Le diable en personne – Peter Farris

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Ghost in the Fields)
Date de publication française : 2017 chez Gallmeister
Genre : Roman noir
Personnages principaux : Leonard Moye, vieux solitaire excentrique – Maya, jeune prostituée en fuite

Maya est une jeune prostituée de 18 ans sous la houlette de Mexico, un redoutable proxénète, homme d’affaire avisé par ailleurs, qui a des accointances avec le Maire d’une grande ville du sud de la Géorgie (non précisée). Celui-ci est le meilleur client de Maya. Il est tellement accro à elle qu’il l’a faite marquer au fer rouge comme un vulgaire bétail lui appartenant. La fréquentation assidue de ce personnage a permis à Maya de recevoir des confidences, comme si elle était l’épouse. Ainsi elle a appris des choses que ses protecteurs ne veulent pas que l’on sache. Ce sont des combines immobilières impliquant des gens hauts placés. La connaissance de ces magouilles lui vaut de se retrouver dans le coffre d’une voiture à destination d’un endroit discret où l’on pourra la faire disparaître tranquillement. Mais Maya réussit à s’échapper, elle se réfugie sur les terres de Leonard Moye, un vieux solitaire qui n’apprécie pas du tout que l’on entre ainsi dans son domaine. Les poursuivants de Maya vont l’apprendre à leurs dépends. Leonard Moye recueille Maya. Entre eux s’installe une étonnante amitié. Mais le danger subsiste, d’autres vont venir pour éliminer définitivement le risque que représente la jeune femme vivante avec tout ce qu’elle sait et pourrait dévoiler.

L’intrigue n’est pas bien compliquée : une fuyarde qui en sait trop se réfugie dans un coin paumé en pleine campagne de Virginie où elle tombe sous la protection d’un vieil excentrique. Tous les deux vont être menacés par les gangsters venus de la ville pour liquider la fille et le vieux mec par la même occasion. Ce qui fait l’originalité de cette histoire, c’est d’une part le personnage de Leonard Moye et d’autre part le cadre du roman.

Leonard Moye est un homme âgé qui vit seul dans sa ferme au milieu des bois. Sa maison est entourée d’épouvantails dont l’utilité reste mystérieuse. Avant l’arrivée de Maya, Leonard n’était pas tout à fait seul puisqu’il vivait avec un mannequin nommé Marjean. Ce n’est pas un mannequin de mode, en chair et en os, Marjean est un mannequin de couture en mousse et en chiffons. Ce n’est pas un être vivant mais seulement la représentation d’une femme que Leonard a bien connue et aimée. Leonard installe Marjean à sa table pendant les repas et sur le siège avant de sa voiture quand il va au village faire ses courses. Il lui parle comme à une personne. Il est connu de tous, c’est une légende vivante à cause de la bizarrerie de son comportement mais aussi à cause d’un passé sulfureux de contrebandier d’alcool.

Le cadre est la campagne de Géorgie où se tient la ferme de Leonard Moye. Une région reculée faîte de forêts et de grottes inexplorées. La présence de nombreux épouvantails dans les champs ajoute encore du mystère à cet endroit. On se doute que les mafieux venus de la ville ne vont pas être dans leur élément.

Autre caractéristique du roman : la corruption omniprésente dans cette partie de L’Amérique. Ainsi le Maire de la ville s’est accoquiné avec un proxénète, tous les deux sont aussi de mèche avec d’autres individus peu recommandables pour monter une opération immobilière frauduleuse. Le seul enquêteur du comté est lui-même complice de ces truands.

Du meilleur côté de la nature humaine, il y a quelques bons sentiments : la générosité et l’altruisme de Moye. Il y a aussi la belle relation d’affection et d’amitié entre la jeune prostituée et le vieil extravagant. Deux personnes écorchés par la vie qui se rapprochent. La nostalgie imprègne la partie finale du roman où le vieux Leonard se lance dans une croisade émouvante pour tirer d’affaire sa protégée.

Le diable en personne est un roman noir qui ne révolutionne pas le genre mais offre une lecture agréable et divertissante. Parfois on n’en demande pas plus.

Extrait :
Ronelle l’observa depuis le guichet de la pharmacie, se rappelant les rares fois où elle avait vu Leonard Moye en chair et en os. Il faisait quasiment figure de légende à Trickum et dans les comtés environnants. La rumeur le disait contrebandier actif de tord-boyaux artisanal, avec des alambics dissimulés sur son terrain et une fortune enterrée aussi profondément que les tombes qu’il avait creusées pour ceux qui avaient eu l’idée folle de s’aventurer sur ses terres. On racontait qu’il avait un jour coupé son whiskey avec du sirop d’ipéca pour le vendre à tous ses débiteurs, événement relaté par la grand-mère de Ronelle comme “la nuit où le vomi a coulé à flots dans les rues de Trickum”. Leonard, disait-on, n’avait plus de débiteurs.

Certaines histoires sur lui étaient plus sinistres encore, propres à effrayer les adolescents. Le bruit courait qu’il avait tué sa femme avant de la manger. Ou qu’elle s’était suicidée et que, la douleur étant trop grande, il s’était pris un mannequin pour la remplacer et faisait comme si de rien n’était. Que ses terres étaient hantées par les esprits de tous les enfants qu’il avait kidnappés et torturés, et que si vous n’étiez pas sage, le vieux Moye allait vous suspendre et vous dépecer comme un porc, disperser vos os dans son champ au milieu des épouvantails.

Une douzaine d’épouvantails crucifiés hantaient le pâturage.

Niveau de satisfaction : 
(4 / 5)

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Américain, Remarquable, Roman noir, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.