plus important encore, il faut que de leur côté leurs sujets se croient inférieurs ; que c’est pour leur bien qu’ils ont besoin d’être dominés.
« Il semble que tout ce que nous avons accompli depuis la bataille de Plassey ait eu pour objectif de maintenir les indigènes à leur place en les persuadant qu’ils ont besoin que nous les guidions et les éduquions. Leur culture doit être présentée comme barbare, leur religion fondée sur de faux dieux, même leur architecture doit être inférieure à la nôtre. Sinon pourquoi construirions-nous le Victoria Memorial, cette énorme monstruosité en marbre blanc plus grande que le Taj Mahal ?

Clive Street – Calcutta

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

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