Puerto Apache – Juan Martini

Par Raymond Pédoussaut

PuertoapacheDate de publication originale : 2002 (Puerto Apache)Martini-Juan
Date de publication française : 2015 chez Asphalte éditions
Genre : Roman noir
Personnage principal : Pablo Pérez dit le Rat, habitant de Puerto Apache

La Réserve était une grande friche en bordure de Buenos Aires. Le seul projet que les gens de pouvoir avaient pour ce terrain, c’était de le brûler pour plus tard y faire du fric en y implantant des casinos, des bordels et des banques. Mais des hommes l’ont investi et se sont installés durablement. C’est devenu Puerto Apache. Maintenant ils sont entre mille et deux mille à y vivre, on ne sait pas exactement. À l’entrée de cette zone, on trouve un immense panneau avec la devise sibylline : « Nous sommes un problème du XXe siècle ». Le début de Puerto Apache se situe au commencement du XXIe siècle, en automne 2000 exactement. Dans Puerto Apache, chacun se débrouille comme il peut pour gagner sa vie. Pablo Pérez, que tout le monde appelle le Rat, travaille pour un caïd le Pélican. Son boulot est simple : il doit apprendre par cœur une série de chiffres que lui confie le Pélican, il va ensuite les réciter au trafiquant nommé Barragán. Il ne doit jamais écrire les chiffres quoi qu’il arrive. Les chiffres n’ont de signification que pour les deux trafiquants, lui ne la connaît pas. Mais d’autres ne le savent pas. Ainsi un jour il est capturé par trois types qui le passent à tabac pour lui faire avouer ce qu’il ne connaît pas. C’est le début de toute une suite de complications qui vont perturber sa vie et celle des habitants de Puerto Apache.

Juan Martini développe une intrigue basée sur les aventures du Rat et sur la création et l’avenir du bidonville Puerto Apache. Les deux thèmes sont étroitement imbriqués. À tel point que pendant que le Rat se fait tabasser, il nous raconte, entre les coups, l’histoire de Puerto Apache. C’est aussi l’histoire de sa famille et de ses proches. Le roman semble parfois hésiter entre le thriller, lorsqu’il est question du trafic de drogue et le roman historique et social lorsqu’il s’agit du bidonville. Le choix de l’auteur de traiter simultanément ces deux volets de l’intrigue a un inconvénient : l’action se dilue dans tous les liens familiaux, amicaux et amoureux du narrateur.

Par contre ce qui reste fort tout le long du roman, c’est la critique sociale. Puerto Apache est une communauté où les gens ont développé un business avec leurs moyens qui sont la drogue et la prostitution. Les autorités, les promoteurs et les politiques, qui les ont superbement ignorés jusqu’à présent, s’intéressent maintenant à eux et ce n’est pas en tant qu’êtres humains, mais pour le potentiel que représente le terrain qu’ils occupent pour y développer leurs propres affaires : appartements de luxe, hôtels, restaurants, banques, casinos. Il y a une catégorie que Juan Martini semble détester particulièrement, c’est les hommes politiques. Il considère qu’ils sont menteurs, tricheurs, profiteurs et mafieux.

Le drame et l’humour se côtoient dans Puerto Apache comme souvent avec les auteurs hispaniques. Un bon roman noir qui donne un éclairage cru de la capitale argentine.

Extrait : 
Ce type soigne sa façon de parler. Avec une voix douce, posée, il m’explique les mutations du monde d’aujourd’hui qui font que les choses sont comme elles sont. Comme s’il parlait de politique. Je suppose que c’est pour ça que je me retrouve à écouter un discours que, tout d’abord, je ne comprends pas, et qu’à la fin je comprends trop bien.
Au début, on a l’impression que ce type parle de politique, d’économie, de la concentration des capitaux, de pertes et de gains, des mesures concrètes pour faire face à la situation actuelle. On a l’impression – rien qu’au début, entendons-nous bien – que le secrétaire parle des problèmes du pays. Par exemple, il dit qu’aujourd’hui plus que jamais, le petit commerce est menacé par l’hégémonie monopolistique, que la rentabilité des affaires est subordonnée à des mécanismes très complexes, que la sécurité ne doit pas être un problème mais la condition sine qua non au développement des opérations du marché. Et toute une brochette de formules plus ou moins dans ce goût-là.

Jenifer, elle est fan de Gilda. Elle a tous ses disques. Et elle les connaît par cœur. La chanson « No me arrepiento de este amor » lui tourne en boucle dans la tête, « l’amour est un miracle et je t’ai aimé comme jamais je n’aurais imaginé », fredonne-t-elle en suivant la voix de Gilda pendant qu’elle donne à manger à Julieta, et je sais que je ne la laisserai jamais tomber. Ça, c’est sûr.

Gilda – No me arrepiento de este amor

Ma note : (4 / 5)

Buenos Aires

Buenos Aires

 

 

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