Benjamin – Hervé Gagnon

Par Michel Dufour

BenjaminDate de publication originale : 2016 (Expression Noire)Gagnon
Genres : Enquête, historique
Personnage principal : Joseph Laflamme, journaliste

Après avoir écrit plusieurs séries que les jeunes ont appréciées, Gagnon s’est lancé dans le monde sérieux du polar; ses premiers coups d’essai furent des coups de maître. Après un excellent Jack (l’Éventreur), on a eu droit à un très bon Jeremiah et une attachante Maria. Aujourd’hui, la quatrième enquête de Joseph Laflamme, qui a ses sources dans la lutte pour l’indépendance des États-Unis, tourne autour d’un document disparu dont la divulgation risquerait de changer le monde. Plusieurs ne veulent pas qu’on le retrouve; d’autres veulent le trouver et l’exposer; d’autres espèrent le trouver et le détruire.

Après un court retour en arrière (Montréal, 1776), à un moment où trois mystérieux personnages semblent beaucoup compter sur la publication d’un précieux document au moment opportun, nous nous retrouvons à Montréal, en mai 1893, alors qu’un cadavre vient d’être découvert dans le Château Ramezay, vieux et décrépit; le cadavre aussi. L’inspecteur Marcel Arcand, George McCreary de Scotland Yard (à la retraite) et Joseph Laflamme, journaliste maintenant à La Patrie d’Honoré Beaugrand, s’efforcent de comprendre l’intérêt qu’on pouvait avoir à s’en prendre au pauvre vieux Tyler-Johnson, inoffensif selon toute apparence. Les trois enquêteurs sont maintenant quasiment des amis. En tout cas, c’est Arcand qui a poussé Joseph à La Patrie, nationaliste et républicain; George est pratiquement le beau-frère de Joseph, bien qu’Emma ne soit pas facile à manoeuvrer; et Joseph a beaucoup de respect pour l’intègre Arcand tout en se sentant solidaire de George, qui lui sauve la vie de temps en temps.

Leur réflexion est interrompue par le fait que la salle des archives de La Gazette vient d’être cambriolée; apparemment par le même homme qui avait tué Tyler-Johnson au Château : grand homme, long manteau et chapeau à larges bords. Comme c’était probablement le journaliste James McNab, qui s’intéressait lui aussi au cadavre du Château, qui était devenu la cible, on fonce chez lui : son appartement a été fouillé de fond en comble. Et on découvrira, quelque temps, après son cadavre. Puis, les morts se succèdent; Arcand est molesté et menacé par un agent de la Police Montée du Canada; nos trois héros tendent un piège et Joseph y laisse presque sa peau. On arrête un suspect, qui avoue certains meurtres mais pas tous. Et d’ailleurs les morts continuent de s’accumuler.

On le constate : l’action ne manque pas et on tirerait sans doute un bon film de ce roman. Les ennemis ne manquent pas et appartiennent à différents groupes d’intérêts. Pour comprendre une lettre trouvée chez McNab et mettre à jour l’enjeu qui anime tous les participants, Arcand, McCreary et Laflamme ont recours à l’inépuisable Babin, secrétaire de la Grande Loge, car les Francs-Maçons semblent avoir joué un rôle important dans cette affaire; au juge Baby également, spécialiste des péripéties politiques du XVIIIe siècle. Tous contribuent, avec plus ou moins de succès, à déchiffrer un message codé qui fait partie de la lettre découverte chez McNab. Enfin, dans un cimetière, en plein brouillard, on découvre une boîte en fer blanc dont le contenu aidera à comprendre la situation.

Gagnon utilise plusieurs procédés qui font le succès de ses histoires : d’abord, plusieurs groupes sont impliqués et cette dimension permet, par exemple, à nos amis d’être sauvés in extremis par un intervenant inconnu alors qu’ils pourchassaient quelqu’un d’autre (Jeremiah); puis, les principaux personnages gagnent en consistance à cause, entre autre, de leur vie personnelle : les amours tumultueuses de Joseph et Mary et les mésaventures de George et Emma, la sœur de Joseph. Autre point fort, les événements se passent à Montréal à la fin du XIXe siècle : décor non négligeable et particulièrement intéressant, puisque Gagnon est un historien, spécialiste du mouvement des Francs-Maçons. Enfin, ce qui ajoute une touche de réalisme qui implique davantage le lecteur, le camp des bons n’est jamais épargné, ce qui neutralise l’aspect un peu Tintin de Joseph.

Le défi pour Gagnon, c’est de trouver un aspect du passé qui se prête bien à des énigmes stimulantes : Jack l’éventreur, la guerre de Sécession et ses suites, les abus des communautés religieuses. Dans ce cas-ci, ce qui entoure la lutte pour l’indépendance des Américains et les relations entre les Américains et les Canadiens est moins mystérieux, donc peut-être moins attirant. Ou alors, nous avons été tellement saturés par les scandales politiques, les tricheries et les trahisons depuis une cinquantaine d’années, dans ce domaine, qu’il n’y a plus grand-chose qui puisse nous étonner, ou même nous émouvoir.

Extrait : 
L’Affaire du Château de Ramezay se complique
L’affaire du château de Ramezay évolue vite et s’annonce plus complexe qu’anticipé. Comme le révélait ce matin La Patrie, le cadavre de Walter Tyler-Johnson a été découvert, mardi matin, dans la vénérable demeure. L’Américain avait assisté, la veille, à l’assemblée publique visant la préservation de la bâtisse et semble avoir été assassiné alors qu’il explorait nuitamment les lieux à la recherche d’on ne sait quoi.
– Voilà que l’affaire prend une tournure inattendue qui, pour le moment, laisse pantois notre Département de police. En effet, dans la nuit de mardi à mercredi 17 mai, un journaliste qui enquêtait sur l’affaire pour le compte de la Gazette de Montréal, James McNab, a été trouvé mort dans la cour des ateliers du Canadien Pacifique. Un examen sommaire du corps et des environs a permis d’établir que l’attaque, par quelqu’un qui savait y faire, avait eu lieu un peu plus haut sur la rue et que la victime avait fui avant d’expirer là où elle a été découverte.
– L’histoire est compliquée par le fait que le meurtre de McNab a été suivi peu après par le cambriolage de son domicile.
– L’éditeur de la Gazette, M. Richard Smeaton White, confirme que, bien que le gardien de nuit ait été bousculé, rien ne semble avoir été dérobé, même si les archives du vénérable quotidien ont été mises sens dessus dessous. Quant au domicile de la victime, le cambrioleur, surpris par la courageuse femme qui, quelques heures plus tard, allait apprendre qu’elle était veuve, en est vraisemblablement parti bredouille.
– Nos sources nous apprennent que McNab avait été victime de deux tentatives de meurtre au cours des dernières semaines. Certains indices encore à éclaircir laissent par ailleurs entendre que l’affaire pourrait bien être liée à la franc-maçonnerie.
– Ce journal poursuivra l’enquête et prévoit être en mesure de faire sous peu des révélations plus importantes.

Benjamin-amb- chateau Ramezay

Château Ramezay

Ma note : (4 / 5)

 

 

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