Tromper la mort – Maryse Rivière

Par Raymond Pédoussaut

tromperlamortDate de publication originale : 2014 (Fayard) riviere-maryse
Genre : Enquête
Personnages principaux : Yann Morlaix, tueur en série – Damien Escoffier, policier à Paris

Yann Morlaix est traqué par la police. Il se réfugie dans les anciennes carrières de Montmartre. Suite à un éboulement, il est considéré mort, enseveli sous des tonnes de pierres. En réalité il réussit à s’en sortir et il se réfugie en Irlande. Dans un premier temps, il travaille sagement comme livreur au service d’un mafieux notable qui irrigue la région de produits illicites. Ses vieux démons le reprennent ensuite, il recommence à assassiner des femmes. L’analyse de son ADN permet de faire le rapprochement avec le tueur en série opérant en France, il y a trois ans. Les polices irlandaise et française vont coopérer pour arrêter l’assassin. Côté français, c’est Damien Escoffier qui est mandaté pour mener l’enquête. Il connaît bien le meurtrier, il a eu affaire à lui il y a quelques années.

L’intrigue n’est pas des plus originales. Encore une histoire de tueur en série. La particularité de la traque, c’est qu’elle se déroule sur deux pays : la France et l’Irlande, ce qui permet à l’auteur d’écrire quelques belles pages sur la Verte Erin. On a aussi droit à une amourette entre le policier français et une belle Irlandaise, militante dans un mouvement de libération. Et bien sûr cette dernière sera menacée par le tueur. Du classique qui doit être assez crédible pour se mériter le Prix du Quai des Orfèvres dont le jury se détermine d’une part sur la qualité littéraire du texte, mais aussi sur le réalisme et la crédibilité de l’histoire en matière de fonctionnement de la police et de la justice française. Donc, pas d’imagination débridée, du sérieux dans la description du fonctionnement des institutions. Les policiers reconnaissants lui ont attribué ce prix. Mais ce qui fait le bonheur de la police ne fait pas obligatoirement celui du lecteur : une certaine platitude, un manque de rythme, de tension dramatique, peuvent être reprochés à l’auteur. Par contre je lui en sais gré de nous avoir épargné la description détaillée de tous les sévices que le tueur inflige à ses victimes. D’autres s’y seraient complus.

Les personnages, comme l’intrigue, ne sont pas marqués par une grande originalité. Yann Morlaix, le tueur en série, est soumis à des pulsions irrépressibles qu’il appelle « la force ». Il est intelligent et cultivé, c’est un ancien libraire. Tuer lui procure un sentiment de domination totale, lui donne l’impression de vivre intensément. Ses victimes sont des femmes choisies pour leur beauté et leur prénom inspiré des légendes celtiques. Un tueur en série mystique, c’est une variante déjà vue. Le policier Damien Escoffier est celui qui connaît le mieux la psychologie du meurtrier. C’est pour cela qu’il se rend en Irlande et qu’il tombe amoureux du pays et d’une habitante. Ce n’est pas ce qui va faciliter son enquête. Il fait son boulot correctement mais il manque de caractère et de charisme, d’un point de vue de lecteur de polars. Mais au moins on a échappé au stéréotype du flic américain, alcoolique avec des problèmes conjugaux.

En définitive, Tromper la mort est un roman sérieux, bien construit, documenté, auquel il manque un peu de peps, comme diraient les anglophones.

Extrait :
Il se plongea dans l’une de ces méditations dont il avait le secret, réfléchissant au sens de ses actes, hanté par des êtres imaginaires, pétri de références littéraires. Que lui importaient les honneurs ou l’argent ? Le sexe ? Il n’avait qu’à se baisser pour ramasser les conquêtes. En tuant, il ne cherchait pas la jouissance érotique, mais un sentiment de domination totale qui le mettrait à égalité avec Dieu. Seul le sacrifice interdit lui procurait le plaisir extatique, nourrissait son illusion de vivre plus intensément. Impression fugace, mais reproductible à l’infini.
Et comme tous les grands sacrificateurs, il agissait à mains nues !

Elle respira un grand coup, glissa les écouteurs de son MP3 dans ses oreilles. La voix d’Amy Winehouse lui entra dans la tête : Our day will come… Sur le chemin de terre, elle accéléra le pas, se mit à courir. Ses pieds glissaient dans la boue, l’eau giclait sous ses semelles. Enveloppée dans la brume, silhouette égarée sur la falaise, elle espérait que la pluie la laverait de tout.

Amy Winehouse – Our day will come

Ma note : (3,5 / 5) tromperlamort-amb

 

 

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