Police du peuple – Norman Spinrad

Par Raymond Pédoussaut

policedupeupleDate de publication originale : 2014 (Police State)Spinrad
Date de publication française : 2014 (Fayard)
Genres : Politique-fiction – fantastique
Personnages principaux : Luke Martin, policier de la Nouvelle-Orléans – MaryLou Boudreau alias Mama Legba, prêtresse vaudou – Jean-Baptiste Lafitte, tenancier de bar et propriétaire de bordel

La Nouvelle-Orléans post Katrina. La ville est séparée en deux : la partie humide et boueuse où sévissent les gangs, les Alligators du marais et la Bonne Nouvelle-Orléans des terres hautes où se trouvent les quartiers chics. L’agent de police Luke Martin est affecté dans la zone du marais où il prend des responsabilités en créant la Police du Marais. Ses états de service le font remarquer, il entre dans le gotha de la police et devient même un héros local. Grâce à son initiative la police de la Nouvelle-Orléans devient la Police du Peuple, une police qui refuse d’expulser les gens qui, suite à la grande déflation, se sont retrouvés avec des emprunts impossibles à rembourser. Pendant ce temps MaryLou Baudreau, une danseuse de rue, a elle aussi fait une ascension remarquable : elle est devenu Mama Legba, grande prêtresse vaudou. Le show télévisé qu’elle a mis en place, Mama Legba et sa Troupe surnaturelle, explose l’audimat en Louisiane. Jean-Baptiste Lafitte, propriétaire de bars et de bordels s’est retrouvé très endetté suite à la crise financière. Il a des dettes, mais aussi des idées pour les éponger. Ces trois personnages vont changer profondément la Nouvelle-Orléans et même la Louisiane toute entière.

Norman Spinrad nous entraîne allègrement dans une sorte de parade déjantée, pleine de punch, sur fond de carnaval avec présence de loas, ces entités vaudou qui prennent par moments possession du corps des gens. Le vocabulaire utilisé est imagé et pittoresque : La Nouvelle-Orléans c’est la Grosse Facile – La partie basse, c’est le Marais – Les gangs qui y règnent , sont les Alligators du Marais – La partie haute, c’est la Bonne Nouvelle-Orléans – Les financiers sont les Lézards prêteurs.

L’auteur oppose la joie de vivre et le sens de la fête de la Nouvelle-Orléans à l’austère rigueur puritaine de la Bible Belt (zone géographique des États-Unis où le fondamentalisme chrétien est important) qui domine le nord de la Louisiane. Tout le combat politique se déroule entre ces deux groupes. Le vaudou et le christianisme sont aussi antagonistes. Le vaudou permet d’invoquer des puissances occultes. Quel homme politique de Louisiane ou d’ailleurs ne rêverait pas, comme Mama Legba, de pouvoir menacer le peuple d’un ouragan d’enfer s’il ne vote pas pour lui ? Et de pouvoir le stopper après son élection ! Le christianisme de la Bible Belt lui est beaucoup plus prosaïque, c’est la garde nationale qu’il menace de faire intervenir.

Le ton joyeux et narquois n’empêche pas une critique acerbe des milieux politiques et financiers. Les deux sont à mettre dans le même sac : un gâchis d’hommes pleutres et déshonorant.

Police du peuple est un roman jubilatoire, plein de tonus. C’est aussi un hymne à la joie de vivre et une charge contre les politiques et les financiers qui essaient toujours de contraindre le peuple.

Extrait : 
Lentement, en hésitant, les gens se levèrent, descendirent les marches du parvis de la cathédrale, passèrent devant les soldats qui gardaient leur parc. Les portes de la cathédrale s’ouvrirent et d’autres gens en sortirent, franchirent les portails et pénétrèrent dans le parc. Certains d’entre eux portaient des instruments et se mirent à jouer When The Saints Go Marching In. D’autres entonnèrent cette chanson. Hathaway faillit se mettre à chanter lui aussi. Les gens se glissèrent dans les rues adjacentes et sur la place. D’autres groupes se mirent à jouer. D’autres airs. Du rap. Du gospel. Quelques personnes se mirent à danser.
Le colonel Terrence Hathaway s’aperçut que les larmes lui venaient aux yeux. Et, bien qu’il ne pût pas vraiment comprendre pourquoi, il savait que c’étaient de bonnes larmes chrétiennes. Jésus Lui-même aurait pleuré les mêmes larmes bénies.

When the Saints Go Marching In – The Marin’s Band

 

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Carnaval à la Nouvelle-Orléans

Ma note : (4 / 5)

 

 

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