La faim et la soif – Mickaël Koudero

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2019 (Hugo Roman)
Genres : Thriller, enquête
Personnage principal : Raphaël Bertignac, journaliste  

Jeune écrivain français (il n’a pas 40 ans) qui vit maintenant à Montréal, Mickaël Koudero publie aujourd’hui son deuxième thriller.

À Paris, en juin 2015, une jolie femme s’est tailladé les veines après avoir cherché à s’arracher les yeux. On découvre sur les lieux un grand nombre de feuilles sur lesquelles elle a griffonné Nosferatu, sorte de référence aux vampires et au Diable. Ce drame fascine un nettoyeur de scènes de crimes, Raphaël Bertignac, ex-journaliste qui a sombré dans l’alcool et les drogues, ce qui lui a coûté sa fille qui vit maintenant avec sa mère en Amérique, de même que le respect de lui-même. Il tente de se reprendre en mains dans un genre de travail qui intéresse peu de monde. Isolé, près de la cinquantaine, sa curiosité de journaliste survit néanmoins, d’autant plus qu’il découvre le corps déchiqueté et vidé de son sang d’un jeune Roumain abandonné dans un parking. Son imagination l’incite à établir un lien entre les deux victimes; il cherchera donc à en savoir davantage sur ce tueur dénaturé. Des bas-fonds de Paris aux montagnes mystérieuses de la Roumanie, en passant par les quartiers sombres de Prague, où des massacres semblables ont été perpétrés, Raphaël se lance donc à corps perdu, quitte à y laisser aussi son âme.

C’est un roman touffu et ambitieux. Koudero a le souci de la documentation, et se retrouvent dans son histoire plusieurs résumés de sites web, sur la théorie de la mémoire cellulaire, par exemple, sur la ville de Prague, sur l’histoire des vampires et, surtout, sur la Roumanie de Ceausescu et de ses successeurs, démagogues et autoritaires. Tout cela nous informe, évidemment, mais alourdit le récit. Par contre, les principaux personnages qui gravitent autour de Raphaël font figure de satellites peu développés; or, Raphaël n’est pas lui-même un personnage très attachant : égocentrique, contradictoire, confus, téméraire, traits de caractère issus probablement de son passé autodestructeur. Je ne crois pas que Koudero ait voulu nous le rendre particulièrement sympathique. Pour embarquer dans cette histoire, il faut donc se rattacher à l’intrigue comme telle et à la démarche du journaliste-enquêteur.

C’est là que se situe une sorte de suspense : que cherche, au juste, Raphaël ? Quel est son objectif ? Pas vraiment trouver le motif des carnages, puisqu’on établit assez rapidement que ce sont des gestes inhumains, bestiaux, déraisonnables. Quoi alors : traquer l’Ogre ? Il semble bien que ce soit ça. Pourtant, quand l’Ogre le suit, il se sauve. Et, quand il cherche à le traquer du côté de la Transylvanie, il ne se munit pas des précautions élémentaires que prendrait un véritable chasseur. C’est à la fin que Raphaël saisira le sens véritable de son aventure et que le lecteur comprendra que la teneur du roman de Koudero était plus psychologique que policière comme telle; ce qui nous permet de constater aussi que bien des invraisemblances étaient l’œuvre du journaliste et non de l’auteur.

Le roman a été bien accueilli, en général. On a pu louer le style métaphorique de l’écrivain, qui convient mal, cependant, au journaliste Raphaël Bertignac qui raconte lui-même une bonne partie de l’histoire. On a remarqué également le souffle de Koudero, à qui il manque peut-être un peu le sens du rythme pour maintenir plus aisément l’attention du lecteur qui doit traverser bien des informations. Enfin, comme le récit semble se vouloir réaliste, certaines anomalies nous déconcertent : Raphaël, à quelques reprises, subit des traitements dont un homme en santé se remettrait difficilement en quelques jours; or, notre héros a presque 50 ans et, de son propre aveu, n’est pas en grande forme (« Il payait son surpoids et sa mauvaise condition physique. Un soupçon de vieillesse également »), ce qui ne l’empêche pas de récupérer en quelques heures et de rebondir comme si de rien n’était. Puis, c’est étonnant de le voir converser en tchèque et en roumain, alors qu’il ne possède pas ces langues et que sa traductrice ne l’accompagne plus.

Extrait :
L’attention du journaliste se focalisa sur la baie vitrée donnant sur la rue. Des lignes lumineuses, brutes et verticales, frappaient les trottoirs, révélant une envolée du mercure. Nosferatu, la référence du Diable, les portraits de Vlad Dracul et d’Erzsébet Bathory se télescopèrent dans son esprit.
Le sang, le cadavre bouffé, les morsures.
Un mot matérialisait cette réalité insoutenable.
J’imagine un vampire, murmura-t-il. Mathilde et Octavian ont été victimes d’un vampire.
Sa voix était faible. Sa lucidité, intense.
Sérieusement, Raphaël, t’es siphonné.
Le crucifix ! Explique-moi pourquoi une gamine se taille les veines avec cet objet lourd de symboles !
Il existe des tonnes de raisons.
Toussaint n’eut pas le temps de préciser.
Chez elle, j’ai retrouvé des dizaines de feuilles sur lesquelles était noté le mot « Nosferatu ». Je me suis renseigné : il renvoie au mythe du vampire. Maintenant, pense à Octavian, ces traces de morsure, tout ce sang …
Ça s’appelle une signature. Le taré a laissé sa marque. Certains volent des culottes, d’autres disposent le corps dans des positions grotesques et humiliantes. Là, il mord et bouffe des organes !
Et c’est tout ce que ça te fait ?
Le commandant ne releva pas :
Ta gamine. Elle a mis fin à ses jours, non ?
C’est exact …
Elle ne devait pas être totalement claire dans sa tête.

Niveau de satisfaction :
3 out of 5 stars (3 / 5)

 

 

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