Trois jours et une vie – Pierre Lemaitre

Par Raymond Pédoussaut

TroisjoursetunevieDate de publication originale : 2016 chez Albin Michellemaitre
Genre : Roman noir
Personnage principal : Antoine Courtin jeune meurtrier de douze ans

Tout a commencé en 1999 avec la mort du chien. Ulysse, le chien des voisins était le compagnon d’Antoine. Un jour le chien se fait accrocher par une voiture. Son propriétaire, M. Desmedt, jugeant l’état de l’animal désespéré, l’achève d’un coup de fusil. Antoine est bouleversé. Dans un geste d’énervement il frappe à la tête d’un coup de bâton Rémi Desmedt, un petit garçon de 6 ans, fils des voisins. Le coup est mortel, Antoine est catastrophé. Désemparé, il décide de cacher le corps dans un bois et de ne rien dire. Il devient un assassin à douze ans. Le garçon rongé par la culpabilité et l’angoisse, attend que les gendarmes viennent le chercher. Le ciel, sous la forme d’une gigantesque tempête, vient à son secours en interrompant les recherches du jeune disparu. Le bois dans lequel le corps de Rémi est caché est totalement dévasté. Le cadavre ne sera jamais retrouvé … À moins que la chance, jusqu’ici favorable, ne tourne et ne fasse ressurgir le passé.

L’intrigue est organisée autour de trois périodes. En 1999, Antoine avait douze ans et a commis involontairement l’irréparable. Comment peut-on continuer à vivre quand on est devenu un meurtrier à douze ans ? Toute cette première partie traite de ses tourments et de son stress. Quand la tempête l’a miraculeusement sauvé il décide de quitter sa ville, Beauvoir, qu’il ne supporte plus. Nous le retrouvons douze ans après, en 2011. Il est médecin et vit une passion amoureuse. Il semble s’en être sorti sans trop de dégâts. La mort de Rémi Desmedt est devenu un souvenir d’enfance pénible, mais de petits événements de la vie quotidienne font remonter à la surface des bulles de panique qu’il contrôle tant bien que mal. Il alterne les périodes d’angoisse et de soulagement. Un autre événement va de nouveau chambouler sa vie. La dernière partie nous amène en 2015. Si la justice n’a pas rattrapé Antoine, l’évolution de son existence constitue une punition en soi, tout aussi cruelle. Ce que la justice n’a pu faire, la vie s’en est chargée. Antoine aurait pu faire des choix différents, il en avait l’occasion, mais l’épée de Damoclès restée en permanence au dessus de sa tête depuis ses douze ans lui a forgé un mental de coupable, ainsi il a choisi une tranquillité chèrement payée.

La première partie (1999) dans laquelle Antoine ne cesse de ressasser son angoisse et sa culpabilité m’a parue un peu longue et laborieuse. La deuxième partie (2011) est nettement plus enlevée et captivante. Quant à la troisième partie (2015), elle finit en beauté ce roman noir et nous réserve une sacrée surprise.

Tout au long de l’histoire d’Antoine, Pierre Lemaitre nous livre de fines observations des comportements humains dans une critique très caustique des habitants d’une petite ville de province.

Après le prix Goncourt obtenu en 2013 avec Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre renoue avec le roman noir de belle façon.

Extrait : 
Antoine sentit monter en lui une panique comme il n’en avait plus connu depuis quatre ans qu’il croyait sa vie définitivement à l’abri. Au moment où son existence s’enfonçait dans la routine comme dans des sables mouvants, soudain, tout remontait, la mort de Rémi Desmedt, la traversée du bois de Saint-Eustache avec le corps de l’enfant mort sur les épaules, ses petites mains qui disparaissaient dans le gouffre sous le grand hêtre couché…

Trois jours et une vie – Interview de Pierre Lemaitre

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Le grand hêtre ! Antoine le voit soudain comme s’il était là. C’est un arbre immense qui s’est couché il y a des années.

Ma note : (4,3 / 5)

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2 réponses à Trois jours et une vie – Pierre Lemaitre

  1. Ingannmic dit :

    Ce roman a été pour moi l’occasion de découvrir Pierre Lemaitre, que je ne connaissais pas. J’ai beaucoup aimé l’angoisse omniprésente, et tout le questionnement sur la culpabilité et la responsabilité (quand commence l’une et quand s’arrête l’autre ?) auquel invite l’auteur.

    • Ray dit :

      Je connais Pierre Lemaitre depuis son premier roman. C’est un très bon auteur de polars mais je ne pensais pas qu’il finirait par décrocher le Goncourt en se lançant dans la « littérature blanche ». Ce retour dans le roman noir confirme son talent quelle que soit la catégorie qu’il pratique. Effectivement dans ce dernier roman le criminel (par accident) n’est pas puni par la justice des hommes mais son sentiment de culpabilité est si fort qu’il lui gâche la vie. Il aurait mieux valu pour lui qu’il soit pris et purge une peine, cela aurait été moins dévastateur pour son moral.

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