L’exil des mécréants – Tito Topin

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (La Manufacture de livres)
Genres : Science-fiction, aventures, société
Personnages principaux : Boris Prévert, journaliste – Soledad, son amie – Anissa, femme enceinte – Pablo, braqueur de banques

Dans un futur proche la théocratie mondiale sévit. Les réformés, les catholiques, les juifs, les sunnites, les chiites, sont tombés d’accord : l’ennemi c’est celui qui n’a aucune religion. Les livres saints remplacent les constitutions trop compliquées. Les religieux de tout bord exercent le pouvoir. La foi est obligatoire. Les païens, les hérétiques, les athées, les rationalistes, les libres-penseurs, les polythéistes, sont des mécréants qui doivent retrouver le chemin de Dieu en passant par les centres d’inoculation de la foi pour les cas les moins graves où quitter le pays, déchus de leur nationalité, leurs biens confisqués, pour les cas les plus critiques. Dans ce contexte Boris Prévert, journaliste, est recherché pour avoir commis le crime de dénoncer par voie de presse les activités pédophiles de Monseigneur le ministre de la police. Les sbires du prélat ont déjà liquidé sa femme et sa fille en faisant croire à un accident, mais lui a les ressources et la ruse nécessaires pour passer entre les mailles du filet. Dans sa fuite il va aider une femme, enceinte sans être mariée, ce qui est interdit par le nouveau pouvoir, avant de rejoindre son amie en Avignon. Mais la police retrouve sa trace, il doit poursuivre sa cavale vers l’Espagne et le Portugal, accompagné de Soledad, son amie de toujours, d’Anissa, qu’il a aidé à échapper à la police et d’un vieux braqueur de banques, Pablo, qui se retrouve embarqué malgré lui dans le groupe des fugitifs.

L’intrigue est celle d’un roman d’aventures : des fuyards sont traqués à travers une France soumise au pouvoir catholique puis en Espagne et au Portugal pas encore tombés sous la coupe des religieux. Outre le côté aventures, le roman contient une critique d’un pouvoir religieux qui rappelle l’Inquisition. L’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il se livre à un pamphlet au vitriol contre le clergé catholique qui a confisqué le pouvoir en France. Les prélats sont montrés hautains, méprisants, vaniteux, misogynes, criminels et pédophiles bien sûr. Rien que ça ! Mais heureusement le ton est celui de la satire et l’humour est toujours présent. Ce qui fait que, même si l’auteur force quelque peu le trait, le livre ne tourne jamais à la diatribe lourde et pesante. Au contraire, malgré le thème assez noir, le roman recèle une certaine légèreté, il est aussi plein d’énergie et de tonicité. Des dialogues percutants accentuent encore cette impression.

Les personnages sont hauts en couleurs : Boris Prévert est un gars coriace, débrouillard qui a un grand cœur : il n’hésite pas à prendre des risques pour sortir des griffes de la police une inconnue, Anissa, enceinte jusqu’aux yeux. Soledad, son amour de jeunesse, de parents émigrés espagnol, avec sa démarche de reine et sa grâce folle, est une fille qui n’a pas froid aux yeux. Et enfin Pablo, le vieux braqueur de banques, sait choisir une succursale à dévaliser, mais aussi comment se procurer une voiture ou trouver de l’or dans une église.

L’exil des mécréants allie le roman d’aventures plein d’énergie avec une critique virulente du pouvoir théocratique. L’humour, le cynisme parfois et le ton blasphématoire sont les autres composants d’un réel plaisir de lecture.

Extrait :
Sous l’impulsion des réformés aux États-Unis, des catholiques au Vatican, des juifs en Israël, des sunnites en Arabie Saoudite, des chiites en Iran, les États, lassés des guerres interconfessionnelles, ont décrété d’une seule voix que l’ennemi n’était pas celui qui pratiquait une autre religion que la leur, mais celui qui n’en avait aucune. Ainsi, la foi devenue obligatoire, les livres saints devenus constitutions, les païens, les hérétiques, les athées, les rationalistes, les libres-penseurs aussi bien que les polythéistes, tous réunis sous la dénomination de mécréants, ou de voltairiens, se sont vus pourchassés et condamnés à des peines d’intérêt religieux plus ou moins sévères selon leur degré d’impureté, ou enfermés dans des camps d’inoculation de la foi afin d’y retrouver l’esprit divin d’une des religions monothéistes ou des sectes s’y référant. Les réfractaires étaient déchus de leur nationalité, exilés, leurs biens confisqués.

Niveau de satisfaction :
(4,3 / 5)

 

 

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