Crocs – Patrick K. Dewdney

Par Raymond Pédoussaut

CROCSDate de publication originale : 2015 chez La manufacture Dewdneyde Livres (collectionTerritori)
Genres : Roman noir, grands espaces
Personnage principal : un homme,  fuyant à travers bois, une pioche sur l’épaule.

Un homme se déplace à travers bois et forêts, une pioche sur l’épaule. Il est accompagné d’un animal imaginaire qu’il appelle le cabot. Il semble fuir. Il évite les hommes et toute marque de civilisation. Il se dirige vers un but mystérieux et indéterminé : il est question d’un lac et d’un mur. Il s’enfonce dans la végétation dense, il s’enlise dans la boue, il mange des baies, des champignons, des insectes, il boit l’eau des rivières et des mares. Il vit comme un animal. Il a souvent froid, faim et soif mais il progresse inexorablement vers son but, rien ne semble pouvoir l’arrêter.

C’est un bien étrange et mystérieux roman. Il n’y a pas d’intrigue, seulement le récit qu’une quête, d’un cheminement pour une destination bien énigmatique désignée par deux mots lac et mur. L’objectif à atteindre semble être le but ultime de la vie du seul et unique personnage de ce roman, qui est aussi le narrateur. L’aboutissement du chemin, sera aussi la fin de sa vie. Il y a aussi des retours arrières qui expliquent le passé et les espérances déçues de notre personnage et de sa compagne d’alors. Ils étaient des adeptes de la Beat Generation. Ils rêvaient d’un monde nouveau, de liberté. C’étaient leurs années loups. Mais ont dû déchanter rentrer dans le rang, se conformer aux usages. Ils sont redevenus moutons. Cela semble avoir brisé complètement notre homme.

Patrick K. Dewdney est un Anglais qui écrit en français. Et quel français ! L’écriture est ciselée et le vocabulaire riche et érudit. Ainsi il y a de nombreuses pages de description de la nature qui pourraient devenir rébarbatives chez un autre auteur mais qui chez lui sont une communion avec la végétation, les rivières, les tourbières. Cependant la nature décrite n’est pas un paradis, elle est aussi dure, dangereuse, parfois hostile. Il faut être prudent et respectueux. L’homme à la pioche vit comme un animal et s’exprime comme un poète. Il y a quelque chose de fascinant et d’hypnotique dans ces pages.

Pour apprécier ce roman il faut se laisser aller et suivre sans trop réfléchir le délire poétique et sauvage qui porte le héros. Les amateurs de romans d’actions échevelées, de thrillers haletants devront passer leur chemin.

Crocs est un roman singulier, où s’exprime la révolte et la folie. Il risque de désarçonner les amateurs de polars classiques.

Extrait : 
Je m’épuise malgré tout, malgré l’énergie liquide et le breuvage de la terre. Cela part du ventre, c’est exacerbé à chaque fois que je croise la blancheur fantomatique d’un bouleau solitaire, ou l’écorce rêche des pins sylvestres, enroulés dans la tourbe comme des reptiles gigantesques. Ces silhouettes abandonnées, qui contrastent autant avec l’herbe pâle que l’obscurité du cabot, me rappellent ma propre solitude. Le vent se lève encore davantage, caracole en bouffées tièdes dans la tranchée découverte. Les mas­sifs de callune m’arrivent parfois jusqu’à la poitrine. Je les repère de loin, ce sont des taches obscures qui paraissent flotter dans la nuit. Je ne compte plus le nombre de fois où je chute, mais la musique de l’eau me relève, m’entraîne irrésistiblement vers l’avant.

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Je ne compte plus le nombre de fois où je chute, mais la musique de l’eau me relève, m’entraîne irrésistiblement vers l’avant.

Ma note : (3,5 / 5)

 

 

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