La pension de la Via Saffi – Valerio Varesi

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2004 (L’Affittacamere)
Date de publication française : 2017 (Agullo Éditions, Points)
Traduction : Florence Rigollet
Genres : Enquête, géographique
Personnages principaux : Commissaire Soneri (Parme)

Valerio Varesi, né en 1959 à Turin, a fait des études en philosophie à l’Université de Bologne, puis a travaillé comme enseignant et journaliste avant d’entreprendre une carrière de romancier en 1998 : la série des enquêtes du commissaire Soneri, qui se passent pour la plupart dans la région de Parme; une douzaine de romans, à date, dont plusieurs ont été adaptés pour la télévision. Il a aussi publié une dizaine d’autres ouvrages.

Quelques jours avant Noël, dans une Parme brumeuse et humide, Ghitta Tagliavini, la propriétaire âgée d’une petite pension, est retrouvée assassinée dans ses appartements. C’est la pension où Soneri, encore jeune, a rencontré sa femme Ada, morte en accouchant il y a quinze ans. La pension était alors fréquentée par des étudiants, dont plusieurs contestataires en colère qui brassaient la cabane. Aujourd’hui, tout a changé, les étudiants, pour la plupart, sont maintenant d’honnêtes travailleurs, le pouvoir politique s’est stabilisé grâce à des ententes avec les magnats de la finance, les flots d’immigrants ont noyé l’identité parmesane; Parme est devenue une ville moderne comme les autres animée par le souci du gain et un individualisme je-m’en-foutiste. Subsistent malgré tout la cathédrale et son dôme imposant, le Teatro Regio, le jambon et le fromage. C’est ainsi que Soneri ressent la ville, qui le démoralise au plus haut point.

La pension Tagliavini est aujourd’hui une quasi maison de passe pour des gens qui en ont les moyens. Ghitta s’est ainsi enrichie, en plus de quelques chantages qui, selon les rumeurs, rapportent bien. D’où la crainte qu’elle inspire; la haine aussi. En enquêtant sur ce meurtre, Soneri s’empêtre dans la nostalgie de son passé. D’autant plus qu’il découvre une photo d’Ada et d’un jeune homme avec qui elle semble trop bien s’entendre. Il sombre ainsi dans une profonde mélancolie, oscillant entre la culpabilité et la jalousie. Même sa maîtresse du moment, Angela, ne parvient pas à l’égayer, pas plus que les repas que lui sert Alceste au Milord.

Malgré tout, il finit par poser les bonnes questions aux bonnes personnes, qui finiront par lui faire comprendre les raisons du meurtre de Ghitta et l’identité de son assassin.

Au centre des observations et des filatures de Soneri, c’est la ville de Parme qui est pratiquement le cœur du récit, plus encore que la Venise de Donna Leon, la Sicile de Camilleri et la Florence de Vichi. C’est elle aussi qui déteint sur le commissaire et qui achève de le déprimer. C’est pourquoi l’enquête n’a rien d’exaltant, contaminée par la morosité de Soneri et perdue dans les élucubrations de son ego centripète. On se perd soi-même un peu parmi tous ces personnages qui ne font que passer et dans ce va-et-vient entre il y a vingt ans et aujourd’hui. Ceci dit, Varesi exécute son travail avec minutie. Il met sur la carte une ville dont on connaissait presqu’uniquement le parmesan. Les habitants de l’Émilie-Romagne doivent se reconnaître dans ces aventures et se sentir fiers de l’auteur. Peut-être aussi que des lecteurs à l’esprit maternel éprouveront un certain attrait pour ce commissaire tourmenté qui a plus besoin d’une mère que d’une amante.

Bref, c’est un polar géographique bien fait mais, pour moi, plutôt déprimant.

Extrait :
Soneri s’arrêta sur le trottoir comme quelqu’un qui s’est perdu, mais c’était le fil de ses pensées qui s’était embrouillé. Il entendit l’inspecteur répéter « allo! »  de plus en plus fort puis raccrocher. Le commissaire ne comprenait pas. Et quand il ne comprenait pas, il s’énervait et devenait de mauvaise humeur. Il passa sous les arcades sombres de borgo delle Colonne en croisant régulièrement des groupes de Noirs au regard méfiant appuyés contre les murs. Puis des boutiques aux couleurs de l’Afrique et aux parlers mystérieux remplis de diphtongues inconnus. Via Saffi, il entra chez Mohamed et prit place sur la seule chaise restée libre. Le bar débordait d’hommes tout juste rentrés du travail, qui mangeaient des plats pakistanais. Une demi-douzaine de tables était alignée et de nombreux enfants s’y entassaient face à un monsieur barbu qui leur enseignait le Coran et leur langue d’origine. De l’autre côté, une sorte de petit matché où les prix se négociaient à voix haute et, tout proche, une autre groupe devant un téléviseur branché sur une chaîne en arabe. Au centre de tout ce vacarme, Mohamed avait l’air à son aise, plaçant les uns et les autres, sautant d’un service au comptoir à une commande en salle.

Via Saffi

Niveau de satisfaction :
3.8 out of 5 stars (3,8 / 5)

 

 

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