J’ai vu mourir Kennedy – Claude Coulombe

Par Michel Dufour

jaivumourirKDate de publication originale : 2014 ( JCL )Coulombe
Genres : thriller, historique
Personnages principaux : Anthony Rosen, journaliste au NY Times

Claude Coulombe détient un bac en enseignement (Université Laval); il demeure à Cap Rouge. Représentant pendant 30 ans pour la compagnie Campbell, il semble s’être intéressé depuis longtemps aux lectures historiques. En 2008, il a publié Nous étions invincibles, sorte d’entrevue biographique de Denis Morisset, membre de la Deuxième force opérationnelle interarmée de 1993 à 2001, unité antiterroriste secrète de l’armée canadienne, analogue au SAS britannique et au Delta Force américain, dont les objectifs consistent à abattre des cibles. Aujourd’hui, il opte carrément pour le roman, même si l’événement qui l’attire est le complot menant à l’assassinat de JF Kennedy, le 22 septembre 1963 à Dallas. Ce n’est pas le premier à transformer cet événement historique en objet littéraire. Ça se lit d’ailleurs comme un roman.

Le journaliste Anthony Rosen avait trois ans quand Kennedy s’est fait tuer devant lui sur la Dealey Plaza. Dans le brouhaha qui a suivi, il a perdu ses parents mais a été recueilli par une jolie dame blonde jusqu’à ce que les parents soient retrouvés. Cette rencontre fortuite a été immortalisée par la une de la revue Life, où on voit la dame blonde tenir Anthony par la main. Lorsque, à 47 ans, Anthony pleure la mort de son épouse, il décide, pour se changer les idées, de partir à la recherche de cette dame mystérieuse dont il a gardé la photographie comme une sorte de relique.

Cette quête l’entraînera dans le Maine. Il retrouve difficilement la dame en question, Alice, qui vit dans la crainte et l’angoisse. Elle accepte de se confier à lui à condition qu’il retrouve sa fille, Gabrielle, qui vit maintenant au Québec.

Alternant avec cette histoire, on suit également les aventures violentes des frères Delcourt, à partir des mouvements de résistance en France en 1943 jusqu’à la guerre d’Algérie, en passant par leur formation de parachutistes à l’ÉTAP, l’école des troupes aéroportées située dans la ville de Pau. Les Delcourt se retrouveront à Dallas en 63, employés par le mystérieux Walter Truman, tous compromis dans un complot menant à l’assassinat du président Kennedy. Or, Alice semble connaître Max et Marcel Delcourt et savoir ce qui s’est réellement passé le 22 novembre 1963. Après avoir trouvé Alice, puis Gabrielle, le nouvel objectif d’Anthony sera d’apprendre ce qui se cache sous l’assassinat de Kennedy et, par le fait même, pourquoi Gabrielle et Alice sont inlassablement pourchassées.

Nous avons d’abord le plaisir du voyeur : après avoir vécu de l’extérieur l’assassinat de Kennedy, ici nous avons l’impression de regarder le dessous des cartes : même si l’auteur ne prétend pas à la vérité, l’hypothèse qu’il propose cadre bien avec les informations qu’on connaissait déjà. Pour une fois aussi, le processus des déplacements dans l’espace et le temps ne me semblent pas artificiels; et tous ces fragments se recoupent avec pertinence et se rejoignent avec cohérence. C’est écrit clairement. Et les personnages, bien campés, ne sont pas si nombreux. Donc, pour un premier roman, le livre de Coulombe compte bien des qualités.

En revanche, la tension dramatique ne progresse pas beaucoup, parce que Coulombe ordonne le récit selon plusieurs petits problèmes (comme dans le cas d’une série télévisée) plutôt qu’en l’intensifiant jusqu’au grand dévoilement final : après qu’Anthony ait trouvé Alice, puis Gabrielle, que la rencontre entre les deux femmes se passe sans coup férir, qu’on apprend le rôle que les frères Delcourt avaient dû jouer dans le complot contre Kennedy, ce dont on se doutait bien puisque les deux histoires devaient se recouper, et que Truman parvient à les retrouver, reste à savoir si les frères ont vraiment tué Kennedy (autrement pourquoi seraient-ils poursuivis par Truman ?), et si l’idylle entre le journaliste qui approche la cinquantaine et la jeune Gabrielle a de l’avenir. Cet aspect sentimental prend, d’ailleurs, pas mal d’importance et contribue à la baisse dramatique de l’ensemble.
Ça n’en reste pas moins un bon divertissement.

Extrait :
Walter Truman était nerveux. Tout s’était pourtant bien passé. Le plan avait merveilleusement fonctionné et le président était mort. Mais il ne pouvait s’expliquer la réaction quasi paranoïaque des services secrets du défunt chef d’État. Toute la procédure entourant l’autopsie de Kennedy avait fait l’objet d’une tactique qui s’apparentait curieusement à une opération de camouflage. Cela incluait les menaces non voilées au personnel qui avait effectué l’autopsie, du médecin légiste jusqu’au photographe. Les radiographies, rapports et photographies avaient abouti entre les mains de membres des services secrets. Même le cerveau du président avait été escamoté; plus aucune trace n’en subsistait.

Ma note : (3,5 / 5) jaivumourirK-amb

 

 

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