Secondes noires – Karin Fossum

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2002 (Svarte Sekunder)
Date de publication française : 2008 (JC Lattès)
Genre : Enquête policière
Personnage principal : Inspecteur Konrad Seyer
Courte biographie et entrevue vidéo
 : http://www.babelio.com/auteur/Karin-Fossum/9067

Attention : ne lisez pas la 4e de couverture ni le bon résumé du site Regard noir  avant (mais lisez-le après): on a beau dire que, chez Fossum, l’important est l’écriture et le sens de la description, le suspense joue aussi un rôle.

Ça faisait longtemps que j’avais lu Karin Fossum : j’avais pourtant bien aimé Ne te retourne pas (pas confondre avec le Coben du même titre) et La mort indienne. Comme les romans de Fossum ne sont pas faciles d’accès dans les librairies que je fréquente, je l’avais presque oubliée jusqu’à ce qu’une lectrice me la ramène en mémoire.

Dès le début, ceux qui ont lu Ne te retourne pas retrouvent l’ambiance d’un petit village norvégien campagnard : disparition inexplicable d’une jolie jeune fille partie en vélo faire une course pas très loin de chez elle. Avant même que commence l’enquête de Konrad Seyer, pas trop déprimé ou alcoolique pour un policier, l’auteure ne l’a pas attendu pour entreprendre les descriptions minutieuses et subtiles qui ont fait sa renommée : la mère fragile et quasi-hystérique, le père absent assez impuissant, la sœur apparemment forte mais vulnérable et maladroite par rapport à ses enfants, le faible d’esprit marginalisé et surprotégé par sa mère, la bizarre de relation entre Tomme et Willy… Personnages si bien campés que nous avons l’impression de connaître des gens comme ça. Et, comme ils ne sont pas nombreux, nous avons l’impression d’entrer en profondeur dans leur vie, alors qu’ils ont tous quelque chose de caché qui a peut-être un rapport avec la disparition de la petite fille.

L’enquête est lente et rigoureuse, très réaliste. Au départ, c’est intrigant, mais c’est moins l’aspect puzzle qui intéresse Fossum que l’enquête de Seyer au milieu des habitants du village dont il ébranle les habitudes et les certitudes. On peut penser au travail d’un Maigret ou aux romans de la suédoise Altvegen : finement écrits (courtes phrases, écriture nerveuse) où le plaisir d’écrire se sent et domine le plaisir de résoudre un problème complexe. C’est pourquoi, sans doute, la quatrième de couverture et quelques résumés sur le net n’hésitent pas à révéler quelques éléments importants qui adviennent au cours de l’enquête. Ce n’est pas une bonne idée dans la mesure où il faut conserver le minimum de suspense qui aide à poursuivre la routine de l’enquête, rigoureuse sans doute, mais parfois lassante si on est plus intéressé par le dévoilement du problème que par la fréquentation des personnages de ce petit monde qui nous en apprend beaucoup sur notre art de laisser notre vie se détériorer mine de rien.

Enfin, le personnage de Seyer est intéressant et imprime le rythme au déroulement de l’enquête : lent et méthodique, il se caractérise surtout par le respect qu’il manifeste pour les suspects : au lieu de les pousser à avouer, il les place dans une disposition psychologique où ils se sentent tellement compris qu’ils éprouveront un certain soulagement à révéler ce qu’ils dissimulaient depuis longtemps.

Même si Fossum est une écrivaine qui aurait pu réussir dans n’importe quel domaine, même si son sens de l’analyse psychologique et sociologique est aussi forte que chez des classiques comme Balzac ou DH Lawrence, la trame policière n’est pas qu’un prétexte et satisfera les lecteurs qui aiment savourer lentement un récit bien composé. Du bien bel ouvrage!

Ma note :  4 /5

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2 réponses à Secondes noires – Karin Fossum

  1. Valérie dit :

    Moi aussi j'aime beaucoup cet auteur. Je n'ai pas lu ce dernier livre mais vous m'en donnez envie par votre belle analyse. C'est pas un peu exagéré quand même de comparer Fossum à Balzac?

  2. michel dufour dit :

    J'ai sans doute un peu exagéré, parce que, en effet, Balzac est un colosse, surtout sociologiquement parlant. Je voulais sans doute insister sur l'idée que, même si le plaisir de l'élucidation comme telle est bien réel, le plaisir de l'écriture représentait aussi un bonus non négligeable.

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