Quand un fils nous est donné – Donna Leon

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2019 (Unto us a son is given)
Date de publication française : 2020 (Calmann-Lévy)
Traduction : Gabriella Zimmermann
Genre : Enquête
Personnages principaux :
commissaire Brunetti, Venise

J’ai lu la trentaine de romans de Donna Leon depuis 1997, même si je me suis souvent juré d’arrêter ça; depuis une dizaine d’années, l’enquête policière comme telle n’est pas son fort. C’est devenu une sorte de prétexte pour développer une critique sociale des travers italiens, probablement mondiaux aussi, qui le méritent bien : la corruption politique, la pollution, le sort fait aux immigrés, le pouvoir parallèle de l’armée, la subordination des femmes, la consommation de drogues par les jeunes, l’insuffisance des services hospitaliers… Ces romans ne sont certes pas mauvais en soi mais, quand on s’attend à lire un roman policier, ça déçoit un peu. Par contre, le personnage de Brunetti; l’attrait que sa famille exerce sur le lecteur, une famille dont on rêve : une épouse aimante et autonome, un gars tranquille qui suit les traces de son père, une fille qui met tout son cœur à défendre les causes difficiles; le couple qu’il forme avec Paola : respect, compréhension, entraide; les amis du commissaire au bureau, au café; tous ces facteurs génèrent une atmosphère qu’il fait bon de retrouver, un ilot de fraîcheur dans ce monde détraqué auquel il résiste avec sérénité. Finalement, on lit un peu les enquêtes de Brunetti comme la saga des Rougon-Macquart de Zola, des Hommes de bonne volonté de Romains ou des Thibault de Roger Martin du Gard.

Avec ce dernier roman, on fréquente le monde des aînés de la grande bourgeoisie italienne de la fin du XXe siècle. Le comte Falier, Orazio, le beau-père de Brunetti (qui approche la cinquantaine), demande au commissaire de se renseigner sur un jeune homme d’une quarantaine d’années qui serait prochainement adopté par Gonzalo Rodriguez de Tejeda, le vieil et très bon ami du comte, et parrain de Paola. Or, Gonzalo est riche, spécialiste en art visuel (dont il possède quelques chefs-d’œuvre), sans enfant, et aurait eu une liaison avec cet homme qu’il veut adopter, Attilio Circetti, marquis de Torrebardo, qui deviendrait ainsi son seul héritier. Selon la législation italienne, le fils unique hérite de tout, alors que, si Gonzalo l’épousait, Attilio n’aurait droit qu’à la moitié de ses avoirs. Gonzalo a des frères et sœurs qui lui déconseillent cette adoption, de même que plusieurs de ses amis, mais il ne veut rien entendre, quitte à se brouiller avec tout son entourage, y compris le comte.

Brunetti n’aime pas se mêler des affaires de famille, mais il ne peut refuser ce service à son beau-père. Pour faire diversion, son patron, le vice-questeur Patta, lui demande des informations sur ses voisins, dont le jeune fils ne cesse d’insulter son épouse. Ce double travail d’enquête se retrouve entre les mains de la charmante et brillante Elettra. Patta recevra son rapport et on n’en entendra plus parler. D’autre part, en visite en Espagne chez sa sœur, Gonzalo meurt brusquement d’une crise cardiaque. Brunetti avait appris entretemps qu’Attilio était opportuniste et probablement intéressé par la fortune de Gonzalo. Mais c’est certain qu’il n’était pour rien dans sa mort. D’autant plus qu’on apprendra plus tard que Gonzalo l’avait déjà adopté.

Puis, un ex-ami intime de Gonzalo, Rudy, annonce à Brunetti qu’il arrive en avion à Venise, avec une très bonne amie de Gonzalo, Alberta Dodson, dans le but d’organiser une cérémonie en son honneur avec ses amis qui n’avaient pas pu venir en Espagne. Quelques heures plus tard, Rudy apprend à Brunetti qu’Alberta avait été assassinée dans sa chambre d’hôtel. Quel peut être le motif ? Alberta ne connaissait pratiquement personne à Venise. Brunetti fait l’hypothèse qu’elle possédait peut-être une information que quelqu’un n’aurait pas voulu qu’elle dévoile. Les caméras vidéo de l’hôtel permettront à Brunetti de vérifier son hypothèse.

J’étais heureux en lisant ce roman, mais peut-être pas pour les bonnes raisons.

Extrait :
– Je reste ainsi un monsieur à la retraite et Attilio ne travaillera pas pour moi.
Brunetti ne put qu’opiner du chef et sourire, en signe d’approbation.
Puis, sans en avoir été prié, Gonzalo prononça la phrase qui entraîna de nouveau Brunetti dans les tourments de leur échange.
– J’ai donc décidé de trouver une meilleure façon de l’aider.
– Pardon ?
– En l’adoptant.
– Est-ce possible ?
Gonzalo prit cette question en considération un certain temps avant d’assener :
– Quand on a de bons avocats, oui.
– Ah. Pourquoi me faites-vous toutes ces confidences, Gonzalo ?
Le vieil homme, surpris par la question, répondit sans réfléchir :
– Parce qu’Orazio t’aime beaucoup et a confiance en toi, et qu’il pourrait donc t’écouter.
– Si je lui disais quoi ? s’informa Brunetti, qui connaissait déjà la réponse.
– Qu’il est trop tard pour m’en empêcher (…) Qu’il peut arrêter de demander à mes amis de m’en dissuader et de chercher partout la preuve que j’ai perdu la raison ou que je suis tombé entre de mauvaises mains.

Promenade sur les Zattere

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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