Au commencement du septième jour – Luc Lang

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016 (Stock)
Genres :
Enquête, histoire familiale

Personnages principaux : Thomas Texier, informaticien – Son frère Jean, berger dans les Pyrénées – Sa sœur Pauline, médecin des pauvres en Afrique.

Tout allait bien. Thomas était concepteur de logiciels de contrôle du temps de travail dans une boîte en pleine expansion. Son épouse Camille, était responsable d’une équipe d’ingénieurs en internet-téléphonie. Tous deux travaillaient dur, la réussite professionnelle récompensait leurs efforts. Ils avaient aussi deux beaux enfants. Donc tout allait bien. Jusqu’à ce qu’un coup de téléphone de la gendarmerie en pleine nuit réveille Thomas : sa femme a eu un grave accident de voiture. À partir de là tout va changer. D’abord Thomas va découvrir les circonstances étranges de l’accident de Camille. Ensuite, lors d’un séjour dans la ferme familiale, dans les Pyrénées, menée par son frère Jean, il va s’étonner des choix faits par un frère devenu berger alors qu’il était brillant ingénieur agronome et d’une sœur exilée en Afrique pour tenir une mission de soins alors qu’elle était médecin psychiatre. Une série de photos lacérées ne fera qu’accroître sa perplexité. Il va alors prendre conscience de son ignorance totale de l’histoire de sa famille. C’est en Afrique auprès d’une sœur perdue de vue depuis longtemps qu’il va découvrir les secrets familiaux dont il a été jusqu’ici volontairement préservé.

L’intrigue se déploie en trois parties : – Thomas et Camille en région parisienne : un couple moderne, dynamique qui privilégie la réussite professionnelle – Le retour aux sources dans la ferme familiale des Pyrénées dont Jean le frère aîné est le personnage central – Et enfin le séjour en Afrique centrale auprès d’une sœur, Pauline, qui va l’affranchir des secrets familiaux soigneusement occultés. Thomas, Jean et Pauline : trois membres d’une même fratrie dont seul Thomas, le plus jeune, est ignorant des secrets de la famille. C’est le cheminement d’un homme qui ne se posait pas la moindre question sur son passé malgré les curieux itinéraires professionnels de ses frère et sœur aînés. Seule comptait la réussite sociale. Un événement tragique va être le point de départ d’une remise en cause plus subie que choisie. Le contraste est alors frappant entre sa vie de bourgeois obnubilé par la carrière professionnelle, son bien-être matériel et les vies austères mais pleines d’humanité menée par son frère et sa sœur. Thomas, confronté à d’autres façons de vivre où c’est pour la vie qu’il faut lutter et non pour sa carrière, s’apercevra que finalement tout n’allait pas si bien. Ce n’est pas qu’un passé familial caché qu’il va découvrir, c’est aussi lui-même.

L’intrigue est celle d’un polar : le mystère autour de l’accident de Camille, la mort tragique du père, les secrets familiaux qui refont surface. Mais le traitement de cette intrigue n’est pas du tout celui du polar. L’auteur ne se contente pas de faire évoluer l’enquête sur les secrets enfouis, il fait en même temps une longue et précise peinture du cadre : les Pyrénées et l’Afrique. Par une écriture très sensuelle il permet de ressentir quasi physiquement aussi bien la violence d’un orage dans les montagnes que la canicule et la misère de l’Afrique centrale. L’auteur déploie un vrai talent pour immerger le lecteur dans ces décors.

Au commencement du septième jour est un roman étonnant. Il se présente d’abord comme une enquête mais se transforme finalement en quête. La recherche d’un passé escamoté mène à la découverte de soi. Un bon roman, sensuel, bien construit, bien écrit mais, je le dis pour les amateurs, ce n’est pas un polar. Même si l’intrigue pourrait être celle d’un polar, le propos de l’auteur est tout autre : c’est l’histoire de la transformation d’un homme.

Extrait :
Vous êtes en train de nous chasser du monde. On ne foule plus le sol, on se déplace dans des écrans. À qui ça profite ? C’est quoi le mobile ? Contrôler le bétail, les semences, contrôler les bergers, les éleveurs, que tout soit reversé dans la transparence électrique de vos fichiers-prisons, vous nous déliez de tout lien, vous nous isolez, vous nous séparez, vous nous séparez même de nos bêtes, vous nous organisez en échanges et en dialogues numériques de données. Vous voulez nous consigner massivement, planétairement dans un isolement pire que celui des premiers humains sur la terre, privés de techniques et de langage, c’est votre apocalypse ! Elle est silencieuse et personnellement dédiée, que chacun soit seul et demeure désespéré dans sa réclusion numérique, perdu dans un monde où les liens entre tous les vivants, humains et animaux, ne transiteront plus que par des flux électroniques organisés, formatés, mis à jour depuis le cloud computing qui décidera des admissions et des exclusions, des rachats et des absolutions. Ah, j’oubliais, vous allez foutre des marqueurs sur tout principe vivant, sur chaque graine, chaque semence animale ou végétale, qu’on ne puisse plus réensemencer d’une année sur l’autre sans votre autorisation grassement rétribuée, vous êtes des f…
Je travaille pas dans l’agro-alimentaire !
Tu vois donc pas que c’est pareil ? !

Luc Lang présente Au commencement du septième jour

Niveau de satisfaction :
(4,3 / 5) 

 

 

 

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