Gravesend – William Boyle

Par Raymond Pédoussaut

GravesendDate de publication originale : 2013 (Gravesend)Boyle-William
Date de publication française : 2016 chez Payot & Rivages
Genre : roman noir
Personnages principaux : Conway, Ray Boy, Alessandra, Eugene, Stephanie – jeunes de Gravesend, quartier de la partie centre-sud de New York

Ray Boy Calabrese vient de sortir de prison. C’est le moment qu’attend Conway depuis seize ans. Pour lui Ray Boy est responsable de la mort de son frère, Duncan, qui était martyrisé par Ray Boy et sa bande à cause de ses tendances homosexuelles. En tentant d’échapper à ses bourreaux, Duncan a été renversé par une voiture. Il en est mort. Pour Conway, c’était un meurtre de sang-froid, le responsable doit payer. Il mérite de finir enterré dans un trou quelque part, sans cérémonie. C’est le projet de Conway. Mais les choses ne se passent pas comme il l’imaginait. Ray Boy a été changé profondément par la prison. En attendant de régler son compte à Ray Boy, Conway rencontre Alessandra, une fille sur laquelle il fantasmait quand ils étaient à la même école. Elle était partie à Los Angeles pour devenir actrice. Elle n’a pas eu la carrière espérée. Aujourd’hui Alessandra est tristement de retour à Gravesend où elle n’a qu’une amie : Stephanie, une pauvre fille grosse et disgracieuse. Eugene, est le neveu de Ray Boy. Son oncle était un héros pour lui. Son oncle avant la prison car maintenant il ne le reconnaît pas, il voit que quelque chose ne va pas chez lui. Il veut le faire redevenir comme avant. Malgré son jeune âge et sa patte folle Eugene est ambitieux. Un peu trop.

À travers le portrait de ces cinq jeunes gens l’auteur nous brosse un tableau assez terrible de ce quartier de New York sous influence italienne. Partout on ressent la misère sociale ou psychologique, souvent les deux à la fois. Tous les personnages sont des paumés qui, confrontés à l’échec, ont été détruits. Ce sont des perdants qui ont abandonné toute illusion. Seul le plus jeune, Eugène, malgré son handicap, croit encore à un meilleur avenir mais son manque d’éducation et de discernement le rendent présomptueux. Tous, sauf Alessandra, sont restés dans le petit périmètre où ils nés, où sont leurs familles, leurs traditions, leurs souvenirs. Hors des limites de leur territoire, ils se sentent à l’étranger. La starlette Alexandra a tenté de chercher fortune ailleurs. Son retour sur les lieux de son enfance est synonyme d’échec, de la même façon que ceux qui n’ont pas bougé. Gravesend représente un lieu de défaite, de renoncement, duquel les habitants ne réussissent pas à s’extirper. Et quand ils essaient, le résultat est pire encore.

Gravesend est un roman d’ambiance. L’ambiance à la fois nostalgique et désespérée d’un quartier populaire du sud de Brooklyn. Les personnages qu’on y croise sont parfois touchants et toujours pathétiques. L’écriture de William Boyle rend parfaitement l’atmosphère des lieux, le comportement des individus est décrit avec une certaine distance. Ceci contribue à mettre en évidence le style bien personnel de l’auteur.

Gravesend a été choisi par François Guérif pour être le numéro 1000 de Rivages. C’était un pari audacieux de sélectionner un jeune auteur inconnu qui vient d’écrire son premier roman. Au final, il en ressort que c’était un choix judicieux pour un vrai roman noir bien dans la tradition de la maison.

Extrait : 
Conway avait toujours été un loser de première. Pas d’espoir et pas de couilles, en voilà une combinaison pourrie. Et la façon dont il avait géré la situation avec Ray Boy défiait le bon sens. Pendant des années, il avait rêvé de se venger de Ray Boy, mais il n’avait rien fait pour se préparer. Il n’avait pas appris à tirer, il n’avait pas fait de muscu. Il s’était dit que ça n’avait pas d’importance. Peut-être que ce qu’il aurait vraiment voulu, c’était que Ray Boy soit resté Ray Boy. Peut-être qu’il aurait voulu que Ray Boy le tue – être vaincu par Ray Boy et échouer définitivement, irrémédiablement.

Peut-être qu’elle aurait dû se montrer plus gentille, plus compréhensive. Mais elle n’avait aucune patience. Fini la patience. Elle avait presque trente ans.
Elle alluma son ordinateur portable, brancha ses écouteurs et, exhalant la fumée de sa cigarette par la fenêtre, écouta en boucle Twenty Miles, une de ses chansons préférées du groupe Deer Tick.

Deer Tick – Twenty Miles

Ma note : (4 / 5)Gravesend-amb

 

 

 

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