Le revenant – Michael Punke

Par Raymond Pédoussaut

Le revenantDate de publication originale : 2002 (The Revenant)Punke
Date de publication française : 2014 chez Presses de la Cité
Genres : Grands espaces, Western
Personnage principal : Hugh Glass, trappeur

Août 1823. Une troupe de trappeurs remonte vers le Haut Missourri dans le but de ramener des peaux d’animaux pour le compte de la Rocky Mountain Fur Company qui en fait le commerce. Hugh Glass est un des ces trappeurs. Parti en éclaireur, il est attaqué par une femelle grizzly. Il parvient à l’abattre mais il est très grièvement blessé. Récupéré par le reste de la troupe, il est recousu tant bien que mal mais son état est grave, ses jours semblent comptés. Le chef de l’expédition délègue deux volontaires pour rester avec lui jusqu’à ce qu’il meure. Ils devront ensuite l’enterrer décemment avant de rejoindre la troupe. Mais un des deux hommes chargés de cette mission, Fitzgerald, estime que c’est une perte de temps d’attendre la mort du blessé alors il décide de l’abandonner tout de suite sans oublier de le dépouiller de ses maigres possessions : un fusil, un coutelas, une hachette. Ainsi Hugh Glass est abandonné en pleine nature, mourant, sans rien. Le combat pour la survie va commencer pour lui. Il entreprend de rejoindre le comptoir de Fort Brazeau distant cinq cent soixante kilomètres en rampant ! Sa détermination est portée par la haine envers ceux qui l’ont trahi. S’il réussit il fera ensuite payer ceux qui l’ont si honteusement abandonné dans les pires conditions.

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Hugh Glass, interprété au cinéma par Leonardo DiCaprio

Le livre se divise en deux partie. La première relate l’abandon du trappeur et sa lutte pour s’accrocher à la vie. La deuxième raconte sa traque pour retrouver les deux lâches qui l’ont condamné à une mort quasi certaine. On pourrait penser que les deux parties s’équilibrent. Ce n’est pas tout à fait le cas. L’auteur semble plus à l’aise dans la première partie, celle de la survie du trappeur. Par contre la deuxième partie, celle de la vengeance, n’a pas l’intensité que l’on pourrait attendre. Certes le méchant, Fitzgerald, y paraît haïssable et on le déteste facilement. Mais on ne sent pas la puissance de la haine que Hugh Glass est sensé éprouver. D’ailleurs dans cette deuxième partie on retombe un peu dans le même thème que la première : les dangers auxquels il faut échapper pour survivre et notre héros se retrouve de nouveau seul en pleine nature hostile peuplée d’indiens ennemis. Quant à l’ultime règlement de compte qui est attendu, il est escamoté dans un final assez déconcertant.

Le roman est basé sur des faits réels : Glass a bien été un trappeur ayant existé qui a été attaqué par un grizzly alors qu’il était parti en reconnaissance pour la Rocky Mountain Fur Company en 1823. Gravement blessé, il a été abandonné par les hommes qui devaient veiller sur lui. Il a survécu et a cherché à se venger. Sur cette base historique, l’auteur a construit une fiction.

Le récit vaut surtout par la force et la volonté de survivre qui sont montrées, celles d’un homme que tout condamnait à une mort certaine qui a réussi à se sauver. Mais il souffre d’un manque d’intensité et d’une narration assez plate. D’autre part les personnages n’ont que peu  de profondeur psychologique si ce n’est cette envie farouche de rester en vie.

Ce roman a été adapté, librement et en partie, au cinéma par Alejandro González Iñárritu avec Leonardo DiCaprio dans le rôle de Hugh Glass. Le film a obtenu trois récompenses aux Oscars de 2016 : meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleure photographie.

Extrait : 
Instinctivement, il se mit à crier, oubliant que sa gorge ne formait plus de mots, qu’elle n’était source que de souffrance. Il se souleva sur son coude gauche. Il pouvait encore plier légèrement son bras droit, mais il ne supporterait aucun poids. Ce simple mouvement expédia des pointes de douleur dans son cou et dans son dos. Il sentait la tension de sa peau sur les sutures grossières. Il fit glisser son regard le long de la jambe autour de laquelle étaient noués les lambeaux ensanglantés d’une vieille chemise. Là encore, impossible de faire jouer les muscles de sa cuisse pour fléchir la jambe.
Rassemblant ses forces, il roula lourdement sur le ventre, sentit une suture craquer et l’humidité chaude d’une nouvelle coulée de sang sur son dos. La douleur fut cependant réduite à néant par la marée de sa rage …
Hugh Glass se mit à ramper.

 

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Campement de fortune au bord de la Grand River

Ma note : (3,5 / 5)

 

 

 

 

 

 

Le Film : The Revenant (2015)

the-revenant-affiche filmRéalisation : Alejandro González Iñárritu
Scénario : Alejandro González Iñárritu & Mark L. Smit
Acteurs principaux : Leonardo DiCaprio – Tom Hardy – Domhnall Gleeson – Will Poulter – Fabrice Adde

Le film est marqué par l’investissement et la performance de Leonardi DiCaprio, ce qui lui a valu l’oscar du meilleur acteur en 2016. Le tournage s’est effectué dans des conditions particulièrement difficiles à cause du froid et de la neige. Leonardo DiCaprio a qualifié The Revenant comme le film le plus difficile de sa carrière. Le tournage s’étala sur 9 mois du fait d’une météo capricieuse, de l’éloignement des différents lieux et surtout de l’acharnement du metteur en scène et son directeur de la photographie Emmanuel Lubezki à ne tourner qu’avec de la lumière naturelle pour accentuer le réalisme des scènes.

Le film est basé sur le roman de Michael Punke mais le scénario a été en partie réécrit par Alejandro González Iñárritu et Mark L. Smit. Ainsi dans le film Glass est accompagné de son fils Hawk, un métis né d’une épouse indienne tuée par les soldats. Dans le roman ce fils n’existe pas. Au cinéma le personnage de Fitzgerald est encore plus odieux que dans le roman : il ne se contente pas d’abandonner et de dépouiller Glass gravement blessé, il tue aussi son fils et plus tard le capitaine Henry, chef de la mission. D’ailleurs Glass cherche à retrouver Fitzgerald non pas pour lui faire payer son abandon, comme dans le livre, mais pour venger la mort de son fils. Fitzgerald voue une haine irrépressible aux indiens, il a de bonnes raisons : il a été scalpé par eux il y a des années. Il ne pouvait que détester le fils de Glass. Le personnage de Bridger est à peu de chose près identique dans le roman et le film. Il reste fidèle à Glass mais il se laisse manipuler par Fitzgerald. Le film commence par une attaque des indiens Arikaras sur l’expédition des trappeurs. Les indiens attaquent non sans raison : Pawoqa, la fille du chef a été enlevée par des blancs, les indiens cherchent à la retrouver. En cherchant à récupérer un cheval, Glass retrouvera Pawoqa en train de se faire violer par un trappeur français. Glass sauve cette femme et sa vie par la même occasion car un peu plus tard, il sera de nouveau face aux Arikaras. Tous ces épisodes ne figurent pas dans le roman, c’est un apport du film. Alejandro González Iñárritu a dû ressentir la même frustration que les lecteurs dans le fait que l’affrontement final entre Glass et Fitzgerald n’ait pas lieu dans le roman. Il a donc intégré ce combat final dans sa production. Le film se termine même là-dessus.

Il est aussi à noter une grande différence entre le roman et le film : le rôle tenu par les trappeurs canadiens français. Il est positif dans le livre de Michael Punke. Glass coopère avec eux, ce sont des bons vivants parfaitement honnêtes. Dans le film ils deviennent des trafiquants, pilleurs et violeurs. Alejandro González Iñárritu aurait-il une dent contre les Français ?

Une histoire commune à la base, traitée de façon différente dans deux médias différents. Bien sûr il ne s’agit pas de comparer une œuvre grand spectacle au cinéma et un modeste roman. D’autant plus que l’écrivain a eu le souci de coller à la réalité des faits historiques alors que le réalisateur n’a pas hésité à enrichir l’histoire pour la rendre plus spectaculaire. Les moyens utilisés dans les deux cas n’ont, eux, rien en commun.

Bande annonce The Revenant – VO sous titrée français

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