L’ultime défi de Sherlock Holmes – Michael Dibdin

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 1978 (The last Sherlock Holmes story)
Date de publication française : 2016 (Payot & Rivages)
Genres : Enquête, thriller
Personnages principaux : Sherlock Holmes et Dr Watson

Il y a une quinzaine d’années, j’ai parcouru avec beaucoup de plaisir les aventures du commissaire Aurelio Zen, dix romans palpitants où le grand homme taciturne ne s’en laisse pas imposer par la mafia sicilienne, les autorités vaticanes, les grandes fortunes et les petits truands. Quand Dibdin (né en Angleterre en 1947) est disparu en 2007, après avoir enseigné en Italie, au Canada et aux États-Unis, les amateurs de polars ont perdu un grand écrivain. Dans mon cas, un regret supplémentaire : je n’avais pas réussi à mettre la main sur son premier ouvrage : L’ultime défi de Sherlock Holmes qui, à mon grand plaisir, vient de réapparaître dans les librairies.

C’est Watson qui a rédigé cette aventure ultime de Holmes et qui a interdit qu’on l’imprime avant 1972. Auparavant, il se contentait de dresser une sorte de brouillon d’une aventure, qu’il confiait à Arthur Conan Doyle, qui savait en faire une œuvre littéraire. Dans ce cas-ci, une sorte de pudeur l’empêchait de livrer aux amateurs de Holmes ce dernier récit avant un demi-siècle.

Le milieu où se déroule l’action est bien connu des lecteurs de polars : 1888, Whitechapel, Jack the Ripper (l’éventreur) fait la pluie et le beau temps. Aidé de l’inspecteur Lestrade et des policiers londoniens, suivi de près par le fidèle Watson, Holmes se lance sur la piste de Jack, qui serait une nouvelle incarnation de Moriarty. Des femmes continuent de se faire tuer et éventrer. Puis, Holmes semble le pousser à quitter Londres. Il le poursuit à travers l’Europe et raconte à Watson qu’il l’a fait disparaître dans les chutes de Reichenbach. Le calme est revenu dans la capitale et Holmes se livre à quelques enquêtes en Russie et en Inde. Watson se marie et se monte une clientèle.

Jusqu’au jour où Holmes arrive chez Watson en piteux état. On cherche à le tuer. Moriarty aurait-il vaincu la mort ? D’autres femmes sont d’ailleurs éventrées. Holmes veut fuir l’Angleterre avec Watson. Le bon docteur est maintenant aux prises avec un dilemme qu’il ne peut plus éviter.

Même si Dibdin s’efforce de s’insérer dans la liste des connaisseurs du corpus holmésien en respectant les dates importantes et quelques événements bien connus, je dois admettre que l’ensemble ne m’a pas convaincu. D’abord, ça parle beaucoup, ça raconte des événements au lieu de nous y précipiter, et les principaux personnages frisent la caricature : Lestrade est considéré comme un minus, Watson est obnubilé par Holmes et a une trop piètre opinion de lui-même, Holmes lui-même est sur le bord de la maniaco-dépression, effet improbable de la cocaïne ou de son sevrage; et surtout, même s’il a une très bonne opinion de lui, le mépris lui est trop facile. Enfin, et malgré la citation de James Edward Holroyd qui précède l’Avant-propos, des invraisemblances m’ont véritablement dérangé : le fait que Holmes prend Watson pour Moriarty malgré plusieurs jours passés ensemble, et surtout l’explication fragile de l’œuvre barbare de Jack et la conséquence finale qui s’ensuit. Pour se permettre la liberté qu’il s’octroie, Dibdin aurait dû développer une argumentation beaucoup plus convaincante. On a plutôt l’impression qu’il a, en cours de route, confondu Holmes avec le docteur Jekyll.

Extrait :
– Finalement, Moriarty a commis une seule erreur, mais qui m’a permis de prendre le dessus. Il s’imaginait que j’étais dupe de ses manœuvres, alors qu’en réalité c’était moi qui le manipulais à ma guise. Notre ultime rencontre se déroula sur les lieux de chutes célèbres, où je m’étais déjà rendu en reconnaissance et qui semblaient convenir à ce que j’avais l’intention de faire. Sur un sentier étroit, taillé dans le roc et donnant sur le vide, nous avons procédé au règlement final des questions qui restaient en suspens entre nous. Ce sont ses arguments qui se sont révélés les moins convaincants.

Whitechapel, 1888

Niveau de satisfaction :
(3 / 5)

 

 

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