Les huit morts de Julian Creek – Elizabeth Crook

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018 (The Which Way Tree)
Date de publication française : 2019 – Éditions 10/18
Traduction : Isabelle Chapman
Genres : aventures, western
Personnages principaux : Benjamin Shreve, jeune fermier – Samantha Shreve demi-sœur de Benjamin

1860 – Texas comté de Bandera.
Benjamin Shreve, 17 ans, témoigne devant un grand jury au sujet des huit voyageurs pendus par des sécessionnistes. Il a été le premier à découvrir les corps, il accuse un certain Clarence Hanling d’avoir fait les poches des morts. Le juge Carlton demande à Benjamin de lui faire un rapport écrit complet concernant ces événements. C’est avec un certain zèle que le jeune homme adresse un série de lettres au juge détaillant non seulement ses rencontres avec l’accusé mais aussi, par la même occasion, la vie rude de sa famille et notamment l’attaque d’une panthère (à l’époque le puma était appelé panthère au Texas) pendant laquelle la deuxième épouse de son père a trouvé la mort et sa demi-sœur Samantha a été salement défigurée. Benjamin et Samantha se retrouvent seuls dans leur ferme délabrée. Le jeune garçon assume tant bien que mal leur survie tandis que sa demi-sœur ne fait rien d’autre que ruminer une vengeance. Une deuxième attaque de la panthère va les décider à pourchasser l’animal. D’autres vont se joindre à eux, pour des raisons diverses, afin de mener la traque à la bête qui terrorise la région.

L’auteure met en scène une palette de personnages particulièrement savoureux. Benjamin avait 14 ans au moment des faits mais c’est déjà un garçon sensé et responsable. Il est pragmatique et ne se laisse pas emporter par ses sensations, contrairement à sa demi-sœur Samantha, 12 ans, qui ne pense qu’à tuer la panthère, passe son temps à râler mais montre une détermination qui tourne à l’obsession : elle veut tuer la panthère, la dépecer et marcher sur sa peau tous les jours de sa vie. Samantha et la panthère c’est comme le capitaine Achab et Moby Dick ! À côté d’eux on trouve : – Pacheco, un mexicain bien éduqué et stylé mais aussi voleur de chevaux – Le pasteur Dob, homme généreux au grand cœur – Le méchant, c’est Clarence Hanling, cupide et menteur. Les animaux sont aussi des personnages à part entière : – la panthère sème tant la panique dans la région qu’elle est devenue célèbre sous le nom de El Demonio de Dos Dedos (Le démon aux deux doigts) – Le chien du pasteur, nommé Zechariah, est vieux et ne paie pas de mine mais c’est un chasseur de panthère formidable.

Le cadre évoque le western classique : le Texas, le froid, la pluie. Des canyons encaissés avec des torrents qui dévalent entre des parois abruptes. Une grotte pour s’abriter.

Pour bâtir son livre l’auteure a choisi un genre peu usité de nos jours : le roman épistolaire. C’est à travers les lettres écrites par Benjamin, adressées au juge Carlton, que nous découvrons toute l’histoire. Le jeune homme est un fermier plein de bonne volonté et respectueux mais inculte. Bien qu’il ait l’envie de s’instruire et le goût de l’écriture, ses écrits sont un peu frustes, son style est un mélange de naïveté et de bon sens terre à terre. Un humour involontaire augmente encore le charme de la correspondance de Benjamin. Imiter la façon de s’exprimer sans détours d’un jeune fermier franc et ingénu ne doit pas être facile, Elizabeth Crook le réussit parfaitement et Isabelle Chapman le reproduit admirablement en français.

Ce livre est bien attrayant grâce à des personnages pittoresques et attachants. Le style, d’une fausse candeur, est parfaitement adapté aux personnages.

Extrait :
Sam, comme il fallait s’y attendre, a fait des histoires. Elle refusait de s’arrêter. Elle gardait baissée sa tête ruisselante de pluie. Elle claquait des dents. Elle avait sur le dos le poncho de Mr. Pacheco et avançait comme si elle était elle-même un chien de chasse, ne regardant ni à gauche ni à droite. Elle suivait Zechariah avec une intention que nous connaissions tous, puisque la seule chose au monde qu’elle voulait c’était retirer sa peau à la panthère et après marcher tous les jours dessus. À mon avis elle imaginait une vie entière de bonheur à piétiner cette fourrure. Elle avait toujours l’air tellement résolue, qu’il pleuve ou qu’il vente, que le tonnerre gronde, qu’elle grelotte de froid ou pas. Elle aurait tout aussi bien pu courir à quatre pattes avec le nez contre le sol comme Zechariah.

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

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