Asphalte City – François Désalliers

Par Michel Dufour

asphaltecityDate de publication originale : 2015 (Druide)Desalliers
Genres : thriller, enquête
Personnage principal : Claude Beausoleil, facteur

François Désalliers est né à Montréal en 1957; diplômé du Conservatoire d’art dramatique en 81, il écrit beaucoup depuis 1983 et a publié, outre quelques nouvelles, huit romans. Amour et pince-monseigneur (1999) a été finaliste pour le prix France-Québec et s’est mérité le Grand Prix du Cégep de Saint-Jérôme; L’Homme-café (2004) a obtenu le Prix des Libraires du Québec.

Zoé, la jeune fille (10 ans) du facteur Claude Beausoleil qui en avait la garde, pendant que sa mère, Camille, profite d’une croisière d’affaires, est frappée par une voiture et sombre dans le coma. Étrangement, les délits de fuite augmentent : enfants, vieillards, aveugles, femmes enceintes, tous sont victimes de collisions meurtrières. Claude découvre l’existence d’un concours morbide qui accorde des sommes d’argent substantielles aux automobilistes qui frappent, de préférence à mort, des piétons et des cyclistes susceptibles de limiter la marge de manœuvre des bolides de la route.

Les accidents se multiplient, les hôpitaux sont débordés et les policiers ne savent plus où donner de la tête. Beausoleil et ses amis Vicky et Martin veulent donner un coup de main aux policiers, mais se mettent souvent les pieds dans les plats, surtout Beausoleil, plus émotif et prompt qu’intelligent, et plus porté sur la bouteille que sur la réflexion. Les piétons et les cyclistes ripostent : ils creusent des trous dans les rues, démolissent les autos à coups de pierre et de barres à clous, et infligent un mauvais traitement aux conducteurs. La policière Nathalie Dupré et l’enquêteur Lucien Deschênes, aveugle mais clairvoyant, suivent une piste : à qui profite ce carnage? En d’autres mots : si quelqu’un est prêt à distribuer des milliers de dollars aux chauffeurs assassins, comment espère-t-il retirer quelque chose de cet investissement ?

Les principaux personnages sont assez bien décrits et le rythme est soutenu. Des commentateurs ont noté que l’auteur beurrait épais, que plusieurs invraisemblances se glissaient dans le récit et que ça ressemblait parfois à une sorte de bande dessinée. D’où le manque de rigueur qu’on a reproché à l’auteur. Probablement à cause d’une fausse piste dont est responsable, à mon sens, la quatrième de couverture où on peut lire : « Combat entre la lenteur et la vitesse, la nature et le progrès, la vie et la mort, Asphalte City est aussi un thriller déroutant, captivant, sur la responsabilité de chacun, qu’elle soit personnelle ou collective ». Cette manie qu’on a, pour qu’on ne prenne pas les auteurs de polars pour des amuseurs publics, de transformer la littérature policière en littérature engagée ou sérieuse, et les romanciers en philosophes !

asphaltecity-amb2Comme si on reprochait à « La reproduction interdite » de Magritte d’être une fausse représentation de la réalité ! C’est bien certain que Désalliers exagère, que les policiers et Beausoleil sont trop fatigués, que le concours qui mène au carnage est délirant, et que les discours qui cherchent à persuader les participants qu’ils sont dans leur droit d’éliminer leurs victimes ne peuvent convaincre que des demeurés. Et le coup de l’enquêteur aveugle qui est le seul à voir dans l’aquarium un indice décisif est absolument ironique (encore que Caroline Roe a créé le personnage d’Isaac de Gérone, un médecin juif aveugle et enquêteur très efficace, en Catalogne au XIVe siècle). L’auteur surprend en créant des personnages réalistes dans un contexte impossible (ou très improbable) ou des personnages improbables dans un contexte réaliste. Ça rappelle certains romans de Boris Vian. Le roman de Désalliers L’Homme-café va aussi dans ce sens. Il me semble qu’on doit lire ce roman comme une fantaisie, un appel à l’imagination (avant les petites cellules grises) pour se décoincer un peu, pour lire en souriant, malgré le contenu affreux qui nous est présenté.

Ce roman peut, donc, déconcerter. En le lisant avec un grain de sel, on peut toutefois passer un bon moment.

Extrait : 
C’était assez confus. Je me souviens qu’ils nous ont demandé de nous rendre au poste de police parce qu’ils désiraient prendre nos empreintes et recueillir nos dépositions. Mais, tout de suite après, ils ont reçu un appel de Richard Lamarre, qui hurlait dans le téléphone de la coroner qu’il était sur les lieux d’un autre accident, un délit de fuite encore, et que la victime était une jeune Asiatique, une enfant de sept ans que ses parents avaient laissé sans surveillance (…) Un Chrysler l’avait frappée de plein fouet dans une zone de quarante kilomètres à l’heure alors que le type fonçait à cent dix, selon les témoins. Il ne s’était pas arrêté.
C’était en fin d’après-midi. La chaleur était suffocante. Nous étions tous dans le salon inondé de lumière, et là, plus personne ne bougeait, plus personne ne parlait. Nous nous contentions de dégoutter sur le parquet de chêne. À l’autre bout du fil, Richard Lamarre ne disait plus un mot lui non plus. Devant moi, Martin tremblait, Vicky essuyait une larme, les policiers s’épongeaient le front et secouaient la tête, la coroner avait toujours le cellulaire collé sur l’oreille, la bouche ouverte, la pathologiste avec ses gants de latex et ses sacs de plastique semblait perdre l’équilibre, comme une tour secouée par le vent, et l’enquêteuse, Nathalie Dupré, se mordait les lèvres.

Ma note : (3,5 / 5) asphaltecity-amb

 

 

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