Meurtre au 31e étage – Per Wahlöö

Par Raymond Pédoussaut

Meurtreau31etageDate de publication originale : 1964 (Mord på 31 :a Våningen) Wahloo
Date de publication française : 1988 (Le Mascaret) et 2010 (Payot & Rivages)
Genres : Enquête, roman sociétal, roman politique
Personnage principal : Commissaire Jensen

Le commissaire Jensen est requis pour enquêter sur la lettre de menace reçue par la seule maison d’édition du pays. Sa hiérarchie lui recommande d’agir avec la plus grande discrétion et avec doigté car la maison d’édition est très puissante, elle fait l’opinion générale du pays. La lettre précise qu’une forte charge d’explosif a été placée dans l’immeuble en représailles au meurtre commis, sans autre précision. Jensen commence donc son enquête et découvre peu à peu les dessous de cette presse unifiée.

Ce livre est avant tout une dénonciation d’un système de presse. Une presse qui a le monopole de l’édition des journaux et des magasines et dont le but n’est pas d’informer et encore moins d’instruire mais de calmer, de ne donner que des informations apaisantes. Cette presse agit comme un anxiolytique. Les gens ne sont pas traités comme des citoyens mais comme des enfants qu’il faut préserver des difficultés de la vie, qu’il faut tenir éloignés des décisions économiques et politiques. Donc dans cette presse on n’y parle que des chanteurs célèbres, des animateurs vedettes de la télévision, des stars de la politique, des familles royales, des enfants et des animaux domestiques. Tout est calme braves gens dormez tranquilles pourrait être la devise de l’Entente. L’Entente c’est la fusion de la ploutocratie gouvernante avec les forces d’opposition : le parti socialiste et les syndicats. C’est la naissance de la politique pratique, on dirait aujourd’hui plutôt politique pragmatique. C’est la grande réconciliation nationale et la disparition de toute opposition. C’est le bonheur pour le peuple … enfin, c’est ce qui était escompté. La réalité est bien différente : le nombre de suicides bat des records, les femmes ne font que peu d’enfants, la population décroit.

Per Wahlöö nous décrit un monde froid, presque désincarné. Le pays où se situe le roman n’est pas cité, mais on pense à la Suède, bien sûr. La date des évènements n’est pas non plus précisée mais on peut facilement en déduire que l’auteur la situait dans l’avenir par rapport au moment où il a écrit son livre (1964), mais c’est le passé pour nous aujourd’hui : il y a des cabines téléphoniques, des machines à écrire, on envoie des télégrammes, pas d’ordinateurs, pas de téléphones portables.

Le personnage principal, le commissaire Jensen, n’est pas lui-même un marrant : il est souffreteux, solitaire, froid, cassant avec ses subordonnés mais efficace, il n’a jamais échoué dans ses enquêtes. Il réussira cette fois aussi, mais son succès lui laissera un goût amer.

Sur certains côtés, ce livre qui date de 50 ans, est dépassé, notamment pour les technologies et l’influence de la presse papier. Cependant la mise en évidence de la méthode utilisée pour endormir la vigilance des populations reste assez actuelle. Peut être faut-il remplacer la presse par la télévision comme outil principal d’endormissement ?

Meurtre au 31e étage est le premier volet du diptyque consacré au commissaire Jensen. Le second volet est Arche d’acier dont la chronique suit celle-ci.

Extrait :
La composition, le format et le nombre de pages des publications variaient. Certaines étaient imprimées sur du papier glacé, d’autres pas. Une simple comparaison indiquait que cela avait des répercussions sur le prix de vente.
Toutes avaient des couvertures bigarrées représentant des cow-boys, des supermans, des membres de la famille royale, des chanteurs, des vedettes de la télévision, des politiciens célèbres, des enfants ou des animaux. Souvent, enfants et animaux figuraient sur les mêmes images, dans des combinaisons qui semblaient immuables : petites filles et chatons, petits garçons blonds et jeunes chiots, petits garçons et très grands chiens, jeunes filles presque adultes et très petits chats… Les personnes figurant sur ces couvertures étaient toutes belles, avaient les yeux bleus et des visages bien lisses et amicaux. Cela valait aussi pour les enfants et les animaux.

Ma note : (3,5 / 5) meutreau31etage-amb

 

 

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