Goat Mountain – David Vann

Par Raymond Pédoussaut

GoatmountainDate de publication originale : 2013 (Goat Mountain)Vann
Date de publication française : 2014 (Gallmeister)
Genres : Roman noir, grands espaces, mystique
Personnage principal : Garçon de 11 ans

Un garçon de 11 ans, son père, son grand-père et un ami de la famille vont chasser le cerf dans l’immense ranch de Goat Mountain. Le garçon a déjà l’habitude des armes, il possède sa propre carabine et en cet automne il va se livrer à un acte initiatique : il va tuer son premier cerf. Arrivés à destination, ils aperçoivent au loin un homme, un braconnier sûrement. Pour mieux le voir, le père l’observe avec la lunette de visée de sa carabine. Il passe ensuite son arme à son fils afin qu’il puisse lui aussi regarder l’homme. La carabine est chargée et le garçon appuie sur la gâchette. L’homme tombe, mort. Ce n’est pas un accident, le coup de feu a été tiré volontairement. Le garçon ne manifeste ni panique, ni regrets. Maintenant il faut s’occuper cadavre. Chacun a son idée, différente de celle des autres. On ne va pas interrompre la chasse pour si peu, mais ce mort a quand même plombé l’ambiance. Les hommes s’opposent. Le fils a tué un homme, le père frappe son fils, le grand-père cogne sur le père, l’ami les traite de fous, mais la chasse continue, dans un climat tendu et sinistre.

Il y a seulement quatre personnages, un mort et un cerf dans ce roman. Il y a aussi la nature sauvage et les armes. Avec ces seuls ingrédients, l’auteur construit une sorte de conte macabre dans lequel les hommes retrouvent un instinct primitif. Ainsi le garçon, après avoir abattu un homme, blesse un cerf et l’achève à la main avec son couteau de chasse. C’est une affreuse boucherie. Le cerf est mort dans d’atroces souffrances, le rituel consiste maintenant à dépecer la bête, prélever le foie et le cœur et à les manger tout crus. Et voilà, le petit crétin serait ainsi devenu un homme ! Plutôt un psychopathe à mon avis ! Il avait déjà des dispositions pour tuer, maintenant il a en plus le goût du sang. Aucun des personnages n’est sympathique. On se demande lequel est le pire. Le narrateur est le garçon, on voit les choses de son point de vue, ce qui ne provoque par la compassion pour autant. Son indifférence et son insensibilité sont étonnantes pour un jeune comme lui. Un petit monstre accroché en permanence à sa carabine !

L’écriture est très particulière, certains l’ont trouvée poétique. Pour ma part je l’ai trouvée pénible et déroutante, comme l’ensemble du livre d’ailleurs. Je n’ai pas vraiment apprécié les longues pérégrinations à travers la bible, les méditations sur Jésus, Satan, Abel et Caïn … Bref, je suis resté hermétique à ces galimatias mystico-philosophiques. J’ai failli abandonner la lecture maintes fois, je me suis fait violence pour lire jusqu’au bout. Content et soulagé d’en avoir terminé.

Je me demande encore quel a été l’objectif de l’auteur dans ce livre. Une méditation sur la nature humaine ? La fragilité de la vie civilisée ? Le retour possible à un instinct primitif ? Une dénonciation du besoin de tuer ? La fascination des armes à feu ? Un peu de tout ça ? Tout ça à la fois ?

Cela a été une lecture pénible pour moi. Seule la description de la nature sauvage m’a procuré quelque plaisir. D’autres sont certainement capables de trouver et d’apprécier des choses que je n’ai pas su voir dans ce roman. Ceux qui aiment les élans mystiques peuvent également y trouver leur compte.

Extrait :
Ce que nous voulions, c’était courir ainsi, pourchasser notre proie. C’était l’intérêt. Ce qui nous poussait à courir, c’était la joie et la promesse de tuer.
Je sentais mes poumons, mes jambes, mais c’était simplement parce que je savais qu’il n’y avait pas de cerf. Les hommes ne devaient rien sentir, toute la douleur dissoute par l’adrénaline. Il n’existait pas de joie plus totale et plus immédiate que celle de tuer. Même la simple idée de tuer était meilleure que n’importe quoi d’autre.

Ma note : (2,5 / 5) Goatmountain-amb

 

 

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6 réponses à Goat Mountain – David Vann

  1. Satrape dit :

    Je sens que je vais passer mon tour pour celui-ci ! Merci pour ta superbe chronique !

    • Ray dit :

      Je comprends que je ne donne pas trop envie de lire ce livre. Je l’ai peu apprécié mais d’autres ont eu un jugement différent. J’essaie de donner des éléments pour que chacun choisisse de le lire ou pas.
      Merci de ton commentaire.

  2. belette2911 dit :

    Je l’ai en numérique, alors, je vais faire l’effort de le lire et si j’aime pas, je zapperai ! 😉

    • Ray dit :

      Bonne décision de te faire une idée par toi-même. Peut être que tu sauras apprécier le bouquin mieux que moi. Ce ne serait pas la première fois que nous aurions des ressentis différents. En tout cas je suis curieux de connaître ton opinion sur ce roman.

  3. ingannmic dit :

    Pauvre cerf …
    Je me suis arrêtée, avec cet auteur, à Sukkwan Island, que j’avais bien aimé pourtant. Seulement, lorsque je lis les synopsis de ses œuvres, j’ai l’impression qu’il écrit toujours le même roman.
    As-tu lu d’autres titres de Vann ?

    • Ray dit :

      J’ai moi aussi lu Sukkwan Island, il y a plusieurs années. Ça m’avait paru pas mal, mieux en tout cas que Goat Mountain. J’ai l’impression que David Vann soigne par l’écriture des traumatismes psychologiques de sa jeunesse. Il est temps pour lui de passer à autre chose sinon, comme tu le dis, il va écrire toujours le même livre.

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