L’année du rat – Régis Descott

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2011 (Éditions J.C. Lattès) et 2012 (Le Livre de Poche)
Genres : Techno-polar – Thriller – Science-fiction
Personnage principal : Lieutenant Chim’ de la BRT (Brigade de Recherche et de Traque)

Dans un avenir proche mais indéterminé, on ne parle plus de Paris, on dit la Mégapole, Le Centre Pompidou est devenu un hôpital : le Sana Pompidou, le cimetière du Père Lachaise a été transformé en marché aux fleurs et aux oiseaux. Tout cela c’est après le Troisième Conflit, dont on ne saura rien sinon qu’il a été à l’origine d’une transformation profonde de notre cadre de vie. Dans ce monde post cataclysme, la firme GenteX vend une drogue : le Jouv’X sensé donner la jeunesse éternelle à ses consommateurs.

Le Lieutenant Chim’ est le plus efficaces des traqueurs de la BRT (Brigade de Recherche et de Traque). Lors d’un banquet organisé par son supérieur hiérarchique, une vieille femme lui fait une prédiction peu rassurante : Cette année tu vas mourir, suivie d’une autre encore plus étonnante : Et tu vas renaître. Comme pour confirmer l’augure, Chim’ trouve, en rentrant dans son appartement, son rat Junior mort . C’était un cadeau de son ex-compagne Véra. Oubliant ces prophétie, il part enquêter en Normandie sur le meurtre de toute une famille de 7 personnes qui sont mortes égorgées … avec les dents ! En cherchant les coupables de ce massacre Chim’ va être amené à s’intéresser de près à toutes les activités de GenteX. Ce qu’il va découvrir est terrifiant.

L’intrigue nous permet de découvrir les rêves fous et les fantasmes de chercheurs obsédés par la jeunesse et l’évolution de l’homme. Les récentes découvertes en génétiques mises entre les mains de scientifiques sans éthique et sans scrupules, prêts à tenter toutes les expériences et manipulations sur le génome humain, c’est le scénario du livre. Thaddée Bodmer, grand chef de la puissante GenteX, a un désir exacerbé de pouvoir et de puissance qui l’amènent à se prendre pour le maître du monde et même pour Dieu : il envisage de créer un homme nouveau. Cela fait froid dans le dos car le lecteur a bien conscience que la fiction ne doit pas être très éloignée d’une réalité possible aujourd’hui ou dans un avenir proche. L’auteur nous présente le revers de la médaille de la recherche scientifique et de ses applications dans un monde dépourvu d’instances de contôle. La progression de l’histoire est bien maîtrisée pour aboutir à un final pas si surprenant mais tout à fait logique.

Le personnage du traqueur Chim’ est attachant. C’est un solitaire, marginal dans son service essentiellement constitué de gros balèzes pas très futés, mais il est très efficace. C’est un policier (traqueur) intègre et obstiné qui ne lâche jamais le morceau, il a beaucoup de ressources. Il a aussi une certaine fragilité : il se remet mal de sa rupture avec son ex-compagne Véra et espère toujours une réconciliation.

Le livre est un mélange réussi de techno-polar et de thriller. A côté des explications concernant les manipulations génétiques, il y a des scènes d’action très enlevées qui nous amènent de la Dead Zone, l’usine désaffectée de La Hague, au Palais Chaillot reconverti en appartement pour le gourou de la GenteX, en passant par les égouts de la Mégapole (Paris) et par l’ancien cimetière du Père Lachaise. Ce livre fait penser au film de Ridley Scott Blade Runner, avec son atmosphère futuriste et crépusculaire.

L’année du rat est un livre assez effrayant, qui joue avec les peurs d’un futur qui pourrait devenir cauchemardesque. L’auteur met bien en évidence les problèmes auxquels on pourrait être confronté dans un proche avenir. C’est bien réalisé et agréable à lire.

Extrait :
Alors que l’essentiel de la criminalité contre laquelle luttaient les traqueurs de la BRT était lié à la drogue, à sa production, à son commerce, à ses effets, GenteX était le plus grand dealer de la Zone Europe, voire de la biosphère : sa drogue en vente libre flattait le désir le plus ancien de l’humanité, tout en tenant à distance la peur la plus universelle, celle de la mort. Deux attraits qui la rendaient irrésistible et devaient conduire certains aux pires extrémités pour se la procurer. Contrairement à tous les stupéfiants recensés, des plus classiques aux dernières drogues de synthèse, l’addiction au Jouv’X n’autorisait aucune cure de désintoxication : interrompre le traitement, c’était renoncer à la douce euphorie permanente procurée par le produit, et prendre un aller simple pour la décrépitude en accéléré.
 

 Une chanson d'Alain Bashung rend Chim' et son amie Véra nostalgiques :

Alain Bashung – 2043

Ma note :  (4 / 5) lannee-du-rat-amb

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2 réponses à L’année du rat – Régis Descott

  1. va falloir que je trouve un moment pour que je lise ce roman que j’ai sur mes étagères depuis un sacré bout de temps. Ta chronique et celle qui est sortie presque au même moment par mon ami Yan d’Encore du Noir sont là pour me rappeler qu’il ne faut pas que je passe à côté de ce livre ! Amitiés

    • Ray dit :

      Ce ne sera pas une mauvaise idée de sortir ce bouquin des étagères. L’avenir y est présenté de façon inquiétante, c’est souvent le cas dans les polars, on n’est pas dans la bibliothèque rose. Mélange de techno-polar documenté et de thriller enlevé. C’est du solide!
      Amicalement.

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