Une putain d’histoire – Bernard Minier

Par Raymond Pédoussaut

uneputaindhistoireDate de publication originale : 2015 (Éditions XO)Minier
Genre : Thriller
Personnage principal : Henry Dean Walker adolescent de 16 ans
Prix : Prix Polar 2015 du meilleur roman francophone au festival de Cognac

Ils sont cinq adolescents autour 16 ans : Henry, Naomie, Johnny, Kayla et Charlie. Ils vivent sur Glass Island, une île au large de Seattle. Ils sont inséparables. Ils se sont déclarés « Mon semblable, mon frère » lors d’une cérémonie de baptême qui scelle leur attachement indéfectible. Mais voilà qu’un jour  Naomie est retrouvée morte sur une plage, emprisonnée dans un filet de pêche. C’est un meurtre. Henry qui s’était violemment disputé avec sa petite amie Naomie, devient le suspect numéro un. Pour prouver son innocence, une seule solution : Henry et ses amis doivent trouver le coupable. Leur enquête les amène à la découverte des étranges évènements qui ont lieu sur cette île qui paraît si tranquille. Parallèlement Grant Augustine, patron de WatchCorp, une entreprise qui travaille dans la cyber-surveillance, décide de se présenter au poste de gouverneur de Virginie. C’est un homme puissant mais il a un problème : son fils a disparu, il y a 16 ans. Depuis il n’a jamais cessé de le chercher avec l’aide de son redoutable bras droit Jay. Un indice va les emmener vers Glass Island. Finie la quiétude habituelle sur cette petite île !

Dans ce dernier roman Bernard Minier s’est lancé dans le thriller à l’américaine : du rythme, de la tension, du suspense et des revirements. Bref, ça bouge beaucoup. L’intrigue qui permet de créer le mouvement est touffue. Un peu trop à mon avis. Ainsi nous avons : un meurtre, un maître chanteur, un homme puissant qui cherche son fils, de mystérieuses mamans, des méchants complètements cinglés qui veulent se venger … et j’en oublie. Ajoutez à tout cela un empilement de retournements de situation, assaisonnez avec quelques fausses pistes et vous obtiendrez la recette du thriller haletant élaborée par l’auteur. Ceux qui sont friands de thrillers seront satisfaits. Pour ma part j’ai eu la sensation que l’auteur en a trop fait. Par goût je préfère les scénarios plus épurés et plus rigoureux. On en est assez loin ici, mais j’imagine que les amateurs du genre seront comblés.

Côté personnages, c’est le jeune Henry qui a la part belle. Ses origines sont une énigme et le fait qu’il ait deux mamans lesbiennes ne fait qu’ajouter du mystère. Sans en dire plus pour ne rien dévoiler, je précise que ce garçon de 16 ans montre d’immenses ressources et une ruse qu’envieraient les plus fins stratèges. À ce sujet, la partie finale du récit me paraît totalement invraisemblable.

Le cadre fixé, une petite île battue par les flots, crée le climat d’un monde clos, livré aux forces de la nature : vent, pluie, tempête. Beaucoup d’eau partout : la mer tout autour et la pluie au dessus. Ceux qui ont des articulations sensibles vont attraper des rhumatismes rien qu’en lisant ce livre. L’atmosphère de l’île est cependant bien rendue. L’auteur sait parler de la nature.

Malgré la part importante consacrée à l’action, Bernard Minier prend quand même le temps de la réflexion. Il met en évidence les menaces pour la liberté et la vie privée que représente le développement d’internet. Cet outil est détourné pour en faire un instrument de contrôle et d’endoctrinement planétaire. Les réseaux sociaux et la surveillance électronique sont aussi en accusation. L’auteur est convaincant sur ce domaine qui semble lui tenir particulièrement à cœur.

Selon les mots de l’auteur lui-même, ce roman « n’est pas un authentique roman américain : c’est un authentique hommage au roman américain (et aussi au cinéma américain) écrit par un auteur français ». Bernard Minier a bien compris les mécanismes du thriller américain. Un peu plus de sobriété, de rigueur et un peu moins de péripéties rendraient l’ensemble encore plus efficace me semble-t-il.

Pour terminer je dois préciser que la majorité des critiques sont dithyrambiques (« Un putain de bon bouquin »). Certains voient dans ce roman le polar de l’année, d’autres la nouvelle perle du thriller. Le livre vient même d’obtenir le Prix Polar 2015 du meilleur roman francophone au festival de Cognac. Personnellement je ne le trouve ni mauvais ni excellent. Il me semble qu’il y a une construction un peu trop artificielle, peut être liée à ce genre de thriller que je n’apprécie que modérément.

Extrait : 
« Quel roman ! Passionnant, édifiant, émouvant… Une putain d’histoire, oui… Mais tu n’as pas pu t’empêcher de nous laisser quelques petits indices par-ci par-là : ta fascination pour les orques, par exemple, ces prédateurs tout en haut de la chaîne alimentaire… Et tous ces films d’horreur dans ta chambre… Tes préférés ? Tu l’as dit toi-même : La Malédiction, L’Exorciste, Ring… Rien que des histoires de gamins maléfiques ! Tous ces indices que tu nous as laissés ! Tu t’es bien amusé ce soir, Henry ? Tu te crois plus malin que tout le monde, hein ? »

Ma note : (3,5 / 5)

 

 

 

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4 réponses à Une putain d’histoire – Bernard Minier

  1. Satrape dit :

    Celui-ci est dans ma PAL, vais encore attendre un peu avant de l’ouvrir. Très belle chronique, elle change des précédentes que j’avais vues sur ce livre !

    • Ray dit :

      Salut Carole,
      Effectivement beaucoup de critiques sont dithyrambiques alors que je suis assez réservé. Quelqu’un qui aime les thrillers comme toi devrait apprécier ce bouquin. Moi, je trouve que l’intrigue est astucieuse mais avec un côté un peu trop artificiel.

  2. sergio calamaï dit :

    Une putain d’histoire est le 4ème roman de Minier. Ce dernier n’a effectivement rien avoir avec les 3 premiers (polars classiques avec un flic et un méchant que l’on retrouve dans les 3 romans : personnages forts dans des intrigues très bien menées). L’intrigue de cette putain d’histoire est astucieuse (je reprend votre adjectif car il est fort juste) et je me suis laissé embarquer jusqu’au final qui m’a laissé sur le c… Effectivement c’est une histoire à la sauce américaine qui montre que Minier est un grand de la littérature policière passant avec bonheur du polar au thriller.

    • Ray dit :

      Je suis un peu plus réservé que vous sur la qualité de ce thriller, peut être parce que ce genre ne m’emballe pas plus que ça. Contrairement à vous le final, m’a paru un peu trop invraisemblable pour que le l’apprécie totalement. Je dois reconnaître que je me sens un peu isolé dans mon ressenti, beaucoup ont été enthousiastes.

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