Arizona Tom – Norman Ginzberg

Par Raymond Pédoussaut

ArizonatomDate de publication originale : 2013 (Heloïse d’Ormesson)Ginzberg
Genre : Western
Personnages principaux : Ocean Miller, shérif de Brewsterville dans l’Arizona – Tom, enfant de 12 ans, sourd et muet.

Ocean Miller est shérif à Brewsterville, un petit bled en lisière du désert de Mojave, dans l’Arizona. Il vivait à peu près peinard, pas grand chose à faire, parfois il devait arbitrer un crêpage de chignon entre deux vieilles prostituées, en s’envoyant régulièrement quelques bons gorgeons de whisky, il était presque heureux. Mais un beau matin, finie la tranquillité ! En plein désert, sous une chaleur accablante, Ocean découvre une scène étrange : un gamin d’une douzaine d’années tire un paquetage au bout d’une corde. Le pire c’est qu’en examinant de plus près le paquet Ocean s’aperçoit que c’est un cadavre sans tête avec les quatre membres sectionnés. Quand il interroge l’enfant, il n’obtient aucune réponse et pour cause : le gamin est sourd et muet. De retour à Brewsterville, le maire et quelques autres notables accusent le jeune garçon d’avoir tué et mutilé un homme. Le garçon ne peut pas se défendre mais Ocean est convaincu de son innocence. Pour la prouver il va devoir trouver les coupables. Une tâche vraiment ardue !

Drôle de Western ! Norman Ginzberg joue avec les codes du genre. Dans le western classique les héros sont des redresseurs de torts, ils sont chevaleresques, avec de grandes valeurs morales. La nature est magnifiée, l’action se déroule souvent dans des grands espaces grandioses. Ici, Ocean Miller est shérif « comme d’autres sont putains ou croque-morts, parce qu’il en faut. » Il n’a pas la fibre héroïque, moins il s’en passe dans son bourg, mieux il se porte. Il est porté sur la bouteille, le whisky est son réconfort. Sans épouse ni enfant, son autre réconfort est Emily Hanson avec qui il entretient une liaison stable, « un mortier fait de tendresse et de solitudes partagées. » Quant au décor, rien à voir avec Monument Valley, c’est une vaste étendue grise et poussiéreuse où même les couchers de soleil sont indignes de l’Ouest américain.

Donc un shérif insignifiant dans un décor triste. Et malgré ça, c’est un vrai western. On y trouve : un marshal fanfaron et séducteur, un maire ennemi juré du shérif, des prostituées en fin de course, des bandits aussi redoutables que leurs noms : le Crotale, le Sanglier et les Scorpions, nous avons même droit au trésor caché au fond d’une grotte. Mais surtout il y a Tom, le garçon sourd et muet qui est arrivé en tractant un cadavre. C’est un phénomène. Malgré son handicap, il a de nombreux talents : il cuisine admirablement, dépèce les animaux en un tour de main, dessine merveilleusement et joue de la gâchette presque aussi bien. À l’occasion il s’octroie les mêmes rasades de whisky qu’Ocean Miller et il fume la pipe comme un vieux marin. Mais ce garçon reste une énigme : qui est-il ? d’où vient-il ?

Entre le vieux shérif et Tom il va se créer un lien fort mais les interrogations sur son origine et ses remarquables aptitudes subsistent.

Arizona Tom est un western iconoclaste qui ne manque pas de saveur. L’humour et la tendresse avec lesquelles l’auteur traite ses personnages nous font passer un bien agréable moment. C’est drôle et décalé.

Norman Ginzberg est franco-américain. Longtemps journaliste, il dirige aujourd’hui une société de conseil en communication basée à Toulouse. Il habite dans le Gers.

Extrait : 
— Tu sais petit, ce trou du cul de l’Amérique ressemble à ma vie, je lui ai dit. Vide comme le désert. C’est pour ça que je me suis installé ici. Ni femme, ni enfant, ni fortune. Des ciels sales, des terres pauvres, des arbres minables et des rivières desséchées, mais j’y suis à peu près heureux. Et pour rien au monde je ne retournerais à l’Est. Même si, je te l’avoue, ses printemps me manquent : le bourdon des abeilles dans les prés en fleurs, les bourgeons qui éclosent sous les premières chaleurs et les verts éclatants qui inondent les forêts…
Je me suis arrêté. Le gosse n’avait pas la fibre poétique. Couché en chien de fusil, il dormait.
Il faisait sombre, je n’avais pas vu la nuit tomber.

 

Ma note : (4 / 5) ArizonaTom-amb

 

 

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