Criminelles – Ariane Gélinas, Maureen Martineau

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2021 (Alire)
Genre :
Noir
Personnages principaux :
Catherine la rancunière, Lisa la parfaite

Je ne suis pas un amateur de nouvelles; celles d’Agatha Christie ne m’ont jamais emballé; par contre, celles de Conan Doyle me satisfont plus que ses romans. Au Québec, j’avais lu avec plaisir la série des Crimes ( à la bibliothèque, au musée, à la librairie) réalisée par Richard Migneault : il avait choisi avec soin ses auteur(e)s et avait déterminé le thème commun, de sorte que le plaisir de la comparaison s’avérait un plus non négligeable. Dans ce cas-ci, les deux écrivaines sont bien connues au Québec : Ariane Gélinas est directrice de la revue Le Sabord, coéditrice du magazine Brins d’éternité, présidente du CA de la Société des écrivains de Mauricie et chargée de cours à l’UQTR; Maureen Martineau a publié 6 romans que j’ai commentés dans Sang d’Encre Polars, et c’est une auteure que j’apprécie beaucoup.

Criminelles compte 13 nouvelles, six de chaque auteure et une écrite en commun. Un triple fil directeur : les personnages principaux sont des femmes (plus criminelles que victimes); chaque histoire se situe au cours d’un mois, de juin à mai (2 en mai); et chaque épisode a lieu dans une région différente du Québec, réalisant ainsi une sorte de toponymie du crime.

Il serait fastidieux de résumer chaque histoire. Mais disons que l’effet produit constitue une bonne indication. Je ne recommanderais à personne de lire toutes les nouvelles le même soir : les histoires sont noires et on risquerait fort la déprime profonde. Sans parler de la crainte des femmes qui risquerait de prendre des proportions énormes. Ce n’est évidemment pas un reproche parce qu’il faut beaucoup de talent pour réaliser ce genre d’effet.

Les nouvelles d’hiver m’ont particulièrement impressionné. En janvier, les temps sont durs pour Lisa qui, pour fêter le Nouvel An, a décidé de se décoincer. Peu à peu, elle s’enlise elle-même, même si la froidure intensifie sa descente. L’histoire de février est une histoire de trappeurs : le paysage est ingrat, le froid impitoyable et les hommes violents; la policière aussi. Martineau compose un récit poignant où le couple improbable d’Alex et Pamela est victime de deux effets déplaisants de la saison: le silence et le repli sur soi. En mars, l’audacieuse trafiquante de poupées Stéphanie, quitte la chaleur du Mexique pour sombrer dans l’hiver gaspésien du Mont Saint-Pierre. C’est moins son client indifférent qui viendra à bout d’elle que les accumulations de neige impitoyables.

Ce ne sont là que quelques exemples de l’importance des contextes auxquels s’intéressent particulièrement nos deux auteures. Je n’ai pas voulu insister sur la violence des criminelles; il ne s’agit pas d’un catalogue d’actes sadiques commis par des femmes. Comme l’indique Martineau : « Ce sont les réalités sociales derrière le crime au féminin qui m’intéressent plus que l’acte criminel lui-même : la compassion, la pauvreté, la dépression ».

Extrait :
Émilien se décide. Il attrape son blouson accroché près de l’entrée, l’enfile en vitesse. D’une main tremblante, il tourne la poignée de la porte principale, glisse sa haute silhouette sous le chambranle. Souffle sur une mèche châtaine qui veut se faufiler dans sa bouche.
L’éclat de la lune l’aveugle, l’attaque. Il grimace.
Il sent le flot des émotions le vaincre.
Sylvestre. Les barbelés. La mitaine. Le sang. Son sourire de confiance. Ses paumes inutiles. Trop grandes et trop petites en même temps.
Un crépitement de la mémoire. Encore plus vague. Des… funérailles ?

Gaspésie, Mont Saint-Pierre

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

 

 

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