Arche d’acier – Per Whalöö

Par Raymond Pédoussaut

archedacierDate de publication originale : 1968 (Stålsprånget) Wahloo
Date de publication française : 1991 (Le Mascaret) et 2010 (Payot & Rivages)
Genres : Enquête, roman sociétal, roman politique
Personnage principal : Commissaire Jensen

Le commissaire Jensen est parti se faire opérer à l’étranger. On ne sait pas de quoi exactement mais c’est une opération lourde où il risque sa peau. Une greffe du foie peut être. Tout se passe bien mais lorsqu’il veut retourner dans son pays, il ne peut pas, toutes les communications sont coupées. Il est contraint de faire escale dans un pays voisin où il rencontre celui qui devait devenir le chef du gouvernement avant que les élections ne soient reportées. Son Excellence, c’est ainsi qu’il se fait appeler, est accompagnée du ministre de l’Éducation. Tous les deux demandent au commissaire Jensen d’accomplir une mission : enquêter pour savoir exactement ce qui s’est passé dans leur pays. Voilà donc Jensen sur une nouvelle enquête bien étrange : découvrir quels évènements ont conduit son pays à se retrouver complètement isolé.

Dans la société standardisée et apaisée voulue par l’Entente, chacun pourrait trouver le bonheur parfait avait-on promis. En réalité les choses ont dégénéré de façon inattendue : moins de crimes mais moins d’enfants, personne n’est malheureux mais personne n’est heureux, tout le monde pense la même chose mais nombreux sont ceux qui se suicident. Dans un pays en plein chaos Jensen découvre que pour remédier à l’apathie générale de la population on lui a administré, à son insu, une drogue sensée produire un effet extrêmement stimulant sur la volonté et la détermination, éveiller l’intérêt du sujet traité et purifier sa pensée. Encore une fois l’effet attendu n’est pas celui réellement constaté.

Après la dénonciation des dangers de la presse unifiée, Per Wahlöö s’attaque ici à la confiscation du pouvoir et aux manipulations fomentées pour y parvenir. Il le fait dans le même style que le volet précédent Meurtre au 31e étage : impersonnel, froid, efficace. Le lecteur qui attendrait un héro charismatique et charmeur serait bien déçu par ce Jensen qui a un côté robot qui avance inexorablement vers la vérité. Toutefois dans ce second livre du diptyque, les explications sont un peu plus longuement développées que dans le précédent. J’ai trouvé ce dernier volet moins austère que le premier. Peut être que je commence à m’habituer au style. Ce style d’écriture totalement dénué d’affect contribue à renforcer l’impact de la critique des manipulations politiques.

Il est curieux de constater que ce diptyque conserve, 50 ans après la première parution, son côté visionnaire mais aujourd’hui teinté d’un aspect vintage dû aux technologies de l’époque (machines à écrire, télégrammes …).

Ces deux livrent constituent une mise en garde énergique sur les évolutions dangereuses que peut prendre notre société. À lire quand on est intéressé par les sujets de société.

Extrait :
— Tout allait de mieux en mieux, dit Jensen.
— Oui, sur le plan matériel, pendant un temps. L’individu était pris en charge, en tant que personne physique, mais traité en irresponsable sur le plan intellectuel. La politique et la société sont devenues des choses abstraites, qui ne concernaient pas les individus. Et pour tromper les gens, on leur bourre le crâne d’inepties soigneusement censurées, dans les journaux, à la radio et à la télévision. Jusqu’à ce que la population tout entière, ou presque, soit complètement abrutie ; jusqu’à ce que les gens ne sachent plus rien, à part qu’ils ont une voiture, un appartement et la télévision, et qu’ils sont malheureux. Qu’il est plus drôle de se suicider ou de se soûler à mort que de travailler.

Ma note : (4 / 5) archedacier-amb

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Enquête, Remarquable, Suédois, Thriller politique, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*