À la lumière de la nuit – Ilaria Tuti

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2021 (Luce della notte)
Date de publication française : 2021 – La Bête noire
Traduction (italien) :
Johan-Frédérik Hel Guedj
Genre :
Enquête policière
Personnage principal :
Theresa Battaglia, commissaire de police

La commissaire Theresa Battaglia est appelée par la mère d’une petite fille de 9 ans. Ce n’est pas une enfant comme les autres : Chiara est atteinte d’une maladie génétique rare. Son corps déclenche des réactions violentes dès qu’il est exposé à la lumière du soleil (maladie de la lune). Elle est condamnée à l’obscurité. La mère s’est décidée à appeler la commissaire parce que sa fille a eu une vision très précise dans laquelle elle a vu une tombe d’enfant. Elle est convaincue que cela concerne des événements qui se sont réellement produits. Theresa décide de croire l’enfant, mais malgré la précision des détails fournis par la gamine, elle a si peu d’éléments concrets qu’elle ne peut pas ouvrir une enquête officielle. Aidée par son bras droit, l’inspecteur Marini Massimo, elle va vérifier officieusement, dans un premier temps, si la vision correspond à d’authentiques évènements passés.

Le roman est basé sur la personnalité de Theresa Battaglia, un commissaire de police vraiment atypique. C’est une femme vieillissante qui commence à ressentir le poids des ans. Elle souffre de diabète et elle cache soigneusement les premières atteintes de la maladie d’Alzheimer. On pourrait craindre que cette mamie soit un peu trop apathique et inefficace. Et bien non ! La dame est à la tête d’une équipe d’hommes et tous la respectent et même l’admirent. Car, outre sa formation de profileuse, elle fait preuve d’une intelligence vive et un sens de l’observation hors du commun. En plus elle n’a peur de rien : elle va réclamer à un boss mafieux entouré de ses hommes la restitution d’un témoin important à qui ils allaient régler son compte. La commissaire est souvent assistée du jeune inspecteur Marini. Il y a une grande complicité entre eux, ce qui n’empêche pas la commissaire d’infliger en permanence des leçons de savoir-faire à son jeune assistant. Il y a entre eux la même relation qu’entre Sherlock Holmes et Watson, ou celle du maître à l’élève. Mais le plus remarquable chez Theresa c’est l’empathie qu’elle montre envers les gens qui souffrent. Theresa c’est le mélange étonnant de la fragilité physique et de la force mentale.

Il est beaucoup question de lumière dans ce roman : la lumière du soleil que ne supporte pas la petite Chiara et les lumières dansantes et mystérieuses entre les arbres sur la colline, aperçues par les habitants. Ce n’étaient pas des Ovnis comme l’ont cru certains, ce n’était que les torches des réfugiés en fuite. Ilaria Tuti aborde ensuite le sort réservé aux réfugiés de la guerre des Balkans.

Il y a de l’émotion dans ce livre, notamment quand la mère de la petite Chiara raconte toute la souffrance et la solitude que doit supporter la gamine à cause de sa maladie ou lorsqu’une réfugiée bosniaque retrouve son fils après une séparation de 20 ans.

À la lumière de la nuit est un polar singulier au rythme lent, qui fait la part belle à l’intelligence, à la sensibilité, mais aussi à la compassion et l’empathie. Un beau roman d’une grande humanité.

Extrait :
Dans ces quelques feuillets, Anbar avait récupéré la voix qui était la sienne, elle n’était plus un profil erroné, elle existait vraiment. Pendant plus de vingt ans, elle s’était bornée à n’être qu’une goutte de sang coagulé, inhumé, caché et finalement à nouveau dévoilé. Une goutte d’un sang dont les pulsations n’avaient jamais cessé, à côté de celui de son petit. C’était leur sang que Chiara avait entendu battre dans la brume des limbes, un territoire en suspens que les perceptions de la fillette réussissaient peut-être à atteindre.
Un médecin commentait le rapport à Battaglia. Il prononça les mots « nettoyage ethnique » et « torture ». Anbar avait subi des sévices, parce qu’elle appartenait à une minorité, les musulmans de Bosnie. Ses compagnons de voyage l’avaient confirmé. L’un d’eux parlait bien l’italien, comme ils le savaient déjà grâce au signalement rapporté par Magris.

Réfugiés de la guerre des Balkans

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

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