La confrérie du corbeau – Peter Tremayne

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2015 (The Second Death)
Date de publication française : 2016 (10/18)
Genres : Enquête, historique
Personnage principal : Fidelma de Cashel, dalaigh (avocate) des cours de justice de l’Irlande du VIIe siècle

Journaliste anglais spécialisé dans les questions irlandaises, passionné par l’histoire et diplômé en études celtiques (1989), Tremayne écrit énormément depuis 1975, a fréquenté les territoires de Dracula (The Un-Dead : the legend of Bram Stoker and Dracula, 1997) et de Frankenstein, mais on le connaît surtout pour la série de Sœur Fidelma, avocate, enquêtrice, et sœur de Colgu, le roi de Mumam (27 romans depuis 1994). Les histoires se passent dans la deuxième moitié du VIIe siècle, en Irlande, au cœur de l’affrontement entre la culture celtique traditionnelle, païenne et superstitieuse, et la nouvelle religion qui cherche, depuis près de deux siècles, à introduire une autre culture, le christianisme.

Début de la saison estivale à Mumam (Munster), on célébrera bientôt la grande foire de Cashel. La bande itinérante de saltimbanques dirigés par Baodain s’emmène en direction de Cashel. Le convoi de chariots est arrêté, cependant, quand le dernier de la file est incendié eu que le jeune conducteur meurt mystérieusement. Fidelma et son conjoint Eadulf interviennent et découvrent un autre cadavre, ce qui a pour effet de limiter les mouvements de la bande (une sorte de garde à vue), au grand déplaisir de Baodain.

L’enquête pour retracer l’itinéraire du chariot et l’identité de ses deux occupants entraîne Fidelma et Eadulf dans les terres marécageuses d’Osraige jusqu’à l’abbaye de Cainnach, où il semble se passer des choses pas très  “catholiques”. De son côté, Eadulf manque de s’enliser dans les marais, est capturé par erreur, battu malgré tout et laissé pour mort. D’autre part, Fidelma, escortée d’Aidan, commandant en second de la garde d’élite du roi, et du guerrier Enda, est faite prisonnière à Cill Cainnech, interrogée et libérée à l’abbaye, avant de tomber dans un piège qui risque de lui être fatal, car le corbeau de la confrérie est un drôle de moineau.

J’ai simplifié le récit qui compte beaucoup de personnages, décrit avec précision la vie quotidienne de la société irlandaise médiévale, et passe un bon temps à nous faire connaître les odeurs âpres des marécages et les beautés naturelles des routes en forêt. C’est vraiment un polar historique et géographique dans lequel, heureusement, l’intrigue policière n’est pas négligée. Astucieusement, l’auteur sème en chemin des indices, qui échapperont souvent au lecteur qui ne connaît pas le style rusé de Tremayne, et qui serviront à Fidelma, lors de la reconstitution finale devant le roi Muman et le brehon Fithel (le brehon est une sorte de juge, comme les druides en Gaule), pour fonder les arguments qui révèlent le dessous des apparences. Ces grandes finales où Fidelma, qui n’appartient plus à une congrégation religieuse, s’oppose au célibat des prêtres et se méfie des reliquats de superstitions qui risquent de contaminer le christianisme, rappellent avec bonheur les assemblées ultimes au cours desquelles Poirot dévoile la vérité.

Malgré le tableau d’identification des principaux personnages et les traductions qui accompagnent souvent l’usage d’expressions tirées du vieil irlandais, cet aspect en irritera peut-être plusieurs, même si ça sert à nous plonger encore davantage dans l’atmosphère du contexte historique. Dans une note, l’auteur prend soin d’établir des relations entre les événements du récit et ceux qui se sont réellement passés. Ce souci est certes louable, mais la carte géographique n’aide pas beaucoup. Ma seule réserve, c’est le deus ex machina qui intervient pour libérer Aidan et Enda, pendant que Fidelma cherche désespérément à gagner du temps. Ça évoque les récits d’aventures de la fin du XIXe siècle où on ne s’en fait plus pour nos héros parce qu’on sait que, pour chaque capture, il existe une délivrance. Pas trop grave, sans doute, mais j’y vois un certain manque de rigueur selon les normes d’un polar plus classique.

Extrait :
La taverne de Rumann donnait sur la place de la ville. C’était une bruden sous licence, soumise à une stricte législation et contrôlée par un brehon expert dans ce domaine. L’établissement, de taille conséquente, ne pratiquait pas seulement le commerce de boissons, mais offrait également le gîte aux visiteurs. À côté, dans la vaste brasserie, Rumann confectionnait ses différentes variétés de bière et ses boissons fortes. À l’arrière, des écuries, des granges et des champs s’abritaient à l’ombre du rocher vertigineux d’où la forteresse dominait les plaines dans toutes les directions.
Rumann, qui avait observé leur arrivée, les accueillit sur le seuil avec un sourire en coin.
− Faut-il qu’il y ait un cadavre dans mon auberge, lady, ou une énigme à résoudre, pour que vous m’accordiez l’honneur de votre présence ?
Un mois à peine s’était écoulé depuis qu’on avait découvert, au fond d’une de ses cuves, le corps d’une religieuse de passage.
− Je me réjouis que cette visite n’ait pas lieu dans des circonstances aussi sinistres, répondit-elle gravement. Comment vous portez-vous ? Et votre fils ?
− Bien, lady. Nous nous préparons à la grande foire. Déjà les voyageurs affluent, en dépit des histoires inquiétantes qu’on raconte au sujet des baladins de Baodain.
− Il n’y a pas de quoi s’alarmer. Mais, je le concède, plus vite nous éluciderons cette affaire et mieux cela vaudra.

Niveau de satisfaction : 
(3,9 / 5)

 

 

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