C’est une lampe qui s’éteint – Alain Fabre

Par Michel Dufour

cestunelampeDate de publication originale : 2015 (Ravet-Anceau/Polars en nord)fabre-2
Genre : Roman noir
Personnage principal : Mayline Stegers, lieutenant de police (Lille)

Septième roman policier d’Alain Fabre qui, avec Prosit en 2012, avait réveillé un courant d’air frais dans ce domaine. Même si le commissaire Dezuiver et son équipe ne sont pas au centre de ce polar-ci, on retrouve ce même style de Fabre, simple et léger mais, cette fois, avec un réalisme noir qui en vient à contaminer même le polar régional de la région de Lille.

C’est justement sur les trottoirs de Lille que la jeune Yuliana attend le client. Elle est manipulée par son mac, Radhamane, qui rend des comptes au parrain de la pègre locale, Claude Partica, dit le Hamster, sans doute à cause de son addiction aux peanuts, aussi parce qu’il aime planter ses dents là où ça fait mal. La lieutenant de police Mayline Stegers rencontre Yuliana et, émue par sa vulnérabilité, entreprend de la sortir de ce milieu sordide, tout en espérant ébranler l’organisation criminelle du Hamster. Mais la jeune se fait assassiner; Mayline et son ami, lieutenant lui aussi, Julien Novignol, entreprennent de venger sa mort. Or, le Hamster affaiblit lui-même une partie de son organisation en éliminant tous les témoins gênants. Sauf que cette organisation a des tentacules qui menacent la magistrature et les forces de l’ordre. Et que Mayline et Julien font partie des témoins gênants.

D’abord, ce dernier écrit de Fabre se présente dans une nouvelle collection attrayante par sa présentation. Puis, une des qualités maîtresses de Fabre, c’est son souci d’authenticité : il consulte régulièrement, et dans le détail, les forces de l’ordre, les magistrats, les commissaires, les législateurs, au risque de peindre les policiers comme des « trop gentils », bien qu’on trouve de plus en plus de ripoux dans ses romans. Ce qui le caractérise, c’est aussi sa sensibilité aux petites gens vulnérables, exploitées au niveau de l’immigration, de la prostitution et de la consommation de drogues. C’est par là que passe sa critique sociale. Pourtant, c’est écrit avec une certaine légèreté et plusieurs passages cultivent l’humour gamin, notamment ici dans les épisodes entre Mayline et Julien. Au milieu du roman, malgré le thème, on aurait pu dire qu’il s’agissait d’un roman assez rose, d’où les policiers sortent toujours vainqueurs. Et pourtant, deux rebondissements nous attendaient au détour : changement de rythme et changement d’humeur. Et le rose vire au noir. Je crois que c’est la première fois que Fabre nous chamboule autant. Enfin, et c’est d’une certaine façon ce qui confère l’unité au roman et son côté obscur, l’auteur se livre, mine de rien, à une sorte de méditation sur la mort qui, dès le titre, s’annonce déjà.

Bref, par son fond et sa forme, et par un sourire qui tourne au jaune, ce roman en dérangera plusieurs; pour moi, c’est le meilleur roman d’Alain Fabre.

Extrait :
« D’ici je vois la vie, à travers un nuage,
S’évanouir pour moi dans l’ombre du passé;
L’amour seul est resté, comme une grande image
Survit seule au réveil dans un songe effacé »
(Le Vallon, Lamartine)

Pourquoi ces vers de Lamartine, étudiés, appris par cœur il y a bien dix ans, lui reviennent-ils en mémoire ? Il ne saurait le dire. Ce matin, il s’est éveillé avant Mayline. Il ne bouge pas pour ne pas troubler son sommeil. Les doubles rideaux ne font pas totalement écran aux premiers rayons du soleil. Il regarde le beau visage de sa compagne. Quand elle dort, elle a encore un air de petite fille qui l’émeut. Elle sourit en dormant. Sans doute un joli rêve. Il espère faire partie de ce rêve. De ce songe qui s’effacera au réveil et qui, sans doute, ne lui laissera aucun souvenir de ce qui la faisait sourire… Il a une folle envie de la serrer dans ses bras. Il résiste. Elle est si douce, si vulnérable dans son sommeil.
− Il y a longtemps que tu es éveillé ?
Il ne s’est même pas aperçu qu’elle s’éveillait et le regardait au travers de ses cils, de ses longs cils qui lui font un regard de… Il ne trouve pas de qualificatif à ce regard. Il sait simplement qu’il est magnifique.
− Dis, j’ai l’impression que je me suis trompée. Tu n’as pas l’air éveillé…
− Si, ma chérie, je te regardais dormir et, comme ton prince charmant, j’avais envie de te donner un baiser.
− Il n’est pas trop tard. Sinon, je repique un roupillon pour une centaine d’années.

 Ma note : (4 / 5) cestunelampe-amb

 

 

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