Le temps de la haine – Rosa Montero

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018
(
Los tiempos del odio
)
Date de publication française : 2019 – Éditions Métailié
Traduction espagnol : Myriam Chirousse
Genre : Science-fiction
Personnage principal : Bruna Husky, replicante détective privée

Madrid – 2110
Le commissaire Lizard a disparu. Bruna Husky, techno-humaine de combat et détective privée, se lance à sa recherche. Elle a de bonnes raisons pour le faire : Lizard est le chef du groupe antiterroriste, c’est aussi son amant. Il a été enlevé, ainsi que treize autres policiers ou soldats. C’est l’œuvre de l’AJI (Armée de Justice Instanée). Les ravisseurs formulent des exigences si élevées qu’elles sont impossibles à satisfaire et pour montrer leur détermination ils égorgent un premier otage. L’exécution est filmée et retransmise sur tous les écrans publics. Ils menacent ensuite d’exécuter tous les jours un nouvel otage. La situation va encore empirer suite à une panne générale d’électricité. Plus rien ne fonctionne. Profitant du chaos, Jan Lago, un inquiétant personnage, tente de renverser le gouvernement des États-Unis de la Terre. C’est en pleine guerre civile que Bruna et ses amis vont tenter désespérément de sauver Lizard et les autres captifs.

L’auteure nous dépeint un monde bien inquiétant : la terre est maintenant dirigée par un gouvernement mondial, l’EUT (États-Unis de la Terre). Ce gouvernement est contesté par divers groupes terroristes, dont la puissante AJI (Armée de Justice Instanée) et les armées du richissime magnat Jan Lago. Mais ce n’est pas tout : deux plateformes artificielles sont en orbite autour de la terre sur lesquelles se sont développés des régimes tyranniques et fanatiques. Ce sont des ennemis de la terre.

Sur terre, l’eau et l’air sont rares et payants. Les hommes et femmes ont été améliorés. Les opérations esthétiques sont devenues courantes tout comme les implants et prothèses. Les plus riches peuvent se payer des perfectionnements importants en se faisant remplacer des organes par des composants artificiels plus résistants ou plus performants : les jambes, les épaules, des fragments de crâne, des yeux bioniques, les mâchoires, la colonne vertébrale, les poumons, le cœur, les intestins … Les humains sont devenus des transhumains. Ils ont aussi créé les replicants, des êtres mi-humains mi-machines pour les assister. (Ce terme apparaît pour la première fois en 1982 dans le film Blade Runner de Ridley Scott, inspiré du roman de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?)

Bruna Husky est une de ces créatures. Elle est impressionnante : un mètre quatre-vingt-dix, un corps athlétique, tête rasée, des yeux à pupille verticale et un tatouage qui traverse sa figure et son corps. Elle inspire la crainte. Elle est spécialisée dans le combat, elle est belle et dangereuse. Mais elle aime la vie, faire l’amour avec Lizard et s’envoyer régulièrement des bons coups de vin blanc. Très humaine finalement cette replicante ! Mais ses jours sont comptés : les replicants ne vivent que dix ans. Deux comptes à rebours l’obsèdent : le temps qu’il lui reste à vivre et le nombre de jours avant que son amoureux Lizard soit exécuté.

D’autres personnages secondaires sont aussi attachants que hauts en couleur : – Barri, qui vit dans la communauté des Nouveaux Anciens qui refuse tout progrès technologique – Ángela, mathématicienne surdouée – Yannis, le vieil archiviste mémoire du passé – Gaby, jeune sauvageonne russe – Et Bartolo, l’animal de compagnie, glouton et très affectueux. Ce sont les amis de Bruna.

L’auteure réussit à aborder des sujets tels que l’amour, la vie, la mort, la politique, mais aussi l’écologie et la course folle à la technologie dans ce roman de science-fiction humaniste. L’humour discret est aussi présent et, dans la partie finale, le sort de l’androïde Bruna, fait place à une émotion bien humaine.

Rosa Montero explique qu’elle a consulté les scientifiques et que les romans de la trilogie Bruna Husky sont les plus réalistes qu’elle n’a jamais écrit. Raison de plus d’apprécier cet excellent roman qui annoncerait donc un futur plutôt angoissant, mais pas totalement désespérant puisque l’amour et l’amitié y tiennent encore une place importante. Sans amour la vie ne vaut pas la peine d’être vécue dit un des personnages.

Le temps de la haine a obtenu le Prix Violeta Negra au festival de Toulouse Polars du Sud en 2020.

Extrait :
Elles étaient tout près de Madrid quand le combat commença. Là-haut, très haut, dans le ciel noir. Elles entendirent d’abord les déflagrations des chasseurs, puis elles virent les explosions. De formidables palmiers de lumière brûlante qui s’ouvraient dans les airs, des lignes éblouissantes d’or ardent qui dessinaient la trajectoire des canons à plasma. Les feux d’artifice du temps de la haine. Et ensuite, quelques secondes après, le bruit sec de l’explosion heurtant le tympan. Elles s’arrêtèrent un instant pour regarder la bataille. Les pilotes devaient être en train de griller dans leurs cabines mais le spectacle était beau, pensa Bruna avec amertume. L’horreur et la beauté étaient si proches l’une de l’autre.
Elles virent tomber, pas très loin, des fragments des avions incendiés, comme des étoiles qui indiquaient le chemin. Quand elles arrivèrent à leur hauteur, cinq minutes plus tard, elles les virent crépiter, plantés dans les champs, de grands morceaux de fer en flammes à environ deux cents mètres. Autour des bûchers, les silhouettes de plusieurs personnes bougeaient, se découpant devant le feu. Sans s’arrêter, elles poursuivirent leur chemin vers le cœur noir de Madrid.

– Quelle musique magnifique, Yiannis, dit Bruna.
– Ce sont les Variations Enigma d’Elgar, un compositeur de la fin du XIXe siècle et début du XXe. Celle-ci plus exactement, c’est la variation Nimrod.

Elgar – Nimrod d’Enigma Variations

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

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